Theodor Fontane

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Theodor Fontane

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 22:55

Theodor Fontane
(Neuruppin, Allemagne, 30/12/1819 - Berlin, 20/09/1898)

Né de parents d'origine française (huguenote), il est d'abord aide-pharmacien à Leipzig, puis à Berlin, Magdebourg, Dresde... avant de devenir journaliste. Il se marie, passe plusieurs années en Angleterre, où il dirige un journal anglo-allemand (1855-1859). De retour en Allemagne, il fait toujours du journalisme, mais a plus de temps à consacrer à la littérature (il avait commencé à écrire très jeune), notamment des ballades. Il est en France en 1870, est arrêté comme espion, et est libéré au bout de quelques mois suite à l'intervention de Bismarck.
Lui qui, journaliste, vivait de feuilletons et de récits de voyage, il se met, à cinquante-neuf ans (tout comme Saramago, il est un des rares exemples d'écrivains tardifs), à publier son premier roman : Avant la tempête (Vor dem Sturm, 1878). Suivront d'autres romans, dont Jenny Treibel (1892) et l'ouvrage qui est généralement considéré comme son chef-d'oeuvre, Effi Briest (1894).

"De tous les romanciers de son temps il est certainement le plus vivant. Cette période de la littérature allemande a été féconde, mais les innombrables romans qui parurent entre 1870 et 1900 ne trouvent plus de lecteurs aujourd'hui. [...] On y trouve encore des épigones de Goethe, qui se bornent à exagérer le romanesque de l'époque classique ; par ailleurs les « modernes », qui veulent peintre le monde contemporain, tombent le plus souvent dans la banalité et ils ont terriblement vieilli." (Pierre Grappin, préface à Madame Jenny Treibel, page 10).

Pierre Grappin parle du style de Fontane, de son effacement devant les personnages :
"Fontane lui-même se plaisait à reconnaître qu"il n'était pas ce qu'on appelle un génie. [...]. Si modeste qu'il fût et si volontiers prêt à reconnaître les limite de son talent, il sentait bien qu'il ne s'inspirait de personne - au moins directement - et que ses romans ne sont pas là pour illustrer une thèse, politique ou littéraire. Il écrit sans arrière-pensée ni programme, comme un homme arrivé au terme de sa carrière rédige ses mémoires. Il est frappant de constater combien peu le ton de ses récits autobiographiques diffère de celui de ses romans." (pages 9-10).
"Cette patiente maturation, ce long perfectionnement de ses moyens artistiques, cette immense méditation, cette accumulation de souvenirs et d'intentions lui donnent désormais l'assurance et la simplicité de l'originalité véritable ; il n'a plus besoin de directives ni de modèles, il n'a plus qu'à raconter. Raconter le présent, mais avec la sérénité du vieillard qui est déjà un peu en dehors de la vie." (page 12).
"Il assiste aux événements révolutionnaires de Berlin [1848], dont il donne une description circonstanciée, il a vu les barricades, les groupe d'insurgés et les charges de la troupe ; mais tout cela ne fut pour lui qu'un spectacle, une révolution au théâtre, où le malheur voulut qu'il y eût des morts en chair et en os, sur lesquels le bon coeur de Fontane sait s'apitoyer. Son récit est un reportage, une énumération de faits et d'opinions recueillies par l'auteur autour de lui. Il a déjà le point de vue impartial du journaliste étranger qui assiste à une bataille de rues dans l'autre hémisphère." (page 13).

Concernant maintenant le type d'histoires qu'il écrit, voici ce qu'il en dit :
"Presque seul en Allemagne Fontane ignore le roman de formation, ou d'éducation, l'Erziehungs-roman. Jamais il ne montre la formation d'une personnalité par le jeu des événements auquel l'homme se trouve participer ; l'idée même de devenir semble lui avoir été étrangère. [...] Fontane n'a jamais eu le « sentiment tragique de la vie », et aucun de ses romans n'essaye de le donner au lecteur. Non pas que tout finisse toujours bien, par un mariage ou une reconnaissance ; en réalité les duels y sont souvent mortels et les adultères jamais pardonnés. Mais à la fin chacun a l'impression que tout était parfaitement inévitable, que ni l'auteur ni ses personnages n'y pouvaient changer quoi que ce fût." (page 16).
"Fontane le premier peint la classe bourgeoise, le milieu berlinois des affaires ; il met en scène une nouvelle condition et des hommes nouveaux." (page 23).

