Yoshimura Akira

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Yoshimura Akira

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 22:47

Yoshimura Akira
(Tokyo, 01/05/1927 - 31/07/2006)

Cinquième de dix enfants, Yoshimura Akira est né à Tôkyô le 1er mai 1927, il est l'auteur de plus de vingt romans, recueils de nouvelles et essais. Il a notamment reçu le prix Dazai en 1966.

Son oeuvre est diverse, ses livres peuvant se dérouler pendant la restauration Meiji ou la deuxième guerre mondiale, relever du roman (historique ou non), de l'essai... Ses personnages peuvent être des hommes de haut rang, aussi bien que de simples prisonniers ou des soldats.
Elle ne possède pas à première vue d'unité évidente comme celle de Ogawa Yoko, par exemple (mais c'est un reproche que certains ont fait à Stanley Kubrick, alors...).
On remarque néanmoins, à travers ce qui a été publié en français, des thèmes qui reviennent : la mort, la faim, la prison, la survie. On y trouve également un certain sens du destin, de l'inexorabilité, la question de savoir si lutter contre ce qui doit advenir a vraiment un sens.
Ou encore le thème de l'individu dans un environnement hostile, étranger : les éléments hostiles dans Naufrages, une société qui a tellement changé dans Liberté conditionnelle, un effondrement des valeurs dans La Guerre des Jours lointains, un rejet dû à la profession Un Spécimen transparent et, plus largement encore, un rejet de la vie dans Voyage vers les Etoiles...
Ce n'est pas une oeuvre humoristique.

Sa femme est elle-même un écrivain considérable (paraît-il : si seulement elle était traduite en français !), Tsumura Setsuko. Elle reçoit le Prix Akutagawa en 1965 pour Gangu.
Yoshimura Akira ne l'a jamais obtenu.

Tsumura Setsuko dans le bureau de son mari.

Pour éviter toute rivalité, aucun des deux ne lisait les livres de l'autre.
Tsumura Setsuko a écrit un livre sur le combat quotidien de son mari contre le cancer du pancréas. "C'est la chose la plus difficile que j'ai jamais eue à écrire, du fait que j'ai dû revivre ces jours douloureux. J'ai failli abandonner un nombre incalculable de fois", dit-elle.

Yoshimura Akira a écrit Le Grand Tremblement de terre du Kanto (1973), qui n'est pas un roman, mais plutôt une sorte d'essai historique très documenté sur le tremblement de terre dévastateur de 1923 ; quelques années auparavant, en 1970, il a publié un livre historique sur un tsunami qui avait eu lieu dans la région du Tohoku. Depuis le 11 mars 2011, il s'en est vendu plus de 200 000 exemplaires.
"De son vivant, il se lamentait que les gens du coin construisaient les villes près des côtes à mesure que le souvenir des tsunami passés disparaissait", dit Tsumura Setsuko.

Le souvenir qu'il faut préserver des catastrophes passées, les gestes à faire pour éviter le pire, Yoshimura en parle aussi dans Le Grand Tremblement de terre du Kanto. Avec le temps, les gens imaginent que les précautions sont surestimées.

On lira avec grand profit le très intéressant article de Télérama, Jours lointains à Kichijoji, sur http://www.telerama.fr/livre/jours-lointains-a-kichijoji,58488.php


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Re: Yoshimura Akira

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 22:48



- Naufrages (1982) est un roman intemporel situé dans un village de pêcheurs extrêmement pauvre isolé du monde par la mer et les montagnes.
Le livre est écrit du point de vue d'un garçon de neuf ans, Isaku qui, en l'absence de son père parti louer ses services pour plusieurs années dans un village lointain, doit faire vivre le reste de la famille.
On suit son apprentissage de la vie (son passage à l'état d'adulte), notamment tout ce qui touche aux cérémonies qui rythment la vie du village, décrites avec beaucoup de détails au début du livre puis, comme les saisons passent mais que les rites restent immuables, mentionnées avec moins de détails, le lecteur étant désormais familier avec elles. La survie du village dépend du naufrage occasionnel de bateaux chargés de marchandises, synonymes de richesses, qui surviennent parfois pendant la saison des tempêtes - d'autant plus que ces naufrages peuvent être un peu aidés.
Mais la punition peut également venir de la mer...

La première partie possède peut-être un intérêt plus ethnographique que proprement romanesque (dû aux très nombreuses descriptions des cérémonies, les méthodes de pêche, etc.), mais la deuxième partie est vraiment réussie, avec une montée de tension qui aboutit à une fin très forte.

