Louis Calaferte

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Louis Calaferte

Message par Chrisdusud le Sam 17 Déc - 16:41






Ecrivain français, Louis Calaferte est né le 14 juillet 1928 à Turin. Garçon de course à treize ans dans une usine de piles électriques puis manœuvre, il commence son écriture par le théâtre. Il publie Requiem des innocents qui connaît le succès en 1952. Il s’installe ensuite vers Lyon et écrit pendant 4 ans Septentrion, ouvrage qui fût taxé de pornographique. Il sera censuré et interdit à la vente. Le livre sera réédité seulement 20 ans plus tard chez Denoël.

Ecrivain mal connu, incompris (car mal et insuffisamment lu) et souvent ignoré, jugé excessif parfois dans son propos, homme d’enthousiasmes d’indignations et de colère mais tout autant homme de reflexion, réservé et secret, Louis Calaferte a dénoncé la société, l’état et l’esprit bourgeois.
Il fût un poète vigoureux et sensible à l’écriture précise et crue, violente et acerbe.
Son oeuvre se compose d’une quarantaine de volumes, nouvelles récits pièces de théâtre…

Louis Calaferte est décédé le 2 mai 1994 à Dijon




Récits
1952 Requiem des innocents
1953 Partage des vivants
1963 Septentrion
1963 No man's land
1968 Satori
1968 Rosa mystica
1969 Portrait de l'enfant
1971 Hinterland 
1972 Limitrophe
1974 La vie parallèle
1976 Épisodes de la vie des mantes religieuses
1977 Voyage stellaire
1979 Campagnes 
1983 Ébauche d'un autoportrait 
1986 Un riche, trois pauvres 
1987 L'Incarnation
1987 Promenade dans un parc
1988 Memento mori 
1992 Maître Faust 
1992 La Mécanique des femmes
1993 C'est la guerre
1996 Le Monologue 
1996 Droguerie du ciel
1998 Le sang violet de l'améthyste 
2000 Suite villageoise 



Septentrion 

Comment parler d’un tel livre ? 
Philippe Sollers a écrit sur la quatrième de couverture "On n'a jamais, je dis bien jamais, écrit quelque chose d'aussi fort, d'aussi cru et violent. Et drôle. Et horrible. Et peut-être prophétique (...) Ne pas avoir lu ou ne pas lire sur-le-champ Septentrion est forcément immoral."



Septentrion est un récit autobiographique. IL évoque les années de sa vie traversé par son obsession d’écrire, le sexe et Dieu. 
C’’est en tout les cas LE livre qui a marqué ma vie de lectrice. 
Je lisais les livres de façon modérée, détachée. Et puis je l’ai lu. Et puis j’ai compris ce qu’était pour moi MON sens de la littérature .
C’est un livre très fort, très cru, très violent (non dans les actes mais dans les idées). 
Ce n’est pas l’histoire en elle-même qui compte. 
Ici la place est au rythme, aux mots (Il n'y a pas de mesure à la mesure des mots. Il ne viendrait à personne l'idée de mettre un frein à la clarté nue de midi en été. Les mots. Silex et diamant). Pas de phrases édulcorées, pas de compromis, seulement de la concision, des phrases coups de poing, des mots tranchants.

Ce livre peut déranger plus d'un lecteur, mais si vous vous sentez prêt à recevoir la puissance de ce bouquin, alors n'hésitez pas une seconde.
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Chrisdusud

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Re: Louis Calaferte

Message par Aeriale le Sam 17 Déc - 17:18

-Septentrion-




J'aurai du mal à résumer tant ce livre bouillonne. Je vous recopie juste mes impressions suite à une lecture en chaine qui me l'a fait connaître. Une rencontre choc que je dois à Chris!


 Un livre hard, complètement excessif, qui part un peu dans tous les sens mais qui en revient toujours au sexe. Le sexe pour oublier la déshérence du monde, l'inutilité des serments. Ses divagations sur la vie de famille sont monstrueusement drôlatiques On se perd entre le rire et l'horreur. Cet homme a une sorte de désespérance et de haine incroyables qui interpellent fortement. On est bousculé, pris entre le dégoût et cette étrange fascination qui nous fait tourner les pages sans reprendre souffle. Et au milieu de cette boue purulente, un passage nous prend à contre pied, qui illumine tous les autres. Son amour pour les écrivains (Tous les écrivains) cette sensation d'être un raté, l'angoisse de finir sous les ponts. Et ça touche de plein fouet.


