USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

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USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:47

Comme je lis déjà beaucoup de littérature américaine, je vais essayer de corser un peu la chose et lire autant que possible des auteurs que je ne connais pas encore et sur des sujets que je n'ai pas ou peu explorés jusqu'à présent.

Entreront donc dans le cadre de ce challenge, dans la mesure du possible :
-        les tout premiers auteurs de romans américains
-        romans ou essais sur les pioneers, les natifs, la naissance de la nation américaine, les guerres d’indépendance et de sécession, la prohibition, etc.
-        les grands auteurs classiques

Je prévois au minimum une dizaine de livres par an. Si tout va bien, j'aurai fait les 50 états en 5 ans (ou moins j'espère !). Les autres livres ne rentrant pas dans ces catégories ne seront pas comptabilisés pour ce challenge.

Il me reste à dresser une liste précise et je pourrais commencer (mai-juin je pense). Quelques idées pour l’instant :
Thoreau
Emerson
Mark Twain
Edgar Allan Poe
Jack London
Faulkner
Hemingway
Michener (Chesapeake, Texas, ...)
Henry James


Voilà  Very Happy

****


Etats visités

Nebraska
New York
Idaho
Ohio
Texas
Alabama
Utah
Georgie


Tentative de liste

Nebraska : O Pioneers!, Willa Cather*
New York : Vieux New York, Edith Wharton*
Idaho : Rêves de trains, Denis Johnson*
Ohio : Winesburg-en-Ohio, Sherwood Anderson*
New Jersey : L'envers du paradis, Francis Scott Fitzgerald*
Alabama : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee*
Massachusetts : Walden, Henry David Thoreau*

Floride : Live by night (Ils vivent la nuit) -Dennis Lehanne*
Californie : Ordeal by Hunger (Le convoi maudit), George R. Stewart*
Montana : Fools Crow (Comme des ombres sur la terre) , James Welch*
Caroline du Nord : Cold Mountain (Retour à Cold Mountain), Charles Frazier*
Texas : The Son (Le fils), Philipp Meyer*
Georgie : Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal), John Berendt

*Dans ma PAL


Dernière édition par Epi le Dim 10 Déc - 22:02, édité 3 fois
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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:50

Nebraska


O Pioneers!
Willa Cather

Le Nebraska, c’est la plaine, un climat rude en hiver où la neige recouvre tout pendant de longs mois très froids, et des étés brulants et orageux. C’est là que viennent s’établir quelques immigrants venus de Suède, de Norvège, de France, de Bohème, attirés par la promesse de Lincoln de recevoir des terres, 160 acres -65 hectares- pour rien ou presque (Homestead Act de 1832 selon lequel toute personne de plus de 21 ans ou chef de famille peut devenir propriétaire de la terre qu’il occupe et travaille depuis au moins 5 ans – ou l’acquérir à très bas prix au bout de 6 mois d’occupation). Au moment où l’histoire commence, en 1883, ce pays inhospitalier n’est pas très habité, ses terres qui semblent arides, sont difficiles à cultiver pour des hommes qui ne connaissent absolument rien à l’agriculture


Les Bergson, des suédois installés là depuis 11 ans, se préparent à la mort du père. Celui-ci désigne Alexandra comme son héritière. C’est l’aînée, deux de ses frères ne semblent pas avoir les qualités requises pour diriger une ferme, Emil le petit dernier est encore trop jeune. Malgré son très jeune âge, elle va prendre la responsabilité de sa famille et de la ferme.

Alexandra va consacrer sa vie à la ferme qu’elle va agrandir et en faire un véritable domaine, rentable et enviable. Lorsque ses deux frères Lou et Oscar se marient, la propriété sera divisée. Alexandra continuera de s’occuper de sa part seule, car elle a d’autres vues pour son petit frère Emil, qu’elle envoie à l’université pour lui épargner le dur travail de la ferme. 

