Claudia Pineiro

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Claudia Pineiro

Message par Aeriale le Jeu 23 Fév - 8:49





Claudia Piñeiro est née en 1960 à Burzaco, dans la province de Buenos Aires. Elle est romancière, dramaturge et auteur de scénarios pour la télévision.


Les veuves du jeudi



Au-delà des grillages et des barrières de sécurité se cache un écrin de verdure à la périphérie de Buenos Aires ; un havre de paix pour "gentlemen", à l’abri du tumulte d’une capitale grouillante et tentaculaire. Ici, on est entre gens de bonne compagnie. Une poignée d’amis se réunissent chaque semaine, loin des regards, pour discuter entre hommes. Les épouses, exclues de ces soirées, s’appellent avec humour "les veuves du jeudi". Un veuvage somme toute agréable, jusqu’à ce funeste jour de la fin septembre 2001 où la plaisanterie s’avère prémonitoire : les hommes sont retrouvés électrocutés au fond d’une piscine. L’attitude du seul rescapé laisse à penser que ce pourrait ne pas être le tragique accident qu’il y paraît. Derrière les façades clinquantes on découvre les grands secrets et les petites misères de ces nantis. Le regard est ici sans complaisance sur une société hypocrite et ostentatoire, dénuée de scrupules, tandis qu’approche l’effroyable crise économique qui a mis l’Argentine à terre. Déliquescence, chute annoncée d’une bourgeoisie affairiste, à mesure que la situation économique se dégrade croît l’impérieuse nécessité de nier l’évidence, de maintenir à toute force ce standing garant d’un certain statut social. Jusqu’à choisir l’impensable pour préserver les siens, les mettre définitivement à l’abri, tant du besoin que de la médiocrité de la plèbe

Le roman débute par la voix d'une de ces "veuves", ainsi dénommées car leurs maris ont pris l'habitude de se retrouver entre eux le jeudi soir. On comprend tout de suite que quelque chose vient de se passer, mais quoi exactement? L'auteur nous fait ainsi plonger dans cette atmosphère trouble à la façon d'un cinéaste de film noir, s'attachant à des détails qui prendront leur sens plus tard.

Pour l'instant on suit Virginia, elle est l'agent immobilier qui a fourni la plupart des villas à ces habitants et elle les connait tous. Elle a même des fiches...Mais derrière les élégantes fenêtres, au delà des pelouses bien tondues ou des habitudes bien réglées, se camoufle ce qui commence à se déliter sournoisement. Un standing de pacotille, une bourgeoisie qui s'ébranle, et une crise économique dont l'ampleur n'est pas encore évidente mais qui va dévaster peu à peu les fondements de ce microcosme déconnecté du réel, figé dans ses certitudes.

Claudia Pineiro est un maître en la matière. Sa façon de nous introduire à travers les pensées de chacun, dans leur intimité, et de nous révéler peu à peu leurs secrets, toutes ces choses que l'on cache pour maintenir coute que coute les apparences, est réellement prenant. On est proches d'eux (un peu plus de Virginia à cause du "je") mais on garde cette retenue de bon ton qui nous fait dévorer les pages pour en apprendre un peu plus. L'auteur sait magnifiquement jouer de cette bonne distance, ses anecdotes sont autant d'indices subtilement parsemés pour bien nous imprégner de cette atmosphère, feutrée mais subtilement féroce.

C'est la description d'un monde en perdition, cloitré derrière ses privilèges, qui refuse de voir au delà de ses murs parce que tout simplement il n'a plus de repères et qui finit par sombrer. Excellent!

Je regardai devant nous, vers le chemin qui nous ramenait à la route; il était désert; Je passai mon badge devant le lecteur et la barrière se leva. Dans le rétroviseur, il y avait les yeux de Juani et de Romina; ils observaient les miens. Ronie me tapa sur la cuisse pour que je le regarde. Il avait l'air effrayé.
Je lui demandai : "tu as peur de sortir?"


