Jérôme Ferrari

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Jérôme Ferrari

Message par kenavo le Mer 22 Fév - 5:58



Jérôme Ferrari, né en 1968 à Paris, est un écrivain et traducteur français.

Biographie
Jérôme Ferrari effectue une partie de ses études à la Sorbonne, où il obtint la licence de philosophie de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Ses parents sont originaires de Fozzano et de Sartène, et il a lui-même vécu en Corse et enseigné la philosophie au lycée de Porto-Vecchio. Durant cette période, il a organisé notamment des cafés philosophies à Bastia, puis enseigné au lycée international Alexandre-Dumas d'Alger, au lycée Fesch Ajaccio jusqu'en 2012, et au lycée français Louis Massignon d'Abou Dabi jusqu'en 2015.

Depuis la rentrée 2015, il enseigne la philosophie en hypokhâgne, au lycée Giocante de Casabianca de Bastia.

Il obtient le prix Goncourt 2012 pour son livre Le Sermon sur la chute de Rome


Source: Wikipédia

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Re: Jérôme Ferrari

Message par kenavo le Mer 22 Fév - 5:58

Maintenant qu'on a un fil pour la Corse... il nous faut aussi le fil de l'auteur qui va avec Wink
Je ne vais que mettre mes commentaires pour mes deux grands coups de coeur de lui:


Un dieu un animal
Présentation de l'éditeur
Un jeune homme a pris la décision de quitter son village natal pour aller, revêtu du treillis des mercenaires, à la rencontre du désert qu'investirent tant d'armées, sous des uniformes divers, après le 11 septembre 2001. De retour du checktpoint où la mort n'a pas voulu de lui, ce survivant dévasté est condamné à affronter parmi les siens une nouvelle forme d'exil. Il se met alors en demeure de retrouver la jeune fille de ses rêves d'adolescent, mais cette dernière semble avoir disparu sous les traits d'une jeune femme désormais vouée corps et âme à son entreprise...

Requiem pour une civilisation contemporaine médusée par les sombres mirages de la guerre comme par la violence inouïe de l'horreur économique, cérémonie cruelle et profane qu'illumine l'ardente invocation d'un improbable salut, Un dieu un animal retentit des échos du chant bouleversant que fait entendre une humanité crucifiée sur l'autel de la dépossession.
Faut avoir un bon moral et une longue haleine pour lire ce livre. Une centaine de pages sans chapitres, paragraphes ni autre signe d’interruption. Des points, des virgules. C’est tout.
Deux personnages qu’on suit de près. Le jeune homme qui revient d’une guerre qui lui n’était pas important, c’était pour partir, pour trouver ‘autre chose’ que sa vie dans le village natal.
Et Magali qui le hante depuis qu’il a quatorze ans, celle qu’il a connu pendant toute son enfance lors des vacances d’été qu’elle passait avec ses parents sur l’île. Elle a fait carrière, elle se dévoue dans son travail. Sans trouver plus de satisfaction que le jeune homme dans sa vie.

Un auteur que je connais depuis Balco Atlantico, une couverture et Actes Sud – des arguments qui voulaient que je lise ce livre. Seule la mention du 11 septembre sur la 4 e de couverture m’avait repoussé.
Et puis il y a eu PAGES des Libraires :

Jérôme Ferrari pose un regard désabusé sur une génération perdue à qui on ne propose qu’un éventail d’impasses. À une extrémité de l’éventail, les plus brillants pourront devenir cadres performants au sein d’une entreprise à laquelle ils devront se vouer corps et âmes, jusqu’à épuisement. À l’autre, il se trouvera toujours une guerre avec ses promesses d’aventure pour attirer à elle chair et sang frais de tous les recalés de la vie. Sans en avoir l’air, avec un lyrisme retenu, passant d’un personnage à l’autre, d’une dérive à l’autre, avec beaucoup de pudeur, Jérôme Ferrari nous donne un roman explosif, violent, profondément engagé et ancré dans son temps. Ce texte romantique dit la déréliction d’une jeunesse qui se rend compte, mais un peu trop tard, qu’une société est là, bien installée, et qui a tout prévu pour elle.