C’est un livre qui parle de ces gens qui ont construit l’Amérique. Ce ne sont pas des héros, juste des gens ordinaires qui ont quitté leur pays d’origine pour vivre le rêve américain, ceux qui grâce à leur travail acharné ont façonné le pays, pour le meilleur aussi bien que pour le pire. C’est aussi un livre féministe, Alexandra est une femme forte, elle se dévoue corps et âme, supporte les épreuves, tient tête à ses deux idiots de frères qui essaient de prendre le contrôle et affirme son indépendance, autant financière que physique, avec courage et fierté. Dans un environnement traditionnellement masculin, elle réussit à s’imposer grâce à son sens du business, c’est une visionnaire et sait prendre des risques. A coup de sacrifices et de dur labeur, elle réussira mieux que la plupart de ses voisins car beaucoup n’ont pas eu le courage ou la patience et sont partis tenter leur chance plus à l’ouest ou au sud. 

Bien que ce roman soit très court, il couvre plusieurs décennies. On a peine à croire qu’il ne compte que 160 pages. On saute facilement 10 ans d’un chapitre à l’autre et certains moments clés sont juste évoqués, ce qui évite les longueurs mais inévitablement, crée une certaine distance. Les personnages pourtant ne manquent pas d’épaisseur, Cather réussit à les faire vivre en quelques traits qui permettent au lecteur d’en saisir toute la psychologie. Son écriture, belle même si un peu froide,  n’empêche pas l’émotion car c’est un roman de luttes, de déceptions, d’espoirs, d’accomplissement  mais aussi d’amour –l’histoire tragique d’Emil et de Marie, son amie d’enfance et celle, tardive, d’Alexandra et de Carl mais surtout, l’amour de la terre que l’on apprivoise et à laquelle on finit par s’identifier.

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Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:53

New York


Vieux New York
Edith Wharton

Quatre petits romans pour couvrir quatre décennies, 1840, 1850, 1860 et 1870. Le lieu : New York bien sûr. New York est au 19e siècle dominée par les hollandais (la ville a été fondée par les hollandais au 17e siècle et son premier nom était New Amsterdam) et les anglais, une aristocratie d’argent attachée à ses principes et traditions. Il règne dans cette société bien-pensante un esprit assez rigide, où chacun doit tenir son rang et respecter les codes établis. 

L’aube mensongère (années 40)

Broadway 1840 - Charles F. Flower

Le jeune Lewis Raycie est envoyé en Europe par son père avec une mission : acquérir des oeuvres d’art afin de créer la collection Raycie et le père a une idée bien précise de ce qu’il veut : 

Oui, mon cher Lewis, je voudrais créer une galerie d’art : une galerie de Tableaux de Famille. Ta mère partage cette ambition – elle désire voir sur nos murs quelques échantillons originaux du génie italien. Raphaël, je le crains, dépasse nos aspirations, mais un Dominiquin, un Albane, un Carlo Dolci, un Guerchin, un Carlo Maratta – un ou deux des paysages nobles de Salvator Rosa… ? comprends-tu mon idée ? Il y aura une collection Raycie et ta mission sera d’en réunir le noyau.

Seulement, en Europe, Lewis fait des rencontres, notamment celle de Ruskin, et découvre le travail d’artistes considérés comme bien supérieurs (Piero della Francesca, Giotto, Carpaccio) et pour lesquels Lewis a un coup de cœur. Heureux de ses découvertes, il rentre chez lui avec sous le bras des œuvres que son père ne comprend pas et rejette. Il déshéritera son fils, et Lewis, qui vient de se marier, se retrouve avec pour seul héritage les œuvres qu’il a rapporté d’Europe. Il ouvre une galerie d’art où il les expose espérant les faire connaître mais la bonne société de New York désapprouve tout comme son père et il meurt incompris et ruiné. C’est bien des années plus tard que ces mêmes œuvres auront la reconnaissance qu’elles méritent.

La vieille fille (années 50)

Wall Street 1850 - August Köllner

La plus poignante des quatre histoires, la plus longue aussi. Charlotte a un enfant hors mariage avec l’ancien amoureux de sa cousine Délia. Celle-ci, à la mort de son mari les recueille dans sa maison et s’approprie l’enfant jusqu’à l’adopter, privant ainsi Charlotte de ses droits de mère.

