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Message par Arabella le Jeu 23 Mai - 21:52

William Shakespeare



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Source : Vikidia

Nous avons très peu d'informations sur la vie de Shakespeare avant 1592.

Il naît le 23 avril 1564 à Stratford-upon-Avon, en Angleterre. En 1582, il fréquente la Grammar School, et la même année il épouse Anne Hathaway, dont il eut deux filles (Susanna et Judith) et un fils (Hamnet). À sa biographie manque quelques années cruciales ('the lost years') entre 1585 et 1592. On perd la trace de Shakespeare en 1585. En 1592, il réapparaît à Londres : dans un pamphlet venimeux, le dramaturge Robert Greene rend compte de la présence de Shakespeare à Londres dans le milieu théâtral. Là, travaillant dans un théâtre, il révèle son talent en arrangeant des pièces. Dans les années 1590, il écrit des poèmes et des pièces de théâtre.
Représentation de La Comédie des Erreurs (1594), de Shakespeare, au théâtre du Globe (1599), reconstitué en 1997, à Londres.

En 1591, première date charnière de sa carrière dramatique, il écrit la seconde et la troisième partie d'Henri VI. Il se fait remarquer en 1592 comme acteur et auteur. Il a déjà écrit Les Deux Gentilshommes de Vérone et Henri VI. En 1593 paraît Vénus et Adonis, puis en 1594, Le Viol de Lucrèce. Son talent est de plus en plus reconnu, il devient de plus en plus célèbre. Il va s'orienter vers la rédaction de pièces de théâtre. Il écrit Peines d'amour perdues, Roméo et Juliette, Le Songe d'une nuit d'été puis Hamlet qui connaissent un grand succès auprès du public.

En 1599, la compagnie de Shakespeare ouvre à Londres un théâtre appelé « le Globe ». Jacques VI d'Écosse, fils de Marie Stuart, est couronné roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier : les acteurs de la troupe de théâtre deviennent en 1603 les « Hommes du Roi ». Les années suivantes sont les plus importantes de sa carrière d'écrivain. De 1604 à 1607, il compose Othello, Macbeth et Le Roi Lear, puis, au cours de l'automne 1609, commence à travailler pour le théâtre Blackfriars.

L'été 1613, le théâtre du Globe est incendié pendant une représentation de la pièce Tout est vrai (Henri VIII). Cet incendie marque la fin de la carrière de Shakespeare, qui déjà s'était retiré pour rédiger trois pièces : Cimbeline, Le Conte d'hiver et La Tempête. Selon certaines sources, la santé de Shakespeare était alors chancelante : il aurait contracté la fièvre, et meurt en 1616, à l'âge de 52 ans. Il est enterré dans l'église même où avait eu lieu son baptême, de plus au mois d'avril. Shakespeare ne verra pas ses pièces officiellement publiées.

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Message par Arabella le Jeu 23 Mai - 21:53

Troïlus et Cressida


Considérée comme une « pièce à problèmes », Troïlus et Cressida pose beaucoup de questions auxquelles les réponses divergent sensiblement selon tel ou tel commentateur. Déjà la date de la composition de la pièce n'est pas certaine. Inscrite au Registre des libraires en 1603 et 1609, les deux premières versions publiées connue sont celles de deux Quartos de 1609, les deux versions différant entre elles. Une des deux préfaces laisse entendre que la pièce est nouvelle, alors que l'autre évoque une création plus précoce. La pièce a par ailleurs difficile à classer, entre tragédies et pièces historiques. Cette pièce ne fait pas partie des oeuvres de Shakespeare le plus jouées, mais a suscité un certain nombre de commentaires.

L'histoire du couple qui donne son nom à la pièce trouve son origine dans le Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure (vers 1160). Dans ce texte, celle que deviendra Cressida se nomme Briséida, mais les traits du personnage sont fixés. Cet épisode du roman a été repris par divers auteurs, dont Boccace, et Chaucer. Shakespeare semble s'être davantage inspiré des récits médiévaux que d'Homère pour sa pièce.

