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Mikhaïl Boulgakov

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Mikhaïl Boulgakov  Empty Mikhaïl Boulgakov

Message par Arabella le Ven 20 Jan - 15:51

Mikhaïl Boulgakov (1891 - 1940)


Mikhaïl Boulgakov  Boulga10


Né de parents intellectuels russes en 1891 à Kiev en Ukraine, ville qui lui laissera le souvenir d'une sorte de paradis terrestre, pont entre l'occident et l'orient, et qu'il évoquera entre autres dans "La garde blanche", Boulgakov aîné de 7 enfants, est élevé dans une atmosphère stimulante intellectuellement, la littérature et la musique en particulier étaient à l'honneur dans la maison familiale.
 
Il fait des études de medecine et obtient son diplôme en 1916, en pleine guerre. Il s'est marié pour la première fois en 1913, et Tatiana Lappa le suivra dans toutes ses périgrinations jusqu'à 1924, l'année où ils se sépareront. Il travaillera pendant un an dans un hôpital de campagne, dans des conditions matérielles très dures, puis il est nommé en 1917 dans le service des maladies vénériennes de la petite ville de Viazma. Ce deuxième poste moins harassant lui permet de faire ses premiers essais littéraires, qui sont en partie une réaction contre la terrifiante réalité provoquée par la Révolution Russe, que Boulgakov condamne sans appel. Le chaos et la violence sont des maux absolus et l'oeuvre future s'efforcera désespérement de redonner une cohérence au monde.
 
Boulgakov parvient à se faire démobiliser et retourne à Kiev en 1918, et assiste aux luttes entre indépendentistes ukrainiens, russes blancs et bolchéviks. Il est de nouveau mobilisé en 1919 et suit les Blancs dans le Caucase. C'est à Grozny qu'il commence à publier ses premiers textes. Atteint de typhus, il ne peut fuir avec les troupes blanches, il dissimule son ancienne profession pour ne pas être de nouveau mobilisé par les Rouges, il décide de devenir uniquement homme de lettres, il se tourne en particulier vers le théâtre, très encouragé par le nouveau régime comme moyen particulièrement efficace pour l'éducation de masses analphabètes. En l'espace d'un an, Boulgakov écrit 5 pièces dont 4 seront jouées. En 1921 Boulgakov arrive à Moscou, ville qu'il ne quittera plus jusqu'à sa mort.
 
Les 4 premières années moscovites seront uniquement consacrés à la prose: les oeuvres telles que "La garde blanche" ou "Coeur de chien" " Les oeufs fatidiques" voient le jour à ce moment là (entre autres). Mais ses textes ont de plus en plus de mal à être édité, l'écrivain se heurte à la censure du régime. Les années 1925-1932 sont surtout consacrés au théâtre, dans lequel il connaît une certaine célébrité mais devient de fait interdit de représentation par censure. Il écrit "Les jours des Tourbine" inspiré de "La garde blanche" "L'appartement de Zoïka" et "L' île pourpre", mais une grande campagne de dénigrement contre lui est lancée dans la presse. Sa nouvelle pièce, "La fuite" est interdite pas la censure en 1928 malgré les efforts de Gorki, et ses autres pièces retirées de l'affiche, malgré leur succès.
 
Acculé, Boulgakov adresse en 1930 une lettre d'une audace inouïe au gouvernement, où il proclame son attachement inconditionnel à la liberté d'expression, et demande l'autorisation d'émigrer, et à défaut un poste de metteur en scène au théâtre.Le 17 mai 1930 Staline en personne téléphone à Boulgakov, et lors d'un très bref intretien Boulgakov devient assistant metteur-en scène au Théâtre artistique. Ce coup de fil laissera à Boulgakov un souvenir obsessionel et mythique, il attendra sa vie durant une autre occasion, où il pourrait vraiment dire son fait au dictateur. Il travaillera 6 ans au Théâtre Artistique, devant assisté aux massacres de ses mises en scène, et au refus de monter ses pièces. Il finira par démissionner en 1936.
 