L’étincelle (années 60)

1860 Broadway and 18th Street - Source: Library of Congress

Hayley Delane a été blessé pendant la guerre civile durant laquelle il rencontre un homme mystérieux dont il ignore le nom mais qu’il n’a jamais pu oublier et qui l’a inspiré toute sa vie. Le narrateur observe le couple Delane, l’épouse qui va d’un homme à l’autre et a du mal à supporter son vieux père, un joueur alcoolique qui vit à ses dépens. Lorsque Hayley décide de l’héberger, elle part en Europe. Hayley malgré tout continue de s’occuper du vieil homme et il finit par découvrir qui était cet homme mystérieux rencontré à la guerre. 

Jour de l’an (années 70)

December 11, 1872 The New York Times headlines

SUFFOCATED.
Terrible Calamity at the Fifth-Avenue Hotel.
Twenty-Two Women Smothered and Burned by Last Night’s Fire. 
Worse than the Black Hole of Calcutta---A Fearful Sight—The Hotel Damaged to the Extent of $100,000


(L’hôtel où l’héroïne Lizzie rencontre son amant et est aperçue quittant les lieux au moment de l’incendie)

« Elle a toujours été mauvaise…, toujours. Ils se rencontraient à l’hôtel de la Cinquième Avenue », dit ma mère, comme si le lieu du délit ajoutait à la culpabilité du couple dont elle révélait le passé. »

Une histoire d’adultère mal comprise par la société comme par l’amant lui-même. Lizzie trompe son mari oui mais pas pour les raisons que l’on pourrait croire.

Quatre romans qui mettent en scène des personnages qui ne rentrent pas tout à fait dans le moule. Dans une société hypocrite et bien-pensante, où les mœurs évoluent très lentement, ceux qui dévient sont cruellement jugés, la fantaisie et la passion doivent rester dans les limites de la bienséance. L’étroitesse d’esprit est ce qui caractérise avant tout cette petite communauté enfermée dans des préjugés et des conventions qu’il est malvenu de contester. Wharton dresse un portrait assez mordant de cette haute société New Yorkaise, intolérante, fermée à toute nouveauté, moralisatrice, dont elle faisait partie mais dont elle n’était pourtant pas dupe.
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Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:55




Rêves de trains
Denis Johnson


Idaho & Washington Northern Railroad construction reaches Metaline Falls, 1910, Courtesy Tornado Creek Publications

Dans l’Amérique en pleine métamorphose du début du XXe siècle, la construction des chemins de fer qui permettent de gagner l’ouest plus facilement et plus rapidement est une autre conquête de l’homme sur la nature. Les hommes travaillent dur pour domestiquer les espaces encore sauvages et permettre à la civilisation de repousser un peu plus les limites de la frontière.



Robert Grainier fait partie de ces hommes-là, il ne demande pas beaucoup à la vie, du travail, un peu de terre et une famille à aimer. C’est un homme peu éduqué, qui ne connaît pas grand-chose de ses origines, mais sa moralité est sans faille. Il a pourtant participé à une tentative de meurtre d’un ouvrier chinois, qui, en s’enfuyant, hurle ce qui ressemble fort à une malédiction et qui l’effraie. Ce qui lui arrive par la suite semble lui donner raison. Durant l’été 1920, alors qu’il travaille sur un chantier loin de chez lui, un feu ravage la région et détruit sa maison, sa femme et sa petite fille disparaissent.

Il y a beaucoup de moments forts pour un roman aussi court. Grainier arpentant sa terre recouverte de cendres à la recherche d’un signe de sa famille, hurlant avec les loups la nuit, son isolement dans les bois où il campe, tout près de son ancienne maison, ces trains qu’il entend dans son sommeil, et, toujours, l’espoir de revoir les siens un jour.

Grainier a vécu longtemps mais sans joie. Il a reconstruit sa maison à l’identique et travaille quand il le peut, passant le reste du temps seul, résigné. Il a vu son pays changer, il l’a parcouru sur des milliers de kilomètres, sans jamais vraiment s’éloigner de la voie ferrée mais sa vie est restée simple, lui est resté le même, avec la pensée de sa famille perdue à jamais. Devient-il un peu dérangé au fil du temps ? On ne sait pas trop, Grainier reste une énigme, enterré vivant dans ses souvenirs. C’est d’une tristesse absolue, on a envie de crier avec lui, la nuit, on aimerait même que cette fille louve dont il rêve soit vraiment Kate, sa petite fille disparue. La prose de Johnson est époustouflante de concision mais ce n’est pas un livre facile à lire, il prend aux tripes et c’est avec une boule dans la gorge que je l’ai refermé, ne sachant pas vraiment si je l’ai aimé ou pas, mais qui m’a procuré beaucoup d’émotion.
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Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:58

