Juan José Saer

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Message par Arabella le Lun 27 Aoû - 22:28

Juan José Saer (1937-2005)



Juan José Saer Juan-j10


Juan José Saer, né le 28 juin 1937 à Serodino (province de Santa Fe, Argentine) et mort le 11 juin 2005 à Paris (France), est un écrivain argentin.

Il pratiqua différents genres littéraires mais c'est surtout dans le champ de la narration et du roman qu'il s'est exercé et que son talent a bénéficié d'une large reconnaissance. Il est considéré comme l'un des plus grands écrivains argentins contemporains1.

Il s'installa à Paris en 1968 et enseigna notamment à l'université de Rennes. Il obtint le prix Nadal en 1987 pour son roman La ocasión.

Source : Wikipédia

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Message par Arabella le Lun 27 Aoû - 22:30

L'ancêtre


Un orphelin de 15 ans s'engage comme mousse sur un bateau qui va suivre la route des Indes récemment découverte. Une partie de l'équipage, le capitaine compris, sont massacré par des Indiens anthropophages, notre jeune héros est le seul survivant. Il va vivre pendant 10 ans chez ces Indiens, qui sont au quotidien paisibles et bienveillants, menant une vie proche de la nature. Mais une fois par an, ils font une expédition pour se procurer de la viande humaine, et lors d'un festin orgiaque se livrent à tous les excès qu'ils évitent le reste de l'année. A chaque fois, un survivant revient vers les siens avec des cadeaux. Ainsi, notre personnage est retourné aux siens lorsque les Espagnols reviennent dans la région. Il revient donc en Espagne, dans laquelle il a bien du mal à s'acclimater, d'autant plus qu'une certaine suspicion pèse sur lui. A la fin de sa vie, il écrit le récit vrai de ce qu'il lui est arrivé.

Un livre troublant, qui garde une partie de ses mystères. Jamais complètement ce que l'on pourrait en attendre. Roman d'aventures, certes. Mais ce qui arrive est quand même plutôt annoncé, et le suspens n'est pas le ressort du récit. Voyage exotique, peut être, mais finalement, on ne voit pas tant que cela de paysages, et les Indiens sont finalement vus par des sortes de petits flashs, des morceaux choisis, plus conceptuels qu'anecdotiques. Roman philosophique sans doute, mais les interprétations possibles sont extrêmement nombreuses, et pas univoques.

J'ai la sensation que l'auteur cherche quelque part à laisser le lecteur sur sa faim, pour qu'une fois le livre refermé, il soit obligé de continuer à s'interroger, et à chercher du sens, sans pouvoir clore le processus. Alors même si cette lecture ne procure pas le confort d'autres romans plus faciles à appréhender et à classifier, il laisse une trace, il est fascinant, peut être parce que dérangeant. Mais le livre peut mettre mal à l'aise ou rebuter, il ne va pas enthousiasmer tous les lecteurs.
Pour ma part, j'ai envie de continuer à découvrir l'univers singulier de cet auteur, d'être sans doute de nouveau déstabilisée. D'autant que l'écriture est magnifique.

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Message par Arabella le Lun 27 Aoû - 22:31

Le fleuve sans rives


Il s'agit d'un livre sur commande, le seul dans l'oeuvre de Juan José Saer : l'éditeur de Claudio Magris lui a demandé un livre sur l'exemple de Danube, consacré au Rio de la Plata, le grand fleuve argentin. Saer a écrit un livre à sa façon, bien différent de celui de Magris.

Le fleuve sans rives se composent de cinq parties : d'abord une sorte d'avant propos, puis quatre moments, qui portent chacun le nom d'une saison. Dans l'avant propos, l'auteur nous parle de son voyage, de Paris (où il vivait à l'époque) jusqu'en Argentine, à l'occasion de l'écriture de ce livre. Il évoque le voyage en avion, les souvenirs que tout cela remue en lui, la commande du livre, les questionnements que sa rédaction provoque. D'emblée, il nous laisse entendre que la question d'appartenance, d'identité, lui pose un problème, essentiel, fondamental. le livre traite aussi, en filigrane de ce questionnement. Mais Juan José Saer ne dit pas les choses d'une façon linéaire, nous sommes dans plein de détours et méandres comme ceux d'un fleuve, qu'il observe, en espérant l'inspiration pour son livre. Qui ne vient pas. Alors il se tourne vers les livres, vers ceux qui ont écrit, qui ont observé, étudié. Et aussi vers ceux qui permettent de comprendre d'une façon plus générale, donner un sens à du factuel, de transcender une expérience singulière : dès l'avant propos nous sommes confrontés à Adorno, Freud, Heidegger, Lacan, Héraclite...Nous voilà prévenu, ce sera un voyage qui n'aura pas forcément grand-chose de pittoresque ni couleur local à tout prix.

