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Molière

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Message par Arabella Sam 4 Mar - 22:04

Molière (1622 - 1673)



Molière Moliyr10


Source / Wikimi

Molière est un dramaturge (auteur de pièces de théâtre) et acteur français, né le 15 janvier 1622 à Paris et mort le 17 février 1673 dans cette même ville. Son vrai nom est Jean-Baptiste Poquelin.

Considéré comme le patron de la Comédie française, Molière est encore aujourd'hui reconnu comme l'auteur le plus joué au théâtre. Dans ses pièces, il est souvent moqueur des nobles, riches et bourgeois.


La jeunesse de Molière
Molière est le fils d'un riche marchand tapissier du roi. Sa mère meurt alors qu'il n'a que 10 ans. En 1637, il prête le serment de tapissier royal, reprenant ainsi la charge de son père. En 1642, il quitte les études de droit et revient à Paris où il remplace son père en devenant tapissier du roi. En 1643, il quitte le métier que lui avait confié son père et coupe tous liens avec lui. Molière est né à Paris et fut baptisé le 15 janvier 1622.

Les débuts difficiles dans le théâtre
En juillet 1644, il est de retour à Paris, se nomme Molière et devient directeur d'une troupe théâtrale. En 1645, la troupe fait faillite et Molière est emprisonné pendant quelques jours. Il est libéré grâce à son père qui paie la dette de la troupe. Entre janvier 1646 et mars 1657, la troupe part dans plusieurs villes. En 1653, la troupe passe au service du prince de Conti, mais doit rapidement partir car celui-ci finit par céder aux pressions religieuses. Elle passe alors au service du gouverneur de Normandie.

La gloire de Molière
Molière retourne à Paris en 1658. Le 18 novembre 1659, c'est le succès éclatant des Précieuses ridicules. Mais le théâtre où la troupe se trouve est détruit, ce qui entraîne trois mois de chômage. Molière s'installe en 1660 au Palais royal. Il est sacré premier farceur de France par Baudeau de Somaize. Il perd son frère cadet, ce qui fait de lui l'unique héritier de la charge de son père avec lequel il s'est réconcilié. En 1662, Molière épouse Armande Béjart, de vingt ans sa cadette, avec qui il a un fils, Louis, dont le roi est le parrain. Baptisé le 24 février 1664, Louis meurt le mois suivant. L'année de son mariage, Molière compose L'École des femmes, qui est un succès. Son épouse y tient le rôle principal. En 1663, L'École des femmes est accusée de pièce irréligieuse. À cause de cette pièce, mais aussi parce que Molière est le premier comédien à avoir reçu une pension directe du roi, il est soudain accusé d'avoir épousé sa propre fille. Le 29 janvier 1664, Molière présente au Louvre Le Mariage forcé. Il est ensuite nommé responsable des divertissements de la cour. La troupe, soutenue par le roi, devient la Troupe du Roy et reçoit une pension de 6 000 livres par an, ce qui ne fait pas grand-chose lorsqu'on sait que la recette d'une représentation réussie est d'environ 1 800 livres. En 1665, Molière est écarté de la scène pour deux mois. Le 4 décembre, la troupe joue Alexandre le Grand, qui déçoit par l'interprétation. La troupe trahit Molière.

Les dernières pièces de Molière
En 1666, Molière et Armande se séparent. Le 6 août, Molière crée Le Médecin malgré lui. Le 27 novembre, il fait une grave rechute qui ne lui permet de remonter sur les planches qu'en juin 1667. En 1669, il perd son père et crée des comédies-ballets comme Le Bourgeois gentilhomme et de nombreuses autres pièces. En 1671, il crée Les Fourberies de Scapin. Il se réconcilie avec Armande en 1672. En 1673, Molière perd la faveur de Louis XIV et son Malade imaginaire n'est pas joué à la cour.

Les cibles de Molière
Molière a su observer ses contemporains ainsi que les Moeurs de sa société. Dans ses pièces, il critique de façon humoristique nombreux de ses contemporains.
Dans Tartuffe il s'attaque aux dévots et à l'hypocrisie religieuse très présente dans sa société. Cette pièce a d'ailleurs été supprimée à cause des propos religieux ou politiques que le roi n'acceptait pas.
Il s'attaque aussi aux avares dans la pièce l'Avare qui porte bien son nom.
Enfin, il s'attaque souvent aux médecins, qu'il juge comme des incapables et des charlatans comme dans Le médecin malgré lui.

La mort de Molière
Le 17 février 1673, Molière fait la quatrième représentation de ce qui va être sa dernière pièce, Le Malade imaginaire. Pendant la pièce, il ressent des douleurs mais le public ne le voit pas car il les dissimulent sous son rôle de malade. Quelques heures seulement après la représentation du Malade imaginaire, Molière expire chez lui d'une convulsion pulmonaire , une maladie des poumons.

Il est enterré au Père Lachaise, à Paris, à côté de Jean de la Fontaine.

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Message par Arabella Sam 4 Mar - 22:05

Dom Juan

Comment parler de ce texte ? Que tout le monde connaît. Lu, relu, étudié en cours au lycée, vu au théâtre plusieurs fois... Tellement de choses, savantes, érudites, ont été écrites à son sujet, tellement d’interprétations, d’analyses ont été produites pour l’approcher. Chacun en a sa vision, son ressenti.

Alors juste quelques lignes pour dire à quel point c’est un plaisir de le relire, de replonger dedans, de retrouver les mots,les situations, les personnages, connus évidement, mais qui à chaque fois semblent légèrement différents. La course à l’abîme de Dom Juan que rien ne saurait rassasier ; la relation trouble, entre fascination, répulsion, admiration, peur, amour, que Sganarelle entretient avec lui ; l’attrait magnétique qu’il exerce sur les femmes mais pas que, qui révèle à chacun quelque chose de son désir le plus intime, celui qui ne trouve pas son assouvissement dans la vie de tous les jours telle qu’on la vit….

Et Don Juan est un mythe, c’est dire qu’il a donné lieu à des multiples histoires, plus ou moins semblables, avec des différences de détail ou plus profondes. Il aurait eu un modèle réel, comme le prétendent de nombreux mythes. La première version du mythe, la pièce espagnole (Tirso de Molina), moralisatrice et moyennement intéressante a pourtant donné envie à d’autres de raconter cette histoire. Les Italiens d’abord, qui ont ajouté le fameux catalogue, et qui l’amènent à Paris, où avant Molière deux autres versions voient le jour, ce qui montre à quel point ce récit parlait à l’imaginaire. D’autres œuvre suivront, même si on revient spontanément à Molière et à Mozart / Da Ponte quand on pense au personnage. Mais il n’a pas fini de fasciner, et d’autres productions verront certainement le jour encore.

