Antoine Choplin

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Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:55



Antoine Choplin est un romancier et poète français né à Châteauroux le 31 août 1962.

Il est depuis 1996 l’organisateur du festival de l’Arpenteur, en Isère, événement consacré au spectacle vivant et à la littérature.

Il vit près de Grenoble, où il concilie son travail d’auteur, ses activités culturelles et sa passion pour la marche en montagne.


Source: Babelio


Bibliographie

Romans
2001 La Manifestation
2001 Tambour et peignoir incarnat
2002 Des âmes en goguette
2003 Radeau
2004 Léger fracas du monde
2006 L’Impasse
2007 Cairns : et autres fragments paysagers pour marcheur en terrain pentu
2009 Cour Nord
2006 Apnées
2011 Le Héron de Guernica
2012 La Nuit tombée
2014 Les gouffres
2015 L'incendie (avec Hubert Mingarelli)
2015 Une forêt d'abres creux
2017 Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar
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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:57


Léger fracas du monde
Présentation de l'éditeur
Evariste, artiste-peintre singulier, se rend au bord du lac du Bourget. Il veut peindre son ultime tableau. Pourtant, une fois devant sa toile vierge, il est comme impuissant. Ce trouble le renvoie à son histoire dont on devine l'épaisseur et les heures sombres. Mais ce séjour est aussi l'occasion de rencontres peu communes qui transformeront Évariste et surtout les personnes qu'il côtoie. Son regard différent, son appétit du monde et sa capacité d'émerveillement révèlent en Évariste une profonde humanité.

Tout d’abord c’est l’écriture qui m’a enchantée…

En ligne j'ai trouvé ces mots:
Des personnages qui habitent les livres d'Antoine Choplin émane une grande douceur. Ils ont cette sorte de grâce qui suscite chez le lecteur empathie et questionnement, désir de les approcher au plus près pour capter une part de leur mystère. Mais il faudra se résoudre à prendre congé d'eux avec pour seul butin quelques bribes de leur vie, l'ombre de leur secret portée sur la page.
Jean Lorenti
Et c'est tout à fait vrai.

Le héros de ce livre, Évariste, est d'une telle douceur, bonté.. naïveté aussi - mais on tombe amoureux.. et on aurait envie de faire sa connaissance parce qu'il a le talent de voir les choses d'un angle si différent qu'on a l'impression que la vie dans sa compagnie ne peut que devenir plus léger et agréable.

Quel coup de cœur!


Extraits

Au matin, les brumes sur le lac sont courtes et immobiles. Sortes de fumeroles, tirées vers le ciel avec douceur par le soleil déjà chaud. Une belle journée.


Je crois que ce lac a été un bon compagnon pour moi, durant ces années.
C’est comme une petite mer qui se serait perdue dans les montagnes.
[...]
Évariste dit qu’il aimerait beaucoup voir la mer, la vraie. Quelque chose dont on ne voit pas la fin.
Après quelque temps, il dit : remarquez, c’est vrai qu’il y a le ciel, déjà, c’est pas mal. Mais c’est pas pareil, parce que la mer, ça vient mourir à vos pieds.
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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:58


Radeau
Présentation de l'éditeur
En pleine débâcle, Louis, au volant d'un camion, fuit devant l'arrivée prochaine des Allemands. Sa cargaison est précieuse. Il transporte des tableaux du Louvre qu'il faut mettre à l'abri. Sur la route, il dépasse une femme. Les consignes du plan " Hirondelle " sont strictes. Il ne doit pas s'arrêter. Et pourtant..

On reconnait tout de suite la voix assez unique de cet auteur mais j’ai aussi constaté qu’il a nettement progressé dans son style depuis son premier livre.

Une belle histoire, raconté avec une belle plume.

J’ai pris goût à cette histoire des peintures du Louvre, mais il aurait pu en dire plus, je vais tenter de trouver d’autres livres/récits.. sur ce sujet.

