Miyazawa Kenji

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Miyazawa Kenji

Message par Merlette le Sam 3 Déc - 17:20


"Lorsque j'oublie mon existence dans le vent et la lumière, lorsque le monde s'est métamorphosé dans mon jardin, ou lorsque je suis transporté à l'idée que la galaxie tout entière est moi-même, quel bonheur!"


Miyazawa Kenji est l'un des plus grands écrivains et poètes japonais du 20e siècle, et l'un des plus aimés de ses compatriotes. 

Ainé de 5 enfants, d'une famille aisée de commerçants, il naît en 1896 dans la préfecture d’Iwate, province pauvre et déshéritée du nord du Japon, parfois appelée le « Tibet japonais ». Esprit très ouvert, passionné de littérature, avide de savoirs, de connaissances, et d’apprentissages dans les domaines les plus variés (physique, chimie, mathématiques, astronomie, géologie), fervent bouddhiste, il se heurte très tôt à son père en refusant lui succéder à la tête du commerce familial.
Il sort diplômé de l’école nationale d’agronomie de Morioka, et, après quelques années de recherche dans ce domaine, démissionne pour être plus proche des paysans et devenir lui-même paysan et poète.
S’établissant à Tôkyô, seul et pauvre, il écrit un grand nombre de contes et histoires pour enfants et approfondit sa foi. La mort de sa sœur cadette en 1922 l’atteint profondément. Revenu à Hanamaki, dans sa province natale, il travaille comme ingénieur et enseignant dans une école agricole, consacrant sa vie à l'amélioration des conditions de vie des paysans. Ceux-ci le surnommèrent parfois Kenji Bosatsu (le bodhisattva Kenji) .Jusqu’à sa mort de la tuberculose à l’âge de 37 ans, en 1933, il ne cessera d’écrire, d’apprendre (musique, langues étrangères, espéranto, nouveaux savoirs scientifiques) et de transmettre.

L'écriture de Miyazawa se caractérise par la création d'un vocabulaire poétique nouveau, mêlant à une langue simple et rythmique, onomatopées, dialecte d'Iwate ou encore termes scientifiques ou bouddhiques. Ce style se retrouve dans sa poésie comme dans ses contes en prose. 
Son oeuvre complète publiée au Japon comprend 16 volumes, se partageant en poèmes de forme très diverse (poésie de forme traditionnelle, vers libres, poèmes en langue littéraire classique), contes (plus d’une centaine), essais et textes théoriques. Les oeuvres disponibles en français sont des recueils de contes:

Les Fruits du Gingko
• Le Diamant du Bouddha 
• Les Astres jumeaux
• Les Pieds nus de lumière
• Traversée de la Neige
• Le coquillage de feu et autres contes
• Train de nuit dans la voie lactée

sources: Wikipédia, postface d'Hélène Morita à Traversée de la neige


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Re: Miyazawa Kenji

Message par Merlette le Sam 3 Déc - 17:21

On peut être réfractaire à l’univers et à l’écriture si singuliers de Miyazawa, mais si on accroche, comme c’est mon cas, la lecture de chacun de ses recueils de contes est un enchantement. 

Ils nous transportent dans un monde, où les limites entre règne végétal, animal et minéral, entre réalité et merveilleux sont abolies. Leurs héros en sont humains, êtres féériques, animaux, plantes, arbres, pierres, astres et éléments, tous dotés de la parole, car tous traversés par la même force régissant l’univers. Cette "vie des choses", mono no ke, ce monde foisonnant de détails d’une poésie incongrue fait penser aux dessins animés de Miyazaki Hayao (Chihiro, Princesse Mononoke, Tottoro, Pompoko...). Les studios Ghibli ont d’ailleurs adapté le conte Goshu le violoncelliste.

Décrire la beauté féérique, onirique, surréaliste de ces contes, empreinte de poésie et de compassion bouddhique, leur fantaisie rafraîchissante, n’est pas chose facile. Je dirai juste qu’elle trouve une profonde résonance en moi et j’espère qu’il en sera de même pour vous qui ne connaissez pas encore cet auteur si attachant.
Une de ses nouvelles les plus connues, et ma préférée, est Place de Pollanno, dans le recueil Traversée de la neige, qui résume bien la conception qu’avait Miyazawa, militant social autant que poète, de la littérature : le matériau « pour construire un monde nouveau et meilleur », qui ne serait pas pour autant une « utopie informe et fuligineuse » . Les personnages de cette histoire partent nuit après nuit à la recherche d’une clairière mythique, lieu de fraternité, de fête et de partage, qui se révèlera pourtant bien réel, mais non moins merveilleux.