Dans le ton mélancolique de ce livre, j’ai eu l’impression d’entendre Jean-Claude Izzo.. des mots pour montrer le désespoir d’hommes dont on sait que même la beauté d’une telle écriture ne pourrait pas réconforter…


Car toutes les nuits sont promises à l’oubli.
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Re: Jérôme Ferrari

Message par kenavo le Mer 22 Fév - 5:59


Où j'ai laissé mon âme
Présentation de l'éditeur
1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l'horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d'Andreani, d'un tortionnaire à l'autre : les victimes sont devenues bourreaux. Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l'apaisement qu'auprès de Tahar, commandant de l'ALN, retenu dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier. Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l'humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l'Histoire dans une douleur qui n'a, pour aucun d'eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d'écriture vers l'impossible vérité de l'homme dès lors que l'enfer s'invite sur terre.
Jérôme Ferrai n'épargne pas son lecteur. Et pourquoi devrait-il le faire? Il y a des choses graves qu'on peut raconter de façon "jolie".. ce mot est tellement faux, mais son écriture est de telle sorte que je ne peux le dire autrement.
Atroce, terrible, grave.. voilà les faits, mais ce qu'il en fait est sublime, extra et mémorable.
Autant que j'avais pensé que le livre de Laurent Mauvignier, Des hommes allait devenir une référence pour l'assimilation de la guerre d'Algérie, je pense que Jérôme Ferrari l'a écrit.

Deux hommes brisés par la guerre en Indochine, deux soldats qui vont prendre un chemin différent lors de la guerre en Algérie, mais n'importe leur comportement, ils ont perdu leurs âmes.. probablement longtemps avant d'arriver sur le nouveau lieu de guerre.

Et j'ai pensé à Abu Ghraib en lisant ce livre.. n'importe le lieu, n'importe le pays, n'importe l'année, la guerre change les hommes et le plus souvent pas en quelque chose de bien joli.

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Re: Jérôme Ferrari

Message par Chrisdusud le Mer 22 Fév - 8:25

Mais bien sur Jerôme Ferrari manquait ! Merci @Kenavo !

Dans le secret (edition Actes sud)



 Vraiment un très bon livre.
L’histoire est celle d’Antoine Nicolai propriétaire associé d’un bar à Ajaccio, buveur, flambeur et cocaïnomane. 
En rentrant d’une nuit avec sa maîtresse, une bribe de phrase de sa femme l’intrigue puis l’inquiète puis l’obsède. Cette phrase devient la faille de sa propre vie. Le recit s’articule pour un part autour du poids de ces quelques mots dans la vie d’Antoine et parallèlement sur une histoire qui s’est déroulée au XVIème siècle (histoire atroce dont Antoine rêve régulièrement). On peut imaginer que cette histoire ancienne est celle de la famille d’Antoine. 

Antoine a un jeune frère, Paul qui vit reclus au village dans la maison familiale. La relation entre ces deux hommes est forte emprunt de domination, de rejet et d’amour fraternel.

Plusieurs thèmes sont abordés : la jalousie, la solitude, le poids de l’héritage familial …

Jérome Ferrari dépeint avec talent une certaine partie de la population corse. Dans les attitudes parfois fantasques et les souffrances. Les traits ne sont pas caricaturés. Nous sommes bien dans un récit de vie. 

Je reprends la fin de la quatrième de couverture qui résume parfaitement le livre :

Citation :
Sur les murs que la filiation érige entre les êtres, sur la toxicité des obsessions qui s’entretiennent sous le dangereux gouvernement de l’esprit d’un lieu – l’île aux sombres secrets enfouis dans la splendeur des paysages -, sur la rémanence du secret et des tentations du mysticisme, sur l’impossible choix entre une sexualité païenne et vénération amoureuse, sur les noces, enfin à jamais contrariées, entre l’esprit de l’homme et le monde qu’il habite, Jérôme Ferrari propose, avec ce roman ardent et rebelle, une variation somptueuse.
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Re: Jérôme Ferrari

