Kelly Reichardt

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Kelly Reichardt

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 19:34



Kelly Reichardt [Etats-Unis], d'abord directrice artistique sur Poison de Todd Haynes, L'incroyable Vérité de Hal Hartley et Longtime Companion de Norman René elle réalise ses premiers longs métrages et ai tout de suite encensée par la critique.

Filmo :
River of Grass, 1995
Ode, 1999 (d'après le roman d’Herman Raucher Ode To Billy, sur des musiques de Yo La Tengo et une bande originale de Will Oldham)
Old Joy, 2006
Wendy et Lucy, 2008
La dernière piste, 2011
Night Moves, 2014
Certaines femmes, 2016

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Re: Kelly Reichardt

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 19:37

Old Joy


Deux amis partent camper dans la forêt. Deux jours entiers consacrés à la nature, à la détente, au calme et aux retrouvailles. Entre eux, peu de mots seront échangés, beaucoup de silences qui marquent une distance qui s'est creusée inexorablement entre eux au fil des années. Et pourtant, la douce nostalgie de la complicité passée semble les rattacher encore solidement l'un à l'autre.
Après un début plutôt banal, et même légèrement bancal : un homme, futur père ose à peine demandé à sa femme s'il peut partir un week-end avec un vieux pote. Le vieux pote en question est un adulescent beatnik qui "menace" de nous asséner pendant 1h15 de belles philosophies.
       
Mais Kelly Reichardt échappe au film pseudo-socio-philosophique. Une fois en forêt, grande bouffée d'oxygène.
Du calme, de la verdure : de très beaux plans qui donnent l'impression de sentir l'humidité, la mousse sous les pieds. Une explosion de nuances verts-marrons qui repose les yeux, et l'esprit par la même occasion.
     
Après il y a ce malaise entre les deux hommes. On le voit, leurs deux mondes sont très éloignés l'un de l'autre. On nous le dit, ils étaient très proches avant, maintenant ils ne se voient que très peu. Une amitié qui s'éteint, qui s'efface. Du silence donc. Parce qu'ils n'arrivent pas à dire ces choses là (lorsque Kurt essaye de formuler son inquiétude,
Mark le rassure maladroitement, la conversation s'avorte d'elle-même face à la peur de découvrir ses sentiments).
   
Finalement, un film qui glisse tout seul, comme une balade nostalgique, douce amère, entre les arbres. Une petite plongée dans une source d'eau pour essayer d'oublier. Quelques tentatives pour se parler, communiquer, et puis, abandonner. Être seul finalement. Mais pas tout à fait. Être seul à deux.
       
Un très beau film, très doux, qui touche à des sentiments très profonds, et à une vérité évidente : le temps passe, et emporte avec lui quelques parties de nous.

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Wendy et Lucy

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 19:38


Wendy et Lucy

Wendy est en route pour l'Alaska pour trouver du travail, et sûrement, également, une place, un endroit à elle.
Elle n'a que sa voiture, quelques billets, et sa chienne Lucy avec elle.
Et puis dans une minuscule ville de l'Oregon, sa voiture tombe en panne, alors qu'elle pique une pauvre boite de nourriture pour chien dans un magasin elle se fait embarquer par les flics pendant des heures, laps de temps pendant lequel Lucy disparaît...

Wendy se retrouve seule, chaque minute est tournée vers deux objectifs : faire réparer sa voiture et retrouver Lucy. Elle marche pas à pas vers ses deux buts.

Alors que je pensais retrouver un peu l'ambiance de Old Joy, sauce Road-movie... Wendy et Lucy, est beaucoup plus sombre, plus désespéré. Déjà... la route est soudainement bouchée, Wendy est bloquée, y'a pas beaucoup d'espoir qu'elle s'en sorte, elle erre plus pour une question de survie et de refus d'abandonner que vraiment parce qu'elle y croit à mort.
Pas de bucolisme naïf ici.

Alors ça tourne en rond, ça piétine, autour des lieux vus et revus, l'étouffement, la frustration, la douleur, la tristesse, chaque minute maintient Wendy et le spectateur à la limite du fatalisme désespéré.

La mise en scène, la mise en image, le montage, sont ultra précis, dirige le spectateur. Alors qu'Old Joy nous baladait un peu, nous laissait rêver, ici on a du mal à respirer, on ne voit pas trop de porte de sortie.

J'ai retrouvé la tendresse, l'humanité et le désir de toucher du bout de l'image des sentiments qui ne s'expriment pas par les mots. Et toujours la constatation que la solitude sera toujours plus évidente, fatalement évidente, que d'être avec un autre, n'importe quel autre.

Les films de Kelly Reichardt, si on accepte de se laisser mener dedans, on en sort un peu autrement.


