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Kawabata Yasunari

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Message par eXPie Lun 26 Déc - 15:16

KAWABATA Yasunari
(Osaka, 14/06/1899 - 16/04/1972)


Kawabata Yasunari  Kawabata-10-p       Kawabata Yasunari  Kawabata-20-p

A gauche, Kawabata travaillant dans sa maison de Nagatani (Kamakura), en 1946 ou plus tard.



L'enfance de Kawabata est marquée par la mort : son père - un médecin - d'abord (de la tuberculose en 1900), puis sa mère (1901), sa soeur et sa grand-mère. Dès 1906, il vit avec son grand-père malade, qui mourra en 1914.
Il commence à publier à l'université de Tokyo en 1921 - où il poursuit des études de littérature - et à s'investir dans plusieurs revues avant-gardistes. Il lit beaucoup, notamment les littératures occidentale et russe. Il publie de nombreuses critiques littéraires. Son premier livre (un recueil de nouvelles) sort en 1926. Nombre de ses livres paraissent en feuilleton dans les journaux.

Kawabata Yasunari  Kawabata-1930-p
Kawabata en 1930. A droite, sa femme Hideko, et à gauche la soeur de sa femme, Kimiko.

Sa renommée va grandissant : il reçoit le prix Noma en 1954 (pour Grondement dans la montagne). Il est traduit à l'étranger et reçoit de nombreux prix et distinctions (médaille Goethe, Officier des Art et Lettres...). Il devient le premier Japonais à recevoir le prix Nobel de littérature (en 1968) (le second sera Oe Kenzaburo en 1994).

De santé fragile tout au long de sa vie, souffrant d'insomnies, hospitalisé à plusieurs reprises (en 1962 pour une intoxication aux somnifères, en 1966 pour une hépatite, en 1972 pour une appendicite).

1968 : Prix Nobel.

Kawabata Yasunari  Kawabata-nobel-1968-p

Kawabata se suicide au gaz le 16 avril 1972. Il avait été très marqué par le suicide de Mishima (en 1970), avec qui il avait noué une amitié littéraire depuis 1946.

Kawabata est l'un des écrivains japonais les plus importants du XX° siècle.

Ses livres ne sont pas toujours faciles d'accès à cause des nombreux sous-entendus, des fins abruptes et sibyllines, des lacunes volontaires dans le récit et de sa volonté de ne pas expliquer.
Sans compter que la traduction (très difficile paraît-il, à tel point que des études ont été publiées sur le problème de ces traductions...) oriente souvent le texte dans un sens qui n'est malheureusement pas forcément le seul existant dans le texte initial...
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Message par eXPie Lun 26 Déc - 15:17

Je recopie ici une petite notice qui date un peu, mais c'est l'occasion d'ouvrir le fil d'un des plus grands auteurs japonais.

Kawabata Yasunari  Kawabata-pissenlits-p        Kawabata Yasunari  Kawabata-pissenlits-poche-p

Les Pissenlits (tanpopo, たんぽぽ, 1964-1968). Traduit par Hélène Morita en 2012. Albin Michel. 246 pages
Il s'agit du dernier grand roman de Kawabata, inachevé (c'est-à-dire encore plus inachevé que d'autres textes de l'auteur), et qui a été publié par livraisons entre juin 1964 et octobre 1968.
Il commence ainsi :
"Sur les rives de l'Ikuta fleurissent des pissenlits, à profusion. Caractéristique de la ville d'Ikuta, cette floraison évoque un printemps éclatant. Sur les trente-cinq mille âmes que compte la ville, trois cent quatre-vingt-quatorze vieillards ont dépassé quatre-vingts-ans.
Il y a cependant quelque chose qui ne semble peut-être pas tout à fait à sa place à Ikuta - c'est l'asile de fous. Quoique, après tout, il n'est pas impossile qu'un sage ait justement choisi cette ville tranquille et vieillotte et que ce ne soit pas si mal qu'un établissement de ce genre se situe en ces lieux. Non, pourtant, les désordres de l'esprit ne se soignent pas forcément dans un environnement calme et serein. Les fous vivent dans un univers complètement à part. Chacun d'eux habite un monde qui lui est propre, loin de celui que nous connaissons." (pages 7-8 ).
Nous sommes en hiver ; pourtant, le climat est étrangement doux et les pissenlits fleurissent. Déjà, des contraires coexistent. Le texte est bourré de symboles.

