Grazia Deledda

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Grazia Deledda

Message par eXPie le Jeu 22 Déc - 8:23

Grazia Deledda
(27/09/1871- 15/08/1936)


"Née dans un famille de la classe moyenne, elle n'a pas terminé la période de scolarisation primaire. Ses parents demandent alors à un ami de parachever son éducation par des leçons dispensées à la maison. La jeune fille est toutefois autodidacte dans son apprentissage de l'écriture littéraire.

Dans ses œuvres, qui pour la plupart se déroulent dans la partie la plus profonde de la Sardaigne (la Barbagia), elle offre la description d'un monde agropastoral gouverné par des lois antiques et non écrites. Dans cet univers rigide et pétri de traditions, ses nouvelles parviennent à esquisser avec finesse les émois, les violences et les inquiétudes de l'âme humaine, notamment dans le recueil Les Tentations (Le Tentazioni, 1899).

Plusieurs des romans de Deledda atteignent également la force d'évocation qui fait le propre de son art, notamment Elias Portolu (1903) et surtout Des roseaux sous le vent (Canne al vento, 1913) où la vie des hommes est comparée à des roseaux qui se plient au vent sans être brisés.

L'opposition entre la ville et le milieu rural est un thème récurrent de son œuvre. Par exemple, Dans le désert est le récit de Rosalia Asquer, une jeune Sarde venue s'installer chez son oncle à Rome. Ses parents et ses connaissances restées au village ne tardent pas à s'inquiéter de la vie qu'elle mène dans la grande ville, où tout leur paraît terriblement onéreux et immoral. Or la jeune femme espère réaliser tant de ses aspirations que Rome ne suffit pas à combler sa soif de liberté.

Certains romans s'attachent d'ailleurs aux regrets de ceux qui n'ont pas saisi au vol la chance de s'évader de leur monde étroit. Dans Le Pays sous le vent (Il Paese del vento, 1931), une innocente jeune fille, ignorante de ce qu'est l'amour, est présentée chez ses parents à Gabriele, un fils de bonne famille charmeur et excentrique. Cette brève rencontre, où se noue un lien chaste et secret, hante la jeune fille encore longtemps après le départ de Gabriele. Des années plus tard, elle se marie et, pendant son voyage de noces, croise Gabriele, malade, qui réveille en elle ses anciens désirs qu'elle oppose à la médiocrité de sa présente situation.

L'œuvre de Deledda traite donc des thèmes forts de l'amour, de la douleur et de la mort, qui nourrissent les sentiments du péché et de la fatalité. S'y retrouvent en filigrane les influences du vérisme de Giovanni Verga, et aussi du « décadentisme » de Gabriele D'Annunzio.

Fidèle à son personnage, Grazia Deledda reçoit le Prix Nobel de littérature en 1926 sans un sourire.
" (Wikipedia)
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Re: Grazia Deledda

Message par eXPie le Jeu 22 Déc - 8:25


- Dans l'ombre, la mère (La Madre, 1920). Editions Autrement Littératures, 159 pages. Traduit de l'italien par Myrial Cheyns-Condé, révisé et postfacé par Fabienne-Antréa Costa .
Paulo, un jeune curé, vient à Aar, un "petit village perdu", qui est le village de sa mère. Pendant des années, un curé, que certains villageois prenaient pour l'Antéchrist, y officiait, avant de disparaître.
La mère a voué sa vie à son fils, s'est sacrifiée pour qu'il puisse devenir prêtre :
"Puis commencèrent les jours du séminaire. C'était sa mère qui l'avait conduit, par un matin azuré d'octobre fleurant le moût." (page 45).
Elle est constamment derrière lui, derrière "son Paulo", sa présence est discrète mais pesante.
Les relations mère-fils sont compliquées : il a parfois honte d'elle, de ses origines, mais dans le même temps il lui est reconnaissant de tout ce qu'elle a dû faire pour lui permettre de poursuivre ses études : elle est devenue servante, "et encore moins que servante, laveuse de vaisselle dans la cuisine du séminaire", page 46).
"Plus tard seulement, beaucoup plus tard, il avait vaincu cet instinct ignoble à force de volonté et d'orgueil : et de même qu'il avait eu follement honte de son origine, il s'était ensuite vanté, face à lui-même et face à Dieu, en choisissant de séjourner dans le misérable village de sa mère, en se soumettant à sa mère, en respectant ses volontés les plus humbles et ses habitudes les plus mesquines" (pages 45-46).

