Claude-Prosper Jolyot de Crébillon

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Claude-Prosper Jolyot de Crébillon

Message par Arabella le Dim 25 Déc - 22:45

Claude-Prosper Jolyot de Crébillon (1707 -1777)





Très tôt orphelin de mère, il fait ses études à Louis le Grand, chez les Jésuites. Sa carrière littéraire débute en 1730 avec un conte, Le Sylphe, paru anonymement, puis en 1732 sort son premier roman Les lettres de la marquise de M** au comte de R**. Le succès vient en 1734 avec l’Ecumoire ou Tanzaï et Néadarné. Les satires et impertinences de ce livre lui valent cinq jours de prison à Vincennes. Ses deux œuvres les plus célèbres sont Les égarements du cœur et de l’esprit et le Sopha, ce dernier lui valant un bannissement de Paris.

Il connaît beaucoup de difficultés matérielles, mais il finit par être nommé censeur royal grâce à Mme de Pompadour, et continuera à percevoir la pension que touchait son père, après la mort de ce dernier.

Il finit sa vie retiré du monde, pas mal oublié par ses contemporains.

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Re: Claude-Prosper Jolyot de Crébillon

Message par Arabella le Dim 25 Déc - 22:48

Les égarements du cœur et de l’esprit


Après avoir découvert le père, j’ai eu envie de le comparer au fils. J’avais déjà lu Les égarements du cœur et de l’esprit il y a un très très longtemps, j’en avais gardé un souvenir un peu confus, d’un roman d’apprentissage au siècle du libertinage. Je pensais juste le parcourir, au final je l’ai lu en entier, ou presque (je suis passée très rapidement sur quelques passages).

Le terme « libertin » renvoie à deux concepts, la liberté de pensée qui dès le XVIe siècle commence à mettre en doute, en particulier la religion, jusqu’à dans certains cas l’athéisme, et un libertinage de mœurs, apparu dans un deuxième temps, en quelques sorte comme une conséquence du premier, et qui est aussi une remise en cause d’un certain ordre social. On associe beaucoup plus facilement le libertinage actuellement au libertinage de mœurs, mais il ne faut pas oublier l’origine du concept. Un roman libertin, même s’il contient des éléments érotiques voire pornographiques (et c’est loin d’être le cas pour tous) contient aussi des éléments philosophiques et/ou artistiques. Le libertinage procède d’une conception matérialiste, d’une primauté accordée à la Nature, de la recherche d’une morale naturelle fondée sur l’épanouissement des instincts vitaux de l’homme,  d’où découle une certaine conception de la sexualité.
En même temps, ce type de littérature est vraiment le produit d’une époque, et encore plus particulièrement d’une classe sociale, véhicule une conception aristocratique. Que ce soit dans les personnages, dans le langage employé, dans les stratégies de séduction.

Pour en revenir à Crébillon et à son roman, la première partie paraît en 1736, la deuxième et troisième en 1738, et le roman ne sera jamais achevé, même s’il est suffisamment prévisible pour qu’on se doute de la fin. Il s’agit d’un roman d’apprentissage, le personnage principal, Meilcour a 17 au début du livre, et va vivre, par le biais de son éducation sentimental, sa formation en tant qu’homme.

La première et la seconde partie roulent sur cette ignorance et sur ses premières amours. C’est, dans les suivantes un homme plein de fausses idées, et pétri de ridicules, et qui y est moins entraîné encore par lui-même, que par des intéressées à lui corrompre le cœur, et l’esprit. On le verra enfin, dans les dernières, rendu à lui-même, devoir toutes ses vertus à une femme estimable.

Donc notre Meilcour, sot et imbu de lui-même, de surcroît terriblement timide, rencontre dans le monde Mme de Lursay, une femme bien plus âgée que lui.

Telles étaient les dispositions de Mme de Lursay lorsqu’elle forma le dessein de m’attacher à elle. Depuis son veuvage et sa réforme, le public, qui pour n’être pas toujours bien instruit n’en parle pas moins, lui avait donné des amants que peut-être elle n’avait pas eus. Ma conquête flattait son orgueil et il lui parut raisonnable, puisque sa sagesse ne la sauvait de rien, de se dédommager par le plaisir de la mauvaise opinion qu’on avait d’elle.

Et donc notre veuve entreprend de séduire notre jeune homme, tout en essayant de lui faire croire que c’est lui qui en a envie et qui l’élément moteur dans toute cette histoire. Vu la stupidité du dit jeune homme, le moins que l’on puisse dire que ce n’est pas gagné, et cela donne lieu à quelques passages hilarants.
Par exemple, elle réussit à le garder le soir dans son boudoir, espérant qu’il se montre un peu entreprenant :

Je ne me vis pas plutôt seul avec elle que je fus saisi de la plus horrible peur que j’aie eue de ma vie….elle s’aperçut aisément de mon embarras, et me dit, mais du ton le plus doux, de m’asseoir auprès d’elle sur un sopha où elle s’était mise. Elle y était à demi couchée, sa tête était appuyée sur des coussins, et elle s’amusait nonchalamment et d’un air distrait à faire des nœuds…..
Vous faites donc des nœuds, madame ? lui demandai-je d’une voix tremblante.
A cette intéressante et spirituelle question, Madame de Lursay me regarda avec étonnement. Quelque idée qu’elle se fût faite de ma timidité et du peu d’usage que j’avais du  monde, il lui parut inconcevable que je ne trouvasse que cela à lui dire.


Et entre temps, Meilcour rencontre une ravissante jeune fille de bonne famille, dont il tombe amoureux, et qui aussi n’est pas insensible à ses charmes. Mais niais comme il est, il pense qu’elle en aime un autre. Il subit également l’attraction d’un petit maître, séducteur, cynique, Versac.

Le livre s’achève, alors qu’il vient enfin de succomber à Mme de Lursay, mais sur laquelle, à cause d’une intervention de Versac, il ne se fait guère d’illusions.

C’est très bien écrit, parfois très drôle (surtout au dépend du pauvre Meilcour) et même si c’est un peu didactique (il y a de longues considérations, en particulier sur l’amour mais pas que) cela constitue une lecture très agréable, même si la fin nous est annoncée d’emblée, et que les personnages restent plus des types que des vrais personnes.

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