Un prix littéraire porte son nom depuis 1949.
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Re: Theodor Fontane

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 22:58

Je copie/colle un ancien commentaire.


Jenny Treibel, à Berlin (entre Spittelmarkt - où commence le roman - et l'île des Musées), le 13/07/2011.

Madame Jenny Treibel (Frau Jenny Treibel, 1892 ; 289 pages). Traduit de l'allemand et préfacé par Pierre Grappin en 1943. L'Imaginaire Gallimard.

Jenny Treibel est la femme d'un homme riche, mais elle vient d'un milieu modeste, ce qu'elle veut si possible oublier. Elle mène bon train, reçoit...
"Depuis quinze ans Krola était un ami de la maison et ceci pour trois raisons : sa belle apparence, sa belle voix et sa belle fortune. Car peu de temps avant de quitter la scène il avait épousé une fille de millionnaire. De l'avis général c'était un homme aimable, ce qui le distinguait de beaucoup de ses ex-collègues, autant que sa situation financière très bien assise.
Madame Jenny se montrait dans son plus grand éclat et de son séjour dans la petite boutique de la Adlerstrasse, on ne voyait plus la moindre trace dans sa personne actuelle." (page 52).

Madame Treibel a deux fils. Le premier est marié avec une femme qui est un "bon parti" (c'est-à-dire d'un milieu encore plus élevé). Il faudrait maintenant marier le deuxième, Leopold, qui tient de la chiffe molle.

N'oublions pas le professeur Willibald Schmidt. C'est un amour de jeunesse de Jenny Treibel. Il ne gagne pas beaucoup, mais est cultivé, intelligent, et très sympathique.
Le voici en pleine discussion avec un de ses amis professeurs à propos des fouilles de Schliemann à Mycènes, dont il montre le livre :
"- Eh bien, Distelkamp, que dis-tu de celui-là ?
- Très contestable.
- Naturellement, parce que tu ne veux pas te défaire de tes vieilles idées. Tu ne peux pas croire que quelqu'un qui a collé des cornets à bonbons et vendu des raisins secs puisse aller sortir de terre le vieux Priam, et s'il se mêle de vouloir découvrir Agamemnon et la marque des coups portés par Egisthe sur son crâne, te voilà au comble de l'indignation." (page 105).
Il est également capable, avec une égale facilité, de disserter sur le homard et l'écrevisse, sujet passionnant s'il en est.
"C'est bizarre comme on n'arrive jamais à se débarrasser de ces questions, il y en a toujours une qui est actuelle. Quand on est jeune on se dit « belle ou laide », « blonde ou brune » et quand on a résolu ce problème-là on se trouve devant le problème également difficile : « homard ou écrevisse »" (page 116).
Deux pages plus loin, après des circonvolutions :
"Naturellement l'écrevisse n'est pas parfaite, il lui manque quelque chose de-ci de-là, il lui manque si l'on peut dire la « dimension », ce qui, dans un Etat militaire comme la Prusse, a une importance certaine, mais, quoi qu'il en soit, l'écrevisse elle aussi peut dire : je n'ai pas vécu pour rien." (page 118).

Sacré professeur ! Il est veuf, et a une fille intelligente, Corinne, qui est cultivée, volontaire, spirituelle et jolie.
Mettra-t-elle le grappin sur Leopold (le fils cadet "chiffe molle" de Jenny Treibel) qui, pour elle, représente un parti intéressant... enfin, si elle s'intéresse à l'argent. La culture, la simplicité, tout ça c'est bien joli, mais l'argent a des attraits, tout de même !
Leopold, la chiffe molle, le gentil garçon à sa maman, parviendra-t-il à se transcender pour échapper à l'emprise maternelle, ou bien sera-t-il contraint de se marier avec le parti qui lui aura été choisi ?

