Pierre Bergounioux

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Pierre Bergounioux

Message par Nightingale le Ven 9 Mar - 18:16




Pierre Bergounioux est né à Brive-la-Gaillarde en 1949. Ancien élève de l’École normale supérieure, il a enseigné le français en région parisienne, puis aux Beaux-Arts. Marié et père de famille, il vit dans la vallée de Chevreuse. Passionné d’entomologie, il pratique également la sculpture.
Il est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages, romans, essais... Depuis 2006, il a également entrepris de publier ses "carnets de notes".
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Nightingale

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Re: Pierre Bergounioux

Message par Nightingale le Ven 9 Mar - 18:21

C'est la diffusion d'un superbe reportage la semaine dernière, qui m'a fait découvrir cet auteur, que je ne connaissais pas.



J'ai été fasciné par cet homme, et son éloquence, et je me suis mis en quête de ses romans.
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Re: Pierre Bergounioux

Message par Nightingale le Ven 9 Mar - 18:46



Miette (Gallimard, 1994)

4ème de couverture :
Le haut plateau granitique du Limousin fut l'un des derniers refuges de l'éternité. Des êtres en petit nombre y répétaient le rôle immémorial que leur dictaient le sang, le sol et le rang. Puis le souffle du temps a touché ces hauteurs. Ce grand mouvement a emporté les personnages et changé le décor. On a tâché de fixer les dernières paroles, les gestes désormais perdus de ce monde enfui.
P.B.


Cette 4ème de couverture est assez énigmatique,je vous l'accorde.
Comment définir ce roman ?
Nous sommes au cœur d'un hameau de Corrèze. Le narrateur déroule la vie quotidienne d'une famille, depuis le début du 20ème siècle.
La mère, Miette, qui donne naissance à quatre enfants, qui a leur tour fonderont une famille. Parce que c'est ainsi... Ce que dit ce livre, c'est la destinée de ces gens qui n'ont d'autres choix que ce qui est dessiné pour eux. Le mot qui revient régulièrement, c'est "non", ce mot impossible à dire quand on voudrait refuser ce qui nous est promis. Ce que dit ce livre, c'est la rudesse de cette vie, c'est un vivre ensemble complexe.
Pierre Bergounioux - le narrateur - porte sur ces gens un regard à la fois tendre et rude. Rude comme leurs vies.
Je ne sais pas comment définir ce que je suis en train de lire : un roman poétique ?...
Quoi qu'il en soit, c'est pour moi un véritable choc ! Je n'ai jamais rien lu de pareil. Quelle écriture incroyable. Je ne pensais pas qu'il était possible de façonner les mots de cette façon. La beauté du verbe que j'ai découverte dans le reportage se retrouve complètement dans son style d'écriture. Le roman se déroule comme une sorte de longue digression où chaque mot est savamment pesé. C'est comme si un poète se livrait à une analyse sociologique (ou réciproquement).

C'est un énorme coup de cœur pour moi... mais qui se mérite. Il m'arrive de reprendre certaines phrases deux ou trois fois pour en saisir l'essence.
Je ne vais pas en rester là, et poursuivre ma découverte de cet auteur, qui a su m'entrainer loin de mes habituelles lectures d'Amérique. Wink
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Re: Pierre Bergounioux

Message par kenavo le Sam 10 Mar - 4:27

ton enthousiasme est communicatif Very Happy

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Re: Pierre Bergounioux

Message par Nightingale le Sam 10 Mar - 10:09

C'est ainsi que s'ouvre le roman :
   C'est au début des années quatre-vingt que j'ai fait plus étroitement connaissance avec Adrien. La mort presque simultanée de Baptiste et de Jeanne vida la maison où il avait vécu un demi-siècle plus tôt. Elle atténua l'interdit spécial dont le partage frappe les choses autrefois indivises. Il prit l'habitude de passer chaque jour. Du bout ferré de sa canne, il frappait à la porte de l'atelier ou faisait sonner les morceaux de ferraille qui jonchaient le sol, dehors. Je posais les outils, débranchais le poste de soudure, extrayais ma dextre du gros gant de cuir et nous nous serrions protocolairement la main. Il me demandait, en français le plus souvent, mais parfois en patois, comment je me portais. Il riait lorsque je lui répondais en patois.

Autre extrait (le narrateur puise beaucoup dans les vieilles photos pour faire revivre les personnages) :
C’était dans la grande cuisine, le soir du jour de septembre 1978 où Berthe fut enterrée, auprès de son époux, dans la Xaintrie, à cinquante kilomètres de là. Nous étions rentrés et nous commencions à essayer d’admettre qu’elle n’était plus avec nous, que ce serait pareil le lendemain et le surlendemain et après, encore, toujours. Quelqu’un a passé dans le bureau d’où il a rapporté une boîte en carton. Elle contenait, outre quelques images de Berthe appartenant à Jeanne, les photos de ceux qui avaient vécu ici et dont beaucoup avaient disparu. On cherchait Berthe. Les autres, on leur jetait un coup d’œil en passant avant de les remettre dans la boite.

