Claude Boyer

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Claude Boyer

Message par Arabella le Dim 9 Avr - 11:39

Claude Boyer (1618 - 1698)



Auteur dramatique français né à Albi en 1618 et mort à Paris en 1698. Eduqué chez les Jésuites, il vient à Paris en 1645. Il écrivit 23 pièces en 50 ans de carrière, dont la première, La Porcie romaine jouée en 1646 connut un grand succès, jusqu'à Judith, la dernière, créée en 1695.

Il a été considéré dans ses débuts comme un bon auteur, dans le sillage de Corneille, puis même le deuxième meilleur auteur après celui-ci, ce qui lui a permis d'être élu à l'Académie française en 1667. Mais il a connu une fin de carrière difficile, attaqué par une partie de la critique littéraire liée au clan de Racine, qu'il a avait remis en cause avant d'imiter, et qui le considérait comme un rival dérangeant. Dans la querelle des Anciens et des Modernes, il se range du côté des Anciens.

L'avis assassin de Boileau à son sujet a eu raison de lui, et il a sombré dans un grand oubli après sa mort, dont il n'est pas vraiment sorti aujourd'hui.

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Re: Claude Boyer

Message par Arabella le Dim 9 Avr - 11:51

Oropaste ou le Faux Tonaxare


La pièce de Claude Boyer est basée sur des événements historiques, mais en même temps pour lesquels ce qui s'est réellement passé reste un mystère. Smerdis ou Bardiya ou Tonaxare était un fils de Cyrus le grand, à la mort de qui, Cambyse est monté sur le trône. A la mort de ce dernier, il prend sa succession. Mais il se serait agit d'un imposteur, le véritable prince ayant été assassiné, et un personnage lui ressemblant aurait tenté de s'approprier le trône, avant que les grands du royaume ne se soient ligués pour le renverser, Darius devenant roi par la suite. Mais comme Darius a eu tout intérêt à mettre en cause la légitimité de ce Tonaxare pour justifier son coup d'état, il n'est pas possible de savoir réellement, qui il était exactement, véritable prince ou usurpateur.

Dans la pièce, il est un usurpateur. Le prince Tonaxare a été assassiné sur l'ordre de Cambyse, par Préxaspe, et Patisite. Grâce à une grande ressemblance avec le prince défunt, et au départ malgré lui, Oropaste, le frère de Patisite est reconnu comme roi. Mais des bruits d'assassinat se propagent, et le comportement du nouveau roi est jugé étrange, il ne reçoit plus ses anciens amis, et ne veut plus épouser la jeune fille à laquelle il était fiancé. Une conspiration commence à se mettre en place, menée par Darie, frère de la fiancée dédaigné et promis à la sœur de Tonaxare, mariage qui lui aussi semble devoir ne plus se faire.

Oropaste est en effet amoureux de Hésione, la sœur de Tonaxare. Et le mariage entre frère et sœur est licite dans la dynastie royale Perse. Il envisage donc de l'accomplir, en le justifiant par le bien de la dynastie, et par les bruits même qui le donnent pour usurpateur. Hésione finit par y adhérer, mais demande la mort de Patisite. Ce qu'Oropaste finit par lui accorder. Mais les conspirateurs accomplissent le meurtre d'Orapaste, qui finit par avouer son identité au moment de mourir, alors que le doute était toujours très fort et minait le clan des vainqueurs.

L'aspect le plus intéressant dans cette tragédie est la façon dont la confusion des identités se fait, en particulier dans l'esprit d'Oropaste. Il sait bien qu'il n'est pas Tonaxare, mais en même temps il s'identifie très fort à la fonction royale, il est le roi, et arrive à convaincre ceux qui l'approchent, tellement il ne paraît pas douter de la chose. Patisite, son frère est le maillon faible, en quelque sorte, il est prêt à avouer la supercherie, tellement il en est conscient, ce qui fait que le livrer à la mort est finalement un acte de prudence, si on s'en tient à une approche rationnelle.

Le final, où après l'attentat les conjurés eux-même finissent par se demander s'ils n'ont pas attaqué le vrai roi, est impressionnant. L'idée que jouer quelqu'un c'est le devenir, est une excellente idée de théâtre, et Claude Boyer l'exploite de façon intéressante, même si laisser les survivants dans l'incertitude de l'identité de celui qu'ils ont tué aurait été encore plus riche que les aveux d'Oropaste, qui enlèvent le doute, et donc une dimension angoissante et culpabilisante.

Une très bonne pièce, même si je n'ai pas trouvé l'écriture de Claude Boyer fortement originale, mais vraiment très habile, avec un grand sens de la formule forte.

Par exemple :

Qu'est-ceci, d'où me vient cet avis salutaire ?
Est-ce amour, est-ce haine, est-ce zèle, ou colère ?

Je crains peu tous les traits de leur faible courroux ;
Vous êtes seule à craindre, et je ne crains que vous ;
Vous êtes ma Princesse, et toute ma puissance
Serait contre vos traits sans force, et sans défense.

Dans l'effroyable état où ton crime m'a mis,
Je me vois sans parents, sans Dieux, et sans Amis.

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