En tout cas un livre, mais surtout un auteur, à recommander.

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:58


L'impasse

Extrait

J’aimerais te montrer quelque chose, dit Oleg.
Il se redressa, tendit un bras vers le rayonnage le plus proche. Attrapa un livre de grand format.
Tu connais ça, demanda Oleg en montrant la couverture à Timour.
Timour eut un léger sourire. Il dit que celui-là, il l’avait feuilleté souvent. Que c’était un livre qu’il aimait bien.
Moi aussi, je l’aime bien, dit Oleg. Surtout ça. Attends, je vais te montrer.
Il tourna les pages dans un sens, puis dans l’autre. S’arrêta.
Voilà, dit-il. Voilà Le Chien.

Et il disposa le livre ouvert pour que Timor puisse bien le voir.
Hein, dit Oleg.
Oui, bien sûr que je me souviens de ça, dit Timour.
Hein, dit encore Oleg.
Timour acquiesça avec des mouvements de visage.
Après il ironisa : en tout cas, les personnages de Giacometti, ça pourrait pas faire des lanceurs de poids.
Oleg rigola un peu. Le silence revint, tandis qu’ils regardaient Le Chien.
Après un bon moment, Timour finit par demander : qu’est-ce que tu penses de tout ça.
Ce que je pense de quoi ?
De ça, c’exclama Timour en ouvrant les bras. C'est-à-dire de nous dans la bibliothèque de l’Institut, en train de regarder les sculptures de Giacometti dans un livre, au milieu de tout ça. Avec la guerre dont on ne parle pas.
La guerre est finie, dit Oleg.
Oui, c’est ce qu’on dit. On dit ça, que la guerre est finie, et moi, je ne sais pas très bien ce que ça veut dire.

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:59


Apnées
Présentation de l'éditeur
Alors qu'il se rend au bord d'un lac pour une séance d'apnée (discipline âpre, exigeante et de faible profit), un homme est victime d'une panne de voiture et échoue à Plan-les-Ouates, bourgade qu'il ne connaît pas.
Ainsi, dans l'attente d'une réparation, s'ouvrent à lui quelques heures d'une vacuité parfaite dans un espace vierge de tout repère. Embarrassé par cette liberté inopinée - que faire de ce temps ? Pourquoi se diriger ici plutôt que là -, il décide de confier son itinéraire à celui d'une femme dont il entreprend la filature.

Le récit de cet homme, avec son appétit des mots, est singulier et témoigne d'un lien ambigu à la complexité du monde qui l'entoure : sa passion ludique pour la lexicographie serait une manière de tenter de l'embrasser ; son besoin d'apnée, le signe d'une incapacité à le faire.

Au début de cette lecture je me suis dit – tu ne vas pas le mettre sur le forum.. tu ne sauras rien en dire..et puis je pensais que je n’allais rien en dire parce que j’avais peur que ce livre ne me plaisait pas.

Et ben, me voilà avec un avis très enthousiaste sur ce livre

Je n’avais pas compté avec le talent d’un auteur qui arrive à faire virevolter une histoire sur 100 pages. Mais calme et sereinement, les mots qui se posent en toute douceur.

Et beaucoup de mots nouveaux que j’ai dû revoir au dictionnaire – mais cela à fait plaisir, comme essayer un nouveau plat – j’avais l’impression de m’approprier ce roman dans son entièreté.

Décidément j’aime bien ce que fait cet auteur.. et je le félicite de publier à son rythme pour réjouir ses lecteurs avec de tels romans.



Extrait

Elle continua : ça doit faire drôle de se retrouver à quatre-vingts mètres en dessous de la surface du monde.
Là, je me tournai vers elle. Retrouvai son visage lisse et fin. Ses yeux sur moi.
On est bien, je dis.
Un temps.
Enfin, je veux dire on est bien à quatre-vingts mètres. On n’a pas envie de remonter. C’est pas qu’on veut mourir, bien sûr. Non, juste rester là, au fond de l’eau. On est bien, vous savez.
Nous avions ralenti le pas, étions presque à l’arrêt. C’est pour ça, évidemment, on a envie de pouvoir allonger un peu la durée.
Elle dit oui, je comprends.
C’est du travail quand même, j’ajoutai.

