Euripide

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Message par Arabella le Mar 9 Jan - 21:05

Euripide est un poète tragique grec, né à Salamine, probablement en -480, mort en Macédoine en -406 av. notre ère.


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Il était fils de Mnésarchides et de Clito. Suivant les uns, il appartenait à une famille noble ; suivant d'autres, son père était cabaretier et sa mère marchande de légumes.
Néanmoins, Euripide reçut une éducation complète. Il suivit notamment les leçons d'Anaxagore. Il avait étudié la philosophie et les sciences ; l'influence des philosophes et des sophistes, d'Anaxagore, de Protagoras ou de Prodicos, est très marquée dans son oeuvre.
D'après des traditions un peu suspectes, il aurait d'abord étudié la peinture, et aurait même été athlète. Ce qui est certain, c'est qu'il se tourna vite vers la poésie et le théâtre. A vingt-cinq ans, il fit jouer sa première tragédie, les Péliades (-455). Sa première victoire date de l'année -421.
Il s'était, dit-on, marié deux fois, mais n'avait pas été heureux en ménage. Il laissa trois fils dont l'un fut marchand, le second acteur, le troisième, qui s'appelait Euripide comme son père, poète tragique. Vers la fin de sa vie, Euripide se retira à la cour d'Archélaos, roi de Macédoine. Il y mourut dévoré par des chiens, suivant la légende.

Il avait composé quatre-vingt-douze drames, dont le plus grand nombre ne nous sont connus que par les titres ou des fragments. Dix-neuf pièces nous sont parvenues entières.


Source  Le grenier de Clio

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Message par Arabella le Mar 9 Jan - 21:06

Les Bacchantes


Peut-être la dernière pièce de l'auteur, représentée après sa mort, elle pourrait avoir été écrite en -406.

Nous sommes à Thèbes, patrie de Sémélé, mère de Dionysos. le jeune dieu vient d'arriver dans la ville de sa mère, décidé à se venger de la famille maternelle. Il impute deux crimes à ses parents humains : avoir douté de la relation de Sémélé avec Zeus, dont il est le fruit, et le refus de l'honorer comme un dieu. Si Cadmos, son grand-père, et Tirésias, le devin, sont prêts à se convertir à son culte, Penthée, le fils de la soeur de Sémélé, et roi actuel de la ville, s'y oppose formellement. Dionysos a inspiré de frénésie les femmes de la ville, qui se sont transformées en Bacchantes, et qui ont fuit la ville pour s'adonner au culte du dieu ; les deux tantes de Dionysos sont du groupe. Penthée ordonne de les ramener et des les emprisonner, il commande également d'emprisonner Dionysos. Ce dernier prend l'allure d'un homme, d'un prêtre du culte. Il se laisse arrêter, tout en délivrant les Bacchantes. Il provoque Penthée, et lui fait perdre en partie l'esprit, le poussant à se déguiser pour aller épier les Bacchantes. Dionysos s'arrange pour qu'elles le découvrent, et prises de folies, le mettent en pièces, Agavé portant en trophée la tête de son fils. de retour à la ville, Agavé retrouve ses esprits et réalise l'horreur de la situation.

Pièce ambiguë, qui a donné lieu à des interprétations diverses, voire contradictoires : pour certains elle aurait marqué un retour d'Euripide vers une foi affirmée, pour d'autres au contraire, elle peut être lue comme une dénonciation de la cruauté divine.

La trame de la pièce est simple et linéaire (ce qui n'est pas toujours le cas chez Euripide), nous suivons le destin tragique de Penthée jusqu'à la catastrophe annoncé. le roi est très terre à terre, il refuse le mystère, la folie sacrée, tout ce qui pourrait être de l'ordre du désordre, un fonctionnement en dehors des lois, en dehors du raisonnable et de l'immédiatement saisissable. Quelque part, le divin.

