Ménandre

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Ménandre

Message par Arabella le Ven 20 Juil - 20:21

Ménandre



Ménandre (en grec ancien Μένανδρος / Ménandros), né vers -343 à Céphisie, en Attique et mort vers -292, est un dramaturge grec.

Ménandre est considéré comme le plus grand représentant de la « Comédie nouvelle » : il écrit un siècle après le plus grand auteur comique de la littérature grecque antique, Aristophane.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, on ne connaissait de lui que des fragments cités par divers auteurs, mais la découverte des papyrus d'Oxyrhynque, en Égypte, a tout changé : on sait aujourd'hui que Ménandre a écrit au moins 108 comédies, composées à partir de -321.

Ménandre a connu une véritable résurrection universitaire et médiatique en plein XXe siècle : à partir de 1907, six de ses pièces ont été retrouvées presque entières dans les papyrus d'Oxyrhynque, dont son plus grand succès, le Dyscolos (-316), publié de façon sensationnelle en 1956.


Source Vikidia

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Re: Ménandre

Message par Arabella le Ven 20 Juil - 20:25

Théâtre


Les textes de la littérature antique ne nous sont parvenus qu'en petite partie, le cas de Ménandre illustre tout particulièrement ce fait. Il aurait écrit plus de 100 pièces, 8 auraient triomphé au concours de tragédie à Athènes. Il a été classé par Aristophane de Byzance à la deuxième place dans la bibliothèque d'Alexandrie, juste après Homère. Jules César considérait que Terence (le plus grand auteur de comédies latines) valait moitié de Ménandre. Il a été donc imité plus qu'aucun autre par les auteurs plus tardifs, surtout latins. Ce qui a permis d'avoir une idée du théâtre qu'il pouvait avoir écrit. Car toutes ses pièces ont disparues, sauf quelques extraits il ne restait pour ainsi dire rien de cet auteur. le vingtième siècle a permis quelques découvertes, dont quelques pièces presque complètes, et enfin dans les années 50 une pièce pour ainsi dire complète, le Dyskolos. D'autres découvertes peuvent toujours être espérées.

Cette édition du livre de poche donne tout ce qui est connu à ce jour de Ménandre. Les pièces dont nous avons la majeure partie, celles pour lesquelles nous avons quelques extraits, et aussi quelques scénarii de pièces, dont il est possible de restituer l'action grâce à des résumés ou adaptations de pièces postérieures. 19 pièces sont ainsi évoquées, ce qui représente moins de 20 % de pièces qu'aurait écrit Ménandre. A part le Dyskolos, la pièce complète, nous avons la majeure partie de L'Arbitrage et de la Samienne.

Le théâtre de Ménandre est rangé dans la catégorie de la Nouvelle Comédie, considérée comme très différente de l'Ancienne Comédie, dont le représentant le plus notable est Aristophane (le seul dont nous avons des pièces complètes), on évoque aussi une Comédie Moyenne, mais il n'en reste rien, et tout le monde n'est pas d'accord sur la pertinence de cette catégorie. La comparaison est donc seulement possible entre Aristophone et Ménandre. Les différences sont très importantes. Les comédies d'Aristophane évoquent la politique, l'actualité, la vie de la cité, un aspect poétique, presque surréaliste peut être présent, sans oublier un comique qui peut être grivois ou scatologique. Les pièces de Ménandre sont centrées sur le cercle familial, l'amour est l'élément central dans ses textes, l'action se passe chez personnes plutôt aisées et éduquées, les éléments trop grossiers sont éliminés. En général, un jeune homme de bonne famille est amoureux d'une jeune fille qu'il veut épouser, éventuellement (mais ce sont souvent des intrigues secondaires) il est amoureux d'une courtisane ou d'une jeune fille sur le point de le devenir. Il a besoin d'obtenir l'accord paternel, ce qui n'est pas toujours gagné. Mais il peut souvent compter sur un esclave habile, capable de soutirer de l'argent ou l'accord paternel, pour épouser la jeune fille, racheter la future courtisane, qui se révèle au final athénienne, et dont le père est l'ami du père du jeune homme. L'intrigue amoureuse est le centre de l'affaire, et les pièces se terminent comme de juste par un (ou plusieurs) mariage. L'opposition père-fils est le deuxième élément systématique, et se termine par l'émancipation du fils, qui s'exprime par le mariage choisi par le jeune homme.