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 14:59


Cour Nord
Présentation de l'éditeur
Cela se passe au début des années 80. Cela pourrait se passer aujourd'hui. Dans une petite ville du Nord, le personnel d'une usine menacée de fermeture est en grève. Le jour, Léo participe mollement à la lutte, aux côtés de son père, leader syndical. La nuit, il répète dans un quartet de jazz. Autour d'un double portrait d'un père et de son fils, de ses variations et de ses dissonances, Antoine Choplin compose une mélodie sensible. Au moyen d'une écriture dépouillée, il frappe juste et bien. Plus qu'un roman social sur la fin d'un certain monde ouvrier, Cour Nord est un roman plein d'émotion retenue pour le désarroi et les mystères de ses personnages.

Nous gardons le silence un bon moment, accrochés aux derniers mots de mon père.

Antoine Choplin est un expert pour donner des mots à ce silence..

Une histoire qui m’a replongé en effet dans les années 80 avec des grèves, des crises, des licenciements.. mais tout comme le dit la 4e de couverture – n’est-ce pas de toute actualité ?!

Mais à côté de cet aspect sociopolitique, Antoine Choplin écrit un bien bel roman pour emmener son lecteur au plus près des gens impliqués dans ces tourments.

Moments fabuleux entre ce père et son fils qui ont tellement de mal à trouver des mots pour se parler, une belle histoire d’amitié, beaucoup de musique pour moi en tant que fan du jazz..

Très bon moment de lecture

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:00


Le héron de Guernica

4e de couverture
Guernica, avril 1937. Jeune peintre autodidacte, Basilio passe son temps dans les marais à observer des hérons cendrés. Ce n‘est pas qu’il se sente extérieur au conflit, il a même cherché à s’enrôler dans l’armée républicaine. Mais tandis que les bombardiers allemands sillonnent déjà le ciel, il s’acharne à rendre par le pinceau le frémissement invisible de la vie, dans les plumes d’un de ces oiseaux hiératiques. Dans quelques heures, Guernica sera une ville en cendres, mais c’est un peintre autrement célèbre qui va en rendre compte, magistralement.
L’un comme l’autre, pourtant, le petit peintre de hérons tout autant que le Picasso mondialement connu, nous interrogent sur les tragédies de la guerre et la nécessité de l’art pour en témoigner.

La nécessité de l’art pour témoigner de la guerre.. Antoine Choplin a déjà montré dans d’autres livres qu’il éprouve cette nécessité de parler de la guerre.

Mais jamais en sortant « le grand jeu sanglant ». Doux, poétique, beau.. voilà des mots qui ne correspondent en aucun cas avec le sujet ‘guerre’, mais c’en est le cas.

L’écriture de Choplin est à la hauteur pour ne pas tourner cette histoire en mièvrerie.

C’est tout bon !

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:01


La nuit tombée
Présentation de l'éditeur
Un homme sur une moto, à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante, traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission.
Le voyage de Gouri est l'occasion pour lui de retrouver ceux qui sont restés là et d'évoquer un monde à jamais disparu où, ce qui a survécu au désastre, tient à quelques lueurs d'humanité.

Gouri a une mission. Il revient en terre contaminée pour aller chercher quelque chose dans la maison dans laquelle lui et sa petite famille ont habité avant la catastrophe de Tchernobyl. En même temps il va aussi visiter des amis qui y sont restés dans la zone considérée être « habitable ». Tous ont perdu leur maison, leur chez eux, leur vie d’avant. Et tous vont se retrouver lors d’un repas avant que Gouri va essayer pendant la nuit de franchir les contrôles avant la zone interdite.

Comme toujours chez Antoine Choplin, c’est l’écriture qui emporte le lecteur.

