Andrzej Stasiuk

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Sam 10 Déc - 14:39

Andrzej Stasiuk (1960-    )




Né à Varsovie, il est publié relativement tard, mais en attendant il connaît une vie très haute en couleurs, qui permet de mieux comprendre les personnages de ses œuvres de fiction. Il est viré de différentes écoles qu’il fréquente, militant dans un mouvement pacifiste, il déserte pendant son service militaire à l’armée, ce qui lui vaut une condamnation à deux ans de prison. Cette expérience carcérale lui servira pour écrire son premier livre publié, Mury Hebronu (Les murs d’Hébron, non traduit en Français), des textes parlant de prison de façon très forte et réaliste (un vrai choc pour moi ce livre). Ce livre paraît en 1992, et l’auteur n’arrête plus de faire paraître d’autres textes, romans, nouvelles, poèmes. Est paru en 1998 une auto-biographie assez jubilatoire, qui raconte ses jeunes années, très déjantées, tout un brossant le tableau d’une époque et d’une génération. 

Fatigué par la vie citadine et ses excès, il s’installe dans un village montagnard, il fonde une maison d’édition qui lui permet d’éditer lui-même ses livres, ainsi que d’autres auteurs de l’Europe centrale et orientale


Bibliographie



2000 Par le fleuve, 
2003 Dukla, 
2004 Contes de Galicie 
2004 Mon Europe (avec Iouri Androukhovitch) 

2006 L'hiver
2007 Sur la route de Babadag 
2007 Le Corbeau blanc 
2008 Les barbares sont arrivés, 
2009 Fado 
2009 Neuf 
2010 Mon Allemagne 
2011 Taksim,
2013 Comment je suis devenu écrivain,

2015 Un vague sentiment de perte

pas encore traduit:
Mury Hebronu 


Dernière édition par Arabella le Sam 10 Déc - 14:44, édité 2 fois

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Sam 10 Déc - 14:42

Les contes de Galicie


En guise d'explication, la Galicie est une partie du territoire du royaume de Pologne attribué à l'Autriche pendant les démembrements de la Pologne au XVIIIem siècle. A l'heure actuelle, ces territoires se trouvent dans différents pays, ce qui en reste en Pologne, se situe au sud-est, à la frontière avec l'Ukraine, c'est le territoire le plus oriental, et le plus pauvre du pays. 

Andrzej Stasiuk nous parle des gens qui vivent dans ce territoire, et plus exactement dans un village. Tout d'abord, il semble s'agir de nouvelles, chacune d'entre elles nous brosse le portrait d'un personnage, en quelques pages à peine. Un conducteur de tracteur dans un kolkhoz, qui bien sûr a complètement périclité depuis les changements politiques par exemple. Ou un retraité qui passe son temps à raconter avec des détails les plus infimes les petites choses de sa vie. Mais progressivement, nous voyons les personnages revenir, et raconter une sorte de récit collectif, de la vie d'une communauté. Les récits apparemment sans lien, se répondent, se complètent, et dessinent une fresque dont les couleurs se découvrent en même temps que les vies et les destins des personnages. C'est parfois tenu et il faut capter le fil qui relie les choses les unes aux autres. Mais les personnages sont tenaces, et même morts, ils reviennent parfois hanter les vivants et finir de jouer leur partition. 


Il s'agit de toutes petites gens, essentiellement des paysans, qui vivent tant bien que mal, et plutôt mal, voir très mal. Les hommes boivent, terrorisent leur famille, travaillent dur, et boivent ce qu'ils ont gagné. Les femmes travaillent, mettent au monde des enfants, beaucoup d'enfants. Un réel sordide, triste, désespéré pourrait-on dire. 

Alors comment l'auteur arrive à lui donner toutes ces couleurs, et cette extraordinaire vitalité ? Là c'est vraiment du grand art. Il utilise un vocabulaire, recherché, précieux, même si sa phrase est économe, le choix des mots est essentiel, il donne des allures d'épopée mythique, d'épisodes lyriques à des scènes qui décrites autrement pourraient sembler d'une trivialité et d'une laideur repoussantes. Il magnifie ces personnes, dans lesquelles on pourrait voir des déshérités, des miséreux, et en fait des héros, essentiellement de tragédie, car tout cela ne peut avoir de fin heureuse. le mari qui tue sa femme supposée infidèle et dont le fantôme hante certains habitants du village, et en premier lieu le policier qui la arrêté. Et le chapitre final, est hallucinant, drôle et pathétique à la fois.