Dionysos est une figure complexe. Déjà en prenant l'apparence d'un homme, en se dépouillant de sa divinité, pour mieux affirmer sa puissance et sa nature divine. Il s'applique, sans aucune passion apparente, à démontrer l'impuissance du pouvoir et de la raison humaine face à un dieu. Il déclenche la fureur, la folie, provoque l'aveuglement et un manque de discernement, et fait des hommes (ou femmes) eux-mêmes leurs propres bourreaux, exécutant les sentences qu'il a prononcé contre eux.

La pièce comporte aussi des aspects comiques : Cadmos, Tyrésias, et plus tard Penthée déguisés en Bacchantes par exemple. Un comique qui au final est cruel ; c'est en prenant l'apparence d'un adorateur de Dionysos que Penthée court à sa perte.

Le choeur est composé de Ménades lydiennes, il doit donc être inspiré par le dieux, le texte qu'il chante est un rituel en somme, ce qui fait revenir le théâtre à son origine religieuse, liée à Dionysos, justement. La mort de Penthée a presque le caractère d'un sacrifice, cruel, mais nécessaire à l'ordre du monde.

Un texte vertigineux.

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Message par Arabella le Jeu 4 Juil - 22:14

Électre


L'histoire d'Électre et d'Oreste, le meurtre de leur mère Clytemnestre, est le seul récit traité par les trois grands tragiques grecs dont nous avons gardé le texte. Celui d'Euripide date probablement de -413, l'époque où Athènes est déjà entrée dans les guerres pour l'hégémonie dans le monde grec qui vont causer sa perte. Euripide se démarque nettement des Choéphores d'Eschyle, en introduisant des éléments nouveaux, et en évoquent de manière ironique certains des épisodes de la pièce de son illustre devancier.

Dans le prologue, le laboureur, mari d'Électre, donne les éléments indispensables à la compréhension du récit : le meurtre d'Agamemnon par sa femme Clytemnestre et son amant Égisthe (cousin d'Agamemnon), le sauvetage d'Oreste, et son mariage avec Électre, ou plutôt simulacre de mariage. Électre apparaît et pousse ses plaintes, soutenue par le choeur. Elle est rancoeur et amertume, et espère le retour d'Oreste, synonyme de vengeance sur les meurtriers de son père. Mais Oreste est déjà là avec son ami Pylade : il ne révèle pas son identité à Électre, prétendant être juste l'envoyé de son frère venu s'enquérir d'elle. le laboureur les invite dans sa maison. Suit un chant du choeur qui chante les bateaux grecs partis conquérir Troie, décrivant en détail le bouclier d'Achille, le plus grand des héros. Un vieillard reconnaît Oreste, la joie des retrouvailles se transforme rapidement en un plan pour tuer Clytemnestre et Égisthe. Ce dernier, venu sacrifier aux Nymphes à proximité de la demeure du laboureur, sera la première victime. Clytemnestre sera attirée par l'annonce de la naissance du premier fils d' Électre et périra à son tour, malgré les doutes de plus en plus forts d'Oreste. Mais le double meurtre lui a été ordonné par l'oracle d'Apollon, et Électre le pousse à l'accomplir. Une fois le matricide consommé, Oreste est dévoré de remords, le Choeur pleure les malheurs de la lignée maudite. La conclusion arrive avec les Dioscures, frères de Clytemnestre et Hélène et devenus des divinités. Castor annonce ce qui va arriver, les Furies qui vont poursuivre Oreste, le procès à Athènes, et l'acquittement final d'Oreste grâce à Apollon ; le mariage d' Électre avec Pylade.

La pièce est relativement sobre pour Euripide, l'action est simple, sans épisodes secondaires. Les personnages sont fortement dessinés et caractérisés : Électre, dans le ressentiment et la détestation, ne survivant que par l'idée de la vengeance, et qui pousse son frère, même si une fois l'acte accompli, elle connaît le doute et la culpabilité. Clytemnestre est enfermée dans ses raisons (le sacrifice d'Iphigénie) et dans une forme d'égoïsme, l'échange entre elle et Électre est un dialogue de sourds, où chacune énonce son point de vue, sans tenir compte de l'autre. Mais elle ne déteste ni ne méprise Électre, elle la plaint, sans être prête à sacrifier son confort pour elle. Oreste agit pour obéir à l'oracle, mais il est de plus en plus en proie aux doutes, et au sentiment d'horreur devant ce qu'il doit accomplir.