Moment fort de lecture !

Et en plus je viens de faire la découverte du peintre Mario Sironi (1885-1961), responsable pour l’image sur la couverture


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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:01


Les gouffres
Présentation de l’éditeur
Au coeur de paysages singuliers qui pourront évoquer les revers sombres de l'Histoire, des hommes, solitaires ou réunis en une clique fragile, entreprennent un périple. Aux processus guidant leur épopée, il est ici porté une attention particulière. Tous déploient un arsenal de ruses pour approcher, voire atteindre, leur objectif. Le ressort de ces progressions emprunte avant tout à des forces d'humanité, de simple et lumineuse intelligence, de fraternité pure. Des quêtes minuscules, comme autant de fables espérant chacune de cette capacité inouïe de l'homme à se maintenir debout, le regard tendu sans relâche vers un nouvel horizon.

Depuis ma première lecture d’un livre d’Antoine Choplin, je le suis. Partout. Même s’il décrit souvent des situations ou des mondes plutôt incommodes, souvent irréels, frôlant la science-fiction qui ne me convient pas trop. Mais la façon dont il le fait est si talentueuse et je n’arrive pas à m’extraire de cette sorte « d’hypnose » que ses textes exercent sur moi.

Voyant du nouveau de lui, je ne pouvais faire autrement que de découvrir.

Livre composé de quatre nouvelles, dont une plus étrange que l’autre, m’a encore une fois amené dans des univers très différents de ce que je lis normalement. Mais chacune de ces pages m’a amené à revoir des idées préconçues et n’importe le « malaise » que j’ai éprouvé (surtout dans ce monde après-apocalypse de la première nouvelle, Les gouffres, donnant le titre à ce recueil), j’ai adoré son écriture qui sait créer des histoires comme personne d’autre.

Un rendez-vous pour une prochaine publication est déjà fixé. Je ne peux pas m’en passer de ses visions noires, souvent fantastiques, mais toujours avec une touche humaine qui sait m’atteindre.

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:02

ensemble avec Hubert Mingarelli


L’incendie
Présentation de l’éditeur
Pavle et Jovan, l'un en Argentine, l'autre à Belgrade, renouent le contact par lettres après plusieurs années de silence.

Leur correspondance les amène, peu à peu, à évoquer un passé douloureux.

Les deux hommes ont été pris dans la tourmente de la guerre en ex-Yougoslavie au début des années quatre-vingt-dix.

Et ce qui est arrivé là-bas a bouleversé leur vie.

Roman à quatre mains où chacun des auteurs prend la plume pour un des personnages qui commencent un échange en lettres.

Ce qui débute comme un récit anodin concernant la rencontre après des années, va se développer peu à peu dans une « délivrance » de Pavle envers Jovan et vice versa. Parce que tous les deux ont des secrets envers l’autre et surtout les événements d'une nuit fatidique doivent sortir à la lumière…

Je ne saurais pas dire quel auteur a pris quel part, tellement bien ils se retrouvent dans ce projet… dont je regrette seulement que l’éditeur n’a même pas mis un mot du pourquoi et comment. Cela aurait été un atout de savoir un peu plus sur cette réunion des deux amis.

Mais sinon une bonne lecture… ce qui ne veut rien dire dans mon cas, je suis une inconditionnelle d’Antoine Choplin Wink

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:02


Une forêt d’arbres creux
Présentation de l’éditeur
Terezin, République Tchèque, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s’échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l’angoisse. Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s’agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d’aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Antoine Choplin, je le suis pendant des années et je ne fais jamais attention aux quatrième de couverture de ses livres, je sais de toute façon que je vais les lire, donc, je n’y jette pas un œil, je veux que ce soit une surprise, une vraie découverte.
Mais voilà que j’arrive au début du livre et découvre la source de l’image de couverture


Bedrich Fritta, Transport

Est-ce un choix fortuit ou… ? C’est à ce moment que je lis le résumé donné par l’éditeur et je sais que je me retrouve avec une personne ayant vécue et qu’Antoine Choplin lui a donné une voix.