Nous faisons rapidement connaissance avec les deux personnages principaux du roman :
"Après avoir confié Inéko Kizaki aux bons soins de l'établissement, Hisano, son amant, et la mère de la jeune femme étaient sur le point de repartir lorsque le médecin déclara : 
« Si vous entendez la cloche sur le chemin de retour, songez que c'est votre fille qui la fait sonner." (page 9).

Qu'a-t-elle au juste, cette Inéko ?
"« Ikuta est vraiment une ville calme et accueillante, remarqua la mère. Ceux qui vivent en de tels lieux ne devraient pas être victimes de cette maladie étrange, la “cécité sporadique devant le corps humain”. "(page 12).
Etrange maladie, en vérité.

Dans cet hôpital se trouve un patient âgé, qui calligraphie :
"« Il est aisé d'entrer dans le monde du Bouddha, malaisé d'entrer dans le monde des démons. »" (page 13).
Ces mots écrits par Ikkyû (c'est précisé page 113) étaient très importants pour Kawabata. Il en parle notamment dans son discours de réception du Prix Nobel en 1968 (Le beau Japon en moi ou Moi, d'un beau Japon) :
"Ces propos d'Ikkyû, moine zen, me touchent au plus profond de moi-même. Tout artiste, qui aspire au vrai, au bien et au beau comme objet ultime de sa quête, est hanté fatalement par le désir de forcer cet accès difficile du monde des démons, et cette pensée, apparente ou secrète, hésite entre la peur et la prière. »" (Kawabata, Romans et nouvelles, La Pochothèque, page 29).
Kawabata possédait cette calligraphie par Ikkyu, et il écrivait souvent ces mots lorsqu'il lui était demandé d'écrire quelque chose (on pourra lire le discours de Kawabata en anglais sur : http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1968/kawabata-lecture.html ).
Il y a de nombreuses façons de comprendre ces mots, ajoute Kawabata.

Kawabata Yasunari  Kawabata-pissenlits-ikkyu-p
Portrait d'Ikkyū par Bokusai (peintre du XV° siècle, disciple d'Ikkyu)

"L'individualité est plus prononcée chez les fous que chez les gens à l'esprit sain..." (page 22) dit Hisano. Sans doute, mais la perception du monde est très différente, même entre deux personnes saines d'esprit (mais le sont-elles ? le doute est souvent permis). Hisano voit une souris blanche, que ne remarque pas la mère. Elle, par contre, a vu un arbre remarquable, qui a échappé à l'attention d'Hisano...
Chacun doute de ce que l'autre a vu. Et quand ils entendent le même son (la cloche de l'asile qui sonne), chacun l'interprète de façon différente, voire opposée.

Finalement, chacun vit dans un monde à lui, l'interprète à sa façon, et chacun pense agir pour le mieux : la mère en confiant sa fille à l'hôpital psychiatrique, Hisano en voulant se marier rapidement avec Inéko. Chacun cherche à convaincre l'autre, mais personne ne le peut. Ce qui est logique, puisque chacun percevant les choses de façon différente, les arguments ne portent pas.

La mère et son futur gendre discutent. A un moment, la mère dit :
"- Supposons... Inéko et vous au cours d'une étreinte amoureuse. Cela ne vous gênerait pas que votre corps disparaisse de son champ de vision ? Si elle ne voyait plus votre visage ou vos mains... ?
- Cela ne me dérangerait pas." (page 40).
Les discussions sont d'une franchise incroyable, totalement irréaliste dans ce contexte... et l'indication d'une attirance réciproque ?