Nous sommes donc à l'époque de la guerre de Troie, et plus précisément sept ans après son début. Troie est assiégée par l'armée grecque, dans laquelle s'expriment certains antagonismes, en particulier entre Achille et Agamemnon, mais aussi entre Achille et Ajax, Ulysse joue sur ce dernier pour manipuler les deux hommes. A Troie, les interrogations sur les raisons de la guerre et la possibilité de rendre Hélène à Ménélas sont à l'ordre du jour. Pendant ce temps, Troïlus, le plus jeune des fils de Priam, est devenu éperdument amoureux de Cressida, la fille de Calchas, qui est passé chez les Grecs en laissant Cressida à Troie. Troïlus utilise les services de Pandarus, l'oncle de Cressida, qui n'hésite pas à jouer les entremetteurs. Les deux jeunes gens, amoureux, passent une nuit ensemble. Mais Calchas a négocié un échange : Cressida contre Anténor, un des chefs troyens, prisonnier des Grecs. Malgré le désespoir des amoureux Cressida doit suivre Diomède, venu la chercher. Un échange de gages a lieu, et Cressida part avec la manche de Troïlus. Mais très rapidement Cressida succombe aux avances de Diomède : Troïlus en ambassade au camp grec assiste à un dialogue amoureux à l'issu duquel Cressida livre le gage de Troïlus à Diomède. le prince troyen s'en revient le cooer brisé. Pendant ce temps, la guerre continue : après la mort de Patrocle, Achille reprend le combat, et fait tuer traîtreusement Hector par ses Myrmidons.

Les personnages de la pièce de Shakespeare sont éloignés des nobles personnages d'Homère, au point que certains ont pu voir dans cette pièce une satire. Les Grecs sont particulièrement peu à l'honneur : Ajax est une brute imbécile, Achille imbu de lui-même et pas particulièrement courageux, Ulysse et Nestor manipulateurs et retors etc Une vraie galerie de fripouilles, d'idiots et d'opportunistes. Les Troyens sont plus héroïques et nobles, mais d'une certaine façon hors de propos : ils se font décimer par des adversaires qui profitent de leurs beaux gestes et ne respectent rien. Ils sont une sorte de survivance d'un esprit de chevalerie médiévale, qui est bien morte, des Don Quichottes qui vont à leur perte.

De toute façon, la guerre n'est pas belle chez Shakespeare : ce sont les plus malhonnêtes qui l'emportent, et rien ne justifient les morts et les souffrances. Surtout pas la cause pour laquelle la guerre a été déclarée : Hélène n'est qu'une putain, et ne vaut pas les morts qu'elle cause. On ne peut qu'être gêné par l'image de la femme légère, sensuelle d'une façon presque animale de la pièce, bien dans la tradition médiévale. Cressida et Hélène appartiennent à une même engeance.
Malgré tout, malgré le cynisme et la charge satirique, la pièce contient des morceaux d'un grand lyrisme, des échanges amoureux d'une grande beauté. C'est un mélange étrange et déconcertant, une pièce qui interroge, qui provoque une sorte de malaise, dans le bon sens du terme, car il pousse à des interrogations, à des tentatives de donner du sens. J'aimerais bien la voir jouer un jour...

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Message par Arabella le Jeu 23 Mai - 21:54

La nuit des rois


Pièce qui n'a pas été publiée du vivant de l'auteur, mais uniquement en 1623 dans le Folio. Elle semble avoir été écrite en 1600-1601 ; son titre semble indiquer qu'elle a été créée le 6 janvier, le jour de l'Epiphanie, en 1601, même si aucune source sûre ne confirme ce fait. Le texte publié est un texte de scène, les spécialiste le jugent de bonne qualité.

Comme souvent dans le théâtre de l'époque, la source principale de la pièce de Shakespeare, est une, ou plutôt des pièces italiennes. Une comédie de nom d'Inganni a été jouée à Sienne en 1531, on ne connaît pas son auteur, mais la trame en a été reprise par Nicolo Secchi, puis par Curzio Gonzaga. Elle a connue diverses adaptations, latines, françaises, espagnoles...L'histoire de deux jumeaux de sexe opposé, séparés, déguisés, qui vivent des amours compliqués, dans lesquelles le changement apparent de sexe joue un rôle, troublant les corps et les âmes, a connu un beau succès. De toutes les façons, le XVIe et le XVIIe siècle étaient très amateurs de travestissements, et les filles déguisées en garçons comme les garçons déguisés en fille ont fait les beaux jours de la littérature de l'époque. On peut citer l'Astrée, le fameux roman d'Honoré d'Urfé dont la publication commence en 1607, dans lequel le personnage principal passe la plus grande partie du roman déguisé en fille auprès de celle qu'il aime, et qui sans le reconnaître, est troublée par sa présence. Shakespeare reprend donc une trame souvent utilisée.