Elle, de son côté, est à la fois fière de lui et gênée de devoir se confesser à lui.
Paulo, peu à peu, est assailli par certaines tentations, sous l'oeil de sa mère, qui le juge.
"Dans un presbytère, on n'a pas le droit d'avoir des miroirs : le prêtre doit vivre en oubliant qu'il a un corps. En cela au moins, l'ancien curé observait la loi : de la rue, on le voyait se faire la barbe en se regardant dans la vitre de la fenêtre ouverte, derrière laquelle il mettait un chiffon noir ! Paulo, au contraire, était attiré par le miroir comme par la fontaine où un visage vous sourit, vous attire et vous pousse à plonger." (page 22).

Paulo tombe amoureux d'une femme du village, mais l'amour est interdit aux prêtres. L'extrait suivant montre bien les tourments du prêtre, la mère dans l'ombre, et les très nombreux symboles qui parsèment le livre :
"Sur ses épaules, il sentait battre l'aile noire de sa cape : quelques instants, il resta ainsi, comme un vautour cloué vif à la porte. Toute son âme se débattait sauvagement dans un souffle plus impétueux que celui du vent sur le plateau : une lutte suprême entre l'instinct aveugle de la chair et l'injonction de l'esprit. Puis il se leva, sans encore bien savoir quelle force avait vaincu. Pourtant, il se sentait déjà plus conscient et se jugeait. Il s'avoua que la peur des conséquences d'un scandale l'épouvantait plus que la crainte et l'amour de Dieu, plus que son désir d'élévation et sa répugnance pour le péché.
La prise de conscience de ce jugement impitoyable sur lui-même l'encourageait, lui promettait le salut. Mais, au fond, il se sentait attaché à cette femme comme à la vie même ; il l'emportait avec lui, dans sa maison, dans son lit ; et il voulait dormir avec elle, enroulé dans le filet inextricable de ses longs cheveux. Sous une apparente douleur, au tréfonds de son être, tout un tumulte de joie flambait comme un feu souterrain.
A peine eut-il ouvert la porte du presbytère qu'il fut frappé par le rai de lumière qui s'échappait de la cuisine et traversait à la fois la salle à manger et l'entrée. Il vit alors sa mère assise devant le feu éteint comme pour une veillée funèbre. Il eut une sensation d'angoisse qui ne le quitta plus et entrevit soudain toute la vérité. Il traversa les pièces en suivant ce petit sentier de lumière, buta contre la marche de la porte de la cuisine et atteignit l'âtre, les mains tendues en avant comme pour éviter de tomber " (pages 33-34).


La mère parviendra-t-elle à sauver son fils des griffes du Mal ?
Pas révolutionnaire ni dans la forme ni dans le fond, il s'agit tout de même d'un bon roman, presque intimiste : les personnages sont très peu nombreux, et l'action est concentrée sur peu de jours.

Ce roman a été adapté très librement par Mario Monicelli (notamment auteur du Pigeon - I soliti ignoti, 1958 - et de Camarades - I Compagni, 1963) sous le titre français Du Sang sous le soleil (1954)
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Re: Grazia Deledda

Message par Chrisdusud le Jeu 22 Déc - 9:10

Merci eXpie. C'est grâce à son prix nobel que Grazia Deledda fait connaître la Sardaigne. Ce qu'elle dépeint, l'agropastoralisme, l’âpreté de la vie, l'économie de survie, les non dits dans une collectivité très codifiée sont les éléments que l'on retrouve en Corse à la même époque.
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Re: Grazia Deledda

Message par Arabella le Jeu 22 Déc - 22:30

Cela fait un moment que je tourne autour sans arriver à me décider.