Je dirais que pour moi c'est sans conteste un livre marquant, comme d'autres du même auteur.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Dim 11 Déc - 9:59

Sur la route de Babadag


Le livre est composé de 14 textes, dont le dernier et le plus long donne son nom au volume. Des textes qui parlent de voyages. En regardant son passeport l'auteur estime qu'il a du franchir environ 200 fois une frontière pendant les 7 dernières années. Mais il ne voyage pas n'importe où : Moldavie, Transylvanie, Roumanie, Slovaquie , Albanie…Sur la carte, en Europe. Mais les cartes ne disent pas tout. Un autre monde, qui est à la porte. Cerné de plus en plus, en train de disparaître. Comme hors du temps et de l'espace. Rien de touristique dans ces voyages, ces déplacements plutôt. L'auteur ne visite pas de musées, n'admire pas de monuments, ou alors par inadvertance. Pas d'hôtel réservé, d'ailleurs la plupart d'endroits où il va, n'en ont pas d'hôtels. Parfois une destination, parfois pas, et de toute façon la route peut toujours bifurquer, au gré d'une envie ou tout simplement parce qu'un bus ou un train passe là à ce moment. Pas de villes, ou des toutes petites, ou vraiment parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de passer plus loin. Des bourgs, des villages, des hameaux, des maisons, des magasins, des bars, des gares. Et des gens qui les habitent. Qui y survivent on ne sait comment, en tuant le temps. Et l'oeil et la mémoire de l'auteur qui enregistrent tous les détails, la couleur d'un mur, un dépôt d'ordures, les hommes qui attendent devant un bar. Et aussi la parole des gens. Quelque soit la langue, même s'il ne la connaît pas l'impression de comprendre ce qu'ils disent. Il ne fait que passer, quelque jours, plutôt quelques heures voir, quelques minutes. Comme à Babadag, deux fois dix minutes en tout. Mais cela suffit. .


Il se pose la question de la raison de ces voyages. Il y a cette phote d'André Kertesz de 1921 prise dans une petite ville de Hongrie :






« Il n’est pas exclu, que tout ce que j’ai écrit jusqu’à maintenant, a commencé avec cette photographie……
Cette photographie me harcèle depuis quatre ans. Où que j’aille, je recherche sa version en trois dimensions et en couleurs, et souvent j’ai l’impression que je l’ai trouvé….
Dans tous ces endroits, se posait sur l’écran transparent de l’espace l’André Kertesz de 1921, comme si le temps s’était arrêté à ce moment-là, et que de ce fait le présent ne s’avérait être qu’une erreur, une plaisanterie ou une trahison, comme si ma présence dans ces endroits était un anachronisme et un scandale, parce qu’arrivais du futur, mais je n’en étais pas plus sage pour autant, juste plus effrayé. L’espace de cette photo m’hypnotise, et tous mes voyages n’ont pour but que de pouvoir enfin retrouver le passage secret qui mène à l’intérieur d’elle.»


A la recherche d'un endroit qui n'existe pas, l'auteur nous amène dans des endroits où nous n'irons sans doute pas, qui d'une certaine façon n'existent pas vraiment pour nous. Un voyage unique.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Mer 14 Déc - 13:55