On peut rapprocher ce livre de Narayama (de Fukazawa Shichirô) adapté au cinéma par Imamura Shohei (1982), ce qui est d'autant plus intéressant que ce même réalisateur a adapté un roman de Yoshimura Akira : Liberté conditionnelle.
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Re: Yoshimura Akira

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 22:50



- La Jeune Fille suppliciée sur une étagère (1959), suivi de Le Sourire des Pierres (1962) (Shojo kakei et shi no bisho, 142 pages, Actes Sud, traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle).
Il s'agit de deux récits de tailles quasiment identiques mais d'intérêts différents.
Dans la première nouvelle, une jeune fille d'un milieu pauvre vient de mourir, et c'est elle qui raconte, à la première personne, ce qu'il advient de son corps. Elle perçoit ce qui se passe, de façon à la fois ultra-précise pour certaines sensations qui se trouvent exacerbées (vision, ouïe) et plus floue, en ce qui concerne par exemple le passage du temps. Elle se détache des choses, ne cherche pas vraiment à anticiper les événements, elle se remémore un peu le passé mais pas trop. Le tout écrit avec un style en apesanteur, très doux... Vraiment excellent.

Le récit suivant, Le Sourire des Pierres, paraît en comparaison tenir un peu du complément de programme, pas désagréable en soi mais inférieur à La Jeune Fille. Il est intéressant d'y trouver des échos thématiques avec le premier récit. Eichi, un jeune homme qui vit avec sa soeur, répudiée pour cause de stérilité, rencontre par hasard Sone, un camarade d'enfance. Ce dernier va s'incruster dans leur vie...
Sone est-il machiavélique ou bien ses actes sont-ils mal perçus ? Cimetières, pierres bouddhiques sont omniprésents dans l'histoire. Le lecteur verra venir la fin bien avant le pauvre Eichi, qui ne fait pas preuve d'une très grande perspicacité...


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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Jeu 12 Jan - 23:10

Naufrages

Nous sommes dans un village japonais hors temps, dans lequel les gens vivent comme ils ont toujours vécu, en essayant de survivre et ne pas mourir de faim. La pêche fourni l'essentiel des ressources. La vie de la communauté est un élément essentiel de la survie, d'où l'importance accordée aux cérémonies, célébrations, suivants des rites ancestraux. le personnage principal, Isaku n'a que neuf ans, lorsque son père se vend pour trois ans de dur travail dans un village avoisinant pour permettre à sa famille d'avoir de quoi manger. Isaku, qui est l'aîné des enfants doit prendre sa place pour la pêche et les autres tâches de survie. Il devient précocement adulte et doit donc assumer ses responsabilités. le village, au bord de la mer, espère pour améliorer l'ordinaire, des naufrages des bateaux, et aide même à leur survenue.

Un livre très fort, et complètement réussi. La sobriété de l'écriture, une sorte d'effacement, sert merveilleusement le propos de l'auteur. Les personnages sont très bien campés, ainsi que la vie de la communauté villageoise. Un monde cruel, dans lequel pour que certains puissent survivre, d'autres doivent mourir. Tout cela avec quelques aspects d'un monde de conte, de cérémonies magiques, auxquelles croient les habitants. L'émotion est comme mise à distance, alors que des événements très durs sont racontés par moments, mais comme des phénomènes météorologiques, des choses auxquelles ont ne peut pas échapper.

Juste un tout petit bémol sur la fin, qui a quand même (à mon sens) un petit côté moral, mais c'est un magnifique récit, qui marque son lecteur pour longtemps.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Jeu 12 Jan - 23:11

Le Convoi de l'eau

Il s'agit d'un groupe d'ouvriers qui vont construire un barrage dans une vallée, ce qui fera qu'un village sera englouti et que ses habitants devront déménager de force. Et le village a vécu en autarcie sans contacts avec le reste du monde pendant des siècles et ne fut découvert que très récemment. le narrateur, un des ouvriers, a choisi de vivre sur des chantiers, loin de la civilisation, pour tenter de fuir des souvenirs d'un drame personnel.

Un très court roman ou pourtant rien ne manque. le village dans lequel les ouvriers ne pénètrent pas, le regardant de loin, et se contentant d'apercevoir les habitants, comme un monde interdit, et donc complètement mystérieux. Et le seul contact d'un des ouvriers avec une habitante, tourne au drame. La situation tendue et inhabituelle éveille évidemment des choses dormantes, chez le narrateur en particulier. L'auteur n'explique pas, laisse la plupart des choses dans le flou et je trouve que c'est l'approche idéale, s'il avait tenté d'être plus explicite, le charme aurait risqué d'être rompu. L'aspect destructeur du progrès, que ce soit pour la nature ou pour les être humains, est très présent.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Jeu 12 Jan - 23:12