Et quelle voix !

Si on connaît les livres d’Antoine Choplin, on sait avec quelle pudeur il s’approprie d’un sujet. Même les sujets les plus atroces, il sait les décrire d’une façon délicate.

Ce livre ne fait pas exception.

Et bien qu’on sache que ce Bedrich Fritta dans le livre a vécu, qu’il a été transporté avec sa famille à Terezin et qu’il a fait partie de ce groupe de dessinateurs, jamais on ne gagne l’impression qu’Antoine Choplin a pris ce personnage pour donner à son livre « un plus ». Il s’efface pratiquement derrière cette voix qu’il donne à Bedrich et lui transmet toute la puissance de raconter son histoire.

Comme toujours avec cet auteur, je ressors enthousiaste et touchée…



Extraits

Est-ce ce soir-là, ou un autre ? Cette fois où apparaît sous le crayon de Bedrich ce vieux juif à chapeau, assis sur un banc, le dos courbe, les deux mains en appui sur une canne tenue entre ses jambes. Il semble filmé par une caméra insolite, à forme presque humaine, solidaire d’une intense source lumineuse, boule de feu pourrait-on dire. S’échappe de cette drôle de machine un rouleau pellicule, s’entortillant comme un reptile jusqu’à une jeune femme tronc, comme posée sur un guéridon à trois pieds et sur lequel on imagine quelques ustensiles à maquillage. De sa main droite, elle passe un coup de crayon sur la paupière triste et comme figée du vieux juif. Derrière le rideau auquel il est adossé gît un squelette à l’avant de remparts et de clôtures barbelées. Après avoir achevé son dessin, Bedrich inscrit à l’encre noire, au bas de la feuille : Film et Réalité.


Bedrich Fritta, Film et Réalité


Bedrich a fini par s’approcher. Il découvre le visage de l’homme sur la feuille, surmontant le buste sombre. Les cheveux sont proprement coiffés, tirés vers l’arrière ; ils laissent toute sa place à un front vaste et clair. Le crâne ovoïde s’étire jusqu’à la pointe du menton. La bouche fermée n’atteint pas au sourire. Elle trahirait plutôt une sorte de bienveillance, attentive. Les yeux noirs encadrent la fine arête du nez : par ce qu’on imagine de leur acuité, ils semblent outrepasser la lassitude qui en creuse les orbites et en abaisse les paupières. C’est un regard d’homme pour qui le regard compte. L’œil gauche est surplombé par un sourcil en chevron : par l’angle qu’il forme, et qui pourrait évoquer un oiseau en vol, par son incidence légère mais perceptible sur les rides frontales, c’est le visage entier, jusqu’en son intérieur, qui en devient partie prenante, recevant, éprouvant, décryptant ce qui lui est donné à voir.
Bedrich le sent bien, Leo Haas se tient à ses côtés dans l’attente d’un commentaire. Mais ce qui vient à l’esprit de Bedrich est confus. Le portrait qu’il observe lui apparaît dans toute sa force, son élégance. Force, élégance : celles de l’œuvre, au trait émouvant, précis et sans ostentation, ou celles de son modèle ? De quel côté se niche cet éclat de dignité, d’espoir presque, qui saisit d’emblée ? Le dessin et son sujet se mêlent, comme mer et ciel aux horizons d’hiver. Et puis d’ailleurs, est-ce vraiment lui, cet homme serein et distingué, lui, Bedrich, que gagne si souvent ces jours-ci le sentiment de l’amoindrissement ?
Comme il ne trouve rien à dire, il attrape Leo à l’épaule et y exerce deux ou trois pressions amicales.



