Gonçalo M. Tavares

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Gonçalo M. Tavares

Message par eXPie le Lun 5 Déc - 22:23

Gonçalo M.TAVARES
(Luanda, Angola, 08/1970 - )



"Après avoir étudié la physique, le sport et l’art, il est devenu professeur d’épistémologie à Lisbonne.
Depuis 2001, il ne cesse de publier (romans, recueils de poésie, essais, pièces de théâtre, contes et autres ouvrages inclassables). Il a été récompensé par de nombreux prix nationaux et internationaux dont le Prix Saramago, le Prix Ler/BCP (le plus prestigieux au Portugal), le Prix Portugal Telecom (au Brésil).
Gonçalo M. Tavares est considéré comme l’un des plus grands noms de la littérature portugaise contemporaine, recevant les éloges d’auteurs célèbres comme Eduardo Lourenço, José Saramago, Enrique Vila-Matas, Bernardo Carvalho et Alberto Manguel.
" nous dit le site de l'éditeur Viviane Hamy : viviane-hamy.fr/fiche-auteur.asp?A=91
Parmi ses livres inclassables et très courts : Monsieur Calvino et la promenade, Monsieur Valéry et la logique, ... avec des dessins, schémas...

Son roman Jérusalem obtient le Prix Saramago 2005. A cette occasion, Saramago a dit : "« Jerusalém é um grande livro, que pertence à grande literatura ocidental. Gonçalo M. Tavares não tem o direito de escrever tão bem apenas aos 35 anos : dá vontade de lhe bater ! »" ("« Jérusalem est un grand livre, une partie de la littérature occidentale. Gonçalo n'a pas le droit d'écrire si bien à 35 ans : ça me donne envie de le frapper !").
"Gonçalo M Tavares est, sans aucun doute, l'un des écrivains les plus importants de sa génération. Antonio Lobo Antunes", proclame un ruban jaune autour de Apprendre à Prier à l'ère de la technique.

On pourra visiter le site officiel de l'écrivain : goncalomtavares.blogspot.com
(note : les liens externes ne me sont pas encore autorisés, d'où les liens pas très beaux, sans les www).
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Re: Gonçalo M. Tavares

Message par eXPie le Lun 5 Déc - 22:24

        
La version française, à gauche, et la version portugaise.

Matteo a perdu son emploi (Matteo perdeu o emprego, 2010). Traduit du portugais par Dominique Nédellec. Viviane Hamy. 193 pages.
"L'histoire de : Aaronson, Ashley, Bauman, Boiman, Camer [...], Kesser, Klein, Koen, Levy, Matteo et Nedermeyer." (page 7).
Le livre est composé de ces vingt-cinq histoires, dont l'enchaînement logique est le suivant : le personnage principal de chaque histoire est un des personnages mentionnés dans l'histoire précédente. Puis, à la page 159, commencent les "Notes sur Matteo a perdu son emploi (Postface)".
Entre les différentes histoires, on trouve une photo de mannequin, ce qui donne un effet très étrange (une de ces photos est en couverture). On notera que la version portugaise est conforme à ce que voulait Tavares (on a toutes les photos sur la quatrième de couverture, contrairement à la version française : les éditeurs ont une certaine uniformité de collection à respecter, c'est dommage.

Les noms des personnages principaux sont juifs (ou peuvent l'être), ce qui fait référence à l'extermination pendant la Seconde Guerre Mondiale. Du simple fait d'avoir un nom qui commence par une lettre ou une autre, on peut être sauvé ou condamné à mort. L'alphabet est un "substitut mineur à l'ordre divin", il permet d'"institutionnaliser l'absurde" : c'est ce que Tavares a dit à la Librairie "Atout Livre", le 23 septembre 2016.


Tavares et Elisabeth Monteiro Rodrigues (qui assurait la traduction des paroles de Tavares), le 23 septembre 2016.