La guerre des jours lointains

Le début est un peu laborieux à mon sens, car Takura, le héros ne voit au départ les choses que d'un point de vue unique, qui serait le point de vue japonais officiel. Il ne remet rien en cause, il est prêt et désireux de mourir pour sa patrie, à aucun moment il n'y a le moindre doute sur la politique et le bellicisme japonais et le régime autoritaire, ni bien sûr le moindre questionnement sur les crimes de guerre japonais. Mais au fur et à mesure du déroulement du roman, Takura vit un peu l'effondrement de toutes ses certitudes, et le livre devient passionnant. Les revirements de l'opinion publique sont particulièrement intéressants à suivre. Les personnages même très rapidement esquissés paraissent très crédibles. On réalise à quel point la société japonaise a été ébranlée dans ses fondements, et les individus aussi.

Akira Yoshimura nous laisse suivre l'évolution de son personnage, en restant en quelque sorte en arrière, dans un style relativement dépouillé. Et ce n'est jamais prévisible, on suit cette histoire jusqu'à la fin sans savoir ce qui va suivre. Une lecture plus qu'intéressante.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Merlette le Ven 13 Jan - 11:27

Quelle bon souvenir de lecture (2009) que:

Le Convoi de l'eau

Fuyant un passé que l’on devine lourd, le narrateur de ce roman s’engage sur le chantier d’un barrage au fin fond des montagnes. Le futur lac de retenue doit engloutir une vallée perdue et le hameau qui s’y trouve, contraignant à l’exil ses habitants, une mystérieuse communauté coupée du monde depuis des siècles.

Le Convoi de l’eau est un roman qui m’a frappée par sa beauté et son étrangeté, son mélange de paix et d’inquiétude.
Le narrateur, ainsi que ses camarades de chantier, est fasciné par ces villageois qu’il observe depuis l’autre côté de la vallée. Leur comportement bizarre, imprévisible, le déconcerte et l’inquiète, et surtout leur apparente indifférence face à la menace d’exil et la dévastation progressive de leur environnement par les ouvriers. Et pourtant, cette "terrible" tranquillité va lui procurer la paix qu’il recherchait, lorsqu’il se rend compte qu’il a des points communs avec la communauté.

Cette impression d’apaisement et de tension est également ressentie par le lecteur. D’abord parce que, oui, les images de cette nature brumeuse et gorgée d’eau sont extrêmement belles, rendues dans une langue remarquablement harmonieuse et poétique (chapeau le traducteur !). Les scènes marquantes (je ne peux pas en dire plus) sont inoubliables en effet, car poignantes et énigmatiques. 
Ensuite parce le mystère est entretenu du début à la fin. On sait l’issue inéluctable mais pourtant le roman abonde en surprises. 

Cette histoire à la dimension universelle peut être lue comme une fable écologique sur la destruction de l'environnement par l'homme "moderne", les habitants du hameau vivant en symbiose avec la nature et étant dès le départ étroitement assimilés à elle.
Ne surtout pas ouvrir si vous n’avez pas encore lu le roman:

Spoiler:
Ne serait-ce que par la façon dont ils sont observés de loin, et dans leur ensemble, par le narrateur, presque à la façon d’un entomologiste. Leur reconstruction inlassable des étonnants toits de mousse détruits par les explosions, leur collecte patiente des os dans le cimetière, leur déplacement final avec leurs fardeaux, tous ces comportements évoquent le monde des insectes.
Sans mentionner le cadavre qui prend peu à peu les couleurs de la nature où il a été abandonné.
Mais bien sûr on peut y voir encore plus que ça, ce qui est le propre des romans à la trompeuse simplicité.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Sam 22 Juil - 22:15

La jeune fille suppliciée sur étagère

Deux nouvelles de taille moyenne composent ce recueil. Permettez-moi de râler un peu, mais les 140 pages tout petit format (cela en ferrait, dans les 40 dans la collection Bouquin) c'est presque de l'escroquerie, je déteste ce genre de livres miniatures. Heureusement que la qualité est supérieure à la qualité, mais cela fait encore plus regretter que l'éditeur n'ait pas cru bon d'étoffer un peu le volume.

La nouvelle qui donne son titre au volume, rappelle le faste des morts de Kenzaburo Ôé. Mais en plus simple, plus limpide. Moins torturé et dérangeant. le personnage principal, la jeune fille morte, est assez transparente et positive pour que l'histoire ne soit pas glauque, malgré ce que subit son corps.

La deuxième nouvelle, le sourire des pierres est encore plus réussie à mon sens, parce qu'en effet le mystère demeure, nous n'avons pas toutes les réponses, même si là encore les personnages sont relativement faciles à cerner.