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Message par Arabella Lun 22 Mai - 22:11

Les précieuses ridicules

Les troupes de comédiens de province du 17e siècle, ont pris l'habitude, pour attirer un public restreint et confronté à une offre de pièce limitée et un peu identique dans toutes ces troupes, à ajouter à la grande tragédie en cinq actes, une petite pièce comique, bricolée par un des comédiens ayant un petit talent d'auteur. La troupe de Molière, lors de son installation à Paris, où elle partage dans un premier temps le même théâtre que les comédiens italiens, garde cette habitude à la capitale, d'autant plus que sa façon de jouer, « plus natruelle », moins outrée, et permettant moins au public de faire le brouhaha, n'est pas un franc succès auprès du public parisien, qui a à sa disposition à l'époque plusieurs autres troupes installées. Les petites pièces de Molière, quant à elles, font accourir le public et assurent le succès financier. Mais elles ne sont pas considérées comme une vraie œuvre, pas d'éditions de ces pièces (beaucoup de ces premières productions de Molière sont perdues), jusqu'à ce qu'une d'entre elle, ces Précieuses ridicules justement, subisse la tentative d'une édition pirate par un libraire, ce qui pousse Molière à l'éditer lui-même. Le succès à répétition de ces petites pièces de Molière va aboutir à ce que d'autres troupes adoptent cette pratique à Paris, et cela va devenir la règle ; lorsque la Comédie Française se crée, une petite pièce sera présentée systématique en complément de la grande pièce, et cela va perdurer jusqu'à la fermeture du théâtre en 1793 pendant la Révolution française.

Plusieurs registres se rejoignent dans ces Précieuses ridicules. Le thème du valet déguisé en maître est un grand classique du courant burlesque de la comédie, imité au départ de la comédie espagnole. Et justement la troupe de Molière vient d'engager Jodelet, l'auteur comique le plus célèbre à son époque, justement grâce à ses rôles de valet déguisé en maître et qui adopte un comportement totalement à l'opposé de celui qu'on attendrait d'un noble seigneur, les pièces comme Jodelet ou le Maître valet de Scarron et Jodelet prince de Thomas Corneille sont d'ailleurs à l'affiche de la troupe de Molière à l'époque. Mais Jodelet est à l'époque âgé, et le public connaît trop bien ces pièces. Donc Molière va créer une pièce qui utilise les talents de Jodelet mais dans un cadre nouveau, celui des salons parisiens de l'époque, en faisant une parodie des usages à la mode, chez son public, qu'il pense être à même d'apprécier une satire, d'autant plus acceptable, que les personnages des Précieuses ridicules sont en réalités des provinciales qui aspirent à une façon de vivre qu'elles ne connaissent que par les livres et qui la singe d'une façon grotesque. Lui-même seconde Jodelet dans un rôle de valet déguisé, Mascarille. Il s'appuie pour inventer sa satire, sur les écrits de Charles Sorel, qui a parodié les mœurs galantes qui ont cours dans les salons, en particulier dans un texte qui s'appelle Les lois de la galanterie.

Donc nos deux jeunes femmes débarquées de leur province, Cathos et Madelon, traitent fort mal les prétendants choisis par leur père et oncle. Les jeunes gens décident de se venger, en leur envoyant leurs valets déguisés en seigneurs et qui singent les galants fréquentant les salons. Les deux cousines s'y laissent prendre, jusqu'à ce que les valets ne soient dénoncés et houspillés par leurs maîtres qui accomplissent ainsi leur vengeance.

Une pièce courte, d'une grande efficacité comique, qui combine d'une façon condensée mais en même temps très habile divers aspects de la comédie de l'époque, tout en ayant une véritable originalité, il ne s'agit pas uniquement de reprendre des modèles, venus de l'Italie ou d'Espagne, mais d'ancrer la comédie, la satire, dans le contexte de son temps, dans les usages et les mœurs en cours, ce qui permet aux spectateurs d'être plus proches, plus concernés directement par ce qui se passe sur la scène. Molière fait à fois la preuve d'une grande maîtrise des codes et conventions de l'époque, et d'une vraie inventivité.

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Message par Arabella Sam 27 Mai - 20:16

Tartuffe

La pièce est créée en 1664 à Versailles, dans le cadre de grandes fêtes. Elle reprend un sujet utilisé depuis le moyen-âge, dont les comédiens italiens avec qui Molière partage le même théâtre avaient fait une version de commedia dell’arte. Il s’agit d’un homme dévot qui recueille chez lui un saint homme, mais ce dernier, en dépit de sa sainteté, se met à courtiser la femme de son hôte. Cette dernière, après avoir repoussé les avances de l’homme qui  persiste, finit par révéler la chose à son mari, qui finit pas chasser le soi-disant saint homme.

Mais l’époque pendant laquelle Molière crée sa pièce n’est pas favorable : nous sommes pendant une grande campagne contre les jansénistes, et tout ce qui peut sembler une critique de la pratique catholique de la religion n’est pas le bienvenu. Car la pièce de Molière évoque la question du directeur de conscience, mis à l’honneur par François de Sales, censé permettre de vivre dans le monde, tout en vivant en Dieu. Et des hommes d’église et des dévots s’offusquent que l’on mette sur une scène de théâtre, qui pour certains semble déjà en elle-même condamnable, une pièce qui peut sembler se moquer d’une pratique religieuse considérées comme la plus sainte d’entre elles.

Pour défendre sa pièce et lui permettre de vivre (elle est interdite sur les scènes publiques), il précise qu’elle ne s’attaque pas à la dévotion, mais à l’hypocrisie, car dit-il « le devoir de la comédie c’est de corriger les vices des hommes ». C’est la première fois qu’il tient ce discours, qui correspond à l’objectif de la comédie, tel qu’il a été défini par les humanistes qui ont repris les modèles antiques au XVIe siècle, Molière jusqu’à cette affaire Tartuffe avait plutôt des visées de faire rire, de distraire avec le comportement des humains. Là il se réclame d’un modèle de la correction des vices, ce qui va influer sur sa production de pièces futures, car pour rester en cohérence avec cette position, il va écrire des pièces qui dénoncent explicitement les vices.

Ensuite, il modifie sa pièce, pour qu’elle soit encore plus clairement une dénonciation de l’hypocrisie. La pièce passe ainsi de 3 à 5 actes, en fait l’acte 2 et 5 sont rajoutés et le reste un peu arrangé pour que cela semble cohérent. C’est surtout l’acte 5 qui change la tonalité de la pièce, puisque Tartuffe, non seulement se révèle très cruel, voulant mettre la famille dehors de sa maison, voulant faire emprisonner son bienfaiteur, mais au final il se révèle un faux saint homme, et un escroc notable, appréhendé par la justice d’un juste souverain qui veille avec bienveillance sur ses sujets.

Poussé par les circonstances, à partir d’un sujet maint fois traité, banal pourrait-on dire, il fait quelque chose de bien plus fort, et qui l’engage sur un chemin de pièces très ambitieuses. La pièce est finalement autorisée, et a du succès.