Message par Chrisdusud le Mer 22 Fév - 8:30

Un dieu, un animal






109 pages chez Actes Sud pour dévoiler ce talent à décrire la psychologie et l’épaisseur d’un personnage, la cruauté de la guerre, le retour chez les siens d’un soldat avec ce vide de vie en parabole. 
L’histoire racontée est celle d’un homme, dont on ne connaît pas le prénom, qui retourne dans son village en Corse après des années passées dans des pays en guerre. 
De là vont se concentrer les allers retours dans les souvenirs d’adolescence et les périodes de vie militaires. En fil rouge, son lien d’amitié avec Jean-Do son ami d’enfance. 
L’auteur tutoie le personnage pour faire de ce témoignage de vie une douloureuse histoire. L’ambiance est celle que l’on retrouve en Corse dans les villages haut perchés lorsque la brume rend austère le lieu et la forêt environnante. 

Dans cette grave mélancolie Magali son amour d’adolescence représente la lueur de l’espoir, le réconfort à venir de sa vie sèche.
Vraiment un très bon livre dans le fond comme dans le style. J’en ai aimé cette épaisseur et la réalité données aux personnages. Toute la dicible précision des instants passés et présents, le tutoiement de l’auteur, cette justesse des situations pour exprimer l’amitié, l’amour et le désespoir.


Citation :
Elle reprend ta lettre. Le papier de mauvaise qualité commence à se déchirer là où il a été plié. Magali voudrait s’arrêter de la relire pour rien, sa patience s’épuise, elle voudrait finalement décider de que qu’est cette lettre, le signe d’une nostalgie puérile qui ne la concerne en rien ou une brèche miraculeuse dans les murs de sa vie. Elle la relit encore et ce soir, vois-tu, tes mots gonflent et se craquellent, comme la terre féconde d’un jardin, ils débordent de toute la vérité que tu aurais voulu y mettre, qui t’a échappé et qui les fait maintenant éclater et elle lit, elle lit d’abord son prénom, Magali, Magali, et elle pourrait presque entendre ta voix qui l’appelle depuis les rues nocturnes du village de sa mère, il y fait si froid et tu n’as pour te réchauffer que l’amitié d’un chien et le souvenir d’une toute jeune fille dans laquelle elle se reconnaît avec émotion, une image bénie qui t’attendait pour apparaître…
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Re: Jérôme Ferrari

Message par Aeriale le Mer 22 Fév - 14:11

-Où j'ai laissé mon âme-
(Mon commentaire de 2010)

Comme le précise Kena, c'est l'histoire de trois personnages unis par l'atrocité de la guerre. Une guerre qu'il est difficile de nommer en fait, car elle parait perdue d'avance. Trois hommes au mental très différent. Andreani, loyal envers sa cause et qui se sent trahi par son capitaine chez qui il ne reconnait plus la ferveur qu'il admirait autrefois. Degorce, rongé par la honte, perdu au point de chercher un semblant de réconfort auprès de Tahar, l'ennemi à la figure christique qui sait qu'il va mourir mais restera vainqueur.
Ne pas m'arrêter c'est mauvais. M'arrêter c'est peut-être pire. Il n'y a que des mauvais choix Pour nous capitaine c'est le contraire. Si nous gagnons ici c'est bon. Si nous perdons, si vous arrêtez tout le monde c'est aussi bon. Un martyr est mille fois plus utile qu'un combattant.
Jusqu'où peut aller l'homme avant qu'il ne se transforme en monstre? Que laisse t'il derrière lui lorsque les rôles se renversent? Doit on continuer à se battre pour servir une même cause et suivre sa loi, ou bien se parjurer et glisser vers l'abîme. Des questions jalonnent le récit et le lecteur va suivre ces trois jours de doutes et de torpeur, entrecoupés de flashbacks et des pensées de Degorce, trois jours d’arrestations suivies d'interrogatoires pervers et inhumains que seul justifie la cause d'un camp.
Il  est question du sens de notre mission Moreau, il est question de ce qui la justifie, et c'est très simple, vraiment très simple. Notre action n'a de sens que parce qu'elle est efficace, elle n'est acceptable d'un point de vue moral que parce qu'elle est efficace et qu'elle nous permet de sauver des vies.
Mais peut-on tout justifier? Telles sont les questions qui torturent l'esprit de ce capitaine, balloté entre sa mission de 'flic' qu'il n'a pas choisie et sa conscience qui le taraude. Qui le laisse par dessus tout désorienté au point qu'il n'ose répondre à sa femme ni ouvrir la bible
Il n'y a plus de mots pour Dieu. Il n'y a plus de mots pour les miens
C'est donc vers l'ennemi qu'il se retourne cherchant une absolution, du moins une écoute et une réponse. Mais malgré les remords teintés de respect devant cette forte figure, Degorce n'est sans doute pas dupe de lui-même, et la voix de son lieutenant résonne comme une évidence. implacable et sans appel
Nos missions n'étaient pas différentes. Nous étions des soldats, mon capitaine, et il ne nous appartenait pas de choisir de quelle façon faire la guerre. Moi aussi, j'aurais préféré le tumulte et le sang des combats à l'affreuse monotonie de cette chasse aux renseignements, mais un tel choix ne nous a pas été offert. Vous vous demandez encore comment il est possible que vous soyez devenu un bourreau, un assassin. Oh, mon capitaine, c'est pourtant la vérité, il n'y a rien d'impossible : vous êtes un bourreau et un assassin. Vous n'y pouvez plus rien, même si vous êtes encore incapable de l'accepter. Le passé disparaît dans l'oubli, mon capitaine, mais rien ne peut le racheter
Une lecture puissante, fiévreuse et magnifique, qui secoue certaines valeurs et malmène le lecteur comme à chaque fois qu'il est question de sonder les âmes. Et surtout qui nous force à regarder derrière le miroir, là où se cachent les vérités les moins glorieuses. Un auteur dont il faudra désormais compter sans aucun doute! bravo cheers
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Re: Jérôme Ferrari

Message par domreader le Mer 22 Fév - 19:22

Intéressant cet auteur, j'ai l'impression que la guerre et son effet sur les hommes est son thème de prédilection.

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Re: Jérôme Ferrari

Message par Aeriale le Jeu 23 Fév - 8:26

-Le sermon sur la chute de Rome-


(Prix Goncourt 2012)


    Le monde est comme un homme : il naît, il grandit, il meurt.
C'est un roman à la fois simple, qui nous narre en partie l'histoire familiale de Marcel, enfant fragile, né des hasards de la vie, et qui continuera de les  subir, du choix de son épouse jusqu'aux désirs de gloire ruinés par l'Histoire. Marcel, dont le récit est conté alternativement avec celui de son petit fils Matthieu, jeune étudiant en philosophie  qui lui, déçu de ses applications dans un univers trop étroit, décide de reprendre la gérance du bar de son village natal avec l'aide de son ami d'enfance. Mais c'est aussi un roman riche, sous tendu par une réflexion plus large et qui prend appui sur ce fameux sermon de Saint Augustin sur la pérennité des mondes.

Voilà pour le thème, bien plus  abordable qu'il ne m'a paru  de prime abord avec ce titre assez brumeux. Pour le reste je n'en dirai pas plus, juste que Jérome Ferrari s'offre, en partant de faits ordinaires, une approche lucide et profonde sur la fragilité des choses, sur les rêves de grandeur déchus, sur la perte des illusions au sein d'un pays autant que d'un village ou d'un homme. Que devient on après la chute? Qu'y a t'il derrière ce vide infini? Ferrari croit aux cycles, à ces vies qui meurent et renaissent sous une autre forme, sans qu'on les voit toujours apparaître, comme ces bouts d'existence qu'il nous relate de son regard pointu et de sa superbe écriture.

Pour moi, il a réussi là une démonstration pertinente en reliant ces trois niveaux narratifs, et en illustrant son thème d'anecdotes bien ancrées dans une réalité quotidienne. Un très bon roman, plus aéré que le précédent du fait aussi de cet humour parfois acerbe, et qui m'a embarquée d'entrée.
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