Une lecture intéressante, un livre de qualité. La nouvelle est une forme qui sied visiblement à Yoshimura. Toutefois un univers qui n'a pas la complexité, la richesse, l'inquiétante densité de certains autres auteurs, comme Oé.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Sam 22 Juil - 22:17

Liberté conditionnelle


Un condamné à perpétuité est libéré au bout de quinze années de prison, ou plutôt que libéré, il bénéficie d'une liberté conditionnelle, et cela à vie. Cette liberté conditionnelle a des sacrée limitations, il ne peut faire de voyage sans accord de son tuteur, il doit venir raconter sa vie très régulièrement, le tuteur se permet vraiment de décider de la vie du prisonnier libéré. Et même si dans un premier temps, cela semble rassurant à Kikutani, le personnage principal, à la longue il trouve cela pesant. Et encore plus après son remariage, et sa nouvelle épouse découvre la chose avec accablement. En fait, Kikutani est sensé rester à vie un condamné à perpétuité, même s'il n'est plus en prison.

Il y a bien sûr les difficultés d'adaptation de Kikutani, les changements dans le monde quotidien qu'il découvre et auxquelles il doit s'adapter, mais je trouve qu'en fin de compte, s'il ne peut pas vraiment se réinsérer c'est dû en grande partie à cette continuation de la prison qu'est en fin de compte la liberté conditionnelle. Et aussi il y a le côté très conventionnel, très soucieux des apparences de la société japonaise; Kikutani tremble que les gens apprennent son passé de condamné, il serait marqué et inévitablement rejeté, il doit vivre dans la dissimulation et le mensonge, et le terrible c'est que lui-même et tout le monde trouve cela naturel. L'apparence avant tout, surtout l'apparence de la respectabilité.

Et cela pose aussi la question du comportement exemplaire qui permet à Kikutani d'être libéré, par rapport au travail qu'il n'a pas fait à partir de son acte. Il ne regrette pas vraiment le double meurtre, il ne se pose même pas la question du pourquoi, de sa part de responsabilité dans l'échec de sa vie. Et donc rien n'empêche qu'il ne recommence. En fait, il est complètement écrasé par une société qui exige une apparence irréprochable, des comportements stéréotypés, parfois à l'extrême opposé du ressenti des personnes, et Kikutani lorsque les choses deviennent inacceptables n'a que la violence, par laquelle il exprime ses frustrations.

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Re: Yoshimura Akira

Message par Aeriale le Lun 24 Juil - 13:58

Il semble très intéressant, et a l'air de refléter l'esprit standardisé de cette société japonaise où tout doit être conforme, calé dans une case..

Il faudrait que je le relise. J'ai La jeune fille suppliciée sur étagère depuis des lustres, je l'avais oublié. Sinon j'avais lu Le convoi de l'eau



Très beau roman, court et intense, qui laisse comme l'impression de sortir d'un songe. Il est vraiment question d'atmosphère ici, avec un personnage entre deux mondes: le passé qui lui revient par bribes et dont il cherche à s'échapper, celui du hameau appelé à disparaître, et le présent qui broie dans le fracas ces vestiges d'humanité. Il y a des parallèles constants entre le retour à la terre, l'ensevelissement (de sa femme, de son passé, du village) et la résurgence de la vie, de ce mouvement perpétuel symbolisé par ces habitants reconstruisant inlassablement leurs toits de mousse, comme le feraient des fourmis -j'aime bien l'image des insectes -Ils sont toujours vus de loin.

Le héros est un homme à part, au passé flou et aux coutumes bizarres aussi, un peu perdu au milieu de ses semblables, eux-mêmes frustres et condescendants face à des villageois dont les rites étranges le fascinent plus qu'ils ne l'inquiètent, au contraire des autres.

Je n'en dévoilerai pas plus mais je vous inciterai vivement à découvrir ce texte à l'écriture limpide et concise, jouant superbement sur l'attrait que peut exercer la confrontation de deux univers, sur cette impression de mystère indéfini qui entoure le récit et qui envoûte totalement.

Comme les protagonistes, on erre entre deux états: La curiosité et un certain dégoût lorsqu'il décrit les chairs en décomposition ou ces crânes que l'on déterre. C'est un sentiment étrange, assez flou mais qui nous tient jusqu'à la fin, pour finir sur une note ultra poétique et un bien être évident. Toujours ce plaisir de refermer le livre la tête encore dans les nuages où le narrateur nous laisse d'ailleurs.
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Re: Yoshimura Akira

Message par Arabella le Lun 24 Juil - 14:43

Moins connu que d'autres auteurs japonais, il est pourtant passionnant. Le convoi de l'eau, Naufrages, Le jeune fille suppliciée sur étagères sont ceux que j'ai préférés.

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