Le sauf conduit de Staline lui a valu la vie sauve, mais l'écrivain se trouve nié, lentement assassiné. Il essaie encore de se faire entendre en se tournant vers la prose et produit "Le roman théâtrale" puis "Le maître et Marguerite", son oeuvre la plus célébre et un immense chef d'oeuvre, la somme de son art et le résumé de toute son expérience difficile d'homme et d'artiste éprouvé. Il meurt en 1940, peu de temps après dicté à sa 3eme femme les dernières corrections de "Le maître et Marguerite".
  
Ces deux romans ne seront publiés que dans les années 60, bien après la mort de leur auteur, mais les versions non censurés de ses oeuvres ne seront publiés sans son pays qu'à la fin des années 80.

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Message par Arabella le Ven 20 Jan - 15:52

Le Maître et Marguerite

Boulgakov a commencé ce roman en 1928 et seule la mort survenue en 1940 a mis fin aux travaux de correction et de révisions qu'il faisait encore sur ce livre. Roman long, dans lequel plusieurs récits se trouvent enchevêtrés, même s'ils se rejoignent tous à un moment où un autre.

Dans la première scène du récit, Ivan Biezdomny, un jeune, mauvais et officiel poète se fait faire la leçon par le président de l'association des écrivains: Micha Berlioz. Notre jeune homme devait fabriquer un grand poème antireligieux, mais Berlioz n'était pas content du résultat et explique à Ivan ce qu'il aurait dû écrire, lorsqu'un inconnue s'est mêlé à leur conversation.

Ce homme mystérieux, qui s'avère par la suite n'être personne d'autre que le diable, s'est mis à raconter à nos deux littérateurs ce qui s'est vraiment passé entre Ponce Pilate et un certain Yeshoua. Et avec l'apparition du démon et de ses acolytes dont Béhémoth, un chat noir parlant et marchant sur ses pattes de derrière, un vent de folie souffle sur Moscou. de respectables matrones se retrouvent à moitié nues dans les rues. Des comptables se transforment en vampires. Des présentateurs de spectacles perdent leurs têtes au sens propre du terme. Des directeurs de théâtre se trouvent transportés en un clin d'oeil à l'autre bout du pays. En bref, la ville prend feu et la milice est complèment dépassée, d'autant plus que les mystérieux visiteurs ne craignent pas les balles.

L'hôpital psychiatrique du docteur Stravinski n'arrête pas d'admettre de nouveaux malades, dont notre malheureux Ivan, qui rencontre là le Maître, un écrivain qui lui aussi a composé un roman sur Yeshoua, et qui s'est trouvé interné et séparé de Marguerite, son très grand amour. Mais Marguerite n'a pu renoncer à lui, et pour pouvoir le récupérer, se livre au diable, se transforme en sorcière, chevauche nue sur un balai au dessus de Moscou et assiste au bal du diable...

J'avais lu ce roman lorsque j'étais au lycée et j'en avais gardé un souvenir émerveillé, je me souvenais de la très belle histoire d'amour et surtout d'un récit d'une drôlerie irrésistible. J'ai retrouvé ces deux composantes. L'arrivée des démons à Moscou où il est interdit de croire à leur existence est hilarante, surtout que nos diables sont taquins voire méchants et qu'il se livrent sur les moscovites à des expériences plutôt cruelles. Mais comme les dits moscovites ne sont pas des anges, mais qu'ils trafiquent, dénoncent leurs voisins et ne cherchent qu'à tromper leurs légitimes épouses, finalement ils n'ont que ce qu'ils méritent. Boulgakov se moque des petites et très grandes misères de la vie des soviétiques de l'époque, mais aussi tout simplement des petits défauts des humains de tout temps et de toutes époques.

Et puis il y a dans tout ce récit une magie, une poésie, tout est possible et l'esprit est plus fort que la réalité, et un écrivain, un artiste sont des enchanteurs, des démiurges et rien ne leur est impossible.