Les enfants, en classe au Portugal, se voient attribuer une place en fonction de l'alphabet. Ceux dont le nom commence par un "A" sont au premier rang... jusqu'à"Z" pour le dernier rang. Les enfants sont assis à côté de quelqu'un dont le nom commence par la même lettre qu'eux.
Le livre parle beaucoup de classements, d'ordres. Certains personnages introduisent de l'ordre, d'autres du désordre. Les notions d'ordre et de désordre relèvent finalement d'un sentiment individuel. Ainsi, un jogger, qui des années durant a couru autour d'un rond-point dans un sens, décide subitement de changer de sens ; dans une autre histoire, un colis doit être livré dans une rue à un numéro qui pose problème... Du côté de l'ordre, un enquêteur essaie de déterminer les opinions de quelqu'un à l'aide d'un questionnaire.
On trouve aussi un étrange recycleur d'ordures, des hommes qui tentent de sortir d'un labyrinthe...
Et un jeune homme, Kashine, qui écrit NON un peu partout.
"Kashine, le jeune garçon de seize ans, décide en effet de faire ceci : répandre le « non » partout où il passerait. Juste ce petit mot, sans le moindre commentaire : « non ».
Sur les affiches annonçant la première d'une pièce de théâtre, Kashine, sans être vu de personne, écrivit « non ».
Sur le mur qui séparait deux propriétés, Kashine écrit « non ». [...]
Dans l'énorme recueil de lois qu'un étudiant en droit avait oublié sur la table d'un café, sur autant de pages qu'il le put, Kashine écrivit « non ». [...]
Il écrivit « non » sur le dos d'un dictionnaire des synonymes, « non » sur le dos d'un livre d'aventures, « non » sur la couverture d'un manuel de grammaire. [...]
Et par endroits ce « non » eut des effets concrets, parfois étranges et surprenants. [...]
On assista même à un divorce : quand une femme vit dans le dos de son mari, un dénommé Kessler, un énorme « NON », elle l'interpréta comme un message parfaitement clair." (pages 115-118).
Kashine introduit du désordre là où il y avait de l'ordre... ou bien, il est à l'origine d'une remise en ordre différente.
Tavares a explicité (lors de la rencontre à la librairie) quel est son mode d'écriture habituel : une fois un texte écrit, il le laisse reposer parfois longtemps. Pour Matteo a perdu son emploi, lorsqu'il a relu son texte, il a ressenti la nécessité d'écrire une postface : c'est une sorte de "plaisanterie interprétative" (c'est le terme qu'il a employé), qu'il a rédigée en "essayant d'interpréter ce qu'[il] a écrit de façon fictionnelle".
C'est donc faussement sérieux... mais pas toujours.
"Ceci est important : l'alphabet comme hiérarchie, élément aléatoire qui instaure un ordre qui nous paraît sensé. Voilà un miracle." (page 183)


Matteo a perdu son emploi est un bon livre, très curieux, original.


Dernière édition par eXPie le Mar 6 Déc - 7:01, édité 1 fois
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Re: Gonçalo M. Tavares

Message par Arabella le Lun 5 Déc - 23:38

Il est dans ma PAL....Comme tant d'autres. Mais son tour viendra. 
Meci eXPie.

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Re: Gonçalo M. Tavares

Message par Arabella le Mer 7 Déc - 7:22

Apprendre à prier à l'heure de la technique


Dans ce livre nous suivons l'ascension et la chute de Lenz Buchmann. Dans un premier temps, tout lui réussit, ce qui confirme la vision qu'il a du monde, valide sa pertinence. Dans un deuxième temps, par un retour du balancier, tout s'inverse d'une certaine façon et lui revient à la figure, et il finit par tour perdre, et donc la réalité en quelque sorte lui donne tort. La force devient faiblesse, le gagnant perd tout. L'absence de sentiments rend tout échange impossible. 

