Rentrée littéraire 2017

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Rentrée littéraire 2017

Message par Queenie le Dim 18 Juin - 8:02

Voilà vu que je lis des trucs de fin août-septembre, et qu'il va falloir déblayer dans cette rentrée pour trouver quelque chose qui sorte du lot des grosses machines (ou qui soit la pépite dans la machine), je me suis dit qu'un petit fil ne serait pas de trop.



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Re: Rentrée littéraire 2017

Message par Queenie le Dim 18 Juin - 8:45


L'hisoire de mes dents, Valeria Luiselli
(ed. L'olivier - 17.08.17)

L'histoire de Grandroute, autoproclamé le meilleur commissaire-priseur du monde, au talent dévoilé de pouvoir imiter Janis Joplin quand il est saoul, collectionneur compulsif de tout et n'importe quoi (il espère un jour mettre sa collection hétéroclite aux enchères) et autres talents farfelus.
D'abord gardien dans une usine de jus de fruits, dont les bénéfices servaient à financer la collection d'art du continent, il devient après un concours de circonstance Manager Extraordinaire en Cas de Crise, puis sa femme Flaca, le persuade de se lancer dans une carrière de comédien (qu'elle finance)... Elle finit par le laisser tomber, et le quitte avec leur enfant.
De fil en aiguille, Grandroute deviendra commissaire priseur...

Première partie jouissive, rocambolesque, au style vif, drôle, burlesque mais pas trop.
On suit Grandroute de petits bonds en grands sauts, on rit de situations cocasses et par ce style pétillant de l'auteur.
Un régal, jusqu'à la moitié du roman.
Grand moment où Grandroute met sa collection de dents en vente (les vendant chacune en faisant croire que l'une appartient à Platon, l'autre à Borges, celle-ci à Montaigne, et celle-la à Virginia Woolf) : passage truculent où Luiselli-Grandroute fait exploser sa verve hyperbolique en description de lots et de portraits des propriétaires à sourire toutes dents dehors (sisi).
On voit à quel point un objet n'a de valeur que celle qu'on lui donne.

Après... ça prend une tournure étrange. Plus grave, plus étrange, plus glauque. Je me sentais légèrement mal à l'aise, à ne pas tout cerner tout de suite, entre la vérité et le mensonge, entre la situation horrible et le grand guignol.
Petit à petit le lecteur sort de la folle hystérie menée tambour battant par l'auteur, et a comme l'impression d'être tout englué dans une mélasse nauséabonde. Et obscure.
L'effet est, je trouve, un peu raté.
Ajoutant qu'il y a ensuite des bouts du livres (suite de maximes de cookies fortune par exemple) et une dernière vente bien moins drôle (répétitive et vraiment complètement absurde) qui plombe le rythme.

Il n'est pas évident d'ajouter de la gravité dans un style vraiment foufou, et il y a un moment où Luiselli s'y perd. Et moi avec.
Dommage, c'était vraiment très bon, les 3/4 du bouquin.

Cela dit, il y a quelque chose dans son style, sa manière de raconter l'histoire, de déplacer le lecteur, très intéressante. (Et l'auteur est charmante tout plein !)
J'aurais cru à un premier livre, vu la fragilité du style parfois, et cette espèce d'embrouillamini, mais non. Elle a déjà un livre chez Actes Sud (et d'autres non traduits).

Un petit extrait ?
Je lui ai expliqué que ce que je voulais dire c'est que je pourrais raconter des histoires dont le degré de déviation par rapport à la section conique des objets relatifs serait supérieur à zéro. En d'autres termes, comme le grand Quintilien l'avait formulé jadis, je pouvais rétablir la valeur d'un objet par le truchement d'un "élégant dépassement de la vérité". Cela signifiait que les histoires que je raconterais à propos des lots mis en vente seraient toutes basées sur des faits éventuellement exagérés ou, pour exprimer les choses autrement, présentés sous un éclairage plus favorable.

