William Boyle

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William Boyle

Message par Queenie le Sam 16 Sep - 10:20


William Boyle


William Boyle est né et a grandi dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, où il a exercé le métier de disquaire spécialisé dans le rock américain indépendant. Il vit aujourd'hui à Oxford, dans le Mississippi. Son premier roman, Gravesend, a été publié par les éditions Rivages en 2016.

Biblio

Gravesend, 2013
Tout est brisé, 2017

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tout est brisé

Message par Queenie le Sam 16 Sep - 10:48


Tout est brisé (Gallmeister, sept. 2017)

Erica est dépassée, bouffée, abattue par une existence qui alourdit chacun de ses pas : son mari décédé d'un terrible cancer, sa mère décédée après une chute où elle s'est brisée la hanche et s'est doucement laissée mourir à l'hôpital, son fils parti depuis plusieurs années et qui ne donne aucune nouvelle, n'est même pas venu aux enterrements, et maintenant son père, qui
atteint un âge où il doit porter des couches, être soutenu pour marcher, et qui se révèle tyrannique - à dévorer les dernières miettes d'énergie d'Erica.

Erica qui oublie de manger, dort peu, a une mine terrifiante. Mais continue. Chaque jour, à se lever, aller travailler, s'occuper de son père, joindre les deux bouts du mieux qu'elle peut.
Puis, son fils, Jimmy, réapparaît dans sa vie. Le jeune homme, homosexuel, ne trouve sa place nulle part, est alcoolique et taciturne.

William Boyle décrit la vie à Gravesend, ce quartier de New York, au Sud de Brooklyn, qui ressemble à une petite ville pauvre et perdue des États-Unis tant les personnages semblent y être reclus, enfermés, coupés de l'horizon.
Rarement des personnages sembleront aussi malmenés par l'existence, abîmés par la vie, et donnant l'impression qu'ils n'attendent qu'une main tendue, l'amour qui les soutiendra, les aidera, les guidera. Des âmes solitaires, méfiantes, apeurées, qui cherchent un coin où se rouler en boule et laisser le vacarme passer.
Des personnages qui ne savent pourtant pas attraper la main qu'on leur tend, qui ont tellement l'habitude de lutter chaque jour, qu'ils ne savent pas faire confiance, se laisser aller.

Tout est brisé, le titre parfait. Qui dit tout. Des vies brisées, foutues, qui se croisent, se cognent, s'agrippent, se rejettent, se trouvent. Des morceaux sur lesquels on se coupe en voulant les recoller.

L'écriture de Boyle (et merci à l'excellente traduction !) décrit avec précision, sans pathos, ni détour, la solitude, l'angoisse, la volonté opiniâtre de continuer à avancer, malgré tout.
C'est rock, blues, littéraire, c'est Léonard Cohen, Jeff Buckley, Bill Fox, Nick Cave. C'est sombre, d'une obscurité ardente.

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Re: William Boyle

Message par domreader le Dim 17 Sep - 9:55

Wow, ça donne bien envie ce commentaire !

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Re: William Boyle

Message par Aeriale le Dim 17 Sep - 14:41

@Queenie a écrit:L'écriture de Boyle (et merci à l'excellente traduction !) décrit avec précision, sans pathos, ni détour, la solitude, l'angoisse, la volonté opiniâtre de continuer à avancer, malgré tout.
C'est rock, blues, littéraire, c'est Léonard Cohen, Jeff Buckley, Bill Fox, Nick Cave. C'est sombre, d'une obscurité ardente.

Ah oui, très alléchant commentaire! Tu en as dit assez pour que je le cherche à ma prochaine virée en librairie
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Re: William Boyle

Message par Aeriale le Lun 23 Oct - 16:01

-Tout est brisé-

Queenie a parfaitement rendu l'atmosphère de ce roman: tendue, parfois abrupte, sombre avec quelques lueurs incandescentes, au plus près des personnages que l'on devine sur le fil, prêts à couler.

Erica d'abord, veuve d'Eddie disparu peu avant d'une tumeur, et dont le père malade et acariâtre refuse la maison de repos. "A cinquante ans elle paraissait centenaire". Isolée du reste de la famille, elle doit faire face, supporter le manque d'argent et l'égoïsme de sa soeur qui se détourne des problèmes.