Viola vient d'être sauvée d'une tempête dans laquelle son frère jumeau, Sébastien semble avoir péri, sur les rivages de l'Illyrie. Par prudence, elle se travestit en garçon, et prend du service auprès du duc des lieux. Elle en tombe amoureuse, mais le duc est épris d'Olivia, une jeune femme qui refuse ses avances, et cela même s'il n'est pas insensible au charme de son nouveau page. Le duc charge Viola, rebaptisée Césario, de fléchir Olivia. Viola approche la belle, qui loin de s'intéresser plus au duc, tombe amoureuse de Césario. Par ailleurs, Olivia héberge un oncle, noceur et plaisantin, qui joue des tours à qui il peut. Il décide ainsi, par l'entremise de Maria la suivante d'Olivia, de ridiculiser Malvolio, son intendant puritain. Mais Sébastien, le jumeau de Viola, n'est pas mort. Il arrive en ville, où il est pris pour Viola-Césario. En particulier par Olivia, qu'il épouse. Le duc, apprenant le mariage de son serviteur, est prêt à l'exécuter. Mais l'arrivée de Sébastien éclairci la situation : c'est lui qui est devenu le mari d'Olivia. Viola dévoile sa véritable identité, et le duc décide de l'épouser. Le seul mécontent est Malvolio, qui espérait épouser Olivia, et qui a été ridiculisé et maltraité. Le tout sous le regard goguenard du fou d'Olivia, Feste.

La pièce a une double tonalité, amoureuse, tout d'abord. Le duc n'est plus en capacité de gouverner ses états, envahi par une mélancolie amoureuse, dans laquelle il se complaît. Olivia et Viola sont éperdues d'amour, un amour qui ne semble pas possible, du fait du travestissement : le duc ne peut aimer Viola, qu'il pense être un garçon, et Olivia est dupe du déguisement de Viola, qui est en réalité une fille. Tous les amours sont donc sans issue. C'est l'arrivée de Sébastien, le complément mâle de Viola qui dénoue les fils ; le couple des jumeaux, en se reconstituant, en étant de nouveau homme et femme, remet le monde en état de marche et permet à chacun de retrouver un partenaire assorti. Après avoir connu les troubles et les attirances du semblable, chaque protagoniste rejoint l'autre, le différent, qui le complète. Sans oublier forcément l'attrait du pareil.

Mais la pièce a aussi une tonalité loufoque, carnavalesque ; beaucoup de commentateurs considèrent qu'elle est en lien avec la date supposée de la création, à l'entrée du carnaval. Le moteur en est sir Tobie, l'oncle d'Olivia, accompagné de son satellite, Sir Aguecheek. Festen, le fou, joue aussi son rôle, ainsi que Maria. Malvolio, est un participant involontaire, mais le personnage est comique malgré lui, et devient la victime désignée des autres. Comme dans le carnaval et ses débordements, le rire est proche de la cruauté, voire de la violence. Malvolio en est la victime, mais il n'est pas le seul, la mort peut survenir, par duel ou par exécution. Nous ne sommes pas loin par certains aspects d'un côté presque rituel, où pour conjurer le sort et s'assurer la prospérité, les débordements d'abord joyeux, vont jusqu'au paroxysme, et demandent une victime expiatoire pour s'accomplir.

Une très grande pièce.

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Message par Arabella le Jeu 23 Mai - 21:56

La tempête



Créée en 1611, la pièce ne connaîtra pas d'édition du vivant de Shakespeare, mais elle figurera en tête dans le fameux Folio du 1623, qui rassemblait pratiquement toutes les pièces du dramaturge, et dont la qualité fait une source majeure pour l'oeuvre de Shakespeare. Cette pièce est par ailleurs généralement considérée comme la dernière de son auteur, ce qui lui donne un statut et une résonance particulière. D'autant que les spécialistes n'ont pas identifié de sources dont Shakespeare aurait pu s'inspirer pour sa pièce : il s'agit donc d'une création sortie complètement de son imaginaire.