Et malgré quelques petites incohérences dues à cette composition en plusieurs étapes, elle est toujours un grand très grand plaisir de lecture.

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Message par Arabella Dim 23 Déc - 15:00

Les fâcheux


L'oeuvre de Molière n'est au final pas si connue et explorée qu'elle pourrait sembler l'être. Il est certes l'auteur classique le plus jouée actuellement, tout au moins en France, mais ce sont toujours les mêmes pièces : Dom Juan, l'Avare, Les fourberies de Scapin, le Misanthrope, l'Ecole des femmes, le malade imaginaire… Pendant ce temps, tout un pan de son oeuvre reste méconnu, comme ces Fâcheux, qui ont pourtant contribué à asseoir sa réputation et qui ont joui d'un grand succès à l'époque.

Il s'agit d'une pièce écrite sur commande, faite par Fouquet, le surintendant des finances de Louis XIV, à l'occasion des grandes fêtes données en l'honneur du roi, en août 1661 au château de Vaux-le-Vicomte. Fêtes qui précipiteront, comme on le sait, la disgrâce du puissant ministre. La commande est très précise : il s'agit d'écrire une pièce qui pourra introduire des entrées de ballets. La cour était en effet très férue des ballets, mais comme ils étaient en général exécutés par les nobles de la cour, dont le roi lui-même, il existait encore peu de danseurs professionnels. Donc pour étoffer un spectacle qui sans cela aurait pu paraître un peu mesquin, il est convenu d'entourer ces ballets d'une pièce. C'était une pratique courante dans les ballets de cour : un poète inventait un thème qui permettait de relier entre elles des « entrées de ballet » conçues séparément. Mais Molière va donner une ampleur inédite à la partie qui lui revient et en faire une oeuvre à part entière. C'est d'autant plus remarquable, qu'il a très peu de temps pour le faire : moins d'un mois entre la commande et la représentation.

Molière utilise une thématique à la mode : celle de personnages incommodes, qui viennent au mauvais moment, avec des discours et des comportements inappropriés, une sorte de revue d'importuns. La dénonciation amusée du fâcheux correspondait parfaitement à la culture des milieux galants, qui moquaient les personnages qui ne possédaient pas les codes, qui tentaient de se faire une place, en étant à côté de ce que le beau monde avait édicté comme règles. Scarron venait d'ailleurs de faire publier une Epître chagrine, dans laquelle il passait en revue une cinquantaine de types de fâcheux. Molière va insérer ce défilé de personnages dans une intrigue de comédie très classique à l'italienne, basique pourrait-on dire : un jeune homme aime une jeune fille, mais le tuteur de cette dernière est opposé à leur union, et toute une série d'importuns les empêchent de se rencontrer, le tuteur étant au final le fâcheux en chef. Cette intrigue très simple, permet des variations à l'infini, et donne un côté très naturel aux entrées de ballet.

Les fâcheux qui perturbent les rencontres entre le jeune homme, Eraste et Orphise, sa bien-aimée, ont des modèles littéraires (Horace, Cervantès…) mais sont avant tout des personnages de leur temps, qui évoquent le goût de la danse, du jeu, de la chasse, de la conversation, les placets... Cela crée un effet de connivence avec le public, qui reconnaît sur la scène un certain nombre de pratiques et d'usages, ce qui donne une sensation de familiarité perçue comme un effet de vérité. Molière s'affirme ainsi comme l'inventeur du rire vraisemblable, donnant aux spectateurs à voir des personnages qui semblent sortis de la vie de tous les jours. Certains ont d'ailleurs cru reconnaître (ou se sont reconnu) dans certains des personnages.

La pièce a eu un grand succès, et Molière n'a eu le temps de la reprendre qu'une fois à Paris, avant de partir à la cour à Fontainebleau, car le roi souhait revoir la pièce. Il aurait d'ailleurs fait ajouter à Molière le personnage du chasseur. La pièce sera reprise par la suite à Paris. Elle a permis d'asseoir la réputation d'acteur comique de Molière : il y a interprété tout seul tous les rôles des fâcheux. La pièce sera publiée en 1662, et dédicacée au roi, Fouquet ayant entre temps été arrêté.

La pièce a sans doute un peu vieilli, et certains codes culturels ne sont plus forcément très parlant pour le lecteur d'aujourd'hui. Mais elle garde une vraie charge comique, et peut permettre à des acteurs de briller dans des personnages extravagants.

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Message par Arabella Sam 9 Fév - 19:44

L'étourdi


Après l’échec de l’Illustre Théâtre à Paris, des éléments de la troupe, dont Madeleine Béjart et Molière, se sont joint en 1646 à la compagnie de Dufresne, protégée par le duc d’Epernon, et sont partis sillonner les provinces. Molière deviendra progressivement le chef de la troupe, qui finira par être considérée comme la meilleure des « troupes de campagne », nombreuses à l’époque, et qui se livraient une concurrence acharnée pour gagner la faveur des puissants seigneurs-mécènes et du public dans les villes.

Une des clés du succès résidait dans la possibilité de proposer aux spectateurs un répertoire inédit, ou tout au moins pas ou peu arrivé dans les provinces. L’Illustre Théâtre au temps de son fonctionnement avait commandé des pièces à des auteurs en vue, dont Tristan l’Hermite, ces pièces étaient sans doute au répertoire de la compagnie. Mais ces pièces sont rapidement tombées dans le domaine publique, et il fallait d’autres nouveautés. Les troupes de campagnes tâchaient d’acheter le plus rapidement possible les nouvelles pièces imprimées à Paris, il arrivait même que des copistes au service des comédiens notent les pièces pendant les représentations, avant qu’elles ne paraissent.

Une autre façon de proposer des nouveautés était de les faire écrire par un comédien de la troupe. Il s’agissait de petites pièces comiques, appelées farces, bricolées, réduites par exemple d’une grand pièce pré-existante, et qui laissaient aux comédiens une part d’improvisation. Ces pièces étaient données après la grande pièce en cinq actes, comme une sorte de complément de programme. Ce n’était pas vraiment considéré comme une activité d’écrivain (« de poète »), et ces pièces n’étaient pas publiées. Molière a commencé par ces petites pièces, dont il ne reste pas grand-chose. La première petite pièce publiée sera Les précieuses ridicules, tout simplement à cause d’un succès phénoménale qui a provoqué une tentative d’édition pirate de la part d’un éditeur. Mais Molière va innover : il sera pratiquement le premier comédien à oser se risquer à produire une grande pièce, l’Etourdi, créée à Lyon en 1655. Elle aura une belle carrière, et lors du retour de Molière dans la capitale, sera donnée avec beaucoup de succès en 1658.