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Re: Kelly Reichardt

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 19:39

A propos de Wendy & Lucy :

K. Reichardt
Au moment du cyclone (Katrina), j'ai été frappée du peu d'empathie que les politiciens manifestaient à l'égard des victimes, dit Kelly Reichardt. Ils estimaient qu'elles n'auraient pas dû se retrouver dans cette situation de pauvreté.
[...]
L'important était de mettre à l'épreuve ce mythe américain selon lequel il suffit de se prendre en main pour améliorer son sort.

Le tournage était planifié sur dix-huit jours, une durée dérisoire qui ne permettait pas de répéter.
[...]
Kelly Reichardt ne tourne que deux ou trois prises de chaque plan.


K. Reichardt, de l'errance :
C'est avant et après le tournage que la cinéaste prend son temps. Pour ses trois films, elle a passé des semaines en repérages, à rouler sur les routes de Floride (pour River of Grass, son premier film, qui date de 1994) ou d'Oregon (pour Old Joy, réalisé en 2006, et Wendy & Lucy).
"Ce n'est pas très écologique, d'autant que je n'ai pas les moyens de me payer une voiture hybride,
reconnaît-elle. Et je me demande des fois si je suis vraiment en train de travailler quand je passe des semaines à errer. Mais j'en ai besoin pour que le film existe."

Et, après le tournage, Kelly Reichardt passe des mois à monter son film. Elle est venue au cinéma par passion pour les films. Adolescente, "je passais mon temps à démonter les séquences, pour comprendre comment elles avaient été réalisées", se souvient-elle. Cette manie solitaire a fait d'elle une réalisatrice et une professeure d'université. Elle tire sa science de la construction d'une séquence de maîtres improbables, au regard du cinéma qu'elle pratique : Douglas Sirk, Max Ophuls, Todd Haynes...

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La dernière piste

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 19:41

La dernière piste.

C'est  tout de même superbe cette idée de ce tout petit écran carré pour filmer des grands espaces désertiques et dangereux : d'un coup, immédiatement, on colle à la vie des personnages, on sent l'enfermement au cœur de l'immensité (ça m'a pas mal fait penser à l'ambiance de Gerry de Gus Van Sant), et puis, ça nous cache le danger qui semble être partout possible.

Une rugosité, de la poussière, de la sécheresse : Reichardt arrive très bien à faire ressortir l'hostilité de ce territoire que les gens doivent traverser pour trouver la vallée.

Et vraiment, j'ai été complètement bluffé par la dérive de l'histoire : quelle surprise de voir le pouvoir passer des hommes aux femmes, et à l'étranger. Et ces regards de méfiance, de peur, ce côté animal, fragile, les acteurs sont vraiment très forts pour montrer la peur en quelques cillements. Une tension nerveuse dont on peut avoir du mal à se débarrasser.

J'ai aimé retrouver ce truc de la déambulation d'un être (ou de plusieurs) dans un lieu où il se sent perdu, déstabilisé, fragile, et où il dépasse quelque chose et se trouve lui. Où sa place se creuse.
Toujours ces conflits qui glissent vers une nouvelle hiérarchie où chacun essaye de trouver le bon équilibre. Quitte à déplacer les codes, les règlements.

Cela dit, Kelly Reichardt filme d'une façon où on ne peut pas oublier que c'est une histoire de cinéma. Il y a toujours des plans, des astuces rythmiques, des images, des dialogues qui font cinéma. Mais ça me plaît.

(Je ne comprends pas pourquoi on appelle ça un Western... et je comprends, du coup, les gens qui peuvent être déçus par rapport à cette attente).



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certaines femmes

Message par Queenie le Mer 1 Mar - 20:07


Certaines femmes, 2016

Kelly Reichardt, je la suis de près (sauf que je n'ai pas vu Night Moves, ni ses tous premiers films).
J'aime ses personnages paumés, qui marchent, qui se perdent physiquement, dans de grands espaces, et se retrouvent alors intérieurement.

Dans certaines femmes, c'est étrange, déjà, d'être en ville (c'est vite dit, car c'est quand même paumé au milieu du Montana). Ensuite je n'ai pas trop accroché aux histoires, trois histoires. La première m'a carrément laissée de marbre, à part quelques sourires, et une indignation de féministe (d'ailleurs, dans les trois portraits, la femme est encore particulièrement mise en avant, et dans la dénonciation de comportements sexiste irritant. C'est toujours glissé assez intelligemment pour être remarqué sans devenir pamphlet).

J'aurais préféré m'installer dans ces histoires, plutôt que d'en avoir des petits bouts. Et je les ai préféré de manière croissante. Il y avait tant de choses intéressantes qui jaillissaient du personnage de Michele Williams... Ou de la gardienne de chevaux de la troisième (terriblement émouvante).

J'ai aimé les longs plans qui les filment et nous les montrent face à la nature, et à elles-mêmes. J'ai eu des pics de tendresse, d'empathie. Kelly Reichardt avait de quoi faire trois films, elle aurait du faire trois films ! L'intensité se perd dans ces petits morceaux.

Next ?


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Re: Kelly Reichardt

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