Différents aspects peuvent paraître surprenants. Par exemple, la présence très réduite des femmes sur la scène (on peut le rappeler, jouées de toute façon par des hommes), alors que l'amour est le ressort principal. En réalité tout se décide sans qu'elles aient leur mot à dire, le seul désir qui compte, est celui du jeune homme. Il est frappant de voir le nombre de viols évoqués dans ces pièces, commis par ces jeunes hommes de bonne famille ; souvent l'excuse évoquée est le vin, l'ivresse, en particulier lors de fêtes ou manifestations religieuses, mais parfois même pas. Tant que tout cela se termine par un mariage, cela n'a pas d'importance. de même l'exposition des enfants nouveaux nés, qui étaient en réalité dans la plupart des cas, des condamnations à mort des nourrissons semble aujourd'hui inhumaine, alors qu'elle allait de soi à l'époque, en particulier pour les bâtards.

Ensuite la construction de la pièce surprendrait un spectateur d'aujourd'hui. Après une première scène d'introduction, il y a un prologue, dans lequel un personnage allégorique, raconte toute l'intrigue de la pièce jusqu'au dénouement, en rassurant l'assistance sur l'issue heureuse à venir. L'effet de surprise semble être désagréable pour le public. Les choeurs si présents chez Aristophane n'interviennent que lors d'intermèdes entre les actes, il semble s'agir de parties surtout musicales, sans lien avec l'action.

Il s'agit donc de pièces avec des intrigues, parfois complexes (même si elle sont éventées par le prologue) dont l'amour est le ressort principal. En deuxième plan, mais sans aucun doute cela devait être très important pour le public de l'époque, il y a quelque chose de l'ordre d'une comédie de caractère. Il y a par exemple un homme avare prêt à tout pour de l'argent, comme le Smicrinès du Bouclier : suite à la mort supposée de son neveu, il veut épouser sa nièce, pour récupérer l'héritage, comme la loi l'autorise. Une ruse lui ferra lâcher cette proie pour essayer épouser une autre nièce, encore plus riche, mais dont le père ne fait que simuler la mort. La rapacité de Smicrinès prêt à tout pour de l'argent est moquée, en particulier par l'esclave malin. Il ne faut pas oublier que Ménandre a été l'élève de Théophraste, un philosophe, qui a publié entre autre, Les caractères, une suite de descriptions de personnages, à chacun est associé un vice ou un défaut (La Bruyère va reprendre le principe), une typologie avec des aspects éthiques. On peut d'une certaine façon retrouver cette dénonciation de vices ou défauts dans les pièces de Ménandre.

On peut aussi, en filigrane, trouver dans ces pièces, une forme de critique de normes et règles sociales, par exemple dans le rôle moteur de l'esclave intelligent, qui ridiculise parfois son riche maître, et qui remet en cause la hiérarchie sociale. Les lois qui permettent au vieux Smicrinès d'obliger sa jeune nièce à l'épouser sont un autre exemple.

La comédie d'intrigue, avec le premier rang accordé à l'amour, de même que la comédie qui ridiculise certains travers ou défauts, sera remise à l'honneur à la renaissance, par les auteurs, d'abord italiens, puis d'autres pays européens, qui voulaient retrouver et imiter les auteurs antiques. Même si les textes de Ménandre n'étaient pas disponibles à l'époque, les adaptations latines et les résumés, ont fait que sa conception de la comédie est en quelque sorte revenue à la vie, avec quelques adaptations culturelles. L'esclave est ainsi remplacé par le valet. Pour voir à quel point le modèle de Ménandre a été utilisé, on peut citer Les fourberies de Scapin de Molière, ses deux jeunes gens amoureux, les deux pères que le valet dupe, et les scènes de reconnaissance finale, qui permettent aux jeunes gens d'épouser leurs belles, quasiment absentes de scène. Nous sommes exactement sur le même schéma.

Il est très difficile d'évaluer à quel point Ménandre a été original, à quel point il est celui qui a inventé ce genre de comédie, et à quel point il a pu s'inspirer ou imiter d'autres auteurs, puisque nous n'avons pas vraiment de textes des auteurs qui l'ont précédé ( la fameuse et débattue Comédie Moyenne) ou de ses contemporains. Néanmoins, pendant l'Antiquité, où ses textes étaient disponibles, il était considéré comme le plus grand dans son genre. Et compte tenu du corpus dont on dispose il y a peu de chances qu'il perde son statut de modèle, de créateur, d'un certain type de théâtre comique, qui est à l'origine du théâtre européen à partir de la renaissance.

