Paula Fox

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Paula Fox

Message par kenavo le Dim 5 Mar - 9:38



Paula Fox, née le 22 avril 1923 à New York et morte le 1er mars 2017 à Brooklyn dans la même ville, est une romancière américaine.


source et suite


Je ne viens que d'apprendre sa mort ce matin... il nous faut son fil Wink

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Re: Paula Fox

Message par kenavo le Dim 5 Mar - 9:39


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The Widow’s Children / Les enfants de la veuve
Présentation de l'éditeur
À la veille d'un voyage en Afrique, Laura Maldonada Clapper et son mari, Desmond, boivent du scotch assis dans une chambre d'hôtel new-yorkaise, en attendant leurs trois invités : Clara, la timide fille de Laura née d'un précédent mariage; Carlos, l'exubérant frère de Laura, critique musical raté; et Peter, un éditeur falot et mélancolique que Laura n'a pas revu depuis un an. Ce qui s'annonçait comme une petite fête de départ se transforme bientôt en un amer et angoissant règlement de compte familial. Laura, sorte de "diva", qui tout au moins semble se considérer comme telle, orchestre la soirée avec une impériale cruauté et multiplie insinuations et hostilités pour tenter de cacher une terrible nouvelle qu'elle vient d'apprendre. Paula Fox révèle une fois de plus son incontestable maîtrise esthétique et sa capacité à raconter les relations humaines telles qu'elles sont et non telles qu'elles devraient être. Elle met en scène avec une grande subtilité la toute-puissance maternelle dans ce qu'elle peut avoir de manipulateur et de déstabilisant.
Souvent je ne comprends pas le choix pour les traductions des titres de certains romans et même si je n’arrive pas tout à fait à suivre l’idée du pourquoi de l’éditeur allemand pour changer le titre, je le trouve quand même presque aussi bien que celui que Paula Fox a donné elle-même à son livre: Laura’s Schweigen=Le mutisme de Laura.

En effet, c’est en quelque sorte elle qui est au centre de ce roman, beaucoup plus que tous les autres enfants de la veuve, qui sont indiqués dans le titre, et c’est surtout son non-dire, son silence qui joue aussi un rôle.


Dans des louanges concernant ce livre, on parle de Tchekhov, d’une tragédie grecque.. et oui, il y en a de tout dans ce roman.. et plus.

J’ai pensé de voir ce roman en tant que pièce de théâtre, mais chaque personne a tellement de réflexions intérieures, de flash-back concernant le passé, il serait probablement difficile de mettre tout cela sur scène. Mais en tout cas, c’est fascinant la façon dont Paula Fox fait le ‘défilé’ des différents personnages et les images qu’elle arrive à créer.

Le premier chapitre p.ex. se déroule sur 80 pages et se joue seulement dans une petite chambre d’hôtel, sans qu’on a jamais le sentiment de se lasser..

Souvent je dis qu’il faut avoir bonne humeur si on veut entamer une lecture de Paula Fox, et bien, je trouve ici que ce n’est pas le cas – ce livre va vous donner de la bonne humeur, en tout cas à moi. Surtout que j’étais contente de constater qu’il doit y avoir des familles dans ce monde qui sont encore plus dérangées et fatigantes que la mienne !

Il ne me reste rien d’autre à dire, à part que je donne raison à Andrea Barrett qui a écrit dans la préface qui se trouve dans ma version anglaise : il n’y a pas moyen de comprendre tout ce qui se passe dans ce roman, à part de le lire.

Je vous invite à le faire, c’est un pur bonheur !

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Re: Paula Fox

Message par Arabella le Dim 5 Mar - 10:13

La légende d'une servante

Ce très beau roman nous conte la vie de Luisa, fille d'une servante de couleur et du fils de la propriétaire tentaculaire d'une gigantesque plantation de canne à sucre, située dans l'île de San Pedro. Ignorée par sa puissante grand-mère qui déshérite son fils pour cette mésalliance, Luisa est choyée par son autre grand-mère, qu'elle aime passionnément. Mais son père décide de partir pour les Etats-Unis et Luisa et sa mère doivent tout quitter. La famille va souffrir de la misère, et Luisa deviendra servante comme sa mère, et élèvera seule son fils, en rêvant à un improbable retour à San Pedro.