Comme pour la plupart des pièces de l’époque, l’Etourdi est inspiré d’une autre œuvre, L’inavertito de l’auteur italien Niccolò Barbieri (dit Beltrame). Ce n’était plus dans l’air du temps, dans les années 50 du XVIIe siècle, les modèles étaient plutôt recherchés dans le théâtre espagnol, avec ses déguisements, ses faux semblants, et ses valets ridicules. Chez Molière nous revenons aux modèles italiens, inspirés du théâtre romain antique, avec ses serviteurs retors qui mènent le jeu, et qui aident les jeunes gens à épouser la jeune fille de leur choix, malgré la résistance de quelque ridicule parent.

C’est exactement ce qui se passe dans l’Etourdi. Lélie, un jeune homme de bonne famille, est amoureux d’une jeune fille esclave, Célie, achetée par Trufaldin, qui cherche à la vendre avec profit. Lélie n’a pas l’argent, et son père voudrait qu’il épouse Hippolyte. Le jeune homme compte donc sur l’habileté de Mascarille, son valet, pour lui permettre d’accéder à la jeune fille. Ce dernier a plus d’un tour dans son sac, et il arrive sans problème à résoudre le problème, mais Lélie est « un étourdi » (je dirais plutôt un sacré imbécile) qui n’a de cesse que de contrarier les machinations de Mascarille : en rendant l’argent escroqué à Anselme par exemple, qui lui aurait permis de racheter Célie, en démentant Mascarille auprès d’un rival, alors que ce mensonge permettait à Mascarille d’amener la jeune fille, en prévenant Trufaldin d’une tentative d’enlèvement que Mascarille comptait détourner etc. Lélie est son pire ennemi, et le challenge de Mascarille ne consiste pas tant à tromper les vieillards crédules ou les rivaux faciles à manipuler, qu’à empêcher Lélie de contrarier ses plans. Mais nous sommes dans une comédie, et tout se termine bien, Clélie se révèle la fille de Trufaldin, et un mariage peut conclure la pièce, comme il se doit.

Molière interprétait le rôle de Mascarille (ce qui veut dire petit masque, les personnages masqués étaient traditionnels dans la comédie italienne), dans lequel il s’est taillé un beau succès, il est, et de loin, le personnage le plus présent sur la scène et dans les dialogues. Il va reprendre encore plusieurs fois ce personnage, jusqu’aux Précieuses ridicules, le remplaçant ensuite par le personnage de Sganarelle, qui joue sans masque. Molière écrit une pièce dans laquelle il peut utiliser au maximum son talent comique ; son talent d’écrivain va contribuer à le mettre en avant, et à le faire reconnaître comme le plus grand acteur comique de son temps.

L’Etourdi est une pièce un peu répétitive à la lecture : pendant cinq actes nous assistons au même schéma : Mascarille élabore un plan infaillible, que ce balourd de Lélie démolit sans s’en rendre compte. Mascarille s’agace, vitupère, avant d’accepter à nouveau de se mettre au service des amours de son maître. Les différents hasards qui favorisent ses plans sont de plus en plus invraisemblables. Les personnages n’ont aucune profondeur psychologique, la jeune fille est pour ainsi inexistante, comme toujours dans les comédies italiennes, et il y a quelques longueurs, dans l’exposé de certains faits par exemple. Bien évidemment, le succès de la pièce reposait en majeure partie sur le talent comique de l’acteur principal. Molière va progresser dans son art d’écrivain, et sur un schéma proche, il donnera quelques années plus tard « Les fourberies de Scapin » tellement plus abouti. Mais nous en sommes à la première étape, et la pièce peut encore fonctionner et être désopilante, à condition de trouver un interprète qui arrive à donner vie au personnage principal.

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Message par Arabella Lun 4 Mar - 21:12

Le dépit amoureux

Le succès de l'Etourdi, sa première pièce en cinq actes, encourage Molière à devenir un comédien-auteur. Sa deuxième grande pièce, le dépit amoureux est ainsi créée à Béziers sans doute vers la fin de l'année 1656. Molière s'inspire encore du théâtre italien, et plus précisément de L'interesse de Nicolo Secchi, une oeuvre dans la veine de la comédie à l'imbroglio sentimental.

Un jeune homme, Eraste est amoureux de Lucile, la fille d'Albert. La jeune fille ne lui cache pas qu'elle l'aime aussi et le pousse à la demander en mariage à son père. Mais Lucile a un autre soupirant, Valère. Elle ne l'aime pas, mais il est aimé par Ascagne, censé être le frère de Lucile. Mais c'est en réalité une jeune fille déguisée en jeune homme, à cause d'un héritage, qui ne pouvait échoir qu'à un garçon. Ascagne, en se faisant passer pour Lucile, épouse Valère, qui laisse entendre son succès auprès d'Eraste, ce qui provoque une brouille de ce dernier avec Lucile. le valet de Valère révèle le mariage à Albert pour faire avancer l'affaire, mais Lucile réfute énergiquement. L'imbroglio finira par être éclairci, et les deux couples pourront convoler.

C'est un théâtre qui reste dans les conventions de la comédie de l'époque : des déguisements, des enfants cachés, des mariages secrets, des amoureux qui se brouillent et se réconcilient. C'est par moments étincelant, comme la scène de la dispute et de la réconciliation, d'abord entre Eraste et Lucile, puis entre le valet et la soubrette, mais cela reste encore peu original, un peu impersonnel, il y a quelques longueurs dans les explications des divers déguisements, leurs raisons. Les premières gammes d'un futur grand auteur, qui apprend à maîtriser les codes de l'époque, avant de passer à autre chose.

La pièce a eu du succès, et avec l'Etourdi, elle a permis à la troupe de Molière de trouver sa place sur la scène parisienne. En effet, dès 1658, Madeleine Béjart signe un contrat de location de la salle du théâtre du Marais qui se trouve vacante pour plusieurs mois. Certaines troupes de campagnes venaient ainsi passer quelques temps à Paris, sans s'installer durablement.

Mais la chance se manifeste : la troupe se voit proposer de devenir la troupe officielle de Philippe, le frère de Louis XIV. Nombre de princes entretenaient une troupe de comédiens, le frère unique du roi se devait aussi d'en avoir une. La proposition montre à quel point Molière avait su s'imposer sur la scène théâtrale française. La protection princière devait se traduire par une pension, qui semble n'avoir jamais été versée, mais surtout par la mise à disposition gratuite d'une salle, celle du Petit-Bourbon, qui possédait des machineries et des réserves de décor remarquables. Cette salle était déjà utilisée par la troupe des comédiens italiens, qui jouaient les « jours ordinaires de comédie » c'est à dire les mardi, vendredi et dimanche. La troupe de Molière a donc du se contenter des « jours extraordinaires », qui en principe attiraient moins de public.

La troupe débute avec des tragédies, genre le plus noble, avec peu de succès, ce qui va imposer l'idée que les comédiens de Molière n'excellent pas dans le tragique. Mais les comédies de Molière, L'Etourdi et le dépit amoureux remplissent la salle, et lancent la compagnie. L'immense triomphe des Précieuses ridicules quelques mois plus tard va en faire une troupe à la mode.