Evidemment que Boulgakov est un homme d'une culture incroyable et qu'il est par ailleurs possible d'écrire une thèse sur un seul chapitre de son livre, je me suis d'ailleurs rendue compte à quel point plein de choses m'avaient échappé à la première lecture. Bien sûr Woland (le diable) ressemble terriblement au Méphisto de Gounod que l'auteur adorait. de même Béhémoth fait penser au chat Murr de Hoffman, et l'on pourrait rajouter Berlioz, qui en plus d'être un personnage du roman est aussi un compositeur qui a composé une Damnation de Faust...

Mais on a pas besoin de saisir toutes les allusions de Boulgakov pour apprécier ce livre, il faut se laisser emporter par ce récit si drôle et si merveilleux, par ses personnages enchanteurs et comiques. Je trouve infiniment touchant que le vieil Boulgakov, au soir de sa vie si amère, où il s'est vu petit à petit interdire toute possibilité de publier, ait pu écrire un livre si jubilatoire, tellement jouissif et plein d'amour, et finalement d'optimisme dans l'homme.

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Message par Arabella le Ven 20 Jan - 15:53

La Garde blanche


L'action du roman se déroule dans la Ville, qui n'est jamais nommée dans le récit, mais qui est d'une façon évidente la ville de Kiev. le livre évoque 1918 et la guerre civile qui a eu lieu à ce moment là. Au centre du roman se trouve la famille Tourbine, Hélène et ses deux frères Alexis et Nikolka. Alexis ressemble beaucoup à Boulgakov lui-même, il est médecin, et ce que nous savons de son passé ressemble assez à la vie de l'auteur. La famille Tourbine est une famille de l'inteligensia, les livres et la musique (Faust de Gounod est évoqué à plusieurs reprises) tiennent une grande place dans leur vie, leur foyer est un endroit chaleureux où de nombreux amis viennent partager des moment privilégiés. Mais cette vie est menacée, les troupes de Petlioura, indépendantiste ukrainien, s'aprêtent à donner l'assaut à la ville, abandonnée par les troupes allemandes et l'état major des Blancs.

L'auteur réussi à créer des personnages particulièrement attachants et humains, qui sont complètement pris dans l'engrenage de l'histoire, dans lequel l'individu n'a que peu de poids, où il est finalement impuissant. La situation nécessite une prise de position morale et éthique, mais garder le respect de soi-même peu mener à la mort et à la souffrance. Ce livre est absolument bouleversant, peut être justement parce qu'il ne cherche pas le pathos, les personnages restent très dignes, ne s'apitoient jamais sur eux-mêmes. L'écriture de l'auteur est lyrique parfois, mais dans l'ensemble sobre. Boulgakov décrit, ne prononce pas de jugements, ne prend pas explicitement position, c'est au lecteur de tirer ses conclusions. Il montre des exécutions sommaires, la violence et la haine, mais n'insiste jamais. En contre point, la tendresse et l'humanité profonde de ses personnages, leur force fragile.

Un très beau livre, sans doute très proche de ce qu'a vécu l'auteur, où sa vision du monde est déjà clairement posée.

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Message par Aeriale le Lun 18 Nov - 15:34

-Le Maître et Marguerite-


Mikhaïl Boulgakov  Le_mai10

@Arabella a écrit:Mais on a pas besoin de saisir toutes les allusions de Boulgakov pour apprécier ce livre, il faut se laisser emporter par ce récit si drôle et si merveilleux, par ses personnages enchanteurs et comiques. Je trouve infiniment touchant que le vieil Boulgakov, au soir de sa vie si amère, où il s'est vu petit à petit interdire toute possibilité de publier, ait pu écrire un livre si jubilatoire, tellement jouissif et plein d'amour, et finalement d'optimisme dans l'homme.

Oui, un roman fascinant, gargantuesque, fou, délirant mais aussi très touchant quand on sait qu'il fut écrit sous la dictature stalinienne, que Boulgakov y consacra 12 ans, qu'il fut remanié maintes fois et finalement publié 25 ans après sa mort, amputé de près d'une centaine de pages. L'auteur savait pertinemment qu'il n'avait aucune chance de le voir paraître de son vivant, il a donc laissé son imaginaire régler ses propres comptes face au système.