Fado


Après ma lecture de Sur la route de Babadag, j'attendais en ouvrant Fado la suite. Mais Andrzej Stasiuk n'écrit jamais deux fois le même livre. Il commence bien à nous parler de ses voyages, toujours dans les mêmes contrées des confins de l'Europe, mais l'angle d'approche est différent. Les textes sont plus courts, au départ il ne semble pas avoir de lien entre les différents moments ou sensations évoqués. Ainsi il nous parle d'un voyage en Albanie, et d'un chauffeur de taxi qui écoutait une chanteuse de Fado, cette musique nostalgique qui convient bien finalement au monde en train de disparaître auquel il est attaché. Un drôle de monde ; par exemple son éditeur albanais lui explique que la parution de son livre sera retardée, à cause des quotidiennes coupures d'électricité. Nous découvrons que l'essentiel de la production en Albanie provient de centrales hydrauliques, qui lorsqu'il n'y a pas suffisamment d'eau ne tournent plus. Et ces centrales sont situées dans des montagnes, dans lesquelles les habitants vivent comme au dix-neuvième siècle, dans des maisons en pierres épaisses, le transport se fait à dos d'âne, et il n'y a ni eau courante ni électricité. Et c'est à cet endroit dans lequel le temps semble s'être arrêté qu'est produite l'électricité qui dans les lieux plus modernes du pays fait marcher les machines, les ordinateurs, les téléviseurs. 

Et Stasiuk a une grande nostalgie de ce monde qui disparaît, ces anciennes coutumes, gestes séculaires, ce mode de vie en train de s'éloigner dans le néant, dans lequel la principale richesse des habitants est le temps dont qu'ils ont à disposition des quantités infinies. Plusieurs temps semblent se télescoper dans les endroits que l'auteur traverse, le passé et la modernité, même si cette dernière prend une forme parfois caricaturale, et peu engageante. 


Dans la deuxième partie du livre, l'auteur nous montre l'endroit dans lequel il vit, dans les Carpates, un lieu qui ressemblent à tous ces lieux dans lesquels il voyage, où pour amener sa fille à l'école en hiver, il lui faut d'abord empoigner sa pelle et dégager la neige. Et la nostalgie de sa propre enfance, qu'il revit en partie dans celle de sa fille. Les souvenirs du petit citadin dans la campagne de ses grands-parents, avec l'eau tiré du puit, les vaches à traire, les chevaux à rentrer, comme cela s'est passé pendant des siècles, et comme cela ne se fera sans doute plus. Un monde qui disparaît en même temps qu'une vie s'écoule. le titre Fado résume en réalité très bien cette double et parallèle nostalgie, la tristesse, le regret, de voir le monde que l'on a connu ne plus être, en même temps que sa propre vie se raccourcit, que certains événements, personnes, sensations, ne sont plus que des souvenirs.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Mar 20 Déc - 8:32

Neuf

Dans un appartement dévasté, un homme s'apprête tant bien que mal à sortir. le but de sa sortie sera d'essayer de trouver de l'argent pour rembourser une dette, et lui éviter d'être la victime de ceux qui ont dévasté son appartement. Il a trois jours pour le faire, et va commencer par essayer de retrouver des anciens amis qui pourraient l'aider. Sa route va croiser celle d'autres personnages en déperdition, dont la vie aussi se trouve en instance de faillite, dans une ville en chantier, inquiétante et aussi perdue que ses habitants.

C'est le premier livre de Stasiuk que je lis et qui est sensé être un roman, et je n'ai pas la sensation que ce soit un genre qui lui convienne. le roman noir pas plus qu'un autre type de roman. Il n'y a pas de véritable progression dans l'action, la cavale de Paweł semble très vite perdre la moindre signification, les activités des autres personnages sont finalement aussi dépourvues de sens, et le moins que l'on puisse dire c'est que la fin n'en est pas vraiment une. Si le livre a de l'intérêt et qu'il capte par moments l'attention, c'est déjà par l'écriture (même si je ne sais pas ce qui en reste à la traduction), très brillante, peut être même un peu trop par moments, et surtout par la description de personnages, perdus, esquintés, à la dérive, tracés par petites touches. J'ai trouvé en revanche la description des malfrats très stéréotypée, pas très intéressante ni très vraisemblable.

En fait, au lieu d'essayer d'écrire un roman noir, Stasiuk aurait du faire ce qu'il sait si bien faire, une galerie de personnages, de lieux, d'ambiances, qui auraient peut être pu se croiser, entrecroiser leurs routes, leurs destins. Sans forcement de continuité, ni de fin parce qu'il n'y en a pas vraiment dans la vraie vie. Parce qu'au détour d'une page, d'une description, c'est ces aspects du livre qui m'ont retenus, touchés. Pas les poursuites, la violence, le tableau du monde de la pègre. Forcé et sonnant faux à mon sens. Comme si l'auteur voulait nous en mettre plein la vue, et qu'il manque son but en en faisant trop. Dans une interview, Stasiuk disait que pour lui la littérature est toujours à deux doigts du kitch, sans jamais franchir la limite. Je trouve que dans ce livre, par moments il franchit cette limite, même s'il y a des moments réussis.