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Re: Grazia Deledda

Message par silou le Mer 28 Déc - 14:03

Merci eXPie d'avoir ouvert ce fil. De Grazzia Deledda j'ai lu Braises (Cenere, 1904)

C’est l’histoire d’Anania, fruit de la faute, et que sa mère trop pauvre abandonne encore enfant.
Il a bien souvent entendu "la voix des gens qui n'avaient rien à manger, des femmes qui n'avaient pas de vêtements et des hommes qui se soûlaient pour s'abrutir et finissaient par frapper leur femme, leurs enfants et leurs bêtes parce qu'ils ne pouvaient pas frapper le destin."
Confié à la garde de son père Anannia peut faire des études à Cagliari puis à Rome tout en cherchant à retrouver sa mère pour laquelle il ne sait s’il l’aime ou la hait car elle l’a abandonné.
C’est un beau roman, mais très rude.

En 1916, un film Cenere qui devrait vraiment intéresser les amateurs de film muets (c’est possible en ligne) a été tiré du roman par Febo Mari. Le rôle de la mère est magnifiquement tenu par Elenora Duse. Considérée à son époque comme l’une des plus grandes actrices, ce fut son unique rôle au cinéma.

Un des romans les plus connus de Grazzia Deledda est Elias Portolu, il faut que je le fasse remonter en bonne place sur ma LAL.
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Re: Grazia Deledda

Message par domreader le Mar 7 Mar - 17:53

Braises
Grazia Deledda

Oli est une belle jeune femme sarde qui tombe amoureuse dun berger de passage qui lui dit qu’il l’épousera dès que son épouse qui est vieille va mourir. Elle sera abandonnée enceinte d' Anania qu'elle abandonne près de chez son père. Il sera élevé par son père et sa belle-mère et même parrainé par le propriétaire local qui financera ses études à la ville. Cependant le jeune homme porte sa bâtardise comme une tâche, comme un péché. 

C’est un bien joli roman, un roman de terroir puisque la nature Sarde y est constamment célébrée par Grazia Deledda, mais il va bien au-delà. Il décrit une époque et une société, le milieu paysan en Sardaigne au début du siècle, la vie de village avec tous ses acteurs : les pauvres, les moins pauvres, les veuves, les simples d’esprit, les ivrognes, les carabinieri et aussi la bourgeoisie locale et les rapports entre toutes ces classes bien marquées. Mais Grazia Deledda sait aussi ce qui se passe au fond des cœurs, décrire le poids de la faute, du péché, de la passion amoureuse, et cela elle le fait avec une espèce de charme un peu désuet, un peu naïf. Un joli roman classique qui se laisse lire avec plaisir et où l’on trouve souvent de belles descriptions de la Sardaigne dans une langue simple et poétique, les paysages émeuvent toujours les protagonistes :


‘Le train l’emmène vers la mer. C’est une limpide soirée d’automne, lourde de mélancolie. Les couleurs des montagnes dentelées de la Gallura déteignent dans l’immensité violacée et il flotte dans l’air une odeur de bruyère. On aperçoit un dernier village, noir et gris sur le fond rougeâtre du ciel. Anania regarde les contours étranges des montagnes, le ciel coloré, les fourrés de broussailles, les rochers ; seule la crainte de paraître ridicule aux yeux des deux autres voyageurs – un prêtre et un étudiant, un ancien camarade d’école – l’empêche de pleurer.’


Dernière édition par domreader le Mer 8 Mar - 18:27, édité 1 fois

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Re: Grazia Deledda

Message par Chrisdusud le Mar 7 Mar - 18:11

Il faut que je lise un livre d'elle.
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