Je ne vais pas refaire l'historique, ni le résumer ce qui est quasi impossible mais il nous donne une idée de ce que devait être la vie d'un intellectuel à l'époque des goulags où toute opinion était muselée, et toute critique politique ou sociale réprimée dans le sang et les goulags.

Par le biais de cette histoire rocambolesque où plusieurs niveaux de lecture, intrigues, époques ou personnages s'entrecroisent, l'écrivain, miné par sa propre veulerie face à un régime lui imposant des écrits tronqués de leur substance, fait un parallèle avec Ponce Pilate, refusant par faiblesse de sauver Jésus /Yeshoua et torturé jusque dans ses rêves.

"La Lâcheté n'est-elle pas le plus grand crime?" Cette phrase revient comme un leitmotiv harceler les personnages, qui comme le pocurateur romain ou Le Maître, se retrouvent aux prises avec leur conscience. Lorsque le roman débute avec Berlioz, Ivan, et Woland en invité surprise, il est question de l'existence ou non du Christ. Puis des phénomènes surnaturels vont se succéder et le diable aidé de ses suppôts, le chat Béhémoth, Koroviev et Azazello, prendront un malin plaisir (dans le sens propre comme figuré) à déstructurer la machine bureaucratique si bien huilée, répandant tour à tour l'allégresse ou la consternation à leur passage.

Parallèlement à cette dénonciation du totalitarisme, l'histoire de Marguerite, prête à vendre son âme au diable et résolue à tout pour aider le Maître, apparait comme la seule issue face à la persécution, l'unique liberté de l'écrivain. Jusque dans la mort, leur âme survivront et le génie résistera aux ténèbres. "Les manuscrits ne brulent jamais "nous dit il, hanté qu'il est et condamné au silence sur cette terre.

Une oeuvre ébouriffante, incroyablement maîtrisée de bout en bout, à lire plusieurs fois sans doute, mais qui procure d'emblée un immense plaisir même si on ne détient pas toutes les références (j'ai sauté beaucoup de notifications, j'avais quand même hâte d'arriver au bout) J'ai aimé retrouver la folie douce, l'humour slave (même si souvent acide) et ce léger non sens propres aux écrivains russes tels Gogol que j'admire.

Un condensé de vie où les méchants ne sont pas ceux que l'on croient connaître, les bons pas si clairs, et les barrières Bien Mal floues, souvent édictées par des lois iniques. Une incroyable satire mixant l'Histoire, la religion et le fantastique qui emporte, même si quelques passages m'ont paru trop longs (le bal notamment) Mais quel souffle!
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Message par Queenie le Mar 19 Nov - 8:23

Superbe commentaire pour ce superbe livre !

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Et, du monde indistinct des rêves, là où se terrent les secrets mystiques, une réponse surgit.
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Message par Aeriale le Mar 19 Nov - 8:34

Merci @Queenie!

Difficile d'en relater toutes les richesses, mais je m'attendais à quelque chose de plus dur, de plus hermétique. Et pas du tout..

L'écriture est fluide, le rythme dense, et la fantaisie constamment présente malgré le fond grave, emporte l'ensemble.

Que j'aime ce style d' écriture! Ca m'a donné envie de relire Gogol ou un autre de Boulgakov. @Arabella, que me conseilles tu?
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Message par Arabella le Mar 19 Nov - 21:40

Celui-ci est assez unique, les autres que j'ai lus étaient différents. Peut-être Coeur de chien, qui est drôle et caustique, et fort bref. J'aime aussi beaucoup La garde blanche, en partie autobiographique.

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Message par Aeriale le Mer 20 Nov - 9:18

@Arabella a écrit:Peut-être Coeur de chien, qui est drôle et caustique, et fort bref.J'aime aussi beaucoup La garde blanche, en partie autobiographique.
Ok, je les ai notés!

Merci Arabella :-)
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Message par domreader le Ven 22 Nov - 21:12

Ça me donne bien envie de retourner à Boulgakov en tout cas !

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