C'est très sombre, ce destin de femme décrit de façon très clinique et dépourvu de sentimentalisme et de pathos est d'une grande tristesse, les moments de bonheur sont quasi inexistants, Luisa semble vouée à la solitude, à être une perdante, elle ne paraît pas avoir de but dans l'existence, de quelque chose qui la remplirait. Elle vit un peu par procuration les vies de ses différents employeurs, avant de réaliser qu'il s'agit d'une terrible impasse.

Mais l'écriture très sobre et intense de Paula Fox magnifie le récit, en fait quelque chose que l'on ne peut lâcher avant la fin, elle nous attache à Luisa, même si ses choix et son absence apparente de sentiments peuvent sembler très étranges parfois, on finit par l'aimer, et j'ai eu l'impression que cette façon de traverser la vie sans rien ou presque laisser apparaître de ses émotions est une défense, une peur de souffrir insupportable.

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Re: Paula Fox

Message par Arabella le Dim 5 Mar - 10:13

Côte ouest

Il s'agit d'une très jeune héroïne de 17 ans Annie Gianfala, qui se retrouve seule, son père étant parti, pour un enième marige à l'autre bout du pays. Sur un coup de tête Annie décide de partir en Californie. Elle tente de survivre, de petit boulot en petit boulot, de chambre miteuse à une autre chambre miteuse. Et elle rencontre plein de gens, épaves ou non, elle semble attirer les autres. Et petit à petit elle semble se construire. Et un jour décide de quitter la Californie et de partir vers l'Europe.

Un magnifique roman, jamais dans le misérabilisme alors qu'il raconte un quotidien qui n'a rien de joyeux. Un monde sans espoir, sinon un espoir fallacieux comme le rêve hollywoodien. Annie est un mélange étonnant de naïveté et en même temps elle a une façon de ne pas se raconter d'histoires qui est assez troublante. Les autres personnages manquent aussi tous de véritables repères, sauf les communistes, dont les repères se révèlent faux. Tous cela avec l'écriture clinique de Paula Fox, dépourvue de tout sentimentalisme et facilité.

C'est mon troisième livre de Paula Fox et mon préféré, étrangement je ne l'ai pas trouvé aussi noir que ça, la lucidité du personnage d'Annie donne une perspective aux choses qu'elle vit, et son départ volontaire à la fin du roman, propose une ouverture, même si partir ne change pas forcement les choses.

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Re: Paula Fox

Message par Arabella le Dim 5 Mar - 10:14

Le Dieu des cauchemars

A la mort de son père, qui avait quitté le foyer conjugal, Helen se voit plus ou moins imposer par sa mère de quitter leur maison, pour aller à la Nouvelle Orléans, où vit sa tante, Lulu. Ancienne actrice, alcoolique, cette dernière se détruit en toute connaissance de cause. Helen se trouve un emploi de vendeuse, rencontre des gens dans un monde assez libre d'artistes, et tombe amoureuse. Se construit une vie.

Le livre semble peut être moins noir que d'autres romans de l'auteur, il y a une sorte d'élan et d'espoir dans le personnage d'Helen, à qui tout semble possible. Mais Paula Fox reste fidèle à elle-même, et au final, on n'échappe pas à soi-même. Et l'ensemble des personnages qui composent cette société chaleureuse de la Nouvelle Orléans a au final des destins tristes.

L'écriture de Paula Fox fait de cette lecture une merveilleuse expérience de lecture, touchante et qui reste. Malgré toute cette tristesse, pas de sentimentalité facile, mais une sorte de lucidité qui fait mouche.

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Re: Paula Fox

Message par Aeriale le Dim 5 Mar - 11:06

@Kenavo a écrit:Je ne viens que d'apprendre sa mort ce matin... il nous faut son fil

C'est fou, je voulais justemernt lui ouvrir un fil hier, pas eu le temps. Merci Kena.

