Marie-Catherine Desjardins, dite de Villedieu

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Message par Arabella le Dim 12 Mai - 21:47

Marie-Catherine Desjardins, dite de Villedieu (1640 -1683)


Marie-Catherine Desjardins, dite de Villedieu Villed10




Source : Wikipédia

Marie-Catherine Desjardins est issue de la petite noblesse terrienne. Fille d’un couple au service d’une famille illustre, les Rohan-Montbazon, elle ne gardera de son père aventureux, Guillaume Desjardins, qu’un souvenir de violentes chicanes. Ses parents se séparent alors qu’elle est encore très jeune, ce qui lui donne une indépendance et une liberté assez rares pour l’époque : installée dans le Paris de l’après-Fronde, Tallemant des Réaux dit d’elle qu’elle y « vit sous sa bonne foy ». Là, elle compense rapidement son manque de naissance et de richesse, mais aussi sa laideur, par l’exercice de son esprit, lequel, de son propre aveu, est brillant ; elle le prouve notamment à travers les premières poésies qu’elle compose, mais aussi ses portraits. On l’admire dans les salons parisiens, où elle s’acquiert de solides protections (Anne-Marie-Louise d'Orléans, Marie de Nemours, le duc de Saint-Aignan, Hugues de Lionne…).

L’année de ses dix-huit ans, Marie-Catherine fait la rencontre décisive de son existence en la personne d’Antoine de Boësset, sieur de Villedieu, fils d’un célèbre musicien du roi Louis XIII. Commence une liaison tumultueuse célébrée par l’écrivaine dans un sonnet intitulé Jouissance et jugé scandaleusement libertin : « Je meurs entre les bras de mon fidèle amant, / Et c'est dans cette mort que je trouve la vie. »

Après une promesse solennelle de mariage signée en Provence, devant prêtre et notaire, le 21 juin 1664, survient la rupture définitive en 1667. Au cours du « tragique été » de la même année, Marie-Catherine Desjardins voit son amant mourir au siège de Lille et sa correspondance amoureuse publiée prétendument sans son consentement par le libraire-éditeur Claude Barbin. C’est forte de cette seule promesse que Marie-Catherine put se faire appeler « de Villedieu » et se faire officiellement considérer, avec l’approbation de sa belle-famille, comme sa veuve.

Marie-Catherine Desjardins donna trois pièces à la scène: la tragi-comédie Manlius, jouée avec succès par les comédiens de l’hôtel de Bourgogne en 1662 et qui suscita une querelle entre Donneau de Visé et l’abbé d’Aubignac concernant l’authenticité historique de la pièce ; la tragédie Nitétis, jouée le 27 avril 1663 ; et la tragi-comédie Le Favori, créée le 25 avril 1665 par la Troupe de Monsieur sur la scène du Palais-Royal, puis donnée à Versailles le soir du 13 juin suivant devant la famille royale et ses invités. Cette dernière s'intitulait au départ La Coquette, ou le Favory. Lors de sa représentation à Versailles, Molière écrivit un prologue aujourd'hui perdu, mettant en scène parmi le public une marquise et un marquis ridicule. Les intermèdes musicaux furent signés par Lully et les décors par Vigarani. Malgré le bon accueil de cette pièce, qu'elle dédia au ministre Hugues de Lionne, Marie-Catherine Desjardins délaissa ensuite son activité de dramaturge pour se tourner résolument vers l’écriture romanesque.

Les succès s’enchaînent au prix d’un intense labeur : de 1669 à 1675, pressée par de sérieuses difficultés financières, la romancière ne cesse d’écrire et de publier. Avec ses Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, parues en 1671, elle invente le genre littéraire du roman-mémoires. Les célèbres Désordres de l’amour (1675) marquent son retrait officiel de la scène littéraire. Un an plus tard, Louis XIV devait enfin lui accorder la pension royale tant sollicitée ; encore sera-t-elle bien mince : 600 livres.

En 1677, « Madame de Villedieu » épouse Claude-Nicolas de Chaste, chevalier, sieur de Chalon. Union éphémère, puisque l’officier mourra deux ans plus tard, non sans avoir permis à Marie-Catherine de devenir mère pour la première fois, à l’âge de trente-huit ans. Retirée dans la demeure familiale, à Clinchemore, auprès de sa mère et de ses frère et sœur (François et Aimée), Mme de Chaste y meurt en 1683. C’est là que Claude Barbin s’empare des dernières productions de l’écrivaine (Le Portrait des faiblesses humaines, posth. 1685 ; Les Annales galantes de Grèce, posth. 1687).

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Message par Arabella le Dim 12 Mai - 21:49

Le Favori




Femme de lettres aux talents divers (poésie, romans) Mme de Villedieu avait déjà donné deux pièces, jouées à l'hôtel de Bourgogne, avant la création du Favori le 24 avril 1665 par la troupe de Molière au Palais Royal. La pièce sera donnée 26 fois, mais les recettes semblent avoir été relativement modestes.

Néanmoins, elle sera jouée devant le Roi à Versailles le 13 juin. D'une façon quelque peu différente : précédée d'un prologue, et entrecoupée d'intermèdes. La musique est composée par Lully, les intermèdes tirés de diverses pièces de Molière, qui en outre, après la musique de l'ouverture joue une saynète en marquis ridicule, qui veut à tout prix monter sur le « théâtre » (l'estrade) où est installé le Roi, malgré l'intervention des gardes. A l'issue de cette soirée, la troupe de Molière deviendra la troupe du Roi. La pièce de Mme de Villedieu sera publiée en novembre de la même année, mais tombera très vite dans l'oubli.

Il s'agit d'une tragi-comédie, genre qui a eu son heure de gloire dans la première moitié du XVIIe siècle, mais qui était devenu peu pratiqué à l'époque de la création du Favori. Ce genre semblait séduire Mme de Villeudieu, puisque Manlius, une de ses deux précédentes pièces, était également une tragi-comédie. Mais c'est incontestablement un genre sur le déclin : après le Favori, seulement 5 autres tragi-comédies seront imprimées en France. Mme de Villedieu s'est inspiré pour composer son oeuvre d'une pièce de Tirso de Molina, El Amor y la amistad (1634).

Le Favori se conforme aux conventions de la tragi-comédie : il y a des personnages nobles d'importance, un roi, de grands seigneurs, dont le Favori du titre ; les personnages principaux vont révéler leurs grandes vertus et leur courage. Il y a à l'opposé les traîtres fourbes et hypocrites. Et c'est au final au monarque de mener le jeu et de provoquer l'heureux dénouement qui se conclut par un mariage comme le veut le genre. Néanmoins, nous ne sommes plus dans les tragi-comédies du début du siècle qui se déroulaient sur des années et des années, dans des lieux différents, avec une action qui se déroulait sur scène : la pièce, comme une tragédie ou comédie se déroule sur une journée, dans un même lieu, avec une seule intrigue. Mais ce rapprochement avec les pièces régulières est une tendance généralisée pour les tragi-comédies de la deuxième moitié du XVIIe siècle, Mme de Villardieu ne fait que suivre le mouvement. C'est ce qui a été parfois appelé « la tragi-comédie de palais ».

Le premier acte nous expose la situation : Moncade, le favori du Roi, est malheureux. Il a l'impression d'être environné de gens qui ne recherchent son amitié que parce qu'il le favori royal, et il doute de l'amour de la femme qu'il aime, Lindamire. Il est venu la surprendre au lever du jour, mais il est importuné par Clotaire, un de ces fâcheux qui ne viennent lui proposer leurs services que de façon intéressée. de plus, Moncade soupçonne Clotaire d'être son rival auprès de Lindamire. L'échange qu'il a avec cette dernière ne le satisfait pas, il la trouve tiède à son endroit. Survient le Roi, mécontent des réserves de Moncade, et qui lui fait avouer que sa condition de favori le gêne, surtout à cause du doute amoureux qu'elle provoque dans son esprit. Il part en menaçant Moncade de lui retirer sa faveur.

Dans le deuxième acte, nous faisons connaissance avec Dona Elvire, qui recherche l'amour de Moncade, en n'hésitant pas de recourir à la ruse. Il l'exècre, mais doit la supporter, comme Clotaire. Mais arrive l'envoyé du Roi qui annonce l'ordre d'exil de Moncade, qui semble avoir perdu la faveur du souverain.Clotaire et Dona Elvire se sauvent le plus rapidement possible.

Au troisième acte, Lindamire apprend l'exil de Moncade, elle s'avoue tout l'attachement qu'elle a pour lui. Arrive Clotaire, qui se croit permis maintenant de faire des avances à Lindamire, qui le repousse violemment. Dona Elvire vient railler Lindamire, qu'elle pense dépitée d'avoir perdu un amoureux prestigieux. Vient Moncade, Lindamire lui exprime son amour, et se déclare prête à le suivre en exil.

Au quatrième acte, les perfides donnent leur pleine mesure. Clotaire et Dona Elvire font entendre au Roi que Moncade conspire, qu'il est puissant et à craindre. La résolution de Lindamire de partir avec lui donne aussi lieu à la calomnie, elle est accusée de vouloir utiliser son influence pour soutenir la conspiration supposée de Moncade. le Roi semble se rendre aux arguments des dénonciateurs.

Au cinquième acte, Moncade est arrêté. Suit une longue scène dans laquelle tout le monde abat ses cartes devant le Roi. Qui finit par abattre les siennes : il a joué à faire choir Moncade de sa position pour lui montrer ce que chacun pense de lui dans l'adversité, de cette façon, il ne peut plus y avoir de doute sur l'amour de Lindamire. Tout le monde peut reprendre sa place, et Clotaire et Dona Elvire n'ont plus qu'à faire profil bas, tout au moins pour un temps.

C'est une intrigue assez linéaire et rapidement prévisible ; les personnages sont toute d'une pièce, la noblesse s'opposant à la perfidie. Les deux traîtres sont quand même amusants, surtout Elvire. le style est agréable et fluide. C'est une pièce d'un intérêt certain, sans être un incontournable.

Je crains que le regain d'intérêt qu'elle suscite ne soit du en grande partie au fait qu'elle ait été écrite par une femme : la pièce a même donnée lieu à une journée d'études en 2016 à Lyon. J'aurais du mal à souscrire au qualificatif de chef-d'oeuvre oublié. Des pièces de cette qualité, jouées et publiées au XVIIe siècle et à peu près oubliées maintenant, il y a en un nombre impressionnant. Pourquoi ne pas mettre celle-ci sous les feux des projecteurs. Mais je crains qu'en l'affublant de qualificatifs un peu trop exagérés, on risque de lui rendre un mauvais service, et un mauvais service à la littérature féminine en général.

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