Svetlana Alexievitch

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Message par Chrisdusud le Mar 13 Déc - 17:01

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Vetlana Alexievitch, née le 31 mai 1948 en Ukraine, a longtemps vécu à la campagne, en Biélorussie, où ses parents étaient instituteurs.
 Diplômée de la faculté de journalisme de Minsk, elle a commencé sa carrière dans un journal rural. En 1985, son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme, recueil de témoignages d’anciennes combattantes de la Seconde Guerre mondiale, provoque une énorme polémique. L’ouvrage est jugé “antipatriotique, naturaliste, dégradant” et relevant de la haute trahison. Son livre, soutenu par Gorbatchev, se vend néanmoins à plusieurs millions d’exemplaires.
 Toujours en 1985, paraît Derniers témoins, la guerre vue par des femmes et des hommes qui, à l’époque, étaient des enfants. Les Cercueils de zinc (1990), recueil de témoignages de soldats soviétiques partis se battre en Afghanistan, est un nouveau
scandale suivi d’un procès
Ensorcelés par la mort (1993), sur les suicides qui ont suivi la chute de l’URSS est publié avant La Supplication. Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse (1997), interdit aujourd’hui encore en Biélorussie. 
La Fin de l’homme rouge ou Le Temps du désenchantement (2014), sur la fin de l’URSS et ce qui a suivi, prix Médicis essai 2013, a été élu Meilleur livre de l’année par le magazine Lire.


Aujourd’hui, Svetlana Alexievitch vit de nouveau en Biélorussie, à Minsk, après plusieurs séjours “obligés” à l’étranger.

Source Actes Sud


Elle a reçu en 2015 le Prix Nobel de Littérature pour "son oeuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage"


Commentaire de La fin de l'homme en rouge suivra
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Message par Queenie le Mar 13 Déc - 22:26

J'ai écouté l'adaptation France culture de la supplication. Terrible. Chair de poule sur la nuque. Je ne savais pas qu'elle avait été autant censurée.
J'aimerais trouver le temps de la lire. Et une forme de courage.

_________________
Et, du monde indistinct des rêves, là où se terrent les secrets mystiques, une réponse surgit.
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Message par Chrisdusud le Mer 14 Déc - 13:37

La fin de l'homme rouge a été une incroyable lecture. Il faut vraiment que je trouve le temps d'en parler.
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Message par Chrisdusud le Lun 19 Déc - 17:23

"L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits, les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne.” 

Voici en résumé ce à quoi on peut s'attendre en lisant la fin de l'homme rouge ou le temps du désenchantement : l’imbrication de la littérature dans le récit authentique. Le résultat est stupéfiant parce que La fin de l'homme en rouge se lit comme un roman à ceci près que que tout a été énoncé par des personnes existantes ou ayant existé. Cette mise en scène des témoignages, cette synthèse de récits donne une tonalité unique à cette œuvre littéraire.
Il s'agit d'une histoire écrite dans les années 2000 et qui retrace une part de l'histoire de la Russie avant et après la chute du mur de Berlin. A travers des récits difficiles parfois,  mais tellement authentiques, tellement réels parce qu'ils déroulent par  les détails la vie en URSS, on entre dans la perception qu'ont les russes (seniors au jour d'aujourd'ui)de leur vie avant la chute du communisme et comment ils appréhendent le présent. Quelle nostalgie pour ces personnes qui avaient un idéal : celui de la patrie. Désormais le capitalisme s'est immiscé dans toutes les strates de leur quotidien et en sont complètement désorientés. Leur rapport à l'argent, à la culture,  a été totalement transformé  en si peu de temps qu'ils ont perdu tout repère. Nombreux sont ceux qui affirment regretter le temps du communisme parce qu'au moins il y avait un idéal qui rendait leur destin collectif. La dureté et l’âpreté de leur vie sous le communisme leur semble plus acceptable que ce que le capitalisme leur fait vivre. Ces personnes d'un âge mûr n'ont pas su s' adapter à l'économie de marché. 
Vous lirez quelques témoignages durs mais ce n'est pas ce qu'il faut retenir du livre. C'est la nostalgie d'un rêve qui les a hanté, conditionné, attaché aux dirigeants successifs. 
C'est une plongée stupéfiante dans le quotidien, le souvenir, une puissance humaine hors du commun que l'on lit dans les phrases de ce livre extraordinaire.
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Message par Pia le Jeu 26 Juil - 16:00

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La guerre n'a pas un visage de femmes


Je ne savais pas qu’autant de femmes avaient participé à la deuxième guerre mondiale. Beaucoup sur le front Russe. Elles avaient la patrie chevillée au corps!  C’était des gamines pleine de rêves d’héroïsme. Elles l’ont été parfois, héroïne. elles ont souffert, se sont dépassées, sont revenues brisées, vieillies avant l’âge, mais elles étaient surtout, des femmes, même au front. Svetlana Alexievitch a réuni les témoignages de ces femmes. C’est étonnant, bouleversant…éducatif?