-Personnages desespérés- était mon premier d'elle.






Voilà un roman complexe, dense, qui cache sous sa banalité apparente toute une image d'un monde en train de péricliter: Un couple à la réussite modèle, que l'on suit tout au long d'un long week.end et qui est décrit à la lorgnette, dans des détails qui en disent longs et qu'on ne note pas forcément au départ.

L'auteure ne nous les rend jamais proches, ils sont observés presque cliniquement, et ce recul est d'autant plus tranchant. Sophie se fait mordre par un chat, s'inquiète au début, mais rechigne à se faire examiner. On apprend que son mari s'est disputé avec son associé qui le juge trop conformiste, qu'elle a eu un amant et que tout n'est pas si clair dans leur relation. Autour d'eux non plus rien n'est rose. Leur maison de campagne a été saccagée et les rues sont glauques. Des ivrognes traînent qui peuvent être violents, des coups de fils anonymes, un gardien louche, etc ...

Une atmosphère lourde, où le malaise s'insinue peu à peu et se renforce à mesure que les heures passent avec cette question lancinante: a t'elle ou non attrapé la rage?

L'univers de Paula Fox est sombre, l'espoir est mince (Sophie ne trouve même plus l'envie de retravailler) et les gens jamais d'un bloc. On attend l'implosion jusqu'à cette belle scène finale (que j'ai visualisée complètement) où le couple semble se retrouver, mais qui laissera des traces comme cette tache d'encre sur le mur.

Rien n'est simple chez cette auteure on dirait. Derrière les blessures le mal ronge, et les beaux sentiments, les jolies façades peuvent aussi masquer des horreurs, à l'image de leur villa dévastée.

Il y a surement d'autres symboles que j'ai dû rater, Franzen nous rassure, lui qui n'a jamais fini de le lire. Mais même s'il me reste une impression de léger flou, Paula Fox nous distille l'essentiel, la difficulté de vivre cachée sous les certitudes.
je voudrais qu'on m'explique comment vivre, et nous sommes bien incapable de trouver une réponse

Rien n'est explicite...Mais c'est classe chez Paula Fox!
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Re: Paula Fox

Message par Aeriale le Dim 5 Mar - 11:31

-Les enfants de la veuve-

@Darkanny en avait fait un commentaire et elle avait raison. La seule façon de bien en parler est de citer les passages marquants (qu'elle citait, je vais les rechercher) Le reste est à lire tout seul pour bien ressentir la tension qui va crescendo et surtout ce qui se cache derrière.

C'est encore ici dense, lourd de sens. D'entrée il y a un profond malaise qui plane et qui va éclater lors du repas quand Laura, la figure phare de la mère toute puissante, claque la porte et s'enfuit. Laura qui manipule tout le monde et devant qui tous perdent leurs repères. Autour d'elle les hommes sont pleutres, alcooliques ou simplement des ratés incompris. Clara sa fille peine à se faire entendre et apparait bien fragile. Tous voudraient bien se défaire d'elle mais se retrouvent englués dans des relations très complexes tissées par les années, leur histoire, un passé jamais simple.

Tout comme dans Personnages désespérés rien n'est très explicite, Paula Fox nous livre juste des réflexions, on passe tour à tour dans leur mental mais de façon éphémère, c'est à nous de chercher plus loin et on ne saura jamais complètement d'ailleurs. Ce que l'on retient c'est ce sentiment de malaise, ces luttes constantes qui habitent ses personnages, cette impression qu'ils ne sont jamais réellement définis ni satisfaits de leur condition et qu'ils préfèrent s'en échapper parfois.

Mais si on se penche sur le parcours chaotique de l'auteure (qu'elle retranscrit beaucoup ici) on ne sera pas surpris. Sa plume tranchante et féroce reflète bien sa propre perception des rapports humains: tumultueux, dépendants, jamais vraiment réglés finalement.