C'est brillant, intelligent, original dans l'écriture et dans la façon de construire le livre. En même temps peut être malgré tout un peu mécanique dans ce système d'inversion, de programmation, les personnages manquent quand même un peu d'une certaine épaisseur et complexité. Mais ce n'est pas un roman psychologique, autre chose, et donc c'est quelque peu inévitable de perdre cette dimension compte tenu du parti pris de l'auteur. Qui a un talent certain. Un excellent livre.
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Re: Gonçalo M. Tavares

Message par Arabella le Mer 7 Déc - 7:23

Jérusalem


Six personnages en errance, la nuit. Une nuit que est d'une certaine façon l'aboutissement de leur vie jusque là. Les chapitres du roman portent en titre les noms des personnages qui vont intervenir. Il y a Theodor Busbeck, psychiatre, mais surtout un homme qui s'est voué à l'étude du mal, qui veut mettre en graphiques et en prévisions les horreurs des hommes. Son ex femme, Mylia, que Theodor a fait interner, puis dont il a divorcé lorsqu'elle a été enceinte d'un autre interné. Ernst, le grand amour de Mylia, et Kaas, l'enfant de Mylia et Ernst, que Theodor s'est approprié. Et puis un autre couple, Hanna, une prostituée, et l'homme dont elle partage plus ou moins la vie, Hinnerk, un ancien militaire, qui se promène armé. 

Mais c'est irracontable. Dans des brefs chapitres, dans une écriture sèche, qui va à l'essentiel, qui évacue tout pathos, Tavares s'interroge sur la nature humaine, sur la violence et la capacité à infliger la souffrance que chacun porte en soi. La violence brutale, mais aussi la violence institutionnelle, plus insidieuse mais non moins destructrice. La violence physique, comme la violence psychologique. Les inévitables rapports de force qui finissent par provoquer la violence. 

Mais aussi la frontière entre la raison et la folie : la logique poussée à son extrême, aboutit dans les travaux de Busbeck à la folie et à l'absurde. 

Un univers très particulier, qui peut dérouter probablement, mais une oeuvre forte, originale, qui donne énormément à penser, qui demande sans doute plus d'une lecture. J'ai été complètement happée par ce livre, qui malgré une froideur de surface, est incandescent au coeur. Un immense choc, qui me donne envie de tout connaître de l'auteur. 
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Re: Gonçalo M. Tavares

Message par Aeriale le Mer 7 Déc - 10:43

-Apprendre à prier à l'ère de la technique-





Une lecture exigeante mais facilitée par une construction aérée et de courts chapitres qui nous tiennent attentifs: L'histoire de Lenz Buchmann, chirurgien réputé dénué de sentiments, qui un jour décide de rentrer en politique pour asseoir son autorité et assouvir son obsession de parfaire le monde. Elevé à la dure par un père militaire, Lenz ne connait pas la faiblesse, ni la moindre écharde qui entraverait sa route. Pour lui tout est méthode, pouvoir, ordre. Tout s'acquiert par la volonté et la force conjuguées, les humains ne sont que troupeaux malléables unis par la peur et c'est justement par ce biais qu'il compte les dominer.

Lenz est donc monstrueux, aucun affect ne semble le dévier de son but. La bibliothèque héritée de son père est sa colonne vertébrale, et les livres ne sont là que pour chasser les faiblards. Pour lui Dieu est mort, la technique l'a remplacé. Il ne se soumet ni ne craint personne, seul les fous ayant leurs propres lois le fascinent, ou les clochards pour ce qu'ils ont de servile et sur lesquels il peut expérimenter ses fantaisies.

Mais peu à peu tout va basculer. Ce corps qu'il voit comme un élément de combat, à la solde de sa toute puissance, va se révolter et le prendre au piège. Je n'en dis pas plus car il y a décidément trop de choses dans ce roman-essai qui tient autant de la parabole que du constat clinique, celui d'une perversion portée à son apogée puis rattrapée cyniquement par le destin. C'est froid, sans concession, ça répugne autant que cela interpelle, mais on ne peut s'arrêter avant la chute qui remet tout en place. A lire au moins par curiosité, pour comprendre le mécanisme de ces dangereux manipulateurs qui peuvent, détachés de tout contexte sentimental, s'accaparer l'emprise d' esprits déroutés et ainsi manier les foules. Brillant!
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