Witold Gombrowicz

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Witold Gombrowicz

Message par Arabella le Ven 16 Déc - 15:20

Witold Gombrowicz (1904 -1969)





Issu d'une famille assez aisée de nobliaux de province, Gombrowicz étudie d'abord le droit à l'Université de Varsovie. Diplômé en 1927, il poursuit avec la philosophie et l'économie à l'Institut des Hautes Etudes Internationales de Paris. C'est de retour à Varsovie, en 1926, qu'il se met à écrire, parallèlement à un emploi à la Mairie. En 1933, il fait paraître un recueil de nouvelles, 'Mémoires du temps de l'immaturité' et commence à se consacrer intégralement à l'écriture. En 1935 paraît une première pièce, 'Yvonne princesse de Bourgogne', puis le livre par lequel il obtient une certaine reconnaissance, en 1937: 'Ferdydurke', suivi des 'Envoûtés' (1939). Cette même année, l'écrivain part en Argentine .

La guerre et l'annexion de la Pologne par les nazis le contraignent à s'y exiler pendant plus de 23 ans. Il repart ainsi de zéro, enchaînant les petits boulots, anonymes et interdit de publication dans son pays. Ce qui ne l'empêche pas de continuer à écrire.

En 1951 il commence à publier son Journal dans la revue Kultura, revue en langue polonaise éditée en France, par des intellectuels opposants au régime communiste, ses romans sont aussi édités de la même façon, quelques une de ses livres sont sporadiquement disponibles en Pologne entre deux interdictions.

A la fin des années 50 la reconnaissance internationale vient avec en particulier la publication de ses livres en France. En 1963, il est de retour en Europe, d'abord à Berlin et s'installe à Paris puis à Vence.

Difficile de parler de cette oeuvre qui est pour le moins complexe. Gombrowicz s'est toujours tenu à l'écart de la foule, dont il méprisait le suivisme et la grégarité, se moquant parfois méchamment des modes intellectuelles. Il est constamment en recherche d'une écriture de soi, qui traduirait un sentiment de décalage entre l'identité lisse et définie que le jeu social impose à l'individu et sa réalité intime, faite d'inachèvement et d'incertitude.

C'est donc dans le conflit permanent entre la forme et l'antiforme, entre la maturité et l'immaturité que réside la solution, l'échappatoire à la pétrification de l'individu. A l'origine de l'écriture de Gombrowicz il y a le constat d'une inadéquation essentielle entre l'authenticité du sentiment d'exister et ce que nous sommes capables d'en communiquer aux autres. Installer le moi au centre de la perception du monde apparaît ainsi comme la principale stratégie littéraire de Gombrowicz. A la réalité extérieure ressentie comme étrangère il superpose une néoréalité subjective qui est celle de son oeuvre. L'identité entre l'auteur, le personnage et le narrateur se resserre.

Tout cela s'ancre dans un univers littéraire fondé sur la réécriture, la parodie et la manipulation du lecteur. Sous les allures d'un grand seigneur réactionnaire du XIX siècle, se cache un dangereux révolutionnaire, prêt à dynamiter toutes les conventions, aussi bien celles du langage, que celles de la pensée.

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Re: Witold Gombrowicz

Message par Arabella le Ven 16 Déc - 15:25

Le journal

Comment expliquer qu'on aime un livre au point de le relire régulièrement sans s'en lasser mais au contraire en éprouvant à chaque relecture le même émerveillement et bonheur que lors de la première fois, et en découvrant des aspects nouveaux et inatendus à un texte que l'on connaît pourtant parfaitement? Un livre qu'une vie entière de lecture ne saurait épuiser? C'est cela pour moi le Journal deGombrowicz, un plaisir et une découverte à chaque fois renouvelés.

Ces textes commencent en 1953 et se terminent en 1969, l'année de la mort de l'auteur. Ils ont été dans un premier temps publié dans la revue Kultura, revue polonaise anti-communiste publiée en France d'un très haut niveau culturelle, avant d'être publiés en volumes, puis traduits. 

Gombrowicz y aborde de multiples sujets, littérature, musique, philosophie, politique, religion, la Pologne, l'Argentine, les milieux littéraires et intellectuels.... Tout cela de façon féroce et irrespectueuse, rien n'est sacré et tout est objet de critiques. Une intelligence aiguisée et une méchanceté jubilatoire sont ses armes favorites. En même temps il est au centre de son oeuvre, pas seulement par son regard sur les choses mais aussi par une interrogation permanente sur lui même, il se construit et se déconstruit dans une recherche permanente d'une forme impossible à fixer, il recherche son sens propre en tant qu'individu. Il est aussi conscient du regard du lecteur potentiel, et ne lui facilite pas la tâche, il essai de le perturber, le déstabiliser, le surprendre, le choquer. D'ailleurs de nombreux lecteurs de Kultura écrivaient régulièrement des lettres de protestations, ce qu'il savait, on sent par moment une jouissance anticipée de la protestation qu'il savait provoquer et qu'il recherchait avec délectation.

Le Journal se place au centre exacte de toutes les conceptions littéraires de l'auteur, de sa façon de concevoir l'écriture et son rapport au monde, toutes ses préoccupations et ambitions apparaissent dans le Journal, et elles y sont en partie explicitées.

Gombrowicz s'est toujours tenu à l'écart de la foule, dont il méprisait le suivisme et la grégarité, se moquant parfois méchamment des modes intellectuelles. Il est constamment en recherche d'une écriture de soi, qui traduirait un sentiment de décalage entre l'identité lisse et définie que le jeu social impose à l'individu et sa réalité intime, faite d'inachèvement et d'incertitude. 

C'est donc dans le conflit permanent entre la forme et l'antiforme, entre la maturité et l'immaturité que réside la solution, l'échappatoire à la pétrification de l'individu. A l'origine de l'écriture de Gombrowicz il y a le constat d'une inadéquation essentielle entre l'authenticité du sentiment d'exister et ce que nous sommes capables d'en communiquer aux autres. Installer le moi au centre de la perception du monde apparaît ainsi comme la principale stratégie littéraire de Gombrowicz. A la réalité extérieure ressentie comme étrangère il superpose une néo-réalité subjective qui est celle de son oeuvre. L'identité entre l'auteur, le personnage et la narrateur se resserre.

Tout cela s'ancre dans un univers littéraire fondé sur la réécriture, la parodie et la manipulation du lecteur. Sous les allures d'un grand seigneur réactionnaire du XIX siècle, se cache un dangereux révolutionnaire, prêt à dynamiter toutes les conventions, aussi bien celles du langage, que celles de la pensée.

Le Journal est un étrange objet : un mélange de propos intellectuels du niveau le plus élevé avec un humour de potache, tout ce qu'il y a de plus infantile, un refus de tout engagement, de toute adhésion à un mouvement, une remise en cause permanente de tout, y compris de lui-même. Une lecture salutaire, suscitant une réfléxion inépuisable. Au centre un homme certainement complètement détestable dans la vie (il ne peut s'empêcher d'écrire des terribles méchancetés sur tout le monde, même les gens qui l'ont aidé de façon désintéressée, terribles en partie parce qu'elles touchent toujours juste) mais un immense écrivain capable de transformer n'importe quel sujet en littérature la plus authentique. Une rencontre qui change la vie de tout lecteur qui arrive à pénétrer dans cet univers.

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