Guillaume Poix

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Guillaume Poix

Message par Queenie le Dim 4 Fév - 11:34


(Paye ta tête de gars trop gentil et mignon...)

wikisource a écrit:Guillaume Poix grandit près de Lyon, entre à l'École normale supérieure en 2007 puis fait des études théâtrales de 2011 à 2014 à l'École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre dans la section « écrivain dramaturge ». Il écrit ses premières pièces Straight (2014) – traitant des « viols correctifs » des lesbiennes découverts lors de son séjour de six mois en Afrique du Sud – et Et le ciel est par terre (2017) – présentée lors du Festival d'Avignon – qui sont récompensées par de nombreux prix spécialisés. Il a également travaillé auprès de la cinéaste Claire Simon à l'écriture des films Les Bureaux de Dieu et Gare du Nord.
Sa pièce Waste (2015) – commande de l'Institut français de Cotonou et mise en scène au théâtre de Poche de Genève en 2016 par Johanny Bert – s'attache à la question des relations Nord-Sud à travers la gestion des déchets, sujet et personnages qui seront au centre, en 2017, de son premier roman, Les Fils conducteurs, décrivant la situation de la décharge de matériel informatique et électronique d'Agbogbloshie à Accra au Ghana5. Ce roman est particulièrement remarqué lors de la rentrée littéraire 2017.

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Re: Guillaume Poix

Message par Queenie le Dim 4 Fév - 12:19


Fils conducteurs (2018)

Thomas est photographe. Il a réussi à décrocher un mécénat par Total qu'il a un peu baratiné pour pouvoir partir au Ghana. Là-bas, il veut pénétrer les entrailles de la Grande Décharde de produits électroniques Agbogbloshie.

En parallèle, on suit l'histoire de Jacob et sa mère Ama. Le père est mort, ils restent les deux, à devoir refaire leur vie à Accra. Ils sont pauvres. Ils n'ont plus qu'eux. Et très vite, c'est la décharge qui va les attirer. Ama, la mère, se postera à la sortie de la décharge, vendant des ballons d'eau aux hommes et enfants encrassés par la chaleur, les émanations de la décharge. Jacob, avec ses doigts agiles, son regard affuté, et sa naïve énergie, va faire parti de ces kiddy qui exhume des appareils électroniques la ferraille qu'il pourra refourguer contre quelques cédis.


Ce livre, d'abord, c'est une langue particulière. Guillaume Poix use d'un langage imagé, plein de néologismes mouvants, et emprunts de milles cultures, qui semble parler aux sens et aux images avant tout. On sent la décharge, sa crasse, sa fumée qui colle aux poumons, les crachats gras des enfants condamnés, l'odeur de plastique chaud.
Et dans les mots, la lutte, la peur, la survie.

C'est un roman dur par son thème. Cette histoire affreuse. Jacob, l'enfant innocent, solaire, plein d'espoir et de vitalité, dont le regard nous fera découvrir le monde sombre, poisseux, dangereux, malsain, de cette décharge.

Quelque part, on sent que Guillaume Poix vient du théâtre (mes références remontent à loin, mais je n'ai pu m'empêcher de faire un léger parallèle avec Koltès), tant le rythme est parfait dans la phrase, hachée, triturée, scandée, qu'elle Parle.

Les jambes de Jacob ont été aimantées jusqu'à la bosse [surnom de la décharge], comme si ses os, devenus du métal à force de le piétiner le fractionner le démêler, s'étaient magnétisés. C'est le milieu de la journée, on n'a de toute façon rien d'autre à faire que s'enfoncer de nouveau dans la glaise des déchets et regarder s'accoler aux mollets toutes les cochonneries accumulées depuis le matin.

Deux sales types, Wisdow et Justice chopent les plus petits, les menacent, les amadouent, pour en faire leur main d'œuvre (à ramasser pour eux la ferraille, ou à se prostituer, ou les deux). Ici, c'est le feu qu'ils proposent à Moïse. Le feu avec lequel il fera cramer les plastiques entourant les fils. Le feu qui lui fera du temps, au lieu de dénuder à mains nues, mais qui, aussi, lui encrassera encore plus les poumons.

Wisdom a pris le relais pour le convaincre, mais Moïse ne regarde ni lui ni l'autre, son destin file entre ses pincettes effilées - l'avenir est mat.
- Tu peux aussi brûler les pelotes pour hâter le process : le plastique se barre et tu chipes les fils colorés qui gisent dessous. On te finance les allumoirs, en ce cas.
Seule consolation du traquenard : passer au feu. Diversifier ses méthodes. Avoir l'air d'un pro.
- Et plus tu moissonnes, plus on te commémore le fion, conclut Justice avant que Wisdom ne rectifie:
- Attention, le kiddy, prends pas le mot de biais : on dit fion, on dit trombine. On le formule comme ça, entre nous, ça nous désopile. Pas touche, te tourmente pas.
- Je me tourmente guère.
Moïse a parlé haut : Wisdom et Justice se considèrent comme si le gamin leur avait fait offense, ne les gratifiant pas même d'un regard puisque fixant de ses yeux résignés la mer qu'il aperçoit là-bas, écumeuse et traversée de sillons noirs. [...]
il le fera, oui.
Mais pas sans contrepartie. Pas sans avoir lutté. Pas sans que d'autres s'effondrent avec lui.
- Moi, je connais bien l'action de fouille, je l'effectue régulier pour myself, déclare-t-il d'un air entendu/
- Idéal.
- Et je puche pas ce que j'ai à engranger en me combinant avec vous.
La négociation peut commencer, Moïse entre dans le jeu.
- Le faste.
- De quoi donc ?
- Combien tu chipes en one day ? demande Justice.
- Pas loin de deux cédis.
- On te complimente du double, fiston, si tu moissonnes bien.
etc..

Un livre prenant, effrayant.
Et la fin vous fait frissonner.






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Re: Guillaume Poix

Message par domreader le Lun 5 Fév - 14:50

Déjà, rien que l'histoire en elle-même me fait frissonner !!

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Re: Guillaume Poix

Message par Liseron le Lun 5 Fév - 16:16

Je sors tout juste d'Underground railroad, besoin d'un peu de légèreté...

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