D'où vient cette étrange cécité d'Inéko, cécité qui ne touche pas tous les corps humains ? On apprendra qu'un événement traumatisant a eu lieu pendant l'enfance d'Inéko. Cet événement est-il la cause de sa maladie ? On ne le saura bien sûr pas (le roman est inachevé... et même...). Il y avait une relation affective très forte entre Inéko et son père. Ce dernier ayant disparu (pour ainsi dire), peut-on penser qu'elle reproduit en quelque sorte le schéma de son amour sur son futur mari en le faisant disparaître ?

"La disparition partielle du corps aimé, n'est-ce pas là dans l'univers de Kawabata le comble de l'amour, un renversement ontologique qui est l'aboutissement d'un syllogisme singulier : « voir = ne voir que = ne plus voir » ? L'attachement fétichiste à la partie dit là ce qu'elle signifie au fond : l'incapacité de voir la globalité d'un corps, l'impossibilité d'appréhender l'être humain comme totalité." (Cécile Sakai, Kawabata, le clair-obscur, page 45). C'est effectivement ce qui s'était passé au cours d'une partie de tennis de table : une forte concentration sur la balle a abouti à sa disparition...
Toutefois, la disparition de son amant laisse place non pas au vide, mais - et c'est un passage très étrange, incroyable - à "un arc-en-ciel de bulles couleur de pêche" (page 240). Conclusion de Cécile Sakai : "[...] la négation de la vue n'ouvre pas ici la porte des ténèbres, mais celle de l'imaginaire ; la négation appelle à dépasser la réalité." (page 45).

Les Pissenlits est un texte étrange qui ressemble à une pièce de théâtre : en effet, il est constitué quasiment exclusivement de la conversation des deux personnages, qui tourne autour de Inéko, qu'on ne voit jamais (encore un problème de vision). Le thème de la lacune chez Kawabata est ici à son comble. 
Le roman est plein de répétitions parfaitement conscientes de la part des deux personnages, qui s'en excusent à plusieurs reprises :
"« Monsieur Hisano, ne trouvez-vous pas que nous tournons en rond à répéter les mêmes choses depuis tout à l'heure ? Quelle en est la raison ?" (page 118)

Que devait-il se passer après ? "Des notes laissées par Kawabata esquissent en tout cas le canevas d'un vrai roman." (Cécile Sakai, page 44) . Mais encore ? On aurait aimé savoir...

Quoi qu'il en soit, cette publication française tardive n'est vraiment pas un fond de tiroir, mais bien un fragment de roman marquant et très mystérieux, bourré de symboles.
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Message par Arabella Lun 26 Déc - 15:41

Merci pour le fil, eXPie, c'était le prochain fil à ouvrir sur ma liste.

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Message par Arabella Lun 26 Déc - 15:44

La danseuse d'Izu

Cette nouvelle a été publiée pour la première fois en revue en 1926, et en volume dans un recueil de nouvelles portant le même titre en 1927. le texte eut beaucoup de succès dès sa parution, un succès qui ne s'est jamais démenti.

A l'origine du récit, un voyage du jeune Kawabata en 1918 dans la péninsule d'Izu, presqu'île montagneuse, et sa rencontre avec une troupe d'artistes ambulants, le récit semble très fortement inspiré par cette expérience vécue de l'écrivain.

Il s'agit d'un texte court, apparemment très simple et linéaire, juste la description d'un voyage à pieds d'un lycéen dans la péninsule encore très sauvage et préservée d'Izu (on appellerait cela une randonnée aujourd'hui). le récit n'a à proprement parler rien de romanesque, il ne fait que décrire les petites événements de ce voyage, les rencontres, discussions, repas, haltes d'étapes ....

La route de notre lycéen croise d'abord par hasard celle d'une troupe d'artistes ambulants, qui se produisent tout au long de leur voyage, en fonction de la demande ; il se sent très vite attiré par eux et surtout par une jeune danseuse et décide de faire la route avec eux, de partager un peu de leur vie aventureuse et difficile.