Et puis Jimmy. Probablement y a t'il pas mal de Boyle en lui, dans sa solitude, ses doutes, son besoin d'être compris, aimé, dans son mal être? Tout cela est si justement retranscrit qu'on le jurerait. La musique de Buckley et l'univers de Camus sont là en tout cas, son écriture est habitée de la même désespérance, la même acuité face à un monde dans lequel son personnage peine à trouver sa place. 

Ces deux là vont avoir du mal à se rencontrer, ils sont comme des étrangers, mais l'amour d'Erica qui ne comprend pas ce fils perdu dans l'alcool et les galères, traumatisé par un père homophobe, défiera le passé et leurs vies cabossées parviendront sans doute à s'épauler pour se reconstruire.

C'est le message que nous laisse l'auteur sur la fin. Une chute en suspens, mais remplie d'espoir, avec cette image de tempête et de neige recouvrant tout, et le noir absolu. "Peut être qu'on est les seuls survivants".


Pendant quelques minutes, Jimmy se demanda si ce n'était pas vrai. Il s'imagina creuser avec une pelle pour découvrir que la ville et tout le reste avaient été détruits. Il s'imagina contraint de se frayer un chemin à pied à travers cette terrible neige. Il leur faudrait trouver de l'eau et de la nourriture dans des stations service et supermarchés abandonnés. Il leur faudrait lutter pour survivre. A Brooklyn, le vieil homme serait mort. Il faudrait l'oublier, se contenter d'espérer qu'il soit mort en paix. Il faudrait prier les dieux de la météo.

Un beau roman que je conseille aussi. J'aimerais bien lire Gravesend maintenant!


Dernière édition par Aeriale le Mar 24 Oct - 15:38, édité 1 fois
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Re: William Boyle

Message par Queenie le Lun 23 Oct - 21:04

Ah !
Je suis rassurée !

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Re: William Boyle

Message par Liseron le Lun 20 Aoû - 19:06



Eh bien, je n'avais pas lu vos commentaires avant d'attaquer ce roman et j'ai été un peu surprise au début ! C'est vrai quoi, il ne se passe pratiquement rien...mais on est quand même happé par ce bouquin qu'on lit très vite ! 
Sans doute grâce au talent et à l'écriture de William Boyle qui décrit de façon magistrale les petits moments de la vie quotidienne, et en l’occurrence ici, ils ne sont vraiment pas terribles ces moments comme l'ont déjà relaté @queenie et @aeriale. C'est d'un noir parfois...
Mais j'ai aimé
-Erika, cette mère courage, qui accueille son fils dont elle n'a pratiquement plus aucune nouvelle, comme un fils prodige. C'est magnifique tout cet amour qu'elle a pour lui, malgré tout ce qu'il lui fait subir
J'ai aussi aimé mais parfois détesté pour le mal qu'il fait à sa mère
-Jimmy et ses faiblesses, son incapacité à tenir debout tout seul, son dégoût de lui-même, dus en grande partie au fait d'avoir été méprisé et rejeté par son propre père dans son adolescence
-Et que dire de Franck, cet espèce d'ange gardien, qui tel un passeur, va servir de pont entre Erika et son fils ? Un personnage tellement atypique qu'on a envie de remercier !
Et dans la noirceur du livre, des petites bulles de lumière qui font penser que tout n'est pas perdu, en particulier quand Jimmy se souvient des fleurs préférées de sa mère (très beau passage) et à la fin bien sûr, pleine d'espoir.
C'est en abandonnant ses peurs  qu'on peut aller vers l'autre.


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Re: William Boyle

Message par domreader le Lun 20 Aoû - 20:08

Tu confirmes l'enthousiasme des précédentes lectrices alors! Je m'aperçois que je faisais une espèce de confusion entre William Boyle, T.C.Boyle et William Boyd..... Embarassed

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Re: William Boyle

Message par Queenie le Mar 21 Aoû - 12:07

Super @Liseron !
Oui, ce livre est magistral par son écriture à nous faire vivre de l'intérieur les difficultés à vivre heureux de ces personnages

@domreader a écrit:Tu confirmes l'enthousiasme des précédentes lectrices alors!  Je m'aperçois que je faisais une espèce de confusion entre William Boyle, T.C.Boyle et William Boyd..... Embarassed

Tout pareil !

ILs sont chiants avec leurs noms trop ressemblants !

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Re: William Boyle

Message par Epi le Mar 21 Aoû - 20:52

Il faut j'essaie ce Boyle ! Merci pour les com qui donnent envie  Very Happy

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