La pièce est au final très complexe, et rien ne semble y être le fruit du hasard. Ainsi, la description à priori glorieuses des conquérants grecs partant pour Troie, et l'évocation du bouclier d'Achille, ont un lien très directe avec l'action : Persée avec la tête de la Gorgone, la lance ensanglantée, évoquent les meurtres à venir. La guerre n'engendre en fin de compte que l'horreur, et même les vainqueurs sont entraînés dans une spirale de la violence, et ils deviennent à leur tour victimes. le final est particulièrement amer, bien que Castor semble annoncer une issue heureuse au frère et à la soeur. L'oracle d'Apollon y est qualifié « d'imprudent », ce qui frise l'impiété : l'erreur du dieu, ou sa légèreté provoque le malheur des hommes. Ce final, qui d'une certaine façon reprend la trame d'Eschyle, en devient presque ironique : il n'y a pas de purification, d'annulation rituelle possible, le meurtre de la mère restera inexpiable dans l'esprit des coupables, d'ailleurs les Furies n'apparaissent pas, elles n'existeront qu'à l'intérieur du crâne d'Oreste. Et la guerre de Troie, à l'origine de tant de malheurs, n'a eu lieu que pour un simulacre d'Hélène, qui aura passé le temps du conflit en Égypte.

Immense pièce.

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Message par Arabella le Dim 7 Juil - 8:39

Oreste



La pièce a été créée en – 408, c'est à dire 5 ans après Électre ; même si l'action des deux pièces se suit, un certain nombre d'éléments sont redondants, puisqu'il fallait qu'Électre ait une fin qui dessine le destin des personnages et que les événements soient de nouveau exposés dans Oreste pour la compréhension des spectateurs. Si on ignore l'accueil réservé à la pièce lors de sa création, son renom n'a cessé de grandir dans l'antiquité, ce qui lui a permis de survivre grâce à des nombreux manuscrits.

Nous sommes à Argos, cinq jours après le meurtre de Clytemnestre. Oreste est alité, poursuivi par les Érinyes vengeresses. Les citoyens d'Argos doivent juger ce jour Électre  et Oreste, une condamnation à mort est la plus probable. Mais Électre  annonce l'arrivée de Ménélas et d'Hélène : leur oncle lui semble la seule chance de salut. Un dialogue entre Électre  et Hélène suit, cette dernière pleure la mort de sa soeur, même si elle s'apitoie vaguement sur ses neveux. Elle demande à Électre  d'aller sur le tombeau de Clytemnestre pour lui rendre hommage, ayant peur de l'hostilité de la foule à son égard. Électre  lui conseille d'y envoyer Hermione, sa fille, élevée par Clytemnestre. Électre et le choeur pleurent le terrible destin et l'ordre injuste d'Apollon qui a fait d'elle et de son frère des matricides. Oreste réveillé renchérit.

Arrive Ménélas, qui est plutôt favorable à ses neveux et qui les plaint. Oreste lui explique la situation et le jugement qui doit avoir lieu, en sachant que des proches d'Égisthe occupent des situations clés. Fait son apparition Tyndare, le père de Clytemnestre et Hélène, qui lance une condamnation sans appel d'Oreste et d'Électre. Même si Clytemnestre méritait la mort, ce n'était pas à ses enfants de la lui infliger. Il compte demander leur condamnation et menace Ménélas de lui enlever la royauté de Sparte s'il veut les aider. Ce dernier exprime son impuissance à Oreste pour l'aider. Suite à l'arrivée de Pylade, son grand ami, Oreste décide de se rendre au procès pour tenter de se défendre, même s'il pense avoir peu de chances.

Un paysan raconte le procès à Électre : malgré certains orateurs honnêtes, la foule s'est laissée manipuler par les amis d'Égisthe et par des démagogues habiles. Ils ont été condamnés à se donner la mort dans la journée. Électre pleure la fin de la race maudite dont elle est issue, qui enchaîne les meurtres et les atrocités.