Dernière édition par Aeriale le Jeu 23 Fév - 9:02, édité 1 fois
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Re: Claudia Pineiro

Message par Aeriale le Jeu 23 Fév - 8:56

-Elena et le roi détrôné-






Roman inoubliable c'est certain, et très dur aussi. Il faut du souffle car le récit est écrit au taquet, il ne nous lâche pas, Claudia Pineiro a une voix unique pour rendre compte de cette maladie qui peu à peu prend possession du corps jusqu'à ne rien laisser. Répétitions, texte serré, on est au plus près du combat de cette femme pourtant fière, qui a dû renoncer à toute décence mais qui continue de lutter parce que la vie est plus forte et qu'elle cherche surtout une raison de survivre, en se cachant une vérité qu'elle ne veut peut-être pas voir. C'est un texte âpre, sans pathos et sans langue de bois, qui ose aborder des sujets arides sans rien épargner, la triste histoire de deux femmes engluées dans la même désespérance et qui s'accrochent pour ne pas tomber. Jusqu'où peut -on aller quand le corps ne répond plus? Et y'a t'il encore assez de place pour cet amour filial lorsqu'on arrive au bout de soi même? Ne reste-t'il que le sentiment du devoir?

Chacun sa réponse, l'auteure ne juge pas, on reste juste un peu sonné devant la crudité des faits posés là, face à une conclusion que l'on n'imaginait pas. Dur oui, et pourtant bien construit et au suspense accrocheur. C'est vrai qu'il retient ce roman plus j'y pense!
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Re: Claudia Pineiro

Message par Aeriale le Jeu 23 Fév - 9:00

-Bétibou-




Troisième roman traduit de l'auteure, découverte par Les veuves du Jeudi.  L'intrigue pourrait d'ailleurs s'en rapprocher: Un crime maladroitement maquillé en suicide est commis dans un de ces country-clubs ou résidences privilégiées farouchement gardés par une horde de sbires armés et zélés jusqu'à la caricature, bien évidemment.

Atmosphère encore ici brumeuse,  louchant sur un scénario de film noir dont le livre en garde la narration. Tout est en effet retranscrit dans les moindres détails, sans dialogues avec tirés, comme pour un script. C'est sans doute ce qui m'a le plus gênée. Je n'ai pas réussi à retrouver le rythme tendu, la distance, ni même la subtilité de l'auteure qui m'avaient tant séduite dans les deux premiers. A vrai dire le temps m'a paru presque long, l'intrigue pesante, les rebondissements quasi prévisibles. Il m'a fallu attendre les 50 dernières pages pour redécouvrir la verve habituelle de Claudia Pineiro, et quel dommage!

Les thèmes sont cependant percutants: La radiographie d'un univers corrompu et malodorant, celui des "protégés", les liens troubles reliant le pouvoir (celui des affaires comme le politique) et la presse, une vérité impossible à révéler et ces trois héros enquêteurs confrontés à une prise de conscience, piégés par un système dont ils ne pourront s'échapper que par des actions individuelles.

Un bon livre ceci dit, principalement sur la fin, mais qui m'a semblé mal traduit (j'ai vérifié, le traducteur est le même) ou bien était-ce moi qui étais moins disponible? Possible, je n'affirme rien, il m'a juste paru beaucoup plus lourd (dans la forme, je reprécise) que je ne l'espérais!
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Re: Claudia Pineiro

Message par Epi le Jeu 2 Mar - 12:24

Les veuves du jeudi

Claudia Pineiro nous offre avec Les veuves du jeudi, la description d'un monde hyper protégé, autant par les hautes barrières de la résidence et ses gardes que par l'argent qui leur confère un pouvoir souvent abusif sur les moins favorisés, un pouvoir qu'ils exercent sans états d'âme, figés qu’ils sont dans la certitude de leur légitimité à garder à l’écart ceux qui ne font pas partie de leur classe. Ils sont à la recherche d'un monde parfait, c'est-à-dire un monde qui leur ressemble où l'autre renverra une image en tous points semblable à la leur et qu'ils pourront comprendre et aimer. Ils s’isolent, pour mieux profiter de leurs privilèges, pour échapper aux menaces réelles ou pas, de la société qui les entoure et qu’ils nient.

Et puis, peu à peu, la jolie bulle se fissure et laisse entrer un peu de cette réalité qui a été tenue à distance. La crise économique n'est plus ce vague problème qui ne touche que les autres, ceux de l'extérieur, elle fait son entrée, doucement, sournoisement, à l'intérieur de ce cocon et bouleverse les habitudes, les croyances. Elle a raison de l'optimisme régnant et leur condition de nantis, fragile, est menacée. A travers l’histoire de quelques uns des habitants de la résidence, Pineiro dénonce le mode de vie d’une classe fermée qui ne se rend même pas compte de l’hypocrisie dans laquelle elle baigne, du racisme bon chic bon genre qui ne dit pas son nom mais qui fait partie intégrante de leur vie, du mépris dans lequel les classes inférieures, ici les domestiques, sont tenues. Leur vie est une comédie amorale et souvent vide de sens et Pineiro appuie exactement là où ça fait mal.