On trimballait les hommes sur notre dos, des gars deux ou trois fois plus lourds que nous. Et quant ils sont blessés, ils sont encore plus lourds. On porte le blessé et son arme, et en plus sa capote et ses bottes. On se hisse quatre-vingts kilos sur le dos et on les porte. On dépose le blessé, et on repart chercher le suivant, et c’est à nouveau soixante-dix ou quatre-vingts kilos qu’il faut coltiner….Et ainsi cinq à six fois de suite au cours d’une même attaque. Or moi, je ne pesais que quarant-huit kilos, une vraie ballerine. Maintenant on a du mal à y croire…moi-même je n’y crois pas. … (Maria Petrovna Smirnova, brancardière)
 
On nous a donné des avions “Po-2. Un petit appareil, très peu rapide. Ils ne volait qu’à basse altitude. L’avion était fait d’une structure en bois, entièrement en contre-plaqué, sur laquelle était tendue de la percale. Il suffisait dun coup au but pour qu’il s’enflamme, comme une allumette. Le seul élément metallique un peu solide, c’était le moteur lui-mêmé. Ce n’est que bien plus tard, vers la fin de la guerre, qu’on nous a fourni des parachutes et qu’on a installé une mitrailleuse auprès du navigateur. […] On faisait jusqu’à douze sorties par nuit. […] Et le travail de nos filles armuriers! Elles devaient accrocher, manuellement, quatre bombes sous l’engin, autant dire trimballer chaque fois près de quatre cent kilos. Alexandra Semionovna Popova (lieutenant de la garde, navigateur)
 
Vous demandez si nous désirions ressembler à des hommes, au front? Au début oui, beaucoup! On se faisait couper les cheveux très courts, on allait jusqu’à modifier sa façon de marcher. Mais ensuite, non, bernique! Par la suite, on avait une telle envie de se maquiller! Au lieu de manger le sucre, on le mettait de côté, pour se raidir la frange. Klara Semionovna Tikhonovitch (sergent-chef, servant d’une pièce de DCA)
 


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Message par Arabella le Lun 23 Sep - 20:49

La fin de l'homme rouge


Un énorme volume, composé de témoignages, de récits, de bouts de vie, qui au-delà de leurs singularités, dressent en quelque sorte le tableau de « l'homme soviétique », tel qu'il s'est construit pendant les années où régnait le communisme en URSS, puis le choc qu'a créé la disparition officielle du régime, et les répercussion qu'il a eu sur les mentalités, les représentations mais aussi les destins individuels. Sans oublier un aperçu d'un éventuel « homme nouveau » et de son devenir dans un pays toujours en transformation. Et bien entendu, en fond de toile, l'histoire du pays et aussi un peu du monde pendant ce vingtième siècle si fertile en événements, en atrocités, en révolutions et changements.

Les interlocuteurs de Svetlana Alexievitch sont divers : beaucoup de petites gens, au statut modeste et avec une vision limitée des événements, qu'ils ressentent pourtant au plus profond de leur être, car ils en sont souvent les premières victimes. Quelques responsables ou chefs de temps en temps viennent aussi témoigner, souvent anonymement. Il y a des bourreaux, des victimes, ceux qui ont été à la fois, successivement, bourreau et victime. Les destructions et les morts de la guerre, les déportations, le goulag, les travaux excessifs, la faim, le froid… Et tout l'appareil de répression d'un état pouvant se retourner contre n'importe qui, par besoin d'avaler sa dose de souffrance et de chair humaine, pour maintenir la peur, provoquer la soumission.

Il y a aussi en contre-point la capacité de l'être humain à se fabriquer du bonheur malgré tout, en adhérant à un discours, en s'investissant dans un idéal que la réalité paraissait pourtant démentir au quotidien, mais une certaine forme d'aveuglement est peut-être nécessaire au bonheur. En se construisant des minuscules bouts de liberté, d'autant plus précieux que minuscules, en bâtissant des liens avec les autres, dont la chaleur pouvaient contrebalancer la violence et les manques matériels. En sortent parfois d'étranges récits, où la pire souffrance peut être mêlée à des souvenirs heureux : une femme née dans un camp, séparée très tôt de sa mère, confiée à un orphelinat dans lequel les sévices et les privations étaient la règle, se souvient des décennies plus tard, avec émotion d'une lettre écrite à Staline, des chants communistes, des défilés… Regrette le passé et rejette la nouvelle Russie.

C'est cette ambiguïté qui frappe dans la plupart des textes : malgré tout, le monde disparu provoque un manque ; parfois d'un aspect secondaire, parfois comme mise en évidence de quelque chose qui fait défaut au nouveau monde, mais pour certains un manque absolu. Il faut dire que le livre montre à quel point le passage dans un nouveau monde a été violent et destructeur : la paupérisation brutale d'une partie de la population, le règne de gangs mafieux, une nouvelle richesse de quelques uns, ostentatoire et agressive. Sans oublier les guerres qui ont en particulier surgi dans certaines républiques qui se sont séparées de l'empire dans la violence la plus extrême. Certains ont pu trouver leur place dans le nouvel environnement, mais la plupart restent des victimes, au mieux des figurants qui s'en sortent plus au moins mal, en se demandant ce qui a déraillé et pourquoi c'est si peu satisfaisant au final.

Les protagonistes de ce vaste récit collectif ont vécu et vivent toujours des situations difficiles, voire désespérantes, objets et non sujets d'un monde qui les emportent souvent vers le pire, ou tout au moins vers l'incertain. Au point parfois de préférer quitter le pays, comme cet homme, habité par la peur du retour toujours possible de « la hache », si seulement un nouvel homme fort décidait de s'en emparer. Comme si la violence ne pouvait jamais vraiment s'arrêter. Il faut dire que tous ces récits mettent en évidence un siècle d'expériences à la limite du supportable, sans beaucoup de raisons d'espérer ni dans l'histoire, ni dans la nature humaine, ni surtout dans la possibilité de connaître un jour un monde dans lequel la plupart des individus pourraient avoir une existence digne et satisfaisante. Au-delà de la Russie, et des conditions de vie extrêmes qu'elle a imposée aux individus, ces récits posent des questions sur ce qu'est un être humain.

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