Un charme fou se dégage de ce texte, en apparence si limpide et naturel, la merveilleuse écriture de Kawabata, fine et précise arrive à donner vie aux paysages, aux villages, et surtout aux gens, qui décrit par les petits gestes et les propos anodins de tous les jours nous livrent pourtant leur essence la plus profondes et la plus universelle.

C'est la magie de Kawabata que de nous faire éprouver ou tout au moins entrapercevoir, dans un texte si court, et pourrait-on-dire si modeste, toutes la gamme des sensations ou sentiments les plus essentiels ou fondamentaux : le trouble et le rayonnement d'un amour naissant, la souffrance de la séparation inéluctable, la douleur éprouvée à la mort d'un être cher, la complexité des relations parents-enfants, l'impitoyable réalité des hiérarchies sociales, l'insouciant sentiment de toute puissance juvénile, et l'impuissance de la vieillesse....

Le tout baignant dans une sensualité de chaque instant, ou tout est source de sensations intenses et uniques.

Un texte à lire, à relire, sans modération, rien que pour le plaisir...

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Message par kenavo Dim 7 Mai - 6:53

Arabella a écrit:Un texte à lire, à relire, sans modération, rien que pour le plaisir...
ceci s'applique aussi à d'autres de ses romans, entre autre celui-ci:


Kawabata Yasunari  A_329
Nuée d’oiseaux blancs
Présentation de l’éditeur
Nuée d'oiseaux blancs est écrit entre 1949 et 1952, dans un pays en pleine reconstruction, par un auteur déjà considéré comme l'un des plus grands romanciers japonais de son temps. Le héros est un trentenaire, fils unique ayant perdu ses parents. Célibataire, jouissant d'une fortune confortable, il ne sait pas bien quelle direction sa vie est en train de prendre. Il appartient à une génération qui a grandi sous les bombardements et ne sait plus que faire du legs esthétique et philosophique du Japon ancien. De la façon la plus inattendue, il se trouvera confronté à un dangereux héritage spirituel, sentimental et amoureux.
Dès mes premières lectures de Yasunari Kawabata, j’aime beaucoup revenir dans son univers.

C’est à chaque fois un plaisir de retrouver sa plume qui arrive à dégager une atmosphère sereine.

À travers quelques situations ‘anodines’ il sait créer de la littérature.

Ce livre est surtout ancré autour de la cérémonie du thé, tellement important dans la culture japonaise.

Un très bon moment de lecture.

Kawabata Yasunari  A_330

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Message par Arabella Sam 28 Juil - 10:31

L'adolescent




Il s'agit de plusieurs textes, autobiographiques, dans lesquels l'auteur évoque son enfance et adolescence. Ses parents sont morts lorsqu'il était très jeune, au point de ne garder aucun souvenir d'eux. Il a été recueilli par ses grand-parents paternels, mais sa grand-mère est morte assez rapidement, et son grand-père quelques années plus tard. Kawabata a été un ballotté chez d'autres membres de sa famille, puis très vite mis en pension.

Les cinq textes de ce volume sont disparates, quatre plus courts concernent plutôt l'enfance de l'auteur, et ses souvenirs de ses grands-parents, et un peu d'une soeur plus âgée, morte à 16 ans, mais dont il a été séparé à la mort de ses parents, donc qu'il a peu connue. le texte le plus long, et qui donne son titre au livre, évoque une relation très privilégiée qu'il a entretenu avec un camarade de collège, dont il a été amoureux, même si cet amour est resté platonique. Dans ce texte, Kawabata reprend le journal qu'il écrivait à l'époque, intègre des morceaux de lettres que son ami, Kiyono, lui a écrit. Tout cela donne un aspect brut à l'ouvrage, les autres textes ont un poli littéraire plus affirmé. Les même éléments étant évoqués plusieurs fois, repris, des répétitions et redites sont inévitables.