Un petit exemple de son style hyperbolique de commissaire-priseur
Une seule dent ayant appartenu à M. Rousseau existe encore de nos jours, mais quelle dent ! Cet homme adorable, infâme, avait des traits aristocratiques dans lesquels la moindre trace d'expression faciales était réprimée par une conscience vigilante, tyrannique. Il avait des yeux expressifs et mobiles, mais son regard n'était pas autoritaire ; malgré son intelligence indéniable, son sens de l'humour était infantile. Il croyait avec ferveur en la bonté humaine, à commencer par la sienne. Ce gentilhomme portait des épaulettes, car cette partie de son anatomie était plutôt frêle. Ce déficit était toutefois compensé par une mâchoire virile - large, carrée, avec une discrète fossette au menton - à l'intérieur de laquelle se trouvaient les dents à jamais invisibles au monde. Elles étaient si laides qu'il ne les exhibait guère, pas même en privé. Lui-même était conscient de l'épouvantable monstruosité de ses dents. Il était un lecteur avide de Plutarque, dont il avait appris quelques vertus et moutl vices. Dans Vies parallèles des hommes illustres, Plutarque écrit que la courtisane Flora ne quittait jamais son amant sans s'assurer qu'il ait inscrit sur ses lèvres l'empreinte de ses dents. Après avoir lu cela, Jean-Jacques acquit lui aussi l'habitude de demander à ses maîtresses de le mordre avant de s'en aller. Mais pas une fois il ne mordit sa maîtresse en retour car, comme il le disait, ses dents étaient "épouvantables". Il n'exagérait pas.
Le fait qu'une seule dent de Rousseau ait été conservée n'est pas dû à ses pratiques hygiéniques, qui étaient celles d'un honnête homme de l'époque, mais à sa malchance. M. Rousseau a passé une bonne partie de sa vie à marcher. Le randonneur bon à rien marchait comme si le bien-être de l'humanité dépendait de ses pas. Un jour qu'il était sorti se promener, il fut renversé par un chien. Apparemment, l'animal s'approcha de lui à grande vitesse et s'emmêla un instant dans ses jambes ; notre homme infâme alla voltiger dans le fossé qui bordait la route et en perdit une, sans doute celle que nous avons ici aujourd'hui. Elle est si horrible qu'elle mérite un monument. Celle-ci en particulier est comme un escalier en colimaçon montant jusqu'à une lucarne recouverte de plaque dentaire. Qui ouvrira les enchères pour cette unique dent entartrée de Rousseau ?

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Re: Rentrée littéraire 2017

Message par Queenie le Sam 24 Juin - 10:09


Îles flottantes, Jean-Luc Cattacin, ed. Phébus


Un été de vacances, sur une île.
Un adolescent va connaître plusieurs bouleversements. Un été où doucement il quitte l'enfance et l'innocence.
D'abord il découvre sur un étal de brocante une tablette de bois gravée de signes étranges, qui viendrait de l'Île de Pâques. Intrigué, comme hypnotisé, obsédé, il va se rendre à la bibliothèque du coin. Et rencontrer Elizabeth, la bibliothécaire spécialiste de cette île mystérieuse et surtout de cette langue incompréhensible. Elizabeth qui remue en lui des émotions troublantes.
Puis, il y a Ficelle, son pote de toujours, qui le rejoint pour quelques jours. Ficelle, le frondeur, l'espiègle, le rebelle. Mais, Ficelle, depuis l'été dernier a changé. De petits joints en passant, il est passé aux drogues plus dures. Qui passe doucement vers la petite délinquance.


C'est un de ces livres roman d'apprentissage et quête d'identité propre à cet état de l'adolescence.
La langue de Jean-Luc Cattacin a un rythme étrange, irrégulier, comme soumise aux évènements. Comme des vagues. Comme le vent qui se soulève, intense, et s'apaise soudainement.
Il y a des passages lumineux, très beaux. Surtout ceux où l'adolescent est complètement tourneboulé par les sentiments et les sensations que réveille en lui la jolie bibliothécaire Elizabeth.
D'autres moments se lisent plus tranquillement, dans un petit ronron de choses auxquelles on s'attend.
Mais plus le livre avance, plus le livre est intense et tourbillonnant.

Rajoutant à ça tout le mythe étrange de l'île de Pâques, de cette langue incomprise, de l'intrigue, du presque fantastique de cette population disparue.
Tous ses personnages comme des îles flottantes, s'entrechoquant parfois, voguant côte à côte, ou s'éloignant dans le lointain.

Un joli récit.
Original par sa langue - mais aussi intrigant par son irrégularité.

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Re: Rentrée littéraire 2017

Message par Merlette le Sam 24 Juin - 14:11

Merci pour ces présentations en avant-première!

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