Prospéro, le duc de Milan a été détrôné par son frère, Antonio, avec l'aide d'Alonso, roi de Naples. Parti sur un bateau, il se trouve avec sa fille Miranda, dans une île inhabitée. Prospéro est magicien, et lorsque Alonso et Antonio, en voyage, se trouvent à proximité de son île, il déclenche une tempête, qui va les obliger à s'y rendre. Grâce à sa magie, aidé par une esprit qu'il a asservi, Ariel, il va se faire rencontrer Ferdinand, fils d'Alonso et Miranda, qui comme il l'a prévu, tomberont amoureux. Ariel fait échouer la tentative d'Antonio et de Sébastien, frère d'Alonso, de tuer ce dernier. Par ailleurs, il empêche également une tentative d'un autre esprit, Caliban, qui a poussé deux marins à tenter d'assassiner Prospéro. le magicien se découvre, pardonne à son frère et à Alonso, le mariage entre Miranda et Ferdinand est décidé, et Prospéro rentre récupérer son duché, et jette ses livres de magie.

Une intrigue au final très simple et linéaire, même si le personnage de Caliban apporte quelques péripéties un peu à la marge de l'intrigue principale. L'ensemble de l'action se déroule sur la même durée que la durée de la pièce, les événements antérieurs étant racontés par Prospéro à Miranda, qui ne les connaissait pas à cause de son jeune âge.

Dernière pièce, écrite alors que Shakespeare s'était retiré de Londres, elle a souvent été considérée comme son testament. L'identification entre l'auteur et son personnage principal a souvent aussi été avancée : Prospéro est un démiurge, mais aussi un auteur et un dramaturge, qui met en scène les événements, les observe des coulisses, fait intervenir Ariel, et décide du déroulement des actions, qui vont amener à la conclusion qu'il a décidé. Il n'est pas exempt de défauts : parfois colérique, il a une part de responsabilité dans la perte de son duché, dont il ne s'occupait pas, obsédé par l'acquisition de pouvoirs magiques.

L'île de Prospéro est un lieu hors du temps, hors de l'histoire, en dehors du fonctionnement habituel du monde. La venue des visiteurs, d'un groupe, de la société, va remettre les personnages, Prospéro et Miranda dans le monde, dans le mouvement, dans une temporalité. Dans une identité sociale également. Dans la scène 2 du premier acte, Prospéro dit à Miranda « ma fille, qui ne sais pas ce que tu es ». C'est la présence, le regard des autres, qui va donner à Miranda son identité, et qui va susciter la mémoire, le souvenir, d'une histoire, de vies, d'existences inscrites dans une durée, avec des événements qui se sont déroulé et qui vont recommencer à se dérouler.

L'île est le monde de l'intime, du « en soi » , d'un retrait du monde, dans lequel il n'y a pas besoin de se définir, c'est la présence et le regard des autres qui permet ou qui oblige à se situer par rapport à eux, à se donner une identité sociale, et une histoire. La venue du groupe permet la restauration d'un ordre transitoirement troublé, et la remise en route de l'horloge. Prospéro et Miranda repartent vers leurs vies antérieures. Pas tout à fait les mêmes, puisque Prospéro brûle ses livres, ne voulant pas recommencer la même erreur.

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Message par Arabella le Jeu 30 Mai - 12:35

Shakespeare, notre contemporain / Jan Kott



Universitaire, spécialiste du théâtre, critique, Jan Kott a particulièrement écrit sur Shakespeare, et ses analyses et points de vue ont eu une influence sur la manière de le mettre en scène dans les années 70 : Peter Brook et Roman Polanski se sont inspiré d'une manière explicite de son approche. D'ailleurs Shakespeare, notre contemporain est préfacé par Peter Brook. Mais l'influence de cette vision de l'oeuvre de Shakespeare perdure : parmi les mises en scène récentes, on peut citer Kings of war d'Ivo van Hove.

Le livre est composé de plusieurs textes, écrits dans les années soixante du siècle dernier, indépendants entre eux, mais qui balaient de façon assez complète l'oeuvre de Shakespeare, au point de propose un ensemble cohérent, même s'il n'est pas exhaustif. Dans une première partie « Tragédies » sont abordés d'abord les pièces historiques dans leur ensemble, puis quelques tragédies dans des textes séparés (Hamlet, Lear, Othello, mais aussi Coriolan, Troïlus et Cressida, Antoine et Cléopâtre ). La deuxième partie, consacrée aux Comédies, est composées de trois parties, une pour le songe d'une nuit d'été, une pour La tempête, et une troisième qui évoque La nuit des rois, dans un contexte plus large, parce qu'il y ait beaucoup question de Sonnets. Enfin en Appendice, sont proposés deux textes plus court, l'un qui évoque Titus Andronicus, et tout particulièrement la mise en scène qu'en a offert Peter Brook, et un autre qui évoque d'une façon plus large la mise en scène shakespearienne.

