Aharon Appelfeld

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Aharon Appelfeld

Message par Nightingale le Mer 28 Fév - 16:35




Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz en Bucovine. Ses parents, des juifs assimilés influents, parlaient l’allemand, le ruthène, le français et le roumain. Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940 sa mère est tuée, son père et lui sont déportés et séparés. À l'automne 1942, Aharon Appelfeld s'évade du camp de Transnistrie. Il a dix ans. Il erre dans la forêt ukrainienne pendant trois ans, « seul, recueilli par les marginaux, les voleurs et les prostituées », se faisant passer pour un petit Ukrainien et se taisant pour ne pas se trahir. « Je n'avais plus de langue. »
Recueilli en 1945 par l’Armée rouge, il traverse l’Europe avec un groupe d’adolescents orphelins, arrive en Italie et, grâce à une association juive, s’embarque clandestinement pour la Palestine où il arrive en 1946. Pris en charge par l’Alyat Hanoar, il doit se former à la vie des kibboutzim et apprendre l'hébreu. C'était, dit-il, « comme avaler du gravier ». Suivent l’armée (1949) et l’université (1952-1956) où il choisit d’étudier les littératures yiddish et hébraïque, ainsi que la mystique juive. Ses professeurs sont Martin Buber, Gershom Scholem, Ernest Simon, Yehezkiel Kaufman. Comme lui, ils ont une double culture, mais c’est sa rencontre avec Shaï Agnon qui le convainc que « le passé, même le plus dur, n’est pas une tare ou une honte mais une mine de vie ». À la fin des années 50, il décide de se tourner vers la littérature et se met à écrire, en hébreu, sa « langue maternelle adoptive ».
«L’écriture m’a arraché aux profondeurs du désespoir. Elle est le fondement sur lequel j’ai reconstruit ma vie.» Aharon Appelfeld récuse avec énergie le statut d'«écrivain de la Shoah» et revendique la vocation universelle de son œuvre. À la fin des années 1980, Philip Roth la découvre avec émerveillement. Il comprend qu'il est en présence d'un écrivain exceptionnel, proche de Kafka et de Bruno Schulz par sa puissance et sa singularité.
Aharon Appelfeld, devenu l'un des plus grands écrivains juifs de notre temps, a publié une quarantaine de livres, principalement des recueils de nouvelles et des romans. (sources : editionsdelolivier.fr)
Il est mort le 4 janvier 2018
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Nightingale

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Re: Aharon Appelfeld

Message par Nightingale le Mer 28 Fév - 17:01



Le garçon qui voulait dormir
Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti

Erwin a 17 ans. Au sortir de la guerre, il se retrouve, après une longue errance en Europe, près de Naples, au cœur d'un groupe de réfugiés apatrides.
Il a tout perdu : père, mère, langue, environnement familier, et émerge peu à peu du sommeil auquel il a recours pour faire revivre tout un pan de sa vie désormais anéantie. Enrôlé, avec d’autres jeunes gens de son âge, par un émissaire de l’Agence juive, il se prête à l'apprentissage intensif de l’hébreu et à l'entraînement physique, quasi militaire, que celui-ci leur impose chaque jour pour les préparer à une nouvelle vie dans l’État d’Israël sur le point de naître.
Vient le temps de la traversée en bateau, de l’immigration clandestine (la Palestine est encore sous mandat britannique) et de l’arrivée dans les montagnes de Judée où les jeunes pionniers sont affectés à la construction de terrasses agricoles. Erwin, comme tous ses camarades, accepte de changer de prénom. Il s’appelle désormais Aharon...


Première découverte pour moi de cet auteur. Quelle belle lecture.
Erwin s'exprime peu, en lui il y a l'indicible de la guerre, du ghetto, des camps. Tout cela n'est jamais décrit.
C'est dans son sommeil, dans ses rêves, qu'il retourne à la rencontre des siens, de sa mère, de son père, de son oncle. Il dialogue avec eux, leur explique ce qu'il devient, partage ses doutes, ses incompréhensions.
Son père, pendant des années, s'est consacré à l'écriture, souffrant de ne jamais parvenir à être édité
Erwin - devenu Aharon - le décide : il sera écrivain.
C'est ce lent cheminement que nous partageons avec lui, alors qu'il est blessé et qu'il passe d'opération en opération, d'hôpital en maison de repos. Reconstruire son corps, apprivoiser une nouvelle langue, assembler les mots, "forcer les barrages" selon les mots de son père...

Durant ma dernière torpeur, ou bien était-ce l'avant-dernière, j'étais assis à mon bureau et j'assemblais des mots aussi durs que du métal, mais j'arrivais à les mouvoir après les avoir pesés un par un. Je peinais, les muscles tendus, sans renoncer à former des phrases. J'échouai, les mots refusaient de s'aligner...
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Re: Aharon Appelfeld

Message par Aeriale le Mer 28 Fév - 19:07

Merci pour ce fil @Nightingale, et pour ton commentaire qui me rappelle certains traits de cet auteur

@Nightingale a écrit:Erwin s'exprime peu, en lui il y a l'indicible de la guerre, du ghetto, des camps. Tout cela n'est jamais décrit.
C'est cela dont je me souviens si je pense à lui. Beaucoup de sobriété, de pudeur malgré des toiles de fond souvent graves, qui rendent ses écrits d'autant plus émouvants.