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Message par Arabella Lun 4 Mar - 21:14

L'impromptu de Versailles


L'école des femmes, représentée à la fin de l'année 1662 donna lieu à ce que l'on appelé La querelle de l'école des femmes. La pièce a été attaquée, en particulier par les frères Corneille, ainsi que par Donneau de Visé. Pour répliquer, mais sans doute aussi pour relancer L'école des femmes, Molière écrit une petite pièce en un acte, La critique de l'école des femmes, jouée pour la première fois en juin 1663, dans laquelle des personnages débattent de sa pièce, le beau rôle étant attribué à la défense. L'affaire est un succès, les spectateurs se pressent au théâtre. Les adversaires de Molière répliquent, l'attaque la plus vive est une autre pièce, écrite par un certain Boursault, le portrait du peintre, ou la Contre-Critique de l'Ecole des femmes (Molière était surnommé le Peintre par ses contemporains). La pièce, jouée à l'Hôtel de Bourgogne, le plus important théâtre parisien, à la fin de septembre 1663, s'en prend explicitement à Molière. Celui-ci va réagir par une autre pièce, cet Impromptu de Versailles. Créée en octobre 1663 à Versailles, devant le roi Louis XIV, peut-être écrite à sa demande, en huit ou dix jours, elle sera reprise à Paris, en accompagnement d'autres pièces. 19 fois en tout, et ne sera pas imprimée du vivant de Molière, qui la considérait sans doute comme une oeuvre de circonstances, abandonnée une fois accomplie sa mission.

Molière s'y met en scène lui-même avec ses comédiens, en répétition de sa nouvelle pièce, qu'il doit jouer devant le Roi. Ces derniers rechignent, ils ont eu trop peu de temps pour apprendre la nouvelle pièce. Ils le lancent sur un projet, La comédie des comédiens. Molière se laisse entraîner, il joue un auteur amenant une nouvelle pièce à la troupe, et se livre à une imitation parodique des comédiens les plus célèbres du l'Hôtel de Bourgogne, exagérant leur façon outrancière et peu naturelle de jouer. Après l'intermède d'un fâcheux, la troupe reprend sa répétition. Molière fait répéter ses comédiens, qui jouent des personnages ridicules, le critiquant pour des mauvaises raisons, prêts à aller applaudir la pièce de Boursault, pour se venger de Molière qui a trop bien su mettre en évidence leurs défauts . Il pousse ses acteurs à charger leur jeu, moque des attitudes ridicules. Moque la pièce de son rival, et pour sa meilleure défense invoque le succès, le plaisir manifeste des spectateurs de ses oeuvres. Mais le temps, presse, il s'agit de jouer devant le Roi. Qui par magnanimité, laisse au final les acteurs se produire dans une pièce qu'ils maîtrisent mieux.

Théâtre dans le théâtre, entre le vrai et le faux, les acteurs jouent successivement leurs propres rôles, des rôles, eux-mêmes en train de jouer des rôles...Il devait être saisissant de les voir passer de l'un à l'autre en un clin d'oeil. Nous avons un aperçu de ce que pouvait être la vie des coulisses à l'époque. Sans oublier que Molière d'une façon magistrale attribue au final le rôle le plus important à un illustre absent de la scène, mais présent en tant que spectateur, le Roi.

La pièce évoque aussi un débat de l'époque, lié au jeu de l'acteur. Molière prônait un certain naturel, à l'opposé de celui des comédiens de l'Hôtel de Bourgogne. Il s'agissait de dire un texte de la façon la plus emphatique, en essayant de produire un maximum d'effets, sans se soucier à la limite du sens. Mais c'est cette façon de jouer qui avait le plus de succès à l'époque dans la tragédie, Molière n'a jamais réussi à imposer sa vision des choses ailleurs que dans la comédie, où ses textes et son jeu d'acteur, lui assuraient le premier rang. Il profite de l'Impromptu pour régler ses comptes et tenter de ridiculiser la troupe concurrente.

Forcément une partie de ce comique, caricature de personnes très loin de nous dans le temps, d'une façon de jouer qui n'est plus du tout pratiquée, nous échappe. Pièce de circonstances, elle est surtout intéressante pour ce qu'elle montre de la façon dont Molière travaillait, de l'ambiance d'une troupe de théâtre de l'époque.

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Message par Arabella Lun 4 Mar - 21:15

Molière / Georges Forestier

Publié dans la prestigieuse collection Biographie de chez Gallimard, il s'agit d'un gros volume de presque 500 pages, sans doute moins que l'énorme ouvrage sur Racine, publié dans la même collection précédemment, mais tout de même, un livre imposant, dont l'ambition est sans doute d'être l'ouvrage de référence sur le sujet.

Beaucoup de choses ont été écrites sur Molière, mais G. Forestier nous met en garde tout de suite : la plupart de ce que nous croyons savoir relève du mythe, d'une légende progressivement construite, plus que de la réalité. Un des objectifs du livre est donc de déconstruire ces mythes, d'en déterminer l'origine, et de partir des sources, des données en notre possession, de faire le point sur ce que l'on peut savoir exactement sur Molière et son oeuvre. La tâche n'est pas forcément aisée : il ne reste rien des papiers personnels de Molière, ni lettres, ni manuscrits. Ce n'est pas étonnant pour l'époque où l'on conservait peu, mais cela rend les aspects les plus intimes du personnage à jamais inaccessibles, et donc forcément cela ouvre la porte aux interprétations et projections.

Les vies de Molière n'ont pas tardé à paraître tant l'auteur de Tartuffe était célèbre : en 1705 paraît la Vie de M. de Molière d'un obscur homme de lettres Jean-Léonor le Gallois, sieur de Grimarest. Cette Vie va avoir une influence considérable sur l'image, les représentations de Molière, elle sera considérée comme l'ouvrage incontournable pour tous ceux qui s'intéressent au sujet. Or ce livre ne contient que peu d'éléments confirmés par des documents ou sources et a véhiculé pendant des siècles des idées fausses.

G. Forestier s'est donné comme tâche de revenir aux sources, sans doute moins parlantes et gratifiantes, mais fiables : registre de la Grange, qui a recopié les livres de comptes de la troupe de Molière au jour le jour, les documents notariaux, les gazettes...Beaucoup moins croustillant, sans doute fastidieux à éplucher, mais beaucoup plus fiable.