Ecoutons un peu les pensées de Leopold, il fait ici allusion à sa môman :
"Elle, elle serait contente si elle pouvait me dire de mettre une cravate bleue ou une cravate verte ou de me faire la raie droite ou de travers. Mais pourquoi se fâcher. Les Hollandais ont un proverbe : « Ne te fâche pas, étonne-toi seulement » ; et même cela, je finirai par en perdre l'habitude." (page 153).

Leopold saura-t-il trouver les ressources morales pour engager la lutte contre sa mère ?

A cette galerie de personnages, il faut ajouter Monsieur Treibel, le mari de madame (homme prosaïque se lance dans la politique), le ridicule sous-lieutenant Vogelsang qui doit l'y aider, et puis encore un cacatois...

Le texte est parfois ouvertement burlesque. Par exemple, nous sommes près d'un lac, il y a une joyeuse compagnie :
"Au même instant on entendit le chanteur de tyroliennes pousser quelques ioulements, mais si authentiquement tyroliens que les collines du Pichelsberg ne se crurent pas obligées de renvoyer l'écho" (page 182).

Dans son introduction, Pierre Grappin avait écrit : "[...] beaucoup plus attentif aux paroles qu'aux gestes et plus sensible aux sons qu'aux couleurs, Fontane réussit, par les seules nuances du vocabulaire et de la langue, à créer des individus à la fois typiques et parfaitement vivants. [...] Amateur de proverbes, il donne à chacun de ses personnages préférés une devise. Il parvient ainsi, sans beaucoup sortir de Berlin, à faire vivre une abondance chatoyante de figures aussi diverses que possible." (page 19-20)

Et c'est très vrai.

Le rythme est rapide, on ne compte pas les conversations interrompues par un arrivant, ça se bouscule, les dialogues sont drôles, c'est vif... Et l'intrigue tient en deux lignes.
On a l'impression d'assister à une pièce de théâtre, une comédie légère, spirituelle et très réussie.

Dans le Dictionnaire des Oeuvres (collection Bouquins), on peut lire : "La critique a prononcé à propos de Théodor Fontane les mots de « réalisme auditif », et cette appréciation convient particulièrement à l'oeuvre en question dans laquelle le dialogue reflète les charmes de la conversation et ses plaisirs sans fin, particularité qui semble le fond de l'art de Théodore Fontane, en dehors de sa prédilection pour les formes les plus diverses de l'humour."

Là encore, c'est très vrai : humour, dialogues vifs, ce livre est un vrai plaisir, la preuve que la littérature allemande peut être drôle. Mais peut-être est-ce le côté français de Fontane ?
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Re: Theodor Fontane

Message par Arabella le Jeu 12 Jan - 23:14

J'ai juste lu Effi Briest il y a des lustres. Je n'ai pas trop le souvenir humour et drôlerie, lecture trop ancienne ou un livre à la tonalité différente ?

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Re: Theodor Fontane

Message par eXPie le Jeu 12 Jan - 23:27

J'ai lu Effi Briest après Madame Jenny Treibel, du coup, j'ai quand même pu percevoir de petites traces de drôlerie, mais infimes, et qui disparaissent complètement dans certaines traductions...
Par exemple, lors de la présentation de trois jeunes filles, on a :
"La troisième était Hulda Niemeyer, fille unique d'un pasteur ; elle faisait plus « dame » que les deux autres : en conséquence elle était ennuyeuse et fort satisfaite d'elle-même." (page 26 de la version traduite par Cœuroy, chez Gallimard)
autrement traduit :
"La troisième demoiselle était Hulda Niemeyer, fille unique du pasteur Niemeyer ; elle faisait bien plus dame que les autres, mais, en revanche, elle était ennuyeuse et prétentieuse [...]" (page 567)
(texte original : "Die dritte junge Dame war Hulda Niemeyer, Pastor Niemeyers einziges Kind; sie war damenhafter als die beiden anderen, dafür aber langweilig und eingebildet, [...]").

C'est sûr que Effi Briest, ça n'est pas un livre comique (contrairement à Madame Jenny Treibel, donc), mais c'est dommage que les petites remarques amusantes disparaissent dans certaines versions...
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Re: Theodor Fontane

Message par Arabella le Ven 13 Jan - 8:44

J'avais emprunté le livre et je ne pourrais pas dire quel était le traducteur. C'est sûr que cela peut faire une grosse différence.

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