Il faudrait que je retrouve mes notes. Tu me redonnes très envie de le lire...
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Re: Aharon Appelfeld

Message par Nightingale le Jeu 1 Mar - 12:28

@Aeriale a écrit:
Il faudrait que je retrouve mes notes....


Au boulot !  dance
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Re: Aharon Appelfeld

Message par Aeriale le Jeu 1 Mar - 13:38

@Nightingale a écrit:Au boulot ! 
Bien mon capitaine

-La chambre de Mariana- (Commentaire de 2008)




J'ai craint un moment de retomber dans un récit centré sur la barbarie et les ghettos. Encore un me suis -je dit. Il n'en est rien, ce roman (inspiré de faits vécus) garde une fraîcheur et une sobriété malgré la toile de fond tragique, qui le rendent foncièrement attachant.

Un roman où tout parait chuchoté, où on devine plus qu'on ne démontre. Appelfeld adopte ici un style dépouillé qui lui permet de garder une distance et une pudeur face à un sujet délicat: l'apprentissage de la vie d'un enfant arraché à son enfance, au contact d'une prostituée au grand coeur: Mariana.

Une Mariana généreuse et rebelle, mystique à ses heures, qui tente d'oublier l'ingratitude de la vie dans de bonnes doses de cognac, qui invective ses clients et réclame juste sa part de respect, sinon d'amour. Hugo, lui, est un enfant sage et encore naïf: il a promis à sa mère de rédiger ses devoirs mais préfère rêver dans sa cachette et s'inventer un monde onirique où revivent ses proches.

Deux mondes que tout oppose, mais que la barbarie humaine a réuni dans un même lieu et unis par une certaine candeur. L'autre monde parait lointain, insaisissable. Ils sont tous les deux prisonniers de la sauvagerie des hommes mais se protègent tour à tour, trouvant en l'autre un refuge. Peu à peu leur relation évolue et ce qui est suggéré plus que décrit ne surprend plus.

L'auteur a dû beaucoup souffrir et son roman est bien sûr une thérapie, mais il n'est pas aussi noir qu'il ne devrait paraître. Ce qui l'emporte ici c'est le désir de survivre, et son Hugo aura connu l'aspect le plus généreux de l'âme humaine: le don de soi. Si bien que j'ai refermé le livre apaisée quelque part. J'aime bien les romans où il y a de la lumière tapie au milieu du chaos le plus sordide, qui laissent la fenêtre ouverte sur un champ plus vaste nommé espoir!
 
Mariana sentait qu'elle avait transmis une part de sa spiritualité à Hugo. Elle lui avait dit une fois "Prends de Mariana ce qu'il y a en elle et jette l'écorce. Ce qu'il y a en elle c'est sa foi en Dieu supérieur, et sa peau, la mélancolie. C'est elle qui s'obstine à l'entraîner en enfer. Sans cette maladie, sa vie aurait été différente. Méfie toi de la mélancolie comme de la peste.

Un beau roman qui laisse des traces I love you
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Re: Aharon Appelfeld

Message par Nightingale le Jeu 1 Mar - 14:37

Aaah oui ! Justement celui-ci me tentait bien, de même que le dernier. Wink

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Re: Aharon Appelfeld

Message par Nightingale le Ven 30 Mar - 18:11

Des jours d'une stupéfiante clarté



Theo Kornfeld a vingt ans lorsqu’il quitte le camp de concentration que ses gardiens viennent d’abandonner à l’approche des Russes. Il n’a qu’un seul but : retrouver la maison familiale. Errant sur les chemins, blessés au plus profond d’eux-mêmes, les déportés qu’il croise lui rappellent l’horreur à laquelle il a survécu, tandis que d’autres figures émergent de son passé. Celle de sa mère, Yetti, une femme à la beauté exceptionnelle, au caractère fantasque, qui aimait les églises, les monastères et l’œuvre de Bach. Celle de Martin, un père trop discret que Theo va apprendre à mieux connaître.
Des jours d’une stupéfiante clarté raconte son voyage à travers les paysages d’Europe centrale baignés de lumière. Chaque rencontre suscite en lui d’innombrables questions. Comment vivre après la catastrophe ? Comment concilier passé et présent, solitude et solidarité ? Comment retrouver sa part d’humanité ?
Par-delà le fracas de l’Histoire, ce livre admirable est le récit d’une résurrection.
(source : éditions de l'Olivier)


La référence aux camps, qui était très en retrait dans Le garçon qui voulait dormir, est ici plus présente. L'auteur l'aborde régulièrement dans ce texte, au travers du jeune Théo qui en est imprégné.
Tout au long de son parcours, il va croiser d'autres réfugiés. Des dialogues émergent de ces rencontres, des questionnements, des incompréhensions... Comment avancer, où aller, vers quoi aller ?... Chacun à sa façon, appréhende cet avenir encore si fragile, cet inconnu. Certains recherchent la solitude, lassés d'avoir vécus ensemble ; d'autres ne peuvent lâcher le groupe, de peur de se perdre totalement.
Théo, de son côté, est hanté par le souvenir d'une mère fantasque, en proie à la mélancolie et ne jurant que par la musique de Bach. Cette mère qui lui a appris tant de choses, au détriment d'une scolarité normale. Son père, qui était si effacé, il le découvrira au travers d'une de ses rencontres.
Comme dans Le garçon qui voulait dormir, le jeune héros nous entraine dans ses souvenirs d'enfance, quand la solitude des routes, ou ses rêves, l'entrainent dans son passé.
Encore un beau roman, puissant et sensible. Wink

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