Il est impossible de résumer en quelques paragraphe l'ensemble de ce travail, je vais donc me contenter de faire ressortir quelques aspects qui m'ont le plus frappé. La proximité de Molière avec le roi Louis XIV en premier lieu. Son père a occupé la charge de tapissier du roi et Molière a sans doute eu l'occasion d'aller à la cour pour se former à occuper la charge après lui avant de devenir comédien. Même s'il a renoncé dans un premier temps à cette charge pour suivre sa vocation théâtrale, la mort précoce de son frère lui a permis de la récupérer. Or cette charge nécessitait pendant un trimestre dans l'année la présence quotidienne auprès du roi. Par ailleurs, lorsque sa troupe revient à Paris, il est très vite appelé à la cour pour donner des spectacles, et son rôle va devenir central dans les divertissements de la cour. Certes les pièces de théâtre, dont certaines vont être créées devant le roi avant d'être jouées en ville, mais Molière va aussi contribuer à écrire des arguments pour des ballets de cour, pour les pièces mises en musique par Lully, et sera l'homme indispensable qui va arriver à lier les divers éléments des spectacles fastueux donnés à la cour. Les registres ont gardé trace des très nombreux séjours que Molière et sa troupe faisaient chaque année dans les résidences royales et c'est impressionnant. D'autant plus que Louis XIV a pendant longtemps dansé en personne dans des ballets, et dans ces occasions il a côtoyé de très près les comédiens dans les spectacles où Molière s'est ingénié à lier toutes les parties ensemble. Tout un pan de l'oeuvre de Molière est aujourd'hui passé sous silence : Psyché, la Princesse d'Elide, Mélicerte, le Sicilien...Il s'agissait de spectacles mêlant musique, danse, machines et décors impressionnants et dont certains ont connu en leur temps un vif succès, Molière a été semble-t-il très attaché à une conception de spectacle total, mêlant divers arts, sa dernière pièce, le malade imaginaire en est encore un exemple.

Molière homme de cour donc, et aussi un homme instruit, fréquentant le grand monde dès son plus jeune âge, possédant tous les codes des ces milieux, ce qui lui permettra de proposer un comique de connivence avec les milieux galants dans beaucoup de ses pièces. On s'y moque des bourgeois qui veulent forcer la porte de la noblesse, des paysans qui épousent des filles nobles, des provinciales qui veulent singer les grandes dames parisiennes. de tous ceux qui ne font partie des élus, qui n'ont pas les clés, et qui donc en font trop. Nous sommes très loin du supposé auteur « populaire ». Les prix des places du théâtre le montrent : il s'agissait d'un loisir réservé à ceux qui en avait les moyens, les places les moins chères au parterre, n'étaient accessibles qu'à ce qu'on appellerait aujourd'hui la classe moyenne.

Les documents qui restent ne sont pas explicites à ce sujet, mais Molière semble avoir eu des accointances avec des penseurs libertins, qui à l'occasion pouvaient contester les dogmes religieux, certains allant jusqu'à l'athéisme. Par exemple, la célèbre réplique des Fourberies de Scapin (qu'allait-il faire dans cette galère) est directement reprise d'une pièce de Cyrano de Bergerac, le pédant joué, jamais montée ni publiée à cause de ses éléments qui sentaient le fagot, pièce qui circulait uniquement en manuscrit dans un cercle étroit d'initiés, dont Molière faisait donc partie. Mais nous ne saurons jamais quelles étaient exactement ses idées sur la religion.

Acteur et auteur célébrissime, star à son époque, et l'auteur de théâtre le plus joué encore actuellement en France, le classique par excellence, l'homme Molière reste et restera en grande partie un mystère. Ce qui participe du mythe et favorise le travail de l'imagination. La biographie de G. Forestier précise beaucoup de points, remet en cause certaines légendes, brosse sans doute le tableau le plus complet possible dans l'état de nos connaissance, mais ne peut suppléer à ce qui a disparu. Elle est très agréable à lire, et permet d'appréhender d'une manière différente la plupart des pièces, en situant le contexte de leur création et les éléments qui les ont inspirées. A conseiller à tout amoureux de Molière.

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Message par Arabella Mar 30 Avr - 12:08

Le Misanthrope


Créée en juin 1666, la pièce a connu une longue gestation. Molière aurait commencé son écriture en 1663, quelques lecture d'extraits ont eu lieu au début de 1664. Mais c'est au cours de l'été 1665 qu'il va s'employer à mettre définitivement en forme les différentes éléments de sa pièce. Entre temps, il y a eu l'interdiction du Tartuffe, qui a causée des pertes d'argent à la troupe, et a provoqué un besoin de justification pour son auteur, le besoin de démontrer que ses pièces ne sont pas immorales. Achevé à l'automne 1665, la pièce devait être créée au début de l'année 1666, mais le destin s'en mêle. La mort d'Anne d'Autriche, la mère du roi, fait fermer les théâtres. Ils peuvent reprendre leur activité fin février, mais c'est peu de temps avant la relâche obligatoire de Pâques. Molière va donc attendre jusqu'en juin pour donner sa pièce, ce qui n'est pas le meilleur moment, car la cour, et donc une partie importante du public potentiel, partait à Fontainebleau. Ce qui n'a pas empêché la pièce d'attirer de nombreux spectateurs.

L'intrigue est fort mince : Alceste aimé Célimène. Il se pique de refuser d'hypocrisie, de dire aux gens ce qu'il pense d'eux, refuse toute compromission dans les rapports humains. Elle est coquette et veut séduire tout le monde ; en plus de ne pas aimer les hommes, il est jaloux. Il veut s'expliquer avec elle, mais il est en permanence interrompu, essentiellement par les gens qui viennent la voir : ses amoureux, ses amies… D'autres femmes sont attirées par le bel ombrageux : Eliante, la cousine sensée et modeste de Célimène, Arsinoé, une « prude ». Philinte, l'ami modéré d'Alceste, essaie de le mettre en face de ses contradictions, mais « La raison n'est pas ce qui règle l'amour », et Alceste va donc essayer de réformer Célimène. Cette dernière, dans son envie de plaire à tous, a écrit des lettres où elle déclare sa flamme à ses quatre soupirants, et déchire ses autres prétendants. Elles finissent par devenir publiques, et Célimène est quittée par tous, sauf Alceste, qui lui propose le mariage, à condition de quitter le monde avec lui. Elle refuse, et il part seul.

La pièce est complexe, en partie parce qu'elle a des sources et inspirations diverses. Au départ conçue comme une sorte de prolongement de ses petites comédies de salon, La critique de l'Ecole des femmes et l'Impromptu de Versailles, il s'agissait de faire des portraits typiques du temps, de faire rire à partir du comportement des hommes en société, de leurs petits ridicules. Molière a probablement emprunté le thème de la coquette, démasquée par les quatre billets qu'elle a écrit à quatre prétendants, à Mlle de Scudéry et à son roman le Grand Cyrus, où on trouve cette situation, de même que la scène où l'amie de coquette la met en garde, de façon désintéressée et sincère. le thème de la jalousie, souvent intempestive, est un des grands sujets de Molière, le jaloux étant tourné en ridicule, selon les normes galantes de l'époque. de même le défilé des personnages indésirables qui empêchent le héros de parvenir à ses fins, c'est à dire à s'approcher de son aimée, est un thème récurrent, particulièrement développé dans Les fâcheux.