Nous marchâmes sans mot dire au travers de ces champs qui étaient striés de bandes innombrables, comme un tissu étrangement rayé, dans la direction d'où réellement une lumière bleu pâle rayonnait à profusion. [...]Soudain, de l'autre côté des champs voilés de bleu, se firent entendre des vibrations paisibles qui ressemblaient à des sons de violoncelle ou de basse.
"Voilà, c'est ça!"
Fazello frappa ma main. Moi aussi, je tendis l'oreille, immobile. La musique tranquille, sereine, résonnait comme un murmure. Je restais frappé de stupeur, me demandant d'où elle provenait. Elle pouvait venir du sud comme de l'ouest ou du nord, ou bien de là où nous étions partis... pensais-je à l'écoute de ces sons qui vibraient avec bonheur, certains dans les aigus, d'autres dans les graves et qui semblaient jaillir de l'intérieur même de la terre.
En outre, on aurait dit qu'il n'y en avait pas un ou deux, mais bien davantage. Parfois ils disparaissaient ou ils s'entrelaçaient en se recomposant. On ne pouvait rien en dire.
[...]
Nous nous remîmes en route. Tout à coup, nous entendîmes des crissements aigus: c'étaient des scarabées cerf-volants couleur d'acier dont les ailes cliquetaient en sons métalliques, comme si elle se tendaient dans l'air.
Se mêlaient à ces bruits secs les harmonies de vrais instruments de musique et par intermittences un brouhaha de voix humaines qui s'évanouissait parfois.
Peu après Fazello s'arrêta d'un coup, il saisit mon bras et pointa le doigt vers l'ouest à la limite des champs. A mon tour je scrutai cette direction, et à trop me frotter les yeux, j'en titubai un peu. Là-bas, sept ou huit arbres dont on ne pouvait reconnaître l'espèce s'éclairaient, bleutés et scintillants - c'était comme si la lumière irradiait de leur corps même, et le ciel en était, semblait-il, plus lumineux, d'une matière indéfinissable.


Dernière édition par Céline le Lun 17 Avr - 15:58, édité 1 fois

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Re: Miyazawa Kenji

Message par kenavo le Lun 17 Avr - 6:06


Le Bureau des chats
Présentation de l’éditeur
Un recueil de contes inédits par l'une des grandes figures littéraires du Japon, dont l'humour et le merveilleux ont toujours, comme chez Andersen, une résonance intime et douloureuse. Dans un univers de fantaisie et de mystère, ces histoires ont parfois la saveur des fables et ce sont souvent de vrais drames qui ont lieu, dont les protagonistes sont des enfants, des animaux, des plantes ou même des étoiles. Ce n'est pas dans l'intention de divertir les enfants qu'il les écrivit : il portait en lui la nécessité d'écrire ces contes destinés à " un âge universel ".
Je voulais vérifier mes impressions après ma lecture de Osamu Dazai.

Et en effet, presque dix ans après, je ressors de ce recueil de Kenji Miyazawa avec une toute autre appréciation qu’après ma première expérience.

Et tout comme l’éditeur le dit, ces contes n’ont pas l’intention de divertir les enfants.

Ces histoires ont une ampleur qu’on ne peut pas nier.

Je viens en tout cas de faire un voyage fascinant qui m’a emmené dans un monde plein de fantaisie et mystère… réjouissant.

Je vais reprendre mon livre... je suis sûre que ma lecture va être toute à fait différente.

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Re: Miyazawa Kenji

Message par Merlette le Lun 17 Avr - 16:06

Contente que tu accroches!
Je n'avais jamais fait attention à la 4e de couverture de ce recueil, mais la comparaison de l'éditeur avec Andersen est justifiée, il y a souvent une dimension assez dramatique dans ces contes et toujours un contenu spirituel.

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Re: Miyazawa Kenji

Message par kenavo le Mar 18 Avr - 5:13

Céline a écrit:mais la comparaison de l'éditeur avec Andersen est justifiée, il y a souvent une dimension assez dramatique dans ces contes et toujours un contenu spirituel.
oui, et je ne peux toujours pas comprendre que je n'ai pas du tout adhéré dans le temps... heureusement que j'ai retenté, ce ne sera pas mon dernier livre de cet auteur Wink

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Re: Miyazawa Kenji

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