Ohio


Winesburg-en-Ohio de Sherwood Anderson



Ce livre contient vingt-deux histoires courtes, dont la première « Le livre des grotesques » sert d’introduction. Dans chaque récit, Anderson raconte un moment de la vie d’un habitant de la ville. Toutes les histoires sont plus ou moins reliées entre elles grâce à certains personnages que l’on retrouve plusieurs fois. Un personnage principal dans une histoire aura un rôle secondaire dans une autre et, comme un fil rouge, George Willard, le jeune reporter du bourg, apparaît dans presque toutes. 

Un thème commun : la solitude dont tous souffrent. Winesburg est une toute petite ville et sous ses apparences de sociabilité, ceux qui vivent là sont foncièrement seuls. Ces gens ne sont pas spécialement désavantagés, ils n’ont pas de problèmes particuliers mais ils ne trouvent jamais le bonheur, pris comme ils sont par l’hypocrisie ambiante, les mœurs rigides qui régissent les rapports sociaux (on est à la fin du XIXe siècle). Ils ont besoin d’amour, de sexe, mais ne savent pas, ne peuvent pas, l’exprimer. Leurs désirs rarement assouvis les conduisent souvent à avoir un comportement déviant, en tout cas, excessif, comme cette jeune femme Alice, qui n’en pouvant plus d’attendre le retour de son amoureux, submergée par son désir, court un soir nue dans la rue comme une possédée.

C’est un livre assez déprimant, un peu long et répétitif mais émouvant. L’écriture est simple mais sait transmettre toute la frustration et la douleur de ceux qui, victimes de leur époque, vivent tant bien que mal et souvent plutôt mal, dans un isolement psychologique terrible.
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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Sam 3 Déc - 18:59

Texas



The Son 
(Le fils)

Philipp Meyer

Quoi de mieux qu’un bon Western pour raconter l’histoire de cet immense état qu’est le Texas, d’abord propriété du Mexique, puis, ayant gagné son indépendance et devenue une république pendant une dizaine d’années, sera annexé par les US en 1845. Ce roman couvre plus de 150 ans de l’histoire des McCullough sur quatre générations et, à travers elle, celle du Texas, depuis le temps des pionniers au XIXe siècle jusqu’à nos jours.

Il est construit autour de trois personnages principaux dont nous suivons tour à tour l’histoire. Celle d’Eli, né le 2 mars 1836, le même jour que la république, commence lorsque les Comanches attaquent et massacrent sa famille et kidnappent le jeune garçon, alors âgé de 13 ans. Nous faisons ensuite connaissance avec Peter, son fils, par le biais de son journal de 1870 aux années 1940 et enfin, avec Jeannie, arrière-petite-fille d’Eli, à la tête de l’empire pétrolier familial, des années 1950 à nos jours. 

L’histoire d’Eli est violente, brutale, faite de sang, de viols, de pillages, de meurtres. Elle est fascinante. Chassée par ceux qui, venus de l’est, s’approprient les terres des premiers pionniers, sa famille comme beaucoup d’autres, s’installe au-delà de la Frontier, essayant d’en repousser les limites jour après jour. Une terre vierge, où l’armée ne met pas (encore) les pieds car en territoire Comanche. 


Comancheria

Une situation dangereuse, les Comanches voyant leur territoire s’amenuiser d’année en année, leurs ressources en chevaux et bisons diminuer, se battent pour ne pas disparaître. Les raids contre ces nouveaux colons sont nombreux et sanglants. Des familles entières sont massacrées, et beaucoup d’enfants sont capturés.


Camp Comanche

Le plus gros de l’histoire d’Eli se déroule chez les Comanches, dans la tribu de Toshaway où il a été accepté comme un des leurs. Au début, il parle de ses ravisseurs en les désignant par « eux » et, peu à peu, « eux » se transforme en « nous ». Son intégration est totale. Il adopte leur mode de vie, leur façon de penser. Il faut avoir le cœur bien accroché lorsqu’il explique avec beaucoup de détails les raids contre les mexicains et la manière de scalper ou la façon dont un bison est chassé, dépouillé, dépecé, puis dégusté sur place, certaines parties mangées crues (l’estomac, les intestins, la cervelle, le sang). Un véritable festin dont Eli apprend à se régaler. 

Lorsque les événements obligent Eli à retourner parmi les blancs trois ans plus tard, il reste dans son cœur un Comanche, ne pouvant revenir complètement à la civilisation.


Quanah Parker, dernier chef Comanche. Il était le fils du chef Comanche Peta Nocona et de Cynthia Ann Parker, une anglo-américaine kidnappée à l’âge de 9 ans et intégrée à la tribu jusqu’à ce que les Texas Rangers la libèrent, contre son gré.


Vaquero

Peter lui est à l’opposé de son père. C’est l’élément de moralité dans un milieu où chacun fait sa loi comme ça l’arrange. On prend ce qu’on a envie de prendre, on tue si cela facilite les choses, sans état d’âme. Dans un monde où la corruption et le racisme sont la norme, où les questions environnementales ne sont même pas abordées (élevage intensif, forages pétroliers, pollution, disparition des espèces, extermination des indiens), il est la conscience des McCullough et apporte un peu de sensibilité dans une famille qui en manque cruellement. Après un épisode sanglant dont se rend coupable sa famille avec l’aide des Rangers, il s’en désolidarise, s’oppose à elle. Il devient un paria, la honte de la famille.



Quant à Jeannie, c’est le fils qu’aurait aimé avoir Eli. Ils ont pu se connaître et s’apprécier pendant quelques années. Jeannie est une femme forte sans le savoir vraiment. Elle se bat dans un monde d’hommes, elle est ambitieuse mais manque d’assurance. C’est un personnage solitaire et triste, fait de doutes et de complexes mais aussi impitoyable que l’univers dans lequel elle évolue, et qu’elle s’approprie, quitte à sacrifier ceux qui risquent de mettre en péril son fragile équilibre. 

Une des raisons de mon challenge Etats-Unis est de connaître un peu mieux l’histoire américaine à travers ses auteurs et ce livre est exactement ce que j’attendais. J’ai appris énormément, non seulement sur les Comanches mais aussi sur les guerres mexico-américaine et de sécession, les mœurs et coutumes des pionniers, et bien sûr, le Texas -les ranches immenses, la place des mexicains, les débuts de la folie pétrolière, entre autres choses passionnantes. Une sorte de livre idéal pour ce challenge, extrêmement bien documenté, qui respecte l’histoire et, ce qui ne gâche rien, absolument captivant et bien écrit. Si seulement un tel livre existait pour chaque état ! (Le Delaware en aurait bien besoin  :diablotin: )

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Sam 3 Déc - 19:01

Alabama


Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur
Harper Lee

Située en Alabama, dans la petite ville fictive de Maycomb, cette histoire est celle de Scout et de son frère Jem. Scout adulte raconte un bout de vie de 3 ans, dans les années 30 pendant la grande dépression. Elle a 6 ans, son frère en a 9, ils sont élevés par leur père et la gouvernante noire Calpurnia. 

La première partie est plutôt lente, comme ces longs étés brûlants du sud passés dehors, où chacun n’a rien de mieux à faire que cancaner et épier les faits et gestes des uns et des autres. Scout et son frère sont fascinés par leurs voisins et surtout par la maison de Boo Radley, un homme qui ne sort jamais et qu’ils n’ont jamais vu. Avec leur ami d’été Dill, ils imaginent toutes sortes de stratagèmes pour le faire sortir, l’apercevoir, ne serait-ce qu’un instant. 


Une vue de South Alabama Avenue, Monroeville, dont la configuration est quasi la même que celle de la rue où vivent les Finch, avec au premier plan, la maison de Boo Radley

Scout est un garçon manqué, fière et bagarreuse, elle est intelligente et n’a pas la langue dans sa poche. Elle a l’innocence et la franchise de son âge. Curieuse, observatrice même si elle ne comprend pas toujours totalement ce qu’elle voit ou entend, elle ne craint pas de poser les questions qui peuvent fâcher ou mettre mal à l’aise les grands. C’est sa prérogative d’enfant pas encore atteinte par l’hypocrisie sociale, les préjugés, les bonnes manières. Elle fait souvent preuve de bonne volonté mais est parfois considérée comme « difficile ». Pourtant son père la soutient toujours, il lui apprend à être autonome, à penser par elle-même, lui inculque ses propres valeurs, s’adresse à elle comme à une adulte.


Scout et son père – photo tirée du film
« Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n'envisageras pas la situation de son point de vue »


Jem est le grand frère qui se veut courageux et protecteur mais il a ses propres peurs et ses croyances qui le freinent souvent. Il est tout de même beaucoup plus sage et discipliné que sa sœur et c’est un idéaliste. Encore un enfant dans la première partie du livre, avec plus ou moins les mêmes intérêts que sa petite sœur, il entre peu à peu dans la préadolescence, sa conscience s’éveille, ses opinions personnelles se forment. Une période déjà difficile, et qui coïncide en plus avec le drame qui secoue la ville. Scout perçoit ces changements sans les comprendre et les interprète avec son regard d’enfant espiègle, ce qui est souvent très drôle. 

Et puis bien sûr, il y a Atticus Finch, le père. Avocat, issu d’une famille aisée, c’est un homme honnête et juste, aussi bien avec ses enfants qu’avec la communauté, blanche ou noire, dans laquelle il évolue et qui le respecte. Pourtant il s’attire des ennuis lorsque le bruit commence à courir qu'il va défendre un noir accusé d’avoir violé une blanche. Car Atticus est l’exemple que, même dans le sud profond où la ségrégation est un état de fait tellement banal, il existe des gens plus ouverts qui croient en l’égalité des droits, que les noirs doivent avoir les mêmes chances que les blancs. Lorsqu’il est commis d’office par le très perspicace Juge Taylor qui, le connaissant bien, sait qu’il ne se contentera pas d’une parodie de défense, de vilaines rumeurs courent sur son compte.

-Vois-tu Scout, il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines choses dessus, à l'école, mais je te demande une faveur: garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête... elle est bonne, même si elle est un peu dure.
-On va gagner, Atticus?
-Non, ma chérie.
-Alors pourquoi...
-Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner.

Ce sont les trois personnages principaux mais tous les autres sont mémorables à leur façon. Miss Maudie, tolérante et compréhensive, la tante Alexandra qui rêve de faire de Scout une vraie fille, Calpurnia la domestique noire, digne et ferme, Boo le reclus, les Ewells, père et fille accusant injustement Tom Robinson, ce sont des personnages bien définis, chacun ayant un rôle clé dans l’histoire.

Un des personnages les plus intéressants est Boo Radley, cette figure fantomatique, de plus en plus attachant au fil des pages alors même qu’on ne le voit jamais. Au début du livre, les enfants en ont peur, l’imaginent comme un monstre. Petit à petit pourtant, leur attitude change, Boo devient plus réel, il laisse de petits cadeaux aux enfants, répare le pantalon de Jem, les protège de Ewell. De monstre effrayant, il devient une figure paternelle bienveillante et touchante qui agit toujours dans l’ombre.

Dans la deuxième moitié du livre, tout s’accélère, Atticus est l’objet de critiques et du mépris d’une bonne partie de la ville, le procès a lieu, Scout et Jem découvrent leur père sous un jour nouveau, apprennent que le courage n’est pas forcément spectaculaire, que les apparences et la réalité sont deux choses bien différentes. Ils apprennent également ce qu’injustice et préjugés signifient et font l’expérience de la violence à leur encontre. En quelques jours, ils mûrissent très vite, une période qui les marquera toute leur vie, qui leur ouvrira les yeux sur la violence raciale et les inégalités.


Le tribunal de Monroeville, qui a servi de modèle pour celui de Maycomb
Scout et Jem devaient avoir cette vue de là où ils se tenaient lors du procès


Le ton est délibérément enfantin mais pas trop, c’est Scout l’adulte qui se remémore et raconte, son récit est donc enrichi de ses réflexions et pensées d’adulte mais le parti pris de faire passer ses idées par la voix des enfants permet à l’auteur de délivrer son message sans détournement. Si le ton est souvent humoristique, il s’assombrit considérablement à mesure que l’on avance dans le roman, tout en conservant une certaine fraîcheur. C’est l’un des atouts de ce livre, qui traite de sujets graves de manière souvent comique.


Alabama Lane Cake
Une spécialité du sud, que Miss Maudie prépare souvent et que les enfants adorent
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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par kenavo le Dim 4 Déc - 5:36

Je connaissais ces commentaires... mais c'est un plaisir de les retrouver... en attente d'autres pour d'autres États Very Happy

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Dim 4 Déc - 10:39

Les revoir m'a donné envie de continuer, j'avais un peu laissé tomber...

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par kenavo le Dim 4 Déc - 15:15

on va se motiver mutuellement

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Dim 4 Déc - 15:29

cheers

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Lun 6 Fév - 17:54

Utah

Desert Solitaire - Edward Abbey


Park Avenue - Parc national des Arches

Desert Solitaire est le récit d’un séjour d’Abbey dans le parc national des Arches, en Utah. Ce parc magnifique où l’on peut admirer plus de 2000 arches naturelles et autres formations rocheuses millénaires est l’un des joyaux naturels de cette région aride, rouge comme le feu, souvent désertique. Abbey y a été Ranger d’avril à octobre, vivant dans une caravane sur le site, la plupart du temps seul et isolé hormis le temps passé avec les visiteurs pendant la saison touristique et les excursions hebdomadaires à Moab, la ville la plus proche ainsi que quelques voyages à travers le désert en compagnie de quelques locaux.


Colorado River

Abbey observe, contemple, marche, explore. Il sait regarder, écouter, sentir et retranscrire, plutôt bien, parfois avec humour, ce qui l’a touché. C’est assez provocateur par moments, mais on partage sa fascination, sa colère et ses craintes de ce qu’il va advenir de cet extraordinaire paysage, souillé par le progrès inévitablement. C’est plein de poésie, de passion et d’amour pour une nature grandiose qu’il aimerait voir protégée au maximum mais il ne se fait pas d’illusions et déjà, dans les années 50, lors de ses séjours, il voit le tourisme naissant et l’automobile toute puissante commencer à faire ses ravages. Il n’est pas très optimiste et on le comprend.

Il y a de merveilleux passages très émouvants lorsqu’il évoque la beauté du ciel la nuit, la végétation rare et étonnante du désert, la descente du Colorado en canoé ou encore sa tentative de récupérer un cheval devenu sauvage.



Un livre exceptionnel donc et que j’ai trouvé très beau malgré mes quelques réserves, qui sont quand même de taille : je n’ai pas apprécié la façon dont il parle des indiens (les navajos principalement) et j’ai été choquée par la « solution » qu’il propose à leurs problèmes et, s’il respecte les animaux qu’il traite plutôt bien en général, certains ne semblent pourtant pas dignes d’égard à ses yeux et cela m’a attristée et laissée dubitative.

Mais une lecture enrichissante, ce récit est un témoignage important sur ce qu’est et représente le désert, les dangers de la modernisation, des infrastructures qui se développent, des touristes qui ne respectent pas toujours les lieux. Ses descriptions sont souvent époustouflantes et on a juste envie d’y être, ce qui pour moi, est le plus beau compliment que je puisse faire.


Delicate Arch


Balanced Rock

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Aeriale le Lun 6 Fév - 19:09

Merci Epi pour ta pérégrination aux USA au travers de ces romans, je suis épatée par cette  présentation. C'est une super idée que vous avez eue, @Arabella, @Kenavo et toi !

Parmi tous ceux là, je n'ai lu que Rêves de train, qui ne m'avait pas marquée plus que ça. Mais surtout Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur.

The son de Philipp Meyer me tente beaucoup, et d'ailleurs ça a l'air d' être un coup de coeur.

Je vais peut être essayer de vous imiter...A suivre!
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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Mar 7 Fév - 19:25

@Aeriale a écrit:The son de Philipp Meyer me tente beaucoup, et d'ailleurs ça a l'air d' être un coup de coeur.
Oui, j'avais beaucoup aimé, très vivant, très visuel et si on s'intéresse un peu à l'histoire des US (ici le Texas), c'est plutôt bien documenté.

@Aeriale a écrit:Je vais peut être essayer de vous imiter...A suivre!
Mais oui, rejoins nous ! Wink

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Re: USA - From Sea to Shining Sea [Epi]

Message par Epi le Dim 10 Déc - 22:25

Georgie


Midnight in the Garden of Good and Evil (Minuit dans le jardin du bien et du mal)
John Berendt



En visite avec des amis dans le sud, le narrateur, jeune journaliste à New York, découvre Savannah et tombe sous le charme. Il décide de s’y installer au moins à temps partiel, partageant son temps entre Savannah et New York. Durant ces séjours, il va découvrir l’histoire de la ville et faire la rencontre de personnages atypiques et hauts en couleurs auxquels la première partie du livre est consacrée. Quelques-uns sortent vraiment du lot, notamment Joe Odom, avocat, courtier immobilier, pianiste, éventuellement guide touristique dans les différentes maisons du centre historique qu’il squatte, sa maison toujours ouverte aux amis de passage qui parfois s’y installent à plus ou moins long terme.

Il fait également la connaissance de l’antiquaire Jim Williams qui occupe la superbe Mercer House et entretient une relation avec Danny. Jeune homme violent, il finira dans une mare de sang sur le tapis persan de Williams. Celui-ci reconnait les faits et plaide la légitime défense. Il est confiant. Après tout, Savannah a toujours réglé ce genre de problème rapidement sans en faire toute une histoire. Williams est une figure locale importante, tout le gratin de Savannah retient son souffle à l’approche de noël et espère figurer sur la liste des invités à sa soirée annuelle et il a de l’influence. En plus, le procureur chargé de l’affaire est inexpérimenté. La défense n’en fera qu’une bouchée.

Mercer-Williams House

Mais voilà, tout ne se passe pas comme prévu et contre toute attente Williams est reconnu coupable de meurtre et emprisonné. Oh ! Indigné d’être accusé de la sorte, il s’arrange pour que son procès soit annulé. On demande un nouveau procès, on garde le même juge mais on change les jurés et on essaie de ridiculiser ce procureur incapable qui n’a pas hésité à cacher certains faits qui auraient pu valider la thèse de la légitime défense. Mais peine perdue, Williams est de nouveau jugé coupable de meurtre et retourne en prison. On ne baisse pas les bras et cette fois on s’offre les services d’une prêtresse vaudou pour plus de sûreté. Et à minuit, dans le jardin du bien et du mal, on s’adonne à de drôles de conciliabules. Trois procès, trois verdicts similaires. Forcément, les jurés connaissent l’affaire depuis des années, leur opinion est faite avant même d’arriver au tribunal. Pas juste.


Bonaventure Cemetery (le jardin du bien et du mal)

Seule solution, changer de juridiction, loin de Savannah, que l’affaire soit portée devant un nouveau juge et de nouveaux jurés tout frais, ignorants de l’affaire, sans idée préconçues. Après huit ans de procédures et d’incarcérations plus ou moins longues, le quatrième procès est enfin le bon, Williams est acquitté.

La première partie traîne un peu en longueur avec cette galerie de personnages certes originaux mais qui lasse au bout d’un moment. Mais Savannah a inspiré l’auteur c’est sûr et il nous offre de magnifiques descriptions, avec cette impression d’y être. La deuxième partie qui traite plus spécifiquement des procès mais aussi des codes qui régissent la haute bourgeoisie de la ville est la plus réussie, Berendt nous parle merveilleusement de ce sud profond entre tradition et modernité, ses demeures ancestrales et ses squares fleuris et ombragés. Un bon livre donc pour s’imprégner de cette atmosphère si particulière et de cette ville surprenante, envoutante, un brin marginale, mais où le statut des noirs est encore un problème et où le Yankee est toujours considéré comme l’ennemi.

Ce n’est pas une fiction puisque basé sur une histoire réelle même si Berendt a pris quelques libertés avec la chronologie et arrangé certains faits. Au final, cela se lit comme un roman. C’est drôle, plein d’esprit, les situations sont incroyables (improbables ?), l’affaire de meurtre et la façon dont elle est traitée délirante. Le parfait exemple que la réalité dépasse souvent la fiction.


Un des 22 squares de la ville

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