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Message par Arabella le Lun 17 Juil - 20:34

Etienne Jodelle (1532 – 1573)


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Né et mort à Paris, sa vie reste en grande partie mystérieuse. Il aurait peut être fait des études au collège de Boncourt, et rejoint avec d’autres élèves de cette institution de la Brigade, cette troupe de jeunes lettrés autour de Ronsard, Du Bellay...Il fera partie de la Pléiade. Lorsqu’en 1549 Du Bellay fait paraître La défense et l’illustration de la langue française dans laquelle il incite entre autre, ses amis à écrire toute sorte de poésie à l’imitation des Anciens, il est le premier à relever le défi pour le théâtre, il va être l’auteur de la première comédie de ce type (L’Eugène) et de la première tragédie (Cléopâtre captive). Les deux pièces sont représentées devant le roi Henri II, semble-t-il en 1553. D’autres représentations ont lieu, en particulier au collège Boncourt. Ces diverses représentations ont fait du bruit, le succès provoquant l’animosité de certains, en particulier des dévots.

D’autres pièces suivront, Jodelle organise des fêtes et des mascarades, compose des vers. Une fête qu’il organise en 1558 à l’Hôtel de Ville tourne mal, il n’a plus les faveurs de la cour. Il meurt à 41 ans, couvert de dettes, et un peu oublié.

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Message par Arabella le Lun 17 Juil - 20:35

Cléopâtre captive


Cette pièce est citée régulièrement dans les histoires de la littérature française, comme la première tragédie française. le XVIe siècle est un siècle fondamental en ce qui concerne la langue et la littérature, le théâtre n'échappe pas à la règle. Du Bellay, dans L'illustration et la défense de la langue française (1549), exhorte à écrire en français des oeuvres imitées ou inspirées des grands auteurs antiques. Comme les Latins ont imité les Grecs, les poètes de son époque doivent imiter ces illustres Anciens pour produire de nouveau des grandes oeuvres. Cette imitation doit aussi bien concerner les petites formes poétiques, que les grandes formes, épopée, comédie, tragédie (considérés aussi comme de la poésie).

Le défi ne tarde pas à être relevé, dès 1553, Étienne Jodelle fait représenter une comédie, Eugène, suivie à peine quelques mois plus tard, par cette Cléopâtre captive, une tragédie. La première représentation a lieu devant le Roi, une autre est donnée ensuite dans un collège, et remporte un vif succès. C'est la première fois que l'alexandrin est utilisé au théâtre en France.

La pièce décrit les derniers moments de Cléopâtre. Marc-Antoine est mort, la défaite de son armée est consommée, elle est prisonnière d'Octave, qui souhaite l'amener à Rome pour figurer à son triomphe. Il ne lui reste plus qu'à mourir, pour échapper à l'humiliation, et garder intact sa gloire de reine. Ce qu'elle parvient à faire, malgré la surveillance dont elle est l'objet.

Une pièce qui est très loin du théâtre auquel nous sommes habitué maintenant. Il n'y a pour ainsi dire pas d'action. de longues tirades, des monologues, des stichomythies, la présence d'un choeur….Nous sommes dans une sorte de déploration, d'élégie, d'un adieu à la vie. Et la langue a tout de même pas mal changée, certains mots ou tournures ne sont plus usités.

Les jugements sur cette pièce sont en général plutôt négatifs, mais j'y ai trouvé pour ma part beaucoup d'intérêt. J'ai aimé ces vers, cette façon de dire sa peine, de la chanter presque. Avec une certaine sobriété et grandeur, même si elles ne sont pas dépourvues d'une profonde douleur. Un véritable sentiment tragique, d'un destin contraire, d'impossibilité d'échapper à ce que l'on est, la traverse.

Certes, par la suite le théâtre classique prendra d'autres orientations, sans doute plus faciles à suivre pour la majorité des spectateurs. Plus d'action, une possibilité d'une fin heureuse éventuellement, des véritables dialogues, des personnages qui ne sont pas que des archétypes, mais des personnes. Mais je crois qu'il ne faut pas lire cette « première pièce » uniquement en comparaison de ce qui va suivre, et lui trouver de l'intérêt qu'en fonction des éléments qu'elle annonce ou la juger défaillante par ceux qui en sont absents. Juste la considérer telle qu'elle est, un autre possible du mot dit devant un public, plus basé sur une parole poétique et moins narrative, plus statique et hiératique sans doute, mais pourquoi pas ce parti pris.

Je trouve qu'elle mérite mieux que ces jugements condescendants que l'on trouve dans les manuels ; que ses beaux vers mérite une lecture, et pourquoi pas une écoute, si on arrive à en trouver l'occasion.

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Message par Arabella le Lun 17 Juil - 20:37

Je meure si jamais j’adore plus tes yeux


   Je meure si jamais j’adore plus tes yeux,
   Cruelle dédaigneuse, et superbe Maistresse,
   Si jamais plus, menteur, je fais une Déesse
   D’un subject ennemy de ce qui l’ayme mieux.

   C’est moy qui t’ay logée au plus haut lieu des Cieux,
   Déguisant ton Esté d’une fleur de jeunesse :
   C’est moy qui t’ay doré l’Ebene de ta tresse,
   Faisant de ton seul oeil un Soleil précieux.

   Je t’ay donné ces lyz, ces oeillets, et ces roses,
   Je t’ay dans un tain brun, ces belles fleurs encloses
   Qui ne furent jamais sous un visage humain.

   J’ay par mes vers acreu ton Esprit et ta grace
   Mais c’est pour le loyer d’une telle disgrace,
   Qu’il faloit espérer d’un coeur tant inhumain.

Recueil : "Contr'amours"

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Message par Arabella le Dim 22 Juil - 12:40

L'Eugène


Pièce citée souvent dans les histoires de la littérature, mais pas vraiment lue ni représentée. Elle aurait été la première pièce écrite par Jodelle, et donc la première pièce française humaniste, en opposition au théâtre du moyen-âge, si on excepte Abraham sacrifiant, drame biblique de Théodore de Bèze, publié à Genève, dans un contexte différent. Il y a quelques incertitudes sur la date et le lieu de la création de la pièce : 1552 ou 53, soit à la cour soit dans un collège. C'est la seule comédie qui nous reste de Jodelle, il n'est pas exclu qu'il en ait écrit d'autres perdues maintenant, le nom d'une autre pièce est citée parfois, La rencontre, sans réelle certitude de son existence. La pièce aurait été écrite en quelques jours seulement.

La pièce est composée d'un prologue et de cinq actes. le prologue est important, car Jodelle y expose la conception du théâtre qu'il veut faire, c'est une sorte de manifeste du nouveau théâtre à venir. Même s'il a souvent été associé à la Pléiade, Jodelle reste à la marge, en position d'outsider, et ses opinions ne sont pas forcément les mêmes que celles de du Bellay dans La défense et l'illustration de la langue française par exemple. Il s'agit bien de créer une littérature nouvelle, inspirée par l'Antiquité, et balayer le théâtre du moyen-âge ; mais pour Jodelle, il ne faut surtout pas copier servilement ce qui a été fait par les Anciens, mais faire du nouveau. Certes on peut reprendre certains éléments : la pièce est par exemple en cinq actes comme les pièces antiques. Mais les personnages sont des personnages du temps de Jodelle, avec leurs préoccupations et façons de s'exprimer :

L'invention n'est point d'un vieil Ménandre,
Rien d'estranger on ne vous entendre,
Le style est nostre, et chacun personnage
Se dit aussi estre de ce langage

Il s'agit de trouver un compromis, entre les modèles antiques, et une véritable création, propre à l'époque, et qui donnera la possibilité d'exprimer les préoccupations de son temps, sans être inférieure à ce qui a pu être écrit dans l'Antiquité. Jodelle souhaite une poésie (on considérait le théâtre comme de la poésie à l'époque) nationale et authentique, qui se différencie d'une poésie d'imitation pure et simple.

Une autre idée importante, exprimée avec force, est celle de vouloir s'adresser à tout le monde, à tous les publics, pas seulement celui des lettrés ou gens instruits. le Poète :

Or pourautant qu'il veut à chacun plaire,
Ne dédaignant le plus bas populaire

Tel est donc le programme de l'auteur, il reste à voir comment il l'a traduit en vers. Les cinq actes sont composés en octosyllabes, alors que le prologue est écrit en décasyllabes. le personnage qui donne son titre à la pièce est un abbé, qui pour s'assurer les faveurs d'une belle, lui a fait épouser un benêt qui ne se rend pas du tout compte de ce qui se passe. Mais Alix, la jeune femme, était fiancée à un jeune gentilhomme, Florimont, parti à la guerre, et qui revient. Très en colère lorsqu'il apprend le mariage, il vient faire un esclandre, frappe Alix, guère défendue par son mari, pas très courageux, et sous prétexte de reprendre les biens qu'il lui avait laissé, emporte tout ce qu'il a à emporter. Guillaume, le mari, qui doit payer un créancier, se trouve en danger d'aller en prison. Eugène, l'amant abbé, a peur que Florimont s'en prenne maintenant à lui. Il imagine de l'amadouer en lui donnant sa soeur Hélène, qui consent à sauver son frère. Florimont pourra ainsi retrouver une autre femme, Guillaume payer ses dettes, et reprendre sa vie avec Alix, même s'il ne se fait plus d'illusions sur sa fidélité.

Le résumé le montre, c'est en réalité très proche des farces du moyen-âge, nous avons un mari trompé, un religieux fornicateur, l'image de la femme infidèle par nature...Cela semble très difficile à jouer, et pas bien passionnant. Au final, la pièce vaut surtout par le prologue, par un programme littéraire dont il est le manifeste, les réalisations plus convaincantes vont venir par la suite sous d'autres plumes. Mais les problématiques essentielles sont posées, le mouvement est lancé.

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