Kott place Shakespeare dans le monde qui lui est contemporain : celui de la seconde guerre mondiale, des camps, des morts innombrables, des dictatures de toutes sortes. Dans cet univers, les atrocités de certaines pièces de Shakespeare semblent aller de soi : c'est le monde que connaît Kott. Celui dans lequel l'histoire n'a pas de sens, une suite d'atrocités succédant à une autre. Kott retrouve chez Shakespeare la mise à nue de cette spirale infernale, qu'il appelle le grand mécanisme, qui fait se succéder les rois, un premier meurtre royal, mettant sur le trône un nouvel souverain, qui dépasse en cruauté le précédent, jusqu'à ce qu'un prétendant lui ôte la couronne et la vie, et devient à son tour le nouveau tyran. le tragique consiste pour l'homme à prendre conscience des bégaiements sinistres de l'histoire et de son impuissance à y changer quoi que ce soit. le monde est absurde et cruel, les valeurs sont des illusions et des mensonges. C'est sous cet angle qu'il lit les pièces historiques de Shakespeare (et pas seulement les pièces historiques). le monde est absurde et grotesque , il n'existe plus d'Absolu, plus de transcendance d'aucune sorte ; c'est la vision de la Renaissance finissante de Shakespeare, et c'est la vision du XXe siècle dans son milieu, d'où les liens avec justement le théâtre de l'absurde : Beckett, Ionesco etc.

Le monde des comédies est aussi un monde cruel, grotesque, d'où tout romantisme et poésie semblent bannis. Heureusement, il reste un peu d'érotisme, un érotisme trouble, qui pratique la confusion des genres, et qui questionne sur sa propre identité ; finalement un érotisme très intellectualisé.

Je suis un peu partagée devant cette lecture. Il y a dans le livre des fulgurances, des idées de lecture, des choses passionnantes (ce qui précède ce sont juste quelques idées très revendiquées), mais en même temps une façon de considérer que la façon de voir Shakespeare avant (et les mises en scène) avaient tout faux, et que ce n'est qu'à partir du milieu du XXe siècle que l'on comprend et joue Shakespeare de la bonne façon, parce que les deux périodes sont proches, ont une vision du monde, de l'histoire, de l'homme qui se rejoignent. Cela me semble plus discutable ; évoquant une interprétation de Caliban de Guéhenno, Kott écrit « Ces deux interprétations sont plates. le Caliban de Shakespeare les dépasse ». J'aurais tendance pour ma part que le Caliban de Shakespeare dépasse toutes les interprétations (même si certaines sont plus réductrices et pauvres que d'autres), et que de nouvelles lectures pourront toujours en être faites, en fonction en partie de l'époque, de l'expérience des individus, des concepts et idéologies dans lesquelles baignent les gens. Et que le propre d'un grand auteur est justement d'arriver à éveiller quelque chose, à signifier, quel que soit le contexte, et la vision du monde dominante du moment. Même si ce qu'il éveille ou signifie n'est pas exactement le même.

J'entends bien que les spécialistes peuvent étudier des textes avec des outils rigoureux pour en dégager un sens le moins incontestable possible, mais les spectateurs qui vont voir un spectacle, vont l'aborder sans forcément être des spécialistes, avec leur culture, leurs expériences, leurs ressentis, le mettre en relation avec ce qu'ils vivent. Et donc un spectacle qui fait sens, est forcément un spectacle qui met en lien un texte avec l'univers des spectateurs. Les mises en scène sont d'une certaine manière toujours datées, et les exemples de mise en scène citées par Kott le semblent parfois terriblement. Cela semble inévitable, et ce n'est pas un problème, mais cela relative quelque peu : le metteur en scène est un passeur, il traduit l'univers d'un auteur, mais son travail est relativement éphémère. Shakespeare quand à lui continuera sans doute à nourrir la réflexion et les analyses des critiques et spécialistes.

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