Heureusement, d'autres voix, celles des enfants Romina et Juani, qui refusent le modèle parental, viennent apporter un peu de nuance, un peu de fraîcheur dans ce monde lisse et glacé. On se dit qu’il y a de l’espoir, que ce modèle n’est pas et ne deviendra pas la norme.

Le livre est riche en critiques caustiques sur tout ce petit monde un peu ridicule et pathétique et les portraits que Pineiro brosse de ces gens, qui placent leur confort et leur sécurité au-dessus de tout, sont souvent savoureux d’humour et d’ironie.

J'évite généralement la littérature sud américaine, et j’avoue avoir eu un peu peur lorsque Aériale m’a proposé ce livre pour la chaîne. Eh bien, j'ai été agréablement surprise et j'ai passé un vrai bon moment.

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Re: Claudia Pineiro

Message par Epi le Jeu 2 Mar - 12:33

Aeriale a écrit:-Elena et le roi détrôné-
Je n'ai pas fait de commentaire pour ce livre mais je l'ai bien aimé même si j'ai eu un peu de mal au début.

J'ai toujours Betibou dans ma PAL, j'avoue que je l'avais complètement oublié !

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Re: Claudia Pineiro

Message par Ginger Beluga le Sam 10 Juin - 19:22

Les veuves du jeudi


Qu'ajouter Aeriale et Epi à ce que vous avez déjà exprimé ?


J’ai beaucoup aimé la montée en tension de cette affaire. On entre dès le départ avec les habitants  dans ce quartier fermé sous haute surveillance. Ces gens ont les moyens et se donnent le droit d’être protégés du reste du monde, s’entend la population qui les entoure. L’ambiance est feutrée, de bon aloi. Leur vie est simple, naturelle, sportive, hygiénique. Mais que l’on ne s’y trompe pas, c’est une fausse simplicité, celle dont peuvent se prévaloir les nantis. N’est-il pas facile de vivre “simplement” quand la fortune accompagne cette décision ? Le tout quand même, sur fond de voitures de luxes et villas assortis. On se reçoit entre voisins dans les magnifiques parcelles paysagées, on est inscrit au 18 trous (inclus dans le quartier) etc.
La mécanique se grippe, les apparences sont trompeuses, le paradis serait-il proche de l’enfer ? Il est question d’un inexorable cheminement vers l’apothéose finale.

C’est un récit en boucle, il commence par le début et finit par le début. Un peu simple ? non car on arrive aux dernières pages, sous tension en ayant oublié les premières images auxquelles on revient.
L’auteur utilise volontairement une écriture au phrasé un peu haché qui convient à merveille à la description des faits. Une forme de narration journalistique qui s’attache surtout à ce qui se passe. Le récit serait-il tiré du fameux carnet rouge ?

Voci un livre que j’ai vraiment apprécié.
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Re: Claudia Pineiro

Message par Aeriale le Dim 11 Juin - 15:18

L’auteur utilise volontairement une écriture au phrasé un peu haché qui convient à merveille à la description des faits. Une forme de narration journalistique qui s’attache surtout à ce qui se passe. Le récit serait-il tiré du fameux carnet rouge ?

Voci un livre que j’ai vraiment apprécié.

Merci de ton commentaire, bien contente que tu aies apprécié, @Ginger Beluga!

Une auteure à connaître, je trouve aussi, qui sait mener une intrigue et surprendre son lecteur, avec un thème qui révèle pas mal de choses, un peu journalistique, c'est vrai.

Qu'appelles tu le carnet rouge?
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Re: Claudia Pineiro

Message par Ginger Beluga le Dim 11 Juin - 16:10

Aeriale a écrit:

Qu'appelles tu le carnet rouge?


Celui de Victoria Aeriale. Le carnet dans lequel elle note les résolutions à tenir pour vendre ses maisons, et quelques observations concernant la vie du quartier et ses habitants. L'écriture du roman ressemble parfois à ces choses saisies sur le vif, justes notées.
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Re: Claudia Pineiro

Message par Aeriale le Dim 11 Juin - 19:49

Ah d'accord! En effet, j'avais oublié son petit carnet et les fiches qu'elle tient au sujet de ses locataires.

Son style est très direct, on est vraiment dans le vif du sujet, tu as raison...
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