Tristan L'Hermite

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Tristan L'Hermite

Message par Arabella le Jeu 6 Avr - 21:09

Tristan L'Hermite (1601 - 1655)






François L’Hermite naît dans une famille pauvre mais noble, qui fait remonter ses origines jusqu'à Pierre L'Hermite, prédicateur de la première croisade.Il y a aussi dans la généalogie familiale un ministre de Louis XI, Tristan, en l'honneur de qui François prendra le nom de Tristan L'Hermite comme nom de plume. Il est envoyé très jeune par son père comme page chez Henri de Bourbon. A 13 ans, il eut un duel qui se termina par la mort de son adversaire, ce qui l'obligea à fuir la France. Il voyagea dans plusieurs pays avant de revenir en France en se cachant, puis finit par obtenir sa grâce. Il a raconté plus tard ses aventures de façon romancée dans « Le page disgracié ».

Il s'attache en 1623 à la maison de Gaston d'Orléans, ce qui ne semble pas lui avoir valu de bénéfices notables. Son activité d'écrivain est très diverse, en plus d'oeuvres en prose, dont « Le page disgracié » déjà cité, il écrivit de nombreux poèmes, et eut une activité de dramaturge, ayant connu quelque succès, en particulier pour sa première pièce, Mariamne ou La Mariane une tragédie représentée en 1636.

Il est élu à l'Académie française en 1649, mais connaît des difficultés matérielles, cherchant un protecteur généreux sans grand succès, marqué par la guerre de la Fronde au point d'envisager de partir à l'étranger, et ayant des soucis de santé qui finiront par l'emporter en 1655.

Il a été très vite oublié, pour revenir un peu à une forme de reconnaissance, au moins chez les spécialistes, à partir de la fin du XIXe siècle.


Dernière édition par Arabella le Lun 10 Avr - 21:49, édité 1 fois

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Re: Tristan L'Hermite

Message par Arabella le Jeu 6 Avr - 21:13

Mariane

Il s'agit d'un drame historique se passant à Jérusalem, avec Hérode le Grand comme personnage principal. La pièce repose sur une véritable trame historique, Hérode a en effet épousé Mariane, une descendante de la lignée hasmonéenne dont il s'est approprié le trône à Jérusalem avec le soutien romain, et qu'il finira par faire assassiner.

Dans la pièce, il est amoureux fou de sa femme qui le déteste, comme assassin d'un certain nombre de membres de sa famille, et comme usurpateur, et non pas un véritable roi. Cette détestation et répugnance de la part de sa femme torture Hérode :

« Et l'autre me refuse un coeur que je demande :
Un coeur que je ne puis ranger sous mon pouvoir
En possédant le corps où je le sens mouvoir. »

Leurs rencontres tournent à la confrontation, et Mariane est détestée par le frère et surtout la sœur du roi, Salomé, qui fait produire un faux témoin accusant Mariane d'avoir voulu assassiner son mari. Hérode la condamne à mort, mais est prêt à la gracier. Toutefois, en l'interrogeant, il devient jaloux, et persuadé que sa femme aime un autre homme et l'a trompé. La condamnation à mort devient irrévocable. Mais une fois accomplie, Hérode sombre dans la folie.

Une pièce vraiment passionnante. L'obsession amoureuse de Hérode est très bien rendue, il s'agit d'une véritable pathologie, on a un peu la sensation que cette situation de détestation de la part de la femme aimée, de contrainte, de domination qui ne dit pas son nom, de la résistance et du refus de Mariane participent à l'attrait qu'elle exerce sur Hérode. Qu'il joue constamment avec les limites, en jouant à la faire mourir, et que lorsque l'exécution a eu lieu, qu'il ne l'a pas arrêtée à temps, il s'effondre. La manière dont il surinterprète le moindre mot, lui donne un aspect paranoïaque, sa façon de conclure à l'adultère est quasi délirante. Le personnage est vraiment très intéressant, dès le début et la scène du rêve prémonitoire, jusqu'à la scène de la folie finale, là aussi remarquable. Lorsqu'il demande à voir Mariane qui a été exécutée, qu'on lui redit sa mort, qu'il semble comprendre pour redemander peu de temps après qu'on la fasse venir.

Mariane, bien qu'elle se comporte en digne personnage de tragédie  classique, qui en héritière de rois se sent avilie par le fait que son mari est un usurpateur, a aussi un caractère pathologique, elle joue quelque part le jeu d'Hérode. En refusant la moindre explication un peu convaincante, ou tout simplement ferme devant ses accusateurs, en étant finalement ambiguë dans sa façon de ne pas s'innocenter, en considérant la mort comme un bienfait, mais ne la regrettant quand même à cause de ses enfants.

Il y a quelque chose de trouble dans cette relation de couple, entre domination, jouissance dans la souffrance. Et une vraie présence des corps, que souvent la tragédie classique évacue. Andromaque veut se tuer après avoir épouser Pyrrhus. Mariane a survécu au mariage, a eu des enfants avec Hérode et la pièce irradie par moment une tension charnelle entre les personnages.

Les personnages des méchants, en particulier Salomé sont aussi forts, il s'agit de vraie acteurs agissants, pas de simples confidents.

Une pièce étonnante.

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