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Re: Ménandre

Message par Arabella le Ven 20 Juil - 20:27

Le Dyscolos

Il s'agit de la seule pièce de Ménandre parvenue jusqu'à nous pratiquement entière. La découverte du texte est relativement récente, puisqu'elle date des années 50 du siècle dernier. Elle est quelque peu différentes des trames des autres pièces de l'auteur dont nous possédons des parties plus ou moins fournies, ou des scenarii, ce qui pose la question de la représentativité du corpus en notre possession ( environ un cinquième de l'oeuvre de Ménandre). le titre de la pièce a donné lieu à différentes traductions : le Bourru, le Grincheux, L'Atrabilaire, voire le Misanthrope, les deux derniers titres évoquant forcément la célèbre pièce de Molière. Mais les deux comédies ont des contenus bien différents.

Cnémon, un paysan peu fortuné n'aime pas les hommes et souhaite les éviter autant que c'est possible. Sa femme l'a quitté, elle vit à proximité chez un fils d'un premier mariage, qui subvient à leurs besoins tant bien que mal. Cnémon vit avec sa fille, et une servante, et travaille seul ses champs, ce qui est difficile, d'autant qu'il n'est plus jeune.
Pan en personne nous annonce dans le prologue qu'il a décidé d'aider la fille de Cnémon à cause de sa grande piété : un jeune homme riche venu à la chasse l'a vue, et a été rendu amoureux. Il a de bonnes intentions, et envoie son serviteur pour essayer de s'entendre avec Cnémon. Ce dernier, fidèle à lui-même, le chasse, en se livrant à quelques violences, sans que le serviteur ait pu lui expliquer ce qui l'amenait.
Gorgias, le demi-frère de la jeune fille a vent de ce jeune homme qui rôde, et devine que cela doit être en rapport avec sa soeur. Il vient pour la défendre, et fait la morale à Sostrate, qui le rassure sur ses bonnes intentions, il voudrait juste parler à Cnémon pour s'entendre avec lui. Gorgias, connaissant le bonhomme, n'est pas optimiste. Il propose à Sostrate de venir travailler la terre avec lui aux environ du champ de Cnémon, car rester sans rien faire ne donnera pas une bonne opinion au vieillard. Sostrate, en riche oisif, souffre pas mal en se livrant aux travaux agricoles. Et c'est pour rien : Cnémon s'est réfugié dans sa demeure, car la mère de Sostrate est venue avec une assistance pour sacrifier dans une grotte proche, et Cnémon fuit toutes les possibilités de rencontres.
Mais le hasard vient au secours de Sostrate : Cnémon tombe dans le puits, et ne peut en sortir que grâce à Gorgias et l'assistance un peu vacillante de Sostrate. Il est complètement abattu par l'incident, étant obligé de reconnaître qu'il ne peut se passer des autres. Il partage son bien entre sa fille et Gorgias, et consent au mariage. Il ne reste plus à Sostrate qu'à convaincre son père, venu lui aussi pour le sacrifice (en espérant que tout le festin n'a pas été mangé avant son arrivée). Il n'est pas trop dur à convaincre, rechigne un peu plus à donner aussi sa fille en mariage à Gorgias (personne n'a idée de demander son avis à la jeune fille), vu le manque d'argent, mais Sostrate arrive à le convaincre en argumentant sur l'instabilité de la fortune et l'essentiel des vertus.

La pièce, et ses aspects comiques, proviennent surtout du personnage principal, Cnémon, qui refuse de voir les hommes, et qui en vient vite à la violence injustifiée pour éviter tout contact. Rien dans la pièce n'explique les raisons de ce comportement. Il y a aussi l'opposition entre la famille riche, et les paysans, qui doivent gagner leur pain à la sueur de leur front. Sostrate, enfant gâté, qui n'est pas vraiment un modèle de volonté de courage et d'efficacité, et qui trouve les outils de paysan si lourds à porter, son père surtout préoccupé d'aller festoyer et valorisant la richesse. Mais au final ils se montrent plutôt de bonne composition. le personnage le plus positif est Gorgias, faisant vivre sa mère, soucieux de sa soeur, secourant d'une manière efficace Cnémon et sachant profiter raisonnablement de la situation, toujours digne et plein de bon sens.

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