Mais l'affaire Tartuffe a aussi laissé des traces, suite à l'interdiction, Molière a proclamé que le but de la comédie était de corriger les vices des hommes, en les faisant rire. Il s'agissait donc aussi d'essayer de faire entrer la nouvelle pièce dans cette logique de la dénonciation des vices du temps.

Les personnages de la pièce de Molière ne sont pas sans évoquer la pièce de Desmarets de Saint-Sorlin : chaque personnage de pièce est obsédé par une idée fixe délirante, qui le coupe du reste du monde, fausse ses rapports aux autres. Ainsi Oronte s'imagine être un poète de talent, alors qu'il ne fait que copier de façon peu inspirée les procédés poétiques en vogue. Les deux petits marquis ont une idée exagérée de leur valeur, alors qu'ils sont falots et sans véritable personnalité. Arsinoé se donne des airs de prude et sage personne et veut qu'on la voit comme telle. Célimène s'imagine pouvoir attirer et séduire tous les hommes, leur adoration lui étant indispensable pour se sentir exister. Même Alceste, avec sa représentation négative de l'espèce humaine, qu'il fait tout pour voir confirmer (par exemple dans son procès) tourne quelque peu à la manie pathologique. Or la sociabilité était considérée à l'époque comme essentielle, l'inaptitude à vivre en société était vue comme un grave défaut pour le moins.

Mais Molière arrive, à partir d'éléments disparates et de thèmes courants à faire quelque chose de singulier, pouvant donner lieu à des interprétations et lectures multiples. Ses personnages font l'expérience de la confrontation à l'autre, qui permet de se définir, de voir apparaître ses limites, ses folies, ses fragilités. Même dans un monde dont le principe est la sociabilité, derrière la façade des relations policées se formulent des jugements impitoyables, des mises à mort symboliques. D'autant plus impitoyables que les relations de façade sont charmeuses. Alceste en quittant le jeu, signifie quelque part son échec : on ne peut exister avec l'autre dans une sincérité absolue et permanente. En même temps, que signifie dire la vérité ? Prétendre la posséder est un aussi une manifestation d'orgueil : à quel point est-t-on sûr de ne pas se tromper dans son jugement de l'autre, de ne pas partir sur une idée surestimée voire délirante de sa propre infaillibilité, de sa propre personne, comme les Visionnaires.

Tous sortent d'une certaine façon amoindris et blessés de cette expérience : les petit marquis qui ont pu lire des descriptions méchantes et justes de leurs petites personnes, Oronte qui a entendu d'amères critiques de ses vers et qui a compris que Célimène se jouait de lui, Arsinoé égratignée par Célimène et rejetée par Alceste, Célimène qui a perdu ses prétendants et dont le caractère faux et les persiflages cruels ont été mis en lumière, Alceste enfin éclairé sur son amour et voué à la solitude. Même les sages Eliante et Philinte, qui vont convoler dans un mariage raisonnable, apparaissent comme trop sages justement, sans grand risque de souffrir, mais sans grand espoir de connaître des sensations, des sentiments, des passions, qui les sortent d'eux-même, de leur douce torpeur confortable. Tout le monde est finalement renvoyé à lui-même et à sa finitude, quelle qu'elle soit.

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Message par Arabella Dim 19 Jan - 12:24

Molière / Roger Duchêne


Grand spécialiste du XVIIe siècle, Roger Duchêne s'est beaucoup intéressé aux femmes : les Précieuses, certaines auteures dont Mme de Sévigné etc. Mais il a aussi écrit cette biographie de Molière, considérée comme de référence avant la sortie il y a un peu plus d'un an de celle de Georges Forestier, le grand spécialiste actuel du théâtre classique. Après avoir lue cette dernière, j'ai voulu la comparer à celle de Roger Duchêne, dont j'ai apprécié certains autres ouvrages.

La biographie de Roger Duchêne est très longue (presque 700 pages) et très détaillée. Elle s'appuie, comme il se doit, sur les sources, les textes. Mais il ne faut pas se faire d'illusions : beaucoup de choses, surtout les plus personnelles nous échappent, et l'homme Molière restera toujours une énigme, parce que presque aucun document personnel n'a été conservé. Les biographes, et c'est inévitable, en viennent à interpréter, à projeter, à faire des hypothèses, qui en disent parfois plus sur eux que sur le personnage principal. D'où certaines divergences, inévitables. Roger Duchêne est un auteur honnête et scrupuleux : il nous donne les éléments sur lesquels il se base, même si certains ne vont pas dans son sens, ce qui peut par moments d'ailleurs alourdir le texte. Il prend comme fil rouge de son livre deux textes, la première biographie écrite sur Molière par Grimarest hagiographique à souhait, et une comédie satirique de le Boulanger de Chalussay qui attaque à outrance l'auteur du Tartuffe. On sait maintenant à quel point les deux textes sont loin de la vérité, qu'ils sont au moins à manier avec précaution : Georges Forestier a préféré ne pas en tenir compte, autrement qu'en démontrant leurs invraisemblances en préambule et partir d'autres sources. Roger Duchêne les réfute de façon plus détaillée tout le long de son ouvrage, ce qui malgré tout, à tendance à les légitimer, et peut-être qu'il eut mieux valu les laisser de côté, mais pendant longtemps, la biographie de Grimarest a été la source de référence et l'image de Molière qu'elle a transmis continue à nourrir les représentations de Molière dans le grand public.

Probablement, si on lit une seule biographie, celle de Georges Forestier est préférable : l'auteur est vraiment un spécialiste pointu de l'auteur du Misanthrope, et pour de nombreux points il donne des analyses qui sont très éclairantes et convaincantes. Par exemple pour la genèse du Tartuffe : la pièce et ses contradictions s'expliquent très bien si on part du principe d'une première version en trois actes cohérente, réécrite en cinq actes pour obtenir la levée de l'interdiction la concernant. de même en ce qui concerne l'attitude de Louis XIV : le fait que l'interdiction survient alors qu'il s'apprête à une offensive contre les jansénistes justifie très bien qu'il ne veuille pas indisposer l'Eglise à ce moment précis, et qu'une fois l'affaire réglée, il puisse autoriser la pièce, comme une affirmation de son pouvoir, et qu'à cette époque il est très loin d'être le bigot achevé qu'il sera à la fin de sa vie. Tout cela est un peu flou chez Roger Duchêne, qui n'a sans doute pas autant étudié les textes de Molière de près que Georges Forestier.

Néanmoins, il y a des vrais plus, dans la description du contexte, de la vie au quotidien d'une troupe de théâtre, dans l'étude détaillée de l'évolution du répertoire du théâtre de Molière après son retour à Paris, de l'équilibre financier et malgré le succès de sa fragilité. Etrangement, la personne de Molière m'a parue plus proche : Roger Duchêne détaille les fréquentations de l'auteur-comédien, et il est clair que ce n'était pas des enfants de coeur : visiblement de bons vivants, portés à une forme de libertinage intellectuel, voire pour certains à l'athéisme. Molière devait mener parmi eux une vie plutôt animée et joyeuse, qui comportait aussi des échanges intellectuelles iconoclastes. Ce qui explique aussi une partie de son oeuvre, et laisse supposer une personnalité qui devait s'accommoder mal de la perspective de reprendre les activités professionnelles paternelles avec la vie bourgeoise rangée qui allait avec.

