Montesquieu

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Montesquieu

Message par Arabella le Dim 5 Fév - 21:46

Charles Louis de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu (1689 – 1755)




Descendant d’une famille de parlementaires bordelais. Né au château de la Brède, il est élevé au bourg du même nom dans sa petite enfance, puis rentre au collège de Juilly (oratoriens). Etudie le droit à Bordeaux, où est reçu avocat en 1708. Suite à la mort de son père en 1703, il est reçu conseiller au parlement de Bordeaux. Il se marie en 1715 avec une riche calviniste, et il entre en 1716 à l’Académie de Bordeaux. Il publie un certain nombre de mémoires sur des sujets très variés, et partage sa vie entre Bordeaux et Paris.

En 1721 paraissent Les lettres persanes, sans nom d’auteur, qui sont un immense succès, ce qui encourage Montesquieu à fréquenter assidûment les cercles mondains parisiens. Son élection à l’Académie est dans un premier temps refusée par le roi, il finit par vaincre la résistance en 1728.

Après avoir vendu sa charge au Parlement de Bordeaux en 1726, il se trouve libre de voyager Allemagne, Autriche, Italie, Angleterre…. Des voyages très studieux, où il s’intéresse à l’art, mais aussi à l’économie, aux institutions…

En 1748 paraît la première version de L’esprit des Lois, l’œuvre somme de Montesquieu, dans laquelle il résume un peu toutes ses connaissances et sa vision du monde. L’ouvrage préconise entre autre, la fameuse séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). Le livre adulé par certains, est mis à l’index en 1751, après avoir été condamné par la Sorbonne.

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Re: Montesquieu

Message par Arabella le Dim 5 Fév - 21:50

Les lettres persanes

Un riche Persan, Usbek, décide de voyager en Occident, aussi bien par intérêt d’observer d’autres sociétés, que par prudence, pour se mettre à l’abri du pouvoir politique de son pays. Il amène avec lui, un jeune homme, Rica. Après un passage par l’Italie, nos Persans arrivent à Paris. Ils écrivent moult lettres, à des amis restés en Perse, à des gens rencontrés sur la route, entre eux également, et pour Usbek à ses femmes et aux eunuques chargés de les garder.

Les lettres sont très diverses, il y a celles qui décrivent les mœurs locales, souvent sous un angle humoristique ou caustiques, il y a les lettres plus philosophiques, où surtout Usbek,  s’interrogent sur l’organisation politique, sur la religion, sur les mœurs, sur l’économie, l’histoire… et il y a les lettres qui composent une sorte de roman sur les histoires du sérail, sur les rapports d’Usbek avec ses épouses.

Le livre joue sur la vogue de l’Orient, apparue dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, suite aux voyages en Chine, au Siam, aux Indes… et aux récits publiés. Entre 1704 et 1717, Antoine Galland, orientaliste et voyageur, publie ainsi sa traduction des Mille et une nuits.

Ces voyages, ces échos des civilisations très différentes, posent les questions de la relativité des cultures, des usages, remettent en cause ce que l’on croyait allant de soi. En même temps, l’opulence supposée et le faste de ces contrées lointaines font rêver.

Une partie du succès des Lettre persanes vient sans doute du goût de l’exotisme du public, des descriptions des mœurs orientales, des savoureuses petites histoires de sérail. Mais l’essentiel du livre se passe en France, et c’est bien plus de mœurs françaises qu’il s’agit que de mœurs persanes. Le fait que le regard soit porté par des étrangers, par des gens venus d’une culture complètement différentes, pas du tout au courant de la façon dont les choses se passent ici, permettent à Montesquieu beaucoup d’acuité dans le regard, beaucoup de férocité dans la critique et la satire, puisque ce sont des étrangers qui ne comprennent pas. Au fameux « Comment peut-on être Persan » il peut opposer « Comment peut-on être Parisien ».

De même, les réflexions sur le pouvoir politique, sur la religion, sur les mœurs (avantages du divorce etc) sont permises davantage à ces Persans, d’autant plus qu’ils les illustrent par des exemples de chez eux, même si évidemment, la portée que veut leur donner Montesquieu est universelle. Comme commence à être universelle la nature humaine, vue par les philosophes du XVIIIe siècle.

Il est évidemment impossible de faire ici une analyse de cette œuvre très dense et complexe. Juste quelques remarques sur les choses qui m’ont frappées lors de cette relecture.

Déjà le prima accordé à la raison. L’être humain est complètement rationnel, il agit dans son intérêt, en choisissant la meilleurs option pour lui. Montesquieu semble éliminer complètement les affects, les conduites émotionnelles et passionnelles. Par exemple, il exclut complètement la possibilité de prendre plaisir à faire souffrir l’autre, sans que cela rapporte un bien matériel, juste pour le plaisir d’infliger de la souffrance. Ce qui est bien optimiste, et bien naïf j’en ai peur. Enfin tout au moins dans ses analyses. Parce que notre Usbek, tout prêt à avoir une immense ouverture sur les mœurs, à s’interroger sur le bien fondé des harems, à vanter les mérites de la douceur et de la mansuétudes, se transforme en tyran sanguinaire dès qu’il sent ses femmes lui échapper à distance.

Liée à cette notion de rationalité de l’être humain, l’idée qu’on a qu’à laisser jouer les intérêts individuels, pour obtenir le meilleur état possible de la société. Les forces vont d’une certaine façon s’équilibrer, nous avons tous besoin les uns des autres, si on se comporte d’une façon malhonnête ou injuste, cela va se retourner contre nous. Montesquieu ne semble pas du tout percevoir que les appétits de certains sont bien plus grands que la moyenne, qu’il existe un goût du pouvoir et de la domination pour elles-mêmes, la cruauté gratuite. J’exagère sans doute un peu, mais cette vision du monde est quand même là, et comme elle est toujours d’actualité, elle m’a frappée.

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