L'empreinte des guerres :
   Pierre quitte femme et enfants pour la guerre. Il en reviendra au début de l'hiver 1919 avec, pour salaire, la somme de six francs et ses effets de soldat. Il en reviendra, pourtant, quand le monstre, là-bas, a mâché, dévoré la moitié des hommes jeunes qui peuplaient le hameau. A chaque maison, il a ravi son lopin de chair fraiche, ici le cadet, là le premier et le troisième des quatre garçons. Des gars qui n'étaient jamais allés plus loin qu'Egletons, à deux lieux, et ne savaient rien du monde sinon que, vraisemblablement, il s'étendait encore passé Egletons.

Changer les choses...
Octavie, pour ne pas finir comme sa mère, trahie, vendue à vingt ans et puis condamnée à compter, se met à faire ce que sa mère a fait, à ceci près que c'est dans l'abstrait, loin, en l'absence des bouts d'étain, mies de pain, épluchures, clous rouillés auxquels Miette appliquait les règles de l'arithmétique. Elle file à Toulouse, après les trois années passées dans la pénombre froide où Tulle, dans sa gorge, est en permanence ensevelie. Outre l'ivresse des nombres purs, dégagés des vétilles, des parcimonies où ils étaient restés, jusqu'à elle, emprisonnés, elle a dû connaitre une autre joie, celle qu'on éprouve à simplement s'éloigner vers l'ouest pour, ensuite, obliquer vers le sud.
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Re: Pierre Bergounioux

Message par domreader le Sam 10 Mar - 17:45

@Nightingale a écrit:
C'est un énorme coup de cœur pour moi... mais qui se mérite. Il m'arrive de reprendre certaines phrases deux ou trois fois pour en saisir l'essence.
Je ne vais pas en rester là, et poursuivre ma découverte de cet auteur, qui a su m'entrainer loin de mes habituelles lectures d'Amérique. Wink

Oui, tu donnes vraiment envie de le lire cet auteur, j'essaie de le trouver la prochaine fois que je vais à la médiathèque.

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Re: Pierre Bergounioux

Message par Liseron le Sam 10 Mar - 18:47

Je le connaissais de nom, j'ai dû en entendre parler quand je travaillais à Limoges...A découvrir alors !

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Re: Pierre Bergounioux

Message par Nightingale le Dim 12 Aoû - 18:17

La bête faramineuse
(Gallimard - 1986)



Le narrateur et son cousin Michel âgés de onze ans passent leurs vacances dans une maison de Corrèze où leur grand-père est en train de mourir tout doucement après une existence d'aventures extraordinaires sur des continents lointains.

Il n'en faut pas plus pour que l'esprit des deux garçons s'enflamme et réussisse à passer sans le moindre hiatus d'une réalité quotidienne heureuse aux jeux fantastiques de l'imagination. Comme pour marquer la fin de leur enfance, ils inventent deux rites de passages. Dans le bois voisin, la nuit, il s'agit de traquer une bête fabuleuse, surgie du fin fond de l'Afrique, avec les récits et les livres du grand-père. Puis sur le désertique plateau de Millevaches, de marcher jusqu'aux sources de la Corrèze, où le père a l'habitude de pêcher des truites. Mais la Corrèze qu'ils découvrent n'est qu'un filet d'eau. Où sont les truites? Deux questions capitales se posent alors. Au père : As-tu menti? Au grand-père : As-tu peur de mourir?

Pierre Bergounioux évite aussi bien le ton de la narration enfantine que celui du souvenir. Il a inventé autre chose d'absolument original pour faire revivre la sensibilité d'un âge exigeant et lucide, bien que mêlé de rêves, encore.

***

Beaucoup de chose dans ce roman sur l'enfance, encore une fois écrit par celui devenu adulte, avec cette écriture exigeante.
Néanmoins, un roman qui peut sans doute sembler plus "accessible" que Miette. C'est sans doute dû au fait que le narrateur est moins à distance des ses personnages. Il n'est pas ici dans l'observation presque sociologique que l'on trouvait dans Miette, mais dans le ressenti des émotions de l'enfance, transcendées par sa plume minutieuse.
La "bête faramineuse" pistée par ces deux enfants, leur permet de partir dans un monde qui n'appartient qu'à eux.
Mais au fil de la lecture, on sent que cet été annonce déjà autre chose, un passage, les prémices de la fin de l'enfance.
C'est étonnant de percevoir la nostalgie, qui déjà, pointe dans le ressenti de l'enfant narrateur.

J'ai levé le nez. Je l'ai dit à Michel. L'automne est en chemin et nous aurons douze ans. Et même treize, quatorze. C'est comme si nous les avions. J'étais atterré. Il hochait la tête. C'est fini. On n'aura plus envie de voir les bêtes, de les tuer, d'empêcher le temps de passer.

Encore une belle découverte, pour ma part. Wink  Et je crois que je suis de plus en plus touché par ces "romans d'enfance", qui décrivent aussi une vie d'un autre temps, un autre rythme, d'autres joies, d'autres peines. Je vieillis, sans doute...  silent

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Re: Pierre Bergounioux

Message par Aeriale le Dim 12 Aoû - 19:56

Ha ha, je ne sais pas ce qui fait qu'un roman nous touche plus que d'autres et je ne sais pas si cet auteur me correspondrait, mais ton enthousiasme parle de lui-même.

Je retiens le nom en tout cas. Merci!
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Re: Pierre Bergounioux

Message par domreader le Dim 12 Aoû - 20:07

Je note aussi bien sûr.

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