Ce n'est certes pas le livre que je conseillerais pour un premier contact avec l'auteur.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Dim 29 Jan - 17:44

Un vague sentiment de perte

Il s'agit d'un tout petit livre, à peine 90 petites pages. Il est composé de quatre nouvelles, les trois premières très courtes, la dernière occupe plus de la moitié du livre. Stasiuk y évoque la mort de quatre être qui ont eu de l'importance pour lui, et dont le décès l'a marqué. Dans la première sa grand-mère, puis le lauréat d'un prix littéraire auquel Stasiuk a participé comme jury et avec lequel il a sympathisé, ensuite une chienne qu'il a gardé très longtemps, et enfin un ami d'enfance. le souvenir de ce dernier, fait remonter des souvenirs de l'enfance de l'auteur, en particulier d'un quartier de Varsovie où il a vécu à cette époque, Grochów.
C'est donc très introspectif, l'auteur évoquant les impressions, les sentiments que provoquent en lui ces morts, comment cela le renvoi à sa propre finitude.
Stasiuk se montre nostalgique et presque sentimental dans ce recueil, essentiellement dans la deuxième et troisième nouvelle, ce qui n'est pas son cas habituellement. Je trouve la dernière nouvelle la plus réussie, la plus complexe, avec l'évocation de différents éléments, entre l'enfance et la mort qui arrivera un jour.

Un livre qui peut être un peu frustrant par sa taille un peu réduite, et étonner par une tonalité que l'on ne rencontre pas toujours dans oeuvre. Il y a quand même de beaux passages, réellement émouvants. Un livre visiblement très personnel et intime.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Dim 29 Jan - 17:45

Dukla

Encore une fois, Stasiuk fait un livre qui ne ressemble pas à ses autres livres. Je n'arrive pas à comprendre comment il fait ça, avec le même univers à priori, faire un livre différent. Comme la lumière différente à chaque heure du jour.

Aucun récit, ou alors des bribes, comme cette jeune femme qui l'attirait pendant des vacances au début de l'adolescence. Mais il y a en fait juste des impressions, des sensations, en partant d'un lieu, d'une banalité, voire d'une laideur sans rien de particulier.

Une petite ville, somnolente, dans laquelle il ne se passe rien ou presque. Et Stasiuk compose à partir de ce rien une prose par moment presque lyrique, pour parler de la banalité et laideur quotidienne. du grand art.

Même si je n'ai pas aimé autant que d'autres de ses livres, parce que c'est un peu gratuit. Je trouve que finalement il en rend mieux compte de cet univers dans Les contes de Galicie, parce qu'il y a des personnages, des bouts de vie, pas seulement un décor. Et Dukla c'est surtout cela, un décor. Même s'il est très réussi, Stasiuk peut faire plus. Enfin je trouve. Mais rien qu'un décor de Stasiuk, cela vaut bien plus que les oeuvres complètes d'autres auteurs. Mais cela n'engage que moi.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Ruth May le Sam 4 Fév - 15:19

Tu donnes l'envie d'une découverte. Je reviendrai sans doute...
avatar
Ruth May

Messages : 573
Date d'inscription : 07/12/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Arabella le Sam 4 Fév - 17:47

Pourquoi pas avec Un vague sentiment de perte. C'est très court, et il y a une chienne qui te touchera sans doute, @Ruth May.

_________________
La meilleure façon de résister à la tentation c'est d'y céder. (Oscar Wilde)
avatar
Arabella

Messages : 2123
Date d'inscription : 29/11/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Ruth May le Sam 4 Fév - 19:43

Oui, je crois que celui-ci est vraiment pour moi en ce moment. Je suis vraiment tentée.
avatar
Ruth May

Messages : 573
Date d'inscription : 07/12/2016

Revenir en haut Aller en bas

Re: Andrzej Stasiuk

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum