Kawabata Yasunari

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Kawabata Yasunari

Message par eXPie le Lun 26 Déc - 15:16

KAWABATA Yasunari
(Osaka, 14/06/1899 - 16/04/1972)


       

A gauche, Kawabata travaillant dans sa maison de Nagatani (Kamakura), en 1946 ou plus tard.



L'enfance de Kawabata est marquée par la mort : son père - un médecin - d'abord (de la tuberculose en 1900), puis sa mère (1901), sa soeur et sa grand-mère. Dès 1906, il vit avec son grand-père malade, qui mourra en 1914.
Il commence à publier à l'université de Tokyo en 1921 - où il poursuit des études de littérature - et à s'investir dans plusieurs revues avant-gardistes. Il lit beaucoup, notamment les littératures occidentale et russe. Il publie de nombreuses critiques littéraires. Son premier livre (un recueil de nouvelles) sort en 1926. Nombre de ses livres paraissent en feuilleton dans les journaux.


Kawabata en 1930. A droite, sa femme Hideko, et à gauche la soeur de sa femme, Kimiko.

Sa renommée va grandissant : il reçoit le prix Noma en 1954 (pour Grondement dans la montagne). Il est traduit à l'étranger et reçoit de nombreux prix et distinctions (médaille Goethe, Officier des Art et Lettres...). Il devient le premier Japonais à recevoir le prix Nobel de littérature (en 1968) (le second sera Oe Kenzaburo en 1994).

De santé fragile tout au long de sa vie, souffrant d'insomnies, hospitalisé à plusieurs reprises (en 1962 pour une intoxication aux somnifères, en 1966 pour une hépatite, en 1972 pour une appendicite).

1968 : Prix Nobel.


Kawabata se suicide au gaz le 16 avril 1972. Il avait été très marqué par le suicide de Mishima (en 1970), avec qui il avait noué une amitié littéraire depuis 1946.

Kawabata est l'un des écrivains japonais les plus importants du XX° siècle.

Ses livres ne sont pas toujours faciles d'accès à cause des nombreux sous-entendus, des fins abruptes et sibyllines, des lacunes volontaires dans le récit et de sa volonté de ne pas expliquer.
Sans compter que la traduction (très difficile paraît-il, à tel point que des études ont été publiées sur le problème de ces traductions...) oriente souvent le texte dans un sens qui n'est malheureusement pas forcément le seul existant dans le texte initial...
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eXPie

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Re: Kawabata Yasunari

Message par eXPie le Lun 26 Déc - 15:17

Je recopie ici une petite notice qui date un peu, mais c'est l'occasion d'ouvrir le fil d'un des plus grands auteurs japonais.

        

Les Pissenlits (tanpopo, たんぽぽ, 1964-1968). Traduit par Hélène Morita en 2012. Albin Michel. 246 pages
Il s'agit du dernier grand roman de Kawabata, inachevé (c'est-à-dire encore plus inachevé que d'autres textes de l'auteur), et qui a été publié par livraisons entre juin 1964 et octobre 1968.
Il commence ainsi :
"Sur les rives de l'Ikuta fleurissent des pissenlits, à profusion. Caractéristique de la ville d'Ikuta, cette floraison évoque un printemps éclatant. Sur les trente-cinq mille âmes que compte la ville, trois cent quatre-vingt-quatorze vieillards ont dépassé quatre-vingts-ans.
Il y a cependant quelque chose qui ne semble peut-être pas tout à fait à sa place à Ikuta - c'est l'asile de fous. Quoique, après tout, il n'est pas impossile qu'un sage ait justement choisi cette ville tranquille et vieillotte et que ce ne soit pas si mal qu'un établissement de ce genre se situe en ces lieux. Non, pourtant, les désordres de l'esprit ne se soignent pas forcément dans un environnement calme et serein. Les fous vivent dans un univers complètement à part. Chacun d'eux habite un monde qui lui est propre, loin de celui que nous connaissons." (pages 7-8 ).
Nous sommes en hiver ; pourtant, le climat est étrangement doux et les pissenlits fleurissent. Déjà, des contraires coexistent. Le texte est bourré de symboles.

Nous faisons rapidement connaissance avec les deux personnages principaux du roman :
"Après avoir confié Inéko Kizaki aux bons soins de l'établissement, Hisano, son amant, et la mère de la jeune femme étaient sur le point de repartir lorsque le médecin déclara : 
« Si vous entendez la cloche sur le chemin de retour, songez que c'est votre fille qui la fait sonner." (page 9).

Qu'a-t-elle au juste, cette Inéko ?
"« Ikuta est vraiment une ville calme et accueillante, remarqua la mère. Ceux qui vivent en de tels lieux ne devraient pas être victimes de cette maladie étrange, la “cécité sporadique devant le corps humain”. "(page 12).
Etrange maladie, en vérité.

Dans cet hôpital se trouve un patient âgé, qui calligraphie :
"« Il est aisé d'entrer dans le monde du Bouddha, malaisé d'entrer dans le monde des démons. »" (page 13).
Ces mots écrits par Ikkyû (c'est précisé page 113) étaient très importants pour Kawabata. Il en parle notamment dans son discours de réception du Prix Nobel en 1968 (Le beau Japon en moi ou Moi, d'un beau Japon) :
"Ces propos d'Ikkyû, moine zen, me touchent au plus profond de moi-même. Tout artiste, qui aspire au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête, est hanté fatalement par le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière. »" (Kawabata, Romans et nouvelles, La Pochothèque, page 29).
Kawabata possédait cette calligraphie par Ikkyu, et il écrivait souvent ces mots lorsqu'il lui était demandé d'écrire quelque chose (on pourra lire le discours de Kawabata en anglais sur : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1968/kawabata-lecture.html ).
Il y a de nombreuses façons de comprendre ces mots, ajoute Kawabata.


Portrait d'Ikkyū par Bokusai (peintre du XV° siècle, disciple d'Ikkyu)

"L'individualité est plus prononcée chez les fous que chez les gens à l'esprit sain..." (page 22) dit Hisano. Sans doute, mais la perception du monde est très différente, même entre deux personnes saines d'esprit (mais le sont-elles ? le doute est souvent permis). Hisano voit une souris blanche, que ne remarque pas la mère. Elle, par contre, a vu un arbre remarquable, qui a échappé à l'attention d'Hisano...
Chacun doute de ce que l'autre a vu. Et quand ils entendent le même son (la cloche de l'asile qui sonne), chacun l'interprète de façon différente, voire opposée.

Finalement, chacun vit dans un monde à lui, l'interprète à sa façon, et chacun pense agir pour le mieux : la mère en confiant sa fille à l'hôpital psychiatrique, Hisano en voulant se marier rapidement avec Inéko. Chacun cherche à convaincre l'autre, mais personne ne le peut. Ce qui est logique, puisque chacun percevant les choses de façon différente, les arguments ne portent pas.

La mère et son futur gendre discutent. A un moment, la mère dit :
"- Supposons... Inéko et vous au cours d'une étreinte amoureuse. Cela ne vous gênerait pas que votre corps disparaisse de son champ de vision ? Si elle ne voyait plus votre visage ou vos mains... ?
- Cela ne me dérangerait pas." (page 40).
Les discussions sont d'une franchise incroyable, totalement irréaliste dans ce contexte... et l'indication d'une attirance réciproque ?

D'où vient cette étrange cécité d'Inéko, cécité qui ne touche pas tous les corps humains ? On apprendra qu'un événement traumatisant a eu lieu pendant l'enfance d'Inéko. Cet événement est-il la cause de sa maladie ? On ne le saura bien sûr pas (le roman est inachevé... et même...). Il y avait une relation affective très forte entre Inéko et son père. Ce dernier ayant disparu (pour ainsi dire), peut-on penser qu'elle reproduit en quelque sorte le schéma de son amour sur son futur mari en le faisant disparaître ?

"La disparition partielle du corps aimé, n'est-ce pas là dans l'univers de Kawabata le comble de l'amour, un renversement ontologique qui est l'aboutissement d'un syllogisme singulier : « voir = ne voir que = ne plus voir » ? L'attachement fétichiste à la partie dit là ce qu'elle signifie au fond : l'incapacité de voir la globalité d'un corps, l'impossibilité d'appréhender l'être humain comme totalité." (Cécile Sakai, Kawabata, le clair-obscur, page 45). C'est effectivement ce qui s'était passé au cours d'une partie de tennis de table : une forte concentration sur la balle a abouti à sa disparition...
Toutefois, la disparition de son amant laisse place non pas au vide, mais - et c'est un passage très étrange, incroyable - à "un arc-en-ciel de bulles couleur de pêche" (page 240). Conclusion de Cécile Sakai : "[...] la négation de la vue n'ouvre pas ici la porte des ténèbres, mais celle de l'imaginaire ; la négation appelle à dépasser la réalité." (page 45).

Les Pissenlits est un texte étrange qui ressemble à une pièce de théâtre : en effet, il est constitué quasiment exclusivement de la conversation des deux personnages, qui tourne autour de Inéko, qu'on ne voit jamais (encore un problème de vision). Le thème de la lacune chez Kawabata est ici à son comble. 
Le roman est plein de répétitions parfaitement conscientes de la part des deux personnages, qui s'en excusent à plusieurs reprises :
"« Monsieur Hisano, ne trouvez-vous pas que nous tournons en rond à répéter les mêmes choses depuis tout à l'heure ? Quelle en est la raison ?" (page 118)

Que devait-il se passer après ? "Des notes laissées par Kawabata esquissent en tout cas le canevas d'un vrai roman." (Cécile Sakai, page 44) . Mais encore ? On aurait aimé savoir...

Quoi qu'il en soit, cette publication française tardive n'est vraiment pas un fond de tiroir, mais bien un fragment de roman marquant et très mystérieux, bourré de symboles.
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Re: Kawabata Yasunari

Message par Arabella le Lun 26 Déc - 15:41

Merci pour le fil, eXPie, c'était le prochain fil à ouvrir sur ma liste.

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Re: Kawabata Yasunari

Message par Arabella le Lun 26 Déc - 15:44

La danseuse d'Izu

Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en revue en 1926, et en volume dans un recueil de nouvelles portant le même titre en 1927. le texte eut beaucoup de succès dès sa parution, un succès qui ne s'est jamais démenti.

A l'origine du récit, un voyage du jeune Kawabata en 1918 dans la péninsule d'Izu, presqu'île montagneuse, et sa rencontre avec une troupe d'artistes ambulants, le récit semble très fortement inspiré par cette expérience vécue de l'écrivain.

Il s'agit d'un texte court, apparemment très simple et linéaire, juste la description d'un voyage à pieds d'un lycéen dans la péninsule encore très sauvage et préservée d'Izu (on appellerait cela une randonnée aujourd'hui). le récit n'a à proprement parler rien de romanesque, il ne fait que décrire les petites événements de ce voyage, les rencontres, discussions, repas, haltes d'étapes ....

La route de notre lycéen croise d'abord par hasard celle d'une troupe d'artistes ambulants, qui se produisent tout au long de leur voyage, en fonction de la demande ; il se sent très vite attiré par eux et surtout par une jeune danseuse et décide de faire la route avec eux, de partager un peu de leur vie aventureuse et difficile.

Un charme fou se dégage de ce texte, en apparence si limpide et naturel, la merveilleuse écriture de Kawabata, fine et précise arrive à donner vie aux paysages, aux villages, et surtout aux gens, qui décrit par les petits gestes et les propos anodins de tous les jours nous livrent pourtant leur essence la plus profondes et la plus universelle.

C'est la magie de Kawabata que de nous faire éprouver ou tout au moins entrapercevoir, dans un texte si court, et pourrait-on-dire si modeste, toutes la gamme des sensations ou sentiments les plus essentiels ou fondamentaux : le trouble et le rayonnement d'un amour naissant, la souffrance de la séparation inéluctable, la douleur éprouvée à la mort d'un être cher, la complexité des relations parents-enfants, l'impitoyable réalité des hiérarchies sociales, l'insouciant sentiment de toute puissance juvénile, et l'impuissance de la vieillesse....

Le tout baignant dans une sensualité de chaque instant, ou tout est source de sensations intenses et uniques.

Un texte à lire, à relire, sans modération, rien que pour le plaisir...

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Re: Kawabata Yasunari

Message par kenavo le Dim 7 Mai - 6:53

Arabella a écrit:Un texte à lire, à relire, sans modération, rien que pour le plaisir...
ceci s'applique aussi à d'autres de ses romans, entre autre celui-ci:



Nuée d’oiseaux blancs
Présentation de l’éditeur
Nuée d'oiseaux blancs est écrit entre 1949 et 1952, dans un pays en pleine reconstruction, par un auteur déjà considéré comme l'un des plus grands romanciers japonais de son temps. Le héros est un trentenaire, fils unique ayant perdu ses parents. Célibataire, jouissant d'une fortune confortable, il ne sait pas bien quelle direction sa vie est en train de prendre. Il appartient à une génération qui a grandi sous les bombardements et ne sait plus que faire du legs esthétique et philosophique du Japon ancien. De la façon la plus inattendue, il se trouvera confronté à un dangereux héritage spirituel, sentimental et amoureux.
Dès mes premières lectures de Yasunari Kawabata, j’aime beaucoup revenir dans son univers.

C’est à chaque fois un plaisir de retrouver sa plume qui arrive à dégager une atmosphère sereine.

À travers quelques situations ‘anodines’ il sait créer de la littérature.

Ce livre est surtout ancré autour de la cérémonie du thé, tellement important dans la culture japonaise.

Un très bon moment de lecture.



Estampe de Mizuno Toshikata

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Re: Kawabata Yasunari

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