Leo Haas, Portrait de Bedrich Fritta
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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:03

après ma lecture du Requiem de Terezin de Josef Bor, je suis retournée dans le livre de Choplin pour voir ce qu'il a écrit concernant ce fameux concert:

De là où il est placé, Bedrich peut distinguer, au moins par instants, le profil de Rafael Schächter et maintenant, il en est certain : lui aussi s’est mis à chanter avec les choristes, Il ne l’a jamais vu faire ça auparavant, lors des quelques répétitions qu’il a pu suivre les semaines précédentes. Sa direction, pleine de maîtrise et de précision, semble portée cette fois par une force différente, comme devant s’échapper par une bouche plus grande encore que celle, immense pourtant, de l’orchestre qui joue sous sa baguette. Donne-leur, Seigneur, le repos éternel, et que la lumière brille sur eux à jamais.
Devant lui, le front haut, la soprano Gertrude Borger entame le Libera me. Par sa gestuelle tout orientée vers elle, douce et enveloppante, Schächter paraît vouloir lui faire offrande de tout ce qui l’emplit, ses bras comme des tentacules piochant à son propre ventre avant de se déployer dans sa direction. Et elle le reçoit comme on ferait d’une brise d’orage, droite, arc-boutée même, et le regard ailleurs, visant au loin. Délivre-moi Seigneur de la mort éternelle, en ce jour de terreur, quand le ciel et la terre seront ébranlés…
[…]
Dans les dernières mesures, la musique s’éteint lentement, dans un descrescendo que la soprano continue à habiter, en d’ultimes soubresauts. Ces sons, arrachés au plus grave de sa tessiture, donnent à la prière une inflexion différente, Au-delà de l’ampleur des voix, des supplications assemblées, des forte emplissant l’espace, il y a maintenant cette palpitation invincible, plusieurs fois resurgie d’entre les silences, d’un velouté trompeur. Un battement fossile que rien ne fera taire. Voilà ce qu’aux oreilles de Bedrich suggère, paradoxalement, la fin de ce Requiem : l’éternité de son chant.
Le silence se fait. Bedrich observe les hommes des premiers rangs. Au milieu d’eux, il y a celui qui se nomme Eichmann et que la rumeur a tôt fait d’identifier dès son arrivée. Il n’a plus tout à fait cette posture raide et inflexible qui était la sienne au début du concert. Son corps s’est affaissé, fessier au bord de la chaise, jambes étendues. La tête s’enfonce entre les épaules, le buste est légèrement de guingois ; le bras droit sur la cuisse, la main gauche couvrant le menton et soutenant le bas du visage. Pour autant qu’il puisse le voir, Bedrich dirait qu’il garde le front plissé comme sous l’effet d’une incompréhension durable. Il demeure un moment sans bouger après qu’ont fini de résonner les dernières notes. L’expression de son regard reste inaccessible à Bedrich de là où il se trouve.
Lorsque le bras gauche d’Eichmann se déplie, abandonnant ainsi la base de sa tête et donnant l’impression d’une tension allégée, le commandant installé à ses côtés se tourne vers lui, les mains dressées devant la poitrine, prêt à applaudir. Une ou deux secondes s’écoulent encore, embarrassées. Eichmann consent enfin ce signe de tête minimal et que Bedrich peut percevoir ; hochement ténu, sans un regard vers le commandant. Parmi les premiers rangs naissent alors les premiers applaudissements, un peu empesés. Puis ils se gonflent de tous ceux de la salle.
Schächter se retourne vers le public. Il est immobile, le front luisant de sueur, les bras le long du corps. Il n’exécute aucun salut.


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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Mer 30 Nov - 15:03

Quelques images du camp de Terezin par Bedrich Fritta

















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Re: Antoine Choplin

Message par Epi le Mer 30 Nov - 20:10

Je ne connais pas du tout mais j'aimerais bien essayer Léger fracas du monde

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Re: Antoine Choplin

Message par kenavo le Jeu 1 Déc - 5:49

puisque c'est mon premier livre que j'ai lu de lui, je ne peux que te souhaiter bonne lecture... et esperer qu'il va te plaire
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