Même si cet ouvrage est difficile, voire impossible à résumer, je vais essayer de faire ressortir quelques éléments qui m'ont frappé. Déjà d'une certaine façon, le fleuve, Rio de la Plata, se confond avec l'Argentine. Parler de l'un, c'est parler de l'autre. Et parler de l'un et de l'autre, le pays où Juan José Saer est né, c'est parler de soi. L'auteur était très réticent vis-à-vis des biographies, mais dans ce livre il livre au final énormément de lui-même : pas tant en événements, mais plutôt dans la façon d'appréhender le monde, et tout particulièrement le pays dans lequel il est né et où il a grandit, avec lequel, malgré une mise en distance permanente, il garde des liens affectifs, sensoriels, qu'il nous fait entrevoir, dans une construction littéraire complexe mais jouissive.

La première partie, ÉTÉ, évoque les premiers temps, le moment où le fleuve, ou le pays qui deviendra l'Argentine a été découvert par les explorateurs venus d'Europe, et tout d'abord Juan Diaz de Solis. Saer évoque aussi les premiers habitants, les Indiens, les premiers temps de la colonisation…

L'Automne a comme fil directeur les étrangers qui ont écrit sur l'Argentine. Parce que la distance permet peut-être de mieux voir qu'une trop grande proximité. Ce qui nous ramène à la question d'identité, d'identification à une culture, qui est peut être plus une construction, un stéréotype qu'une réalité. Ils ont été nombreux, et Saer en évoque quelques uns. Il a un intérêt particulièrement fort pour Darwin, Ulrich Schmidel, Alfred Ebelot, mais aussi beaucoup d'autres. Il ne prend jamais rien pour argent comptant : il analyse, scrute, compare et nous livre sa lecture de ses lectures. Qui est aussi une façon de livrer à travers les écrits des autres.

L'Hiver évoque l'histoire politique de l'Argentine, sa violence tout particulièrement. Il dissèque impitoyablement le fonctionnement de son pays, les exactions des militaires pendant la terrible junte, et on ne peut pas dire qu'il soit très optimiste pour l'avenir.

Enfin, dans le Printemps, nous abordons une partie plus sensible pourrait-on dire (même si avec Saer, tout passe par le tamis de son redoutable intelligence), des images, des souvenirs, une évocation de sensations, d'odeurs, de couleurs etc. Mais pour finalement nous dire que ces expériences, vécues ici et maintenant pourraient être vécues ailleurs, à un autre moment, par d'autres, qui sont d'une façon les mêmes dans leur apparente diversité.

Il est vraiment impossible de rendre compte d'un tel livre, de toute sa richesse, et tous ses possibles. de toutes les façons, plusieurs lectures sont sans doute indispensables pour en appréhender les divers contenus. C'est un objet étrange, à la construction très pensée, malgré une apparence de digressions, de changements de sujets, de chemins de traverses que semble prendre régulièrement l'auteur, non pas pour égarer son lecteur, mais pour le faire arriver d'une façon plus complète non pas au but, mais à un endroit possible.

Fascinant, d'une intelligence remarquable, d'une sensibilité très contenue, qui n'empêche jamais l'esprit critique, mais qui donne aussi un sens aux choses, ce livre est un objet rare.

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Message par kenavo le Mar 28 Aoû - 5:18

ce que tu en dis me donne vraiment envie de retenter avec cet auteur
Il y a plusieurs années j'avais lu Grande Fugue dont je ne garde pratiquement plus de souvenirs à part que cela ne m'avait pas donné envie de continuer avec cet auteur... mais il se peut que ce n'était pas le bon moment

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Message par Arabella le Mar 28 Aoû - 8:20

Tu pourrais tenter Le fleuve sans rives, tu pourrais comparer avec Danube, c'est aussi érudit, même si le point de vue est différent. Et quelle écriture.

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Message par Aeriale le Mar 28 Aoû - 13:48

Intéressant mais très ardu, il semble.

Surtout pour une première approche de l'auteur... Tu crois que je pourrais tenter @Arabella? et dans ce cas, quel autre roman de lui?
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Message par Arabella le Mar 28 Aoû - 18:33

Je n'ai lu que ces deux là, que j'ai beaucoup aimé. Alors il paraît que Saer détestait qu'on qualifie certains livres de difficiles ou de faciles, donc je ne m'y risquerais pas, mais disons que c'est complexe, pour ma part je les trouve quand même tout à fait abordables. Enfin ces deux là.

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Message par Aeriale le Mer 29 Aoû - 14:19

Ok @Arabella. Tu me rassures légèrement ;-) 

Je tenterai sans doute, j'aime bien la mentalité, et surtout la sensibilité argentine. Un peu tout ce qui concerne l'Argentine, en fait..

Merci!
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Message par domreader le Mer 29 Aoû - 17:14

C'était déjà noté!

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