Une fois qu'on est rentré dans son délire, qu'on a apprivoisé la bête, elle nous retient, joue avec nous, nous crache son venin à la face et quand on ouvre les yeux, tout étourdi, ce sont mille paillettes qui scintillent à la place. Parfois ça délire trop et l' oeil se fait plus distrait, mais ce diable de Calaferte nous reprend au vol, et subitement va sortir un truc énorme qui scotche sur place. Son questionnement sur sa relation avec Mlle Nora van Hoeck est impressionnant par sa froide lucidité. Il est totalement conscient de sa turpitude, du marché hideux qu'il a consenti avec lui même pour un toit bien douillet et de quoi vivre confortablement. S'ensuit un véritable dégoût de lui (il se compare à un bouffon) qui rejaillit sous forme de dérision et de colère. Ses portaits de Nora sont à tomber (d'effroi ou de rire) Quant au monde, il lui apparait comme une farce absurde et vaine.


 La joie pisse en ruisseaux sur le monde ébahi! Tout n'est que putaineries trafics honteux et marchandages. Tout n'est qu'abjections, hypocrisies et chantages. La vie est splendide, larbin!


Puis vient la partie Omphalos. Il a réussit à s'extirper des bras tentaculaires de sa tyrannique maîtresse et se retrouve à la rue. Heures sombres sans un sou en poche, sans abri ni ami sur qui compter pour ce retour dans "la vallée de larmes". Le ton devient plus amer, plus dur. La foule indifférente grouille autour de lui, et il décrit avec un réalisme terrifiant tout ce qu'un homme peut penser à ce moment là. Passages des plus noirs et des plus beaux où il se sent rejeté d'un univers dénué d'âme.

Et Dieu quelque part dans cette bouillasse.


Il faut un vrai talent pour faire passer une telle hargne, un telle vomissure de tout ce qui compose le monde autour de lui sans lasser le lecteur. Mais quelques incursions dans la civilisation (chez un ami et au siège social d'un second) sont d'un humour totalement irrésistible et permettent une aération. A ces images de fin du monde succède la rencontre, subite et passagère, avec une voisine et Calaferte se lâche. Rêve d'un temps suspendu où il se raccroche à cette fille l'espace d'une nuit, comme s'ils devaient sombrer tous deux avant l'apocalypse. Episode poignant par sa fulgurance, l'homme revenu de tout et jusque là si méprisant, avoue le vide qui le consume, son désarroi et sa peur. Sentiment fragile d'éternité qu'on ne peut retenir. Passer à côtés des êtres, les manquer, nous ne faisons que ça pendant toute une vie. Et puis la vie se revêt de quelques couleurs, hébergé dans la famille d'un ami il pourra reprendre pied et retrouver la force d'écrire. Des moments désopilants aussi quand il décrit ce quotidien rangé qu'il rejette et envie à la fois. C'est le cri rageur de l'homme solitaire, étouffé par la médiocrité du monde et galvanisé par cette hargne créatrice du libre penseur.

Quel talent! Calaferte est un univers à lui tout seul, le lire est une expérience qui nous remue et nous force à voir les choses autrement, du plus profond de l'être. Il me semble qu'on ne peut l'aborder qu'en apnée, dans sa violence et son enfermement où le sexe apparait comme la seule réponse, le seul échappatoire. Merci mille fois à Chris et Queenie sans lesquelles je serais probablement passée à côté! J'aurais voulu copier des tas d'extraits mais c'est impossible, il y en a beaucoup trop. Il faut juste le lire soi-même, rarement on a écrit avec autant de brillance le désarroi de l' homme! Génial et profondément marquant cheers
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Septentrion

Message par Cookie le Sam 17 Déc - 17:48

Décapant ce roman!! Bon, je le note pour 2017 ... et je trouverai le bon moment pour y plonger entièrement!!
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Cookie

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Re: Louis Calaferte

Message par Aeriale le Sam 17 Déc - 18:11

Cookie a écrit:Décapant ce roman!! Bon, je le note pour 2017 ... et je trouverai le bon moment pour y plonger entièrement!!
 Oh oh, mais qui vois je???

Cookie, trop contente de te retrouver sur cet auteur détonnant. Il est peut être bien pour toi, il faudra tenter Very Happy

Si tu veux te présenter c'est par ici !!!
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Re: Louis Calaferte

Message par Chrisdusud le Sam 17 Déc - 19:11

Tu as su restituer dans ton commentaire, aeriale, la force et l énergie de Septentrion. C était pour moi des perceptions difficiles à transcrire. Merci!
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Chrisdusud

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Re: Louis Calaferte

Message par Aeriale le Sam 17 Déc - 19:46

Chrisdusud a écrit:Tu as su restituer dans ton commentaire, aeriale, la force et l énergie de Septentrion. C était pour moi des perceptions difficiles à transcrire. Merci!

Tant mieux si j'ai réussi Chris, mais tu sais, c'étaient des ressentis sur le vif, j'aurais été incapable d'en parler maintenant de la même façon. 

C'est ce qui m'a manqué pour Hubert Selby Jr sur  Chanson de la neige silencieuse. Deux auteurs à part, de ceux qui marquent une vie de lecteur, en tout cas!
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