Ce livre est vraiment destiné aux amateurs de Kawabata, qui ont lu et apprécié toutes ses oeuvres ou presque. L'intérêt principal est de mieux connaître l'auteur, de première main, puisque par lui-même et ses souvenirs. Une enfance difficile, avec le poids de la mort de ses deux parents (de tuberculose), une vie avec les grand-parents âgés, qui meurent alors qu'il était encore au collège, précédée par les maladies du grand-père, qu'il a du prendre en charge. La solitude, l'impression d'être en mauvaise santé, des difficultés matérielles. Et très tôt la vocation d'écrire. Cela permet d'enrichir les lectures des grandes oeuvres de l'immense auteur japonais. Mais je ne conseillerais pas de commencer par cet ouvrage, qui reste un complément, et non pas un livre essentiel.

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Message par Arabella Sam 28 Juil - 10:33

Pays de neige


Ce roman nous conte trois voyages de Shimamura au pays de neige, le versant nord de l'archipel japonais. Il y vit une liaison amoureuse avec Komako, une geisha, et nous suivons dans le désordre (le roman débute sur le deuxième voyage) ces trois épisodes. Au récit de cet amour discontinu, se superposent les personnages mystérieux de Yukio, ex-fiancé (ou pas d'ailleurs) de Komako sur le point de mourir au début du roman, et de Yōko, jeune fille qui s'occupe de lui avec dévouement et dont le regard et la voix captivent Shimamura dans le train.

Comment définir le charme mystérieux qui se dégage de ce roman ? Une grande partie de symboles ou d'éléments liés à la culture japonaise m'ont sans aucun doute échappés entièrement, mais cela ne m'a pas empêché d'être happée, ensorcelée, complètement conquise par le récit, par l'écriture et par l'univers de Kawabata.

D'après ce que j'ai pu lire concernant sa composition, ce roman fut publié par fragments dans divers revues entre 1935 et 1947, une version définitive paraissant en 1948. Et malgré cette longue gestation et cette parution morcelée, le déroulement du récit m'a toujours paru d'une totale évidence.

Certes, il est difficile de faire le récit précis des événements qui composent le livre, il s'agit plus de tous petits événement, de sensations, de ressentis, bien d'éléments nous restent partiellement ou même totalement incompréhensibles, comme par exemple la nature des liens qui unissent Yōko à Yukio comme d'ailleurs à Komako. Même la fin reste incertaine. On assiste à série de scènes, ou de petites chose sont décrites parfois avec un grand luxe de détails, alors que ce qui est généralement considéré comme essentiel, l'état civil, la mort, le mariage, le travail est tout juste vaguement évoqué. Comme si d'autres règles que les règles de la vie ordinaires régissaient le pays de neige.
Nous ne saurons ainsi pas grand chose du personnage sensé se trouver au centre du récit, Shimamura. Il a une vie en ville, une femme et des enfants, mais nous n'en savons rien de précis. Mêmes ses activités professionnelles restent imprécises, il étudie la danse occidentale, édite des livres à compte d'auteur à ce sujet, et il se refuse à voir un seul ballet occidental.

Au pays de neige, il se comporte bien plus en observateur qu'en acteur, c'est finalement Komako qui prend l'initiative, vient le voir, décide de ce qu'ils vont faire. Elle a son travail de geisha qui occupe son temps, et elle semble visiblement amoureuse de Shimamura, alors que ses sentiments à lui ne sont guère sensibles. C'est comme si la seule façon de réellement exister pour Shimamura était de décider de venir ou de partir du pays de neige.

C'est donc aux femmes que l'on s'intéresse le plus, Komako et Yōko, même si nous ne savons pour ainsi rien sur cette dernière, elle semble comme un complément, un double inversé de Komako. C'est Komako qui est supposée être la fiancée de Yukio, mais c'est Yōko qui s'occupe de lui et que Shimamura prend pour sa femme. C'est Yōko qui l'assiste dans la mort alors que Komako refuse de venir. C'est Yōko qui va sur sa tombe. C'est Komako qui boit et dont le comportement est par moment étrange alors qu'elle prétend que la folie menace Yōko. Enfin, le désir de Shimamura semble étrangement les englober toutes les deux.

Ce livre est en réalité inépuisable, j'ai la sensation d'avoir vécu une expérience intense, mais ineffable.

J'ai bien compris que des sordides histoires de droits d'auteurs ou de coûts de traduction rendent improbable une édition de Pléiade consacrée à Kawabata, mais pourtant à quel point il mériterait cela.

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Message par Arabella Sam 28 Juil - 10:34

Grondement de la montagne


Ce roman nous raconte quelques mois de la vie de Shingo, un soixantenaire, chef de famille plus ou moins en déliquescence. le grondement de la montagne du titre du livre, est un bruit étrange qu'il entend, prémice de la mort qui arrive petit à petit. Autour de lui, sa famille dont la grande spécialité semble être les mariages ratés. Déjà le mariage de Shingo et Yasuko, il était en réalité très attiré par la très belle soeur de son épouse, mais à la mort de cette dernière, il s'est décidé pour la soeur moins gâtée par la nature, sans qu'il sache vraiment pourquoi. Ensuite les enfants de Shingo, Fusako, sa fille en plein divorce et Shûichi, son fils qui malgré une jeune et charmant épouse a une maîtresse. Shingo développe un attachement de plus en plus prononcé pour sa belle-fille, Kikuko, qui elle aussi semble de plus en plus apprécier la compagnie de son beau père. Cette relation tendre et un peu trouble, qui constitue le dernier grand bonheur de Shingo est au coeur du livre.

Ce roman est d'une certaine façon plus réaliste que les autres livres de Kawabata que j'ai eu l'occasion de lire, il décrit très simplement les événements quotidiens de la vie d'un vieil homme, il y a moins d'aspects oniriques. Mais cela rend aussi à mon sens les personnages plus proches de nous. Shingo est très palpable, ses motivations et sentiments plus clairement perceptibles. le style de l'auteur, plus dépouillé, ascétique aurait-je envie de dire participe de beaucoup à cette impression de réalité. Nous participons à cette fin de vie, un peu morne et guère passionnante, identique à beaucoup d'autres, un homme qui, à travers en particulier les échecs de ses enfants, revit ses propres échecs et insatisfactions, mais qui en même temps vit également des petits plaisirs, qui pour certains s'avèrent finalement plus essentiels que les grandes questions et décisions à partir desquelles on a tendance à juger la vie d'un homme.

Une fois de plus j'ai été émerveillée par l'écriture et l'univers de Kawabata, qui à partir de petites choses du quotidien arrive à évoquer toute la complexité de la condition humaine, entrelacement du plaisir et de la souffrance, l'extrême ambivalence des sentiments, les étranges détours des désirs, l'envie d'aimer et de détruire.

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Message par Arabella Lun 20 Aoû - 18:28

Nuée d'oiseaux blancs

Le personnage principal du récit, Kikuji rencontre au cours d'une cérémonie de thé,organisée par une ancienne maîtresse de son père, Mme Ota, une autre ex-maîtresse paternelle, ainsi que sa fille Fumiko. C'est le récit des relations troubles que Fumiko va entrenir avec ces trois femmes, avec en arrière fond la figure de son père, et encore un peu plus loin, la figure de sa mère, les deux étant décédés au moment du récit.

J'ai énormément de mal à parler des roman de Kawabata. Ils sont pour moi un véritable enchantement, je ne suis pourtant pas vraiment être sûre de savoir exactement ce qu'ils racontent. C'est une succession d'images, de sensations, de ressentis, plus qu'un enchaînement d'idées, mais peut être que c'est cela au fond la littérature la plus authentique.

Dans Nuée d'oiseaux blancs, ce qui me frappe c'est l'apparente douceur, calme et harmonie, par exemple pendant les cérémonies de thés, cette sorte de politesse cérémonieuse des personnages, opposée à la violence extrême des sentiments en jeu. Il y a tout de même une personne poussée au suicide, on pressent que la mère de Kikuji a du souffrir des infidélités répétées et affichées de son mari, que Fumiko reste à jamais meurtrie par la situation équivoque de sa mère et la sienne, il y a très certainement des tractations d'argent, des choses pas expliquées mais palpables. Mais ces choses ne sont que suggérées, c'est au lecteur de construire sa propre représentation.

Dès le début du livre on rentre dans un ressenti violent et non explicité, avec le souvenir que garde Kikuji des taches disgracieuses qui marquent le sein de Chikako, qu'il dépeint d'une façon plutôt répugnante, mais qu'il imagine aussi comme un possible stimulant érotique. Et le personnage de Kikuji fonctionne toujours de cette façon, dans l'ambivalence, l'informulé, le refoulé, qui ne surgit que dans des images ou sensations, qu'il se refuse à élaborer pour lui donner un sens. Et le lecteur se laisse amener à entrevoir et à pressentir.

C'est toujours un grand moment de bonheur pour moi que de lire un roman de Kawabata. J'appréhende le moment où j'aurais épuisé tout ce est qui disponible en français, et qu'il ne me restera plus que les relectures.

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Message par Arabella Lun 20 Aoû - 18:29

Le lac

Ce roman nous fait suivre l'errance de Ginpei, un ancien professeur chassé de l'enseignement pour avoir eu une liaison avec une de ses élèves. Il survit tant bien que mal, se rappelant son passé, sa liaison avec Hisako, mais aussi des épisodes de son enfance, où était présent le lac du titre.

Le livre oscille en permanence entre la réalité et le rêve, le fantasme, et l'obsession. Celles de Ginpei mais aussi celles des personnes, et en particulier des femmes qu'il croise. Comme Miyako une jeune femme entretenue par un vieillard et qui s'imagine suivie en permanence par les hommes dans la rue, au point de lancer son sac rempli d'argent à Ginpei pour tenter de l'assommer.

Ce roman est censé être le premier que l'auteur a écrit en continue et non plus par fragments destinés à la publication dans des magazines. Or étrangement c'est celui de ses livres qui me paraît le plus décousu, le moins fluide et harmonieux. C'est sans doute à cause du sujet, et de ces personnages qui semblent faire en permanence des aller et retour entre la réalité et une sorte de folie douce, mais j'avoue que j'ai moins apprécié ce livre heurté que les autres romans de Kawabata que j'ai lu jusqu'à présent.

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Message par Liseron Lun 20 Aoû - 19:15

Un auteur lu il y a très longtemps, dont j'ai gardé un excellent souvenir, tu donnes envie de ressortir de mes étagères un ou deux de ses bouquins !

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Message par Arabella Lun 20 Aoû - 19:17

Liseron a écrit:Un auteur lu il y a très longtemps, dont j'ai gardé un excellent souvenir, tu donnes envie de ressortir de mes étagères un ou deux de ses bouquins !


Il y a des merveilles à découvrir.

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Message par Aeriale Mar 21 Aoû - 8:31

Je n'ai jamais osé m'aventurer avec lui, ses textes n'ont pas l'air faciles d'accés, souvent décousus et floutés.  Mais ce que tu dis m'intrigue.

Il faudrait que je le cherche à la bibliothèque. On verra bien...
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Kawabata Yasunari  Empty Re: Kawabata Yasunari

Message par Arabella Mar 21 Aoû - 11:04

Tu pourrais essayer La danseuse d'Izu, le texte est très court et très beau.

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Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer. (Oscar Wilde)
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Message par Aeriale Mar 21 Aoû - 11:22

Ok, je note et vais peut-être même le chercher avec celui réservé (Contes d'une poche de Capek) à la librairie.

(Il me faut des réserves, lire en portugais n'est pas dans mes cordes)
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