Un ouvrage très recommandable.

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Message par Aeriale Lun 20 Jan - 8:42

Intéressant tout ça.

Je n'aurai pas le courage de m'attaquer à ce genre de biographie (790p tout de même) mais la vie de Molière doit être fascinante à découvrir.

Pour quand je serai (encore plus) vieille!
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Message par Arabella Lun 20 Jan - 21:19

Au-delà de la biographie, cela évoque aussi l'oeuvre et toute une époque, l'histoire, la culture. Et se lit vraiment facilement.

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Message par Aeriale Mar 21 Jan - 9:45

Ah là, c'est un bon argument.

Les vraies biographies ont tendance à m'étouffer parfois. Merci du conseil Arabella!
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Message par Arabella Lun 13 Avr - 23:07

L'école des femmes


Créée en décembre 1662, L'école des femmes est une étape importante dans l'oeuvre de Molière. le triomphe inattendu des Précieuses ridicules, petite pièce en un acte qui l'avait lancé, suivi de succès de pièces intermédiaires en trois actes (Sganarelle ou le cocu imaginaire et surtout L'école des maris) ont permis à Molière de devenir un auteur à la mode. Avec le personnage de Sganarelle qui ne portait pas de masque en scène, il a créé un jeu comique nouveau, basé sur les grimaces et les jeux du visage. Par ailleurs ses pièces ont commencé à aborder des questions qui faisaient débat dans la société mondaine galante, comme la place de la femme, l'éducation qui pouvait ou non lui être donnée, la notion de fidélité dans le couple et plus généralement les rapports de couple, alors que le mariage était dans la quasi totalité des cas arrangé et lié à des considération purement matérielles. le comique vient d'un personnage ridicule, qui refuse les codes sociaux de la société galante, et qui s'en trouve puni, joué par un Molière survolté. Dans L'école des femmes, il s'agit d'agréger tous ces éléments novateurs dans une grande comédie en cinq actes, et en vers, une sorte de consécration pour un auteur, permettant en cas de succès de changer de dimension, de pouvoir être reconnu comme un véritable auteur.

Molière va s'inspirer pour l'intrigue de sa pièce, de deux sources principales. Une nouvelle espagnole traduite par Scarron sous le titre de la précaution inutile, qui raconte l'histoire d'un homme, qui suite à l'infidélité de celle qu'il aime, fait élever une fille de manière à ce qu'elle soit la plus sotte et la plus crédule possible, en pensant qu'ensuite il pourra la modeler à sa guise, et qu'elle sera donc fidèle. Mais lorsqu'il part en voyage sa jeune femme rencontre un jeune homme, et comme elle n'a aucune intelligence, le jeune homme n'a aucun mal à la séduire, tellement elle est crédule. La deuxième nouvelle est extraite d'un recueil d'un Italien, Straparole. Un jeune prince portugais vit une histoire d'amour avec la femme d'un médecin. Ne sachant pas qu'il est le mari, il raconte son intrigue à ce dernier. A chaque fois, la femme arrive à imaginer un stratagème pour retrouver le jeune homme et pour le faire échapper lorsque le mari arrive, et le jeune homme raconte à chaque fois ce qui s'est passé à celui qu'il pense son ami et non pas l'époux jaloux. Molière va combiner en une seule ces intrigues et les actualiser avec les questions en débat dans la société de son temps.

Arnolphe a fait élever Agnès en essayant de la rendre aussi ignorante que possible, pour éviter qu'elle ne le trompe lorsqu'ils seront mariés. Mais pendant son absence, elle a rencontré un jeune homme, Horace. Ce dernier connaît Arnolphe sous un autre nom, et lui raconte son histoire amoureuse. Arnolphe fait avouer à Agnès ce qui est arrivé, étant ignorante elle ne voit aucun mal à lui dire ce qui s'est passé. Arnolphe lui interdit de revoir Horace, et la surveille. Mais l'amour a éveillé Agnès, qui imagine des stratagèmes pour communiquer avec Horace, voire pour s'enfuir avec lui. Malheureusement, Horace prend toujours Arnolphe pour confident et lui raconte toutes les ruses d'Agnès, ce qui permet au vieux soupirant de déjouer les projets des jeunes gens, d'autant plus que le père d'Horace veut le marier à une jeune fille qu'il ne connaît pas. le retour inopiné du père d'Agnès, disparu depuis des années termine l'affaire : c'est elle la jeune fille inconnue que le père d'Horace veut faire épouser à son fils. Arnolphe se trouve berné au final.

La question de l'éducation des filles, des rapports dans le mariage, sont au centre de la pièce. Arnolphe, en vieux bourgeois traditionnel, qui s'oppose à l'instruction chez les femmes est au final tourné en ridicule. C'est toutefois un personnage différent de Sganarelle, il s'agit d'un homme plutôt respectable, pour lequel les autres ont de la considération. C'est sa lubie de vouloir modeler une jeune fille, d'en faire une chose docile, pour éviter d'être trompé qui le rend ridicule. Il n'est toutefois pas que comique, on le voit se transformer tout le long de la pièce, un sentiment amoureux pour Agnès sincère semble apparaître. C'est au final Horace qui semble le plus pâle des trois : il fait confiance à Arnolphe, ne se pose pas de questions, alors que les ruses d'Agnès sont déjouées, il laisse toute l'initiative à la jeune fille.

La pièce fonctionne admirablement bien du début à la fin, alors qu'elle est fabriquée à partir de matériaux composites, voire par moments incohérents : dans les deux sources de Molière il y avait une jeune fille tout à fait stupide d'une part et d'autre part une femme rusée. L'idée de Molière est d'imaginer que l'amour transforme Agnès, elle devient autre, se révèle à elle-même. Cela semble naturel, mais dans le théâtre classique, avec ses personnages stéréotypés, dont le principe est justement d'être toujours les mêmes (on appelait cela la « bienséance ») c'est assez révolutionnaire.

La pièce a eu un succès phénoménal, d'après le registre de la Grange, c'est la pièce de Molière qui a connue les recettes les plus élevées. Malgré, et peut-être à cause d'une tentative de cabale de la part des frères Corneille : Molière se moque de Thomas, Arnolphe a pris un nouveau nom, celui d'une terre qu'il a achetée, très proche de celui que le jeune frère de Pierre Corneille emprunte à une de ses propriétés. La cabale n'a pas marché, mais la pièce a continué à être discutée, critiquée, elle a donné lieu à des pièces pastiches. Molière a répliqué par La critique de l'école des femmes, puis par l'Impromptu de Versailles. Ce type de réponses était typique de la vie théâtrale de l'époque, et au final, