Enrique Serpa

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Message par kenavo le Jeu 12 Jan - 5:35

Enrique Serpa  Person10

Enrique Serpa (1900-1968) est né à La Havanne.

A 20 ans, il devient l'assistant de l'anthropologue Fernando Ortiz et côtoie les jeunes intellectuels de son temps : Ruben Martinez Villena, Juan Marinelle, Emilio Roig de Leuchsenring, Regino Pedroso...
Il fait partie de cette génération d'écrivains cubains marqués par la première guerre mondiale, l'ingérence américaine et la crise économique.
A tout juste 25 ans, Serpa publie son premier texte, Felisa y yo, et en 1938 Contrabando remporte le Prix national du roman, mais c'est son activité de journaliste qui le fait vivre à une époque où écrire n'est pas encore considéré comme un véritable métier.

Son attrait pour la psychologie et les sciences humaines va par ailleurs durablement marquer son écriture. Connu pour son regard critique sur le contexte socio-historique du Cuba du début du XXe siècle, Serpa se distingue ainsi par la finesse de son analyse des comportements humains. Son écriture intimiste capte les voix de ses personnages avec une précision quasi documentaire et nous replonge dans l'âme cubaine d'une époque révolue.

Avec Pablo de la Torriente Carlos Monténégro, Enrique Serpa est aujourd'hui considéré comme l'un des auteurs majeurs de l'île ; il est traduit pour la première fois en français.


source: Editeur


Dernière édition par Kenavo le Lun 23 Jan - 7:33, édité 1 fois

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Enrique Serpa  Empty Re: Enrique Serpa

Message par kenavo le Jeu 12 Jan - 5:36

Enrique Serpa  A372
Contrebande
Présentation de l'éditeur
Premier roman d’Enrique Serpa, Contrebande dépeint à merveille le monde turbulent et misérable de La Havane dans les années vingt. À travers l’agitation d’une foule de pêcheurs, prostituées, contrebandiers, enfants miséreux, on voit couver le feu qui embrasera l'île de Cuba où l’insolente fortune de quelques-uns nargue l’extrême dénuement de la plupart.

Contrebande, c’est aussi l’histoire d’un face-à-face entre le propriétaire de La Buena Ventura et Requin, le capitaine de bord, homme d’honneur et pirate à ses heures. S’instaure vite une atmosphère complexe, ambigüe, faite de mépris et de domination sur fond de fascination.

Publié en 1938, constamment réédité, Contrabando est considéré comme un classique de la littérature cubaine contemporaine
Grand, grand, mais vraiment grand coup de cœur.

Quel beau roman, quelle belle écriture, quel bon moment de lecture !

Ce livre me rappelle un peu Joseph Conrad.

On parle de Cuba, des marins, des gens pauvres, de la misère, de la recherche d’un peu de bonheur, de la mer et de beaucoup plus encore…

L’histoire est bien développée, ne délaisse jamais le lecteur, j’avais du mal de poser le livre lors de la lecture.

Une écriture qui a tout un charme pour s’appeler presque de la poésie…


La page du livre sur le site de l’éditeur

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Message par kenavo le Jeu 12 Jan - 5:36

Extraits

Peu à peu la solitude de la mer, si différente de celle de la terre, se fit sentir. Car sur terre, on ne jouit jamais vraiment ni profondément d’un sentiment de solitude. Pas même en forêt. Ni en plaine, et encore moins en ville où l’homme est trop proche du sol, asservi par des liens invisibles à cent choses insignifiantes, hanté par des besoins mesquins et des soucis dérisoires. Sur la terre la solitude parfaite n’existe pas. Et ce qu’on prend à l’occasion pour de la solitude n’est pas, comme sur la mer, ce silence empreint de plénitude, mais le vide, lord d’inquiétude et d’angoisse. Le bruit d’un serpent lourd d’inquiétude et d’angoisse. Le bruit d’un serpent qui rampe, d’un lézard qui s’enfuit, d’une feuille qui roule, corrompt la solitude de la forêt. Le crissement des élytres d’un grillon suffit à altérer la solitude de la campagne. En revanche, la solitude en mer absorbe et purifie tout. Elle règne sur toutes choses come un despote sur le territoire de sa victoire. La raison en est qu’en mer la solitude, énorme et mystérieuse, frôle l’éternité.



Tout, alentour, semblait se calquer sur le réveil de La Buena Ventura [Nom du bateau]. Bien qu’encore incrusté dans la ville, nous commencions déjà de vivre dans un autre monde, différent de la terre. Un monde hermétique et mystérieux, indéchiffrable pour des yeux malhabiles ou frivoles qui le trouveront toujours monotone et étranger, superficiel, en dépit de sa vie palpitante, de sa polychromie et de son infinie variété de tons. Un monde immense comme l’ambition, tentateur comme le plaisir, vierge de sentiers battus, si mouvant qu’on dirait la vie même et, comme la vie, aimé, détesté et craint. Le monde à la fois multiple et un des eaux changeantes, des couleurs chaudes, des nuances délicates, des arcs-en-ciel fugitifs, de l’écume infiniment plus fragile que le pétale de la dentelle, des ondes graciles et houleuses, qui caressent et énervent, des implacables vagues meurtrières, des symphonies fracassantes et effroyables, et des berceuses roucoulantes. Le monde des gueules d’acier silencieuses, qui tuent sans prévenir, de l’hypocrisie et du mimétisme, de la patience infinie que figurent les madrépores, de la voracité insatiable faite estomac chez le requin, de la force irrésistible, incarnée par la baleine et de la faiblesse sans défense – pas même de la défense du cri d’effroi – qui tremble chez la sardine et le hareng. Un monde protéiforme et confus, hermétique et mystérieux, le monde de la mer.

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Message par Aeriale le Jeu 12 Jan - 8:38

-Contrebande-

J'ai été moi aussi épatée par ce roman! Comment imaginer qu'il ait pu être inédit chez nous jusqu'à présent? Ecrit en 1938 il décrit avec une intensité rare l'univers âpre et impitoyable de quelques hommes arrivés au bout d'eux-mêmes. Sur fond de révolution en germe, Enrique Serpa brosse plus précisément le portrait de deux d'entre eux, le propriétaire de la goélette, pleutre et usé par la débauche, et son capitaine surnommé Requin, figure forte, autoritaire et filou à ses heures. Il tire de cette confrontation une superbe démonstration de l'ambivalence qui peut naître d' un rapport dominant/ dominé, du jeu qui en découle fait de fascination et de rejet, et du malaise subi par le plus faible peinant à asseoir sa propre identité.

Contrebande d'alcool ; contrebande de sentiments ; contrebande de pensées, pour endormir ma conscience, qui parfois protestait. Mais qu'étais-je d'autre, moi, l'hypocrite, le timide et le vaniteux, qu'un produit frauduleux parmi tous ces hommes véritables
On le perçoit, le héros a besoin d'une reconnaissance et cherche à se dépasser mais ses moments d'égarements et de panique sont parfois les plus drôles ou les plus jouissifs pour le lecteur. Suivent d'autres où l'excitation et les promesses prennent le pas, et cette dualité est magnifiquement dépeinte.

Une aversion intolérable vis à vis de moi-même, de Requin, de tout le reste me submergea. Comme cela m'arrivait habituellement dans des situations similaires, un horrible sentiment de panique voila mes pensées. La peur, comme une araignée aux pattes velues, douces et gluantes, enroulait ses fils autour de moi. Une araignée lourde et flasque qui me serrait le coeur. Et sous la peur, la superstition , obsédante et troublante, étendait ses tentacules
Mais à côté de cette analyse psychologique d'une grande maîtrise, l'auteur nous plonge aussi dans l'atmosphère explosive qui précède les révoltes. Ces hommes ont faim, les inégalités sont criantes, et le pays est au bord du chaos. Un état fragile entre la désespérance et le rêve d'autre chose qui soutient tout le roman et laisse percer de merveilleux passages où la violence et la grâce se côtoient. Un style mi réaliste-mi poétique qui m'a laissée bouche bée
Brusquement, dans une gerbe d'éclats de rire, une douzaine de femmes firent irruption dans la salle. On eût dit un banc de sardines sans défense face à des thons guillerets. Tous les yeux se tournèrent vers elles, comme l'aiguille d'une boussole vers le nord. C'étaient des danseuses professionnelles qui, leur travail terminé, accouraient au cabaret à la recherche d'acheteurs de plaisir. Elles étaient vêtues modestement. Leurs chairs flétries, chairs de souffrance et de péché, trahissaient les mauvaises nuits, les jours sans pain, les caresses forcées, les étreintes sans désir, toutes les misères de la vie la plus sordide et la plus pathétique. Elles égrenaient mécaniquement des rires sans joie. Et entre leurs lèvres de location s'embusquait parfumée et traîtresse, la syphilis
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Message par silou le Jeu 12 Jan - 17:29

@Kenavo a écrit:Quel beau roman, quelle belle écriture, quel bon moment de lecture !
Smile Smile , espérons que ses nouvelles et son autre roman seront un jour traduits.
Je crois qu'il y a d'autres romanciers cubains importants de la même génération que Serpa mais ils sont eux aussi bien peu traduits en français, le succès de Contrebande va peut-être pousser les éditeurs à se lancer.
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Message par kenavo le Jeu 12 Jan - 17:35

je voudrais que les éditeurs pourraient t'entendre Wink
depuis que je l'ai découvert, j'espère que cela va se faire...

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