Oreste revient, le frère et la soeur s'apprêtent pour la mort. Mais Pylade ne veut pas abandonner : il propose de tuer Hélène et de prendre Hermione pour otage, pour obliger Ménélas à les sauver, ou au pire à provoquer un carnage général, et à brûler le palais d'Argos. Ils mettent leur plan à exécution, la situation paraît devoir dégénérer en un bain de sang. Apollon en deux ex machina vient conclure d'une façon moins tragique. Hélène n'est pas morte, elle a été transformée en astre, car elle a joué le rôle assigné par les dieux de provoquer une guerre meurtrière. Oreste doit s'exiler provisoirement et subir un autre procès dont l'issue lui sera favorable, puis épouser Hermione et revenir régner. Électre épousera Pylade.

Oreste est une pièce beaucoup moins sobre qu'Électre. La fin est très outrée, les trois jeunes gens semblent presque en train de sombrer dans la folie, une folie homicide ; une envie de détruire le monde semble les saisir. On voit mal en quoi tuer la femme et la fille de Ménélas pourrait les aider, mais ils paraissent habités d'une sorte de démence et de fureur, être possédés, sans qu'il ait besoin d'invoquer les Érinyes, qui soit dit en passant n'apparaissent pas vraiment dans la pièce, on en parle, mais Oreste semble bien plus possédé par sa culpabilité et ses remords que par des agents extérieurs. Seule une intervention divine peut faire revenir un semblant d'ordre, d'une façon qui semble presque ironique : Apollon, considéré comme le responsable de leurs actes et de leurs malheurs par les jeunes gens vient les sauver, malgré leurs invectives. Tout en expliquant que la guerre de Troie a été décidée pour purger la terre d'un nombre trop grand d'hommes.

Oreste n'avait guère le choix : il a suivi les ordres du dieu, qui sans cela aurait risqué de le châtier cruellement. Mais il s'est retrouvé face à ses remords, à l'horreur d'avoir tué sa mère : compte tenu de ce qu'il a vécu, de ses épreuves, de sa traversée de la folie, on imagine mal comment il pourra retrouver une paix intérieure désormais. Il semble brûlé intérieurement. Il a été pris dans un enchaînement d'événements tragiques, bien antérieurs à sa naissance, dans une famille dans laquelle une transgression, une mise en cause de l'ordre des choses, provoque une novelle transgression, de nouvelles horreurs, sans qu'il semble possible d'arrêter la machine une fois en route. Oreste est en quelque sorte un coupable innocent : coupable parce qu'il commet le meurtre de sa mère mais innocent parce qu'il ne peut tout simplement pas faire autrement, à cause de la nécessité de venger son père, et aussi d'obéir à l'ordre d'un dieu. La discussion entre lui et Tyndare s'avère donc impossible : Oreste fait valoir ses raisons, mais les contre-raisons de Tyndare ont autant de légitimité ; son discours a un fond de sagesse (Clytemnestre méritait la punition mais pas par son fils) mais en poursuivant Oreste et Électre il arrive à se contredire : si un fils ne devait pas donner la mort à sa mère, un grand-père ne devrait pas non plus vouloir tuer ses petits-enfants. La situation est devenue inextricable, au-delà de la raison.

Même si le procès d'Oreste dans lequel les dieux auront le dernier mot et vont l'innocenter est évoqué à a fin , c'est un autre procès qui se déroule dans la pièce, et dans celui-ci, ce sont les hommes qui jugent Oreste et Électre. Une sorte de déplacement de la justice, de la justice divine vers la justice humaine semble se faire jour. Cette justice humaine apparaît comme très faillible : l'habileté d'un orateur peu scrupuleux de la justice, un rapport de forces politiques sont des éléments déterminants. La foule se laisse facilement manipuler, et il y a peu de chances que la vérité jaillisse des débats. La justice des hommes ne vaut pas mieux que les caprices et les injustices des dieux.

La résolution finale en paraît d'autant plus illusoire : la pièce pose des questions, des problèmes, mais ne répond pas, n'apaise pas vraiment, ne ramène pas d'harmonie dans le chaos. le spectateur ne repart pas forcément purgé.

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