Alors si vous aimez le côté grinçant et la prose qui secoue je vous le conseille vivement, vous allez être servis. Ses dialogues sont de vrais pépites et ses images toutes aussi percutantes, impossible à oublier: Vous en ressortirez de bonne humeur, comme @Kenavo ;-)

Ambiance
Les invités étaient venus souhaiter bonne route aux voyageurs. La soirée s'était déroulée sans heurts, ils avaient parlé du voyage, évoqué la paresse de Carlos, imité un oiseau, commenté le physique de Clara, extirpant d'eux mêmes les mots, les poussant devant eux comme pour forcer une bête léthargique à entrer dans sa cage, et voilà maintenant que la bête ressortait et les menaçait soudainement affamée
Effet
lors que la soirée se terminait, que tout serait bientôt fini, elle [Clara] se sentait plus angoissée, plus déstabilisée qu'en arrivant dans la chambre des Clapper, où la rareté de ses rencontres avec Laura dressait encore une sorte d'écran derrière lequel elles pouvaient jouer en ombres chinoises la comédie de la sympathie. Mais l'écran avait disparu de heures auparavant, lorsque Laura avait soulevé l'ourlet de sa robe et révélé son petit mensonge idiot. Elle eut alors une vision d'elle-même, perdue dans un paysage désolé, gigotant comme un clown vexé dans un théâtre vide.
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Re: Paula Fox

Message par Ruth May le Dim 5 Mar - 15:01

@Kenavo a écrit:
Je ne viens que d'apprendre sa mort ce matin... il nous faut son fil Wink


Je l'ai appris ,hier soir, en rentrant chez moi : j'avais aussi découvert Paula Fox en lisant Personnages désespérés comme @Aeriale et c'est La légende d'une servante qui m'a ensuite emmenée à la recherche de ses autres écrits...

Je me souviens du dernier lu L'hiver le plus froid comme d'un reportage en pays de décombres.
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Re: Paula Fox

Message par Aeriale le Dim 5 Mar - 15:31

@Ruth May a écrit:Je me souviens du dernier lu L'hiver le plus froid comme d'un reportage en pays de décombres.
Ah oui, une belle lecture, très différente des autres, la plus touchante. J'ai retrouvé mon commentaire

-L'hiver le plus froid-





   J 'étais au centre du monde. J’avais 23 ans.

A partir de cette courte phrase Paula Fox va de son style incisif et assez fragmenté, nous livrer ses souvenirs mêlés d'impressions fugaces, ressenties pêle mêle au hasard de ses rencontres, lorsqu'elle était une toute jeune correspondante envoyée sur le terrain, dans l'Europe d'après guerre. Elle y découvre un univers exsangue, encore endolori, à peine sorti de ses horreurs. Misère, méfiance, pauvreté ou folie, elle va approcher l'envers du décor, des nobles polonais partageant leurs dernières terres, des révolutionnaires espagnols oubliés du monde, ou des juifs errants rescapés du massacre. L'auteure ne s'appesantit pas, tout est dit au travers de ses phrases lapidaires où la poésie s'infiltre parfois comme échappée de la misère ambiante. En touchant du doigt les vestiges d'un monde encore abasourdi, la jeune fille va perdre de son innocence et apprendre à se redéfinir quelques années plus tard.

    La guerre avait dévasté l'Europe, des millions et des millions de gens avaient été massacrés, et en me montrant à moi aussi qu'il y avait autre chose que ma vie, l'année où j'y avais voyagé m'avait libérée de chaînes dont je n'avais même pas conscience.

Sobre, sans ajout, Paula Fox a toujours l'art de suggérer plus que de s'étendre, mais cela suffit bien pour marquer notre imaginaire.
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Re: Paula Fox

Message par darkanny le Dim 5 Mar - 20:54





Les enfants de la veuve

À la veille d’un voyage en Afrique, Laura Maldonada Clapper et son mari, Desmond, boivent du scotch assis dans une chambre d’hôtel new-yorkaise, en attendant leurs trois invités : Clara, la timide fille de Laura née d’un précédent mariage ; Carlos, l’exubérant frère de Laura, critique musical raté ; et Peter, un éditeur falot et mélancolique que Laura n’a pas revu depuis un an. Ce qui s’annonçait comme une petite fête de départ se transforme bientôt en un amer et angoissant règlement de compte familial. Laura, sorte de « diva », qui tout au moins semble se considérer comme telle, orchestre la soirée avec une impériale cruauté et multiplie insinuations et hostilités pour tenter de cacher une terrible nouvelle qu’elle vient d’apprendre.

Ce n'est pas le premier que j'aie lu d'elle , il y a eu "Côte ouest" , une très bonne approche de cet immense auteur , mais avec celui-ci , je crois que l'on frôle la perfection.
Pour reprendre Andrea Barret dans sa préface : "j'ai sorti de leur contexte les fragments que je trouvais les plus saisissants , mais tout ce qui l'entoure l'est également. Ce roman est ce qu'il est , le lire est la seule chose à faire pour qui veut en saisir toute la portée" .
Délibérément j'ai choisi également des phrases que je tenais absolument à partager .

Construit comme une pièce de théâtre (par moments on se croirait dans du Tennessee Williams dans "La chatte sur un toit brûlant") , 5 actes donc : l'apértif , couloir , restaurant , le messager , les frères , Clara , l'enterrement.

1 - Apéritif

C'est l'acte le plus long , moment terrible où les invités partagent un apéritif dans une chambre d'hôtel vite étouffante , fumée , alcool , où Laura distribue ses bons et mauvais points , fait régner une terreur mentale que les personnages vivent en espérant une seule chose , que tout cela finisse et que leurs vies intimes et personnelles reprennent leur bon droit , extrait :

Clara pensait qu'effectivement on ne pouvait pas sauver quelqu'un dans ces chambres d'hôtel , ces lieux qui n'appartiennent à personne , ces lieux d'interruption , d'immunité de la vie ordinaire , où l'esprit languit , s'assèche , se glace , mais où la chair s'enflamme , s'empourpre , excitée par le parfum licencieux qui émane d'un lit , d'une baignoire ou d'un oreiller qui est celui de n'importe qui , du faux abri qui s'offre à tous .



Paula Fox a des phrases terribles pour nous éclairer sur le personnage de Laura

Laura considérait toute rationalisation comme une insulte à son égard , et s'en servait pour nourrir une rage qui ne s'éteignait que lorsqu'elle avait démoli les constructions pitoyables élevées par ses interlocuteurs pour cacher ce qu'elle croyait être leur véritable but.

Essayez avec vos proches et vous verrez....

Acte 2 scène du "couloir " où les personnages se décident enfin à sortir de cet enfer programmé qu'était la chambre d'hotel pour aller au restaurant :

Nous nous dégradons tellement dit Laura en regardant ses mains , mes doigts ressemblent à des serres de faucon , pourquoi ne pouvons-nous pas vieillir comme les autres animaux ?

Acte 3 , le restaurant , la lente dégradation des rapports continue exacerbée par l'état chancelant des personnages tendus à l'extrême , rendue encore plus vivace par la consommation d'alcool et la pluie battante essuyée sur la route qui mène au restaurant .
Quelques moments de complicité et de fausse gaieté émergent tout de même :

Carlos et Laura sortirent en premier de l'ascenseur .Ils traversèrent le hall d'un pas alerte , bras dessus bras dessous , échangeant sourires et regards complices , dodelinant de la tête et caquetant de rire comme deux volatiles pleins de dédain pour leurs comparses

Paula Fox utilise très souvent des qualificatifs d'animaux , visiblement ça fait mouche (hahaha)

Le repas est un sommet , dialogues acérés , quiproquos avec le serveur , murmures et regards des tables voisines , sortie prématurée de Carlos qui file à un rendez-vous et pour finir Laura qui éclate et sort également du restaurant après un propos de Clara plutôt anodin .

Dialogue intérieur de Laura :

Sa fille ! cette bouche ouverte, ces craintes imbéciles ! et Peter Rice ! une véritable coque d'insecte , ce fichu vampire qui lui suçait le sang, une machine à coudre chrétienne désincarnée au raffinement insupportable , qu'avait-elle en commun avec ces gens -là, qu'avait-elle en commun avec Desmond , ce lourdaud aux chevilles épaisses qui croyait boire sans que personne ne s'en rende compte, ou avec ce débauché de Carlos !

Je vous avais prévenus , Laura encore à propos de son fils Carlos :

Oh si il change , dit-elle .Nous changeons tous , nous devenons hideux , aussi difformes que les chaussures noires de ma pauvre mère

C'est sans appel , c'est le mois qu'on puisse dire

Dernier acte , l'enterrement d'Alma la mère de Lara et grand-mère de Clara ,morte seule dans sa maison de retraite , abandonnée pour ainsi dire

Dans la boîte presque descendue au fond du trou reposait une vieille femme que Peter connaissait à peine . Ses trois vieux enfants paraissaient se pencher en avant , comme attirés par le cadavre de leur mère , femme d'une autre époque dont il ne saurait jamais rien . Autour de lui , les gris pâturages des morts semblèrent un instant réverbérer les énergies perdues d'existences anonymes et Peter sentit le poids écrasant de l'effort qu'accomplissait toute vie humaine pour finir sa course

Rien à rajouter

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Re: Paula Fox

Message par darkanny le Dim 5 Mar - 21:03




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Georges Mecklin,
homme droit mais
apparemment sans grande envergure, enseigne dans une école privée de
Manhattan et vient de s'installer avec sa femme à la
campagne. Un jour, il surprend un adolescent, Ernest, en train de fouiller
dans ses affaires.
Georges, dont l'existence étriquée réclame une 'belle cause', décide de
le prendre sous son aile sans se douter que cette décision va agir comme
un détonateur. Dès lors, on assiste
à l'implosion d'un couple dans un univers où les murmures, les
discussions l'emportent sur une capacité réelle à affronter la vie.


Toujours aussi réjouissant de retrouver cette plume.
Le thème est archi connu, celui de l'étranger qui débarque dans une vie de couple déja bien mise à mal (emménagement à la campagne qui s'avère un choix désastreux surtout pour la femme de Georges, difficulté à joindre les deux bouts donc pas de projection possible, absence d'enfants qui pèse, voisinage peu amène.....)

La vie de Georges s'étiole jusqu'à l'arrivée d'Ernest jeune désoeuvré rebelle et exclus du système scolaire, en qui il voit un moyen de s'élever par un acte de bienfaisance en quelque sorte: lui donner un enseignement privé et le goût d'apprendre.

Débuts difficiles, quelque chose de positif se laisse entrevoir peu à peu mais bien vite tout dérape.

Je n'en dirai pas plus sinon je raconte tout
L'intérêt réside également dans tous ces personnages secondaires (la soeur de Georges et son frappadingue de fils, le collègue de Georges prof de mathématique, les voisins pas plus équilibrés que le couple de Georges) et cette fatalité qui colle à la peau de tous.

Comme toujours d'excellents dialogues et une analyse fine de la société américaine qui ne brille pas sans pour autant être totalement démunie.
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Re: Paula Fox

Message par kenavo le Lun 6 Mar - 9:06

comme cela fait plaisir de (re)voir vos commentaires...
tout cela me donne furieusement envie de reprendre un de ses livres...

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Re: Paula Fox

Message par darkanny le Lun 6 Mar - 9:15

Encore un fil piège ? Very Happy
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Re: Paula Fox

Message par kenavo le Lun 6 Mar - 13:05


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Re: Paula Fox

Message par Ruth May le Lun 6 Mar - 13:42

@Kenavo a écrit:tout cela me donne furieusement envie de reprendre un de ses livres...

J'ai pensé le même chose, surtout que j'ai hésité pour ma lecture du moment entre un des livres de Paula Fox et celui que je lis en ce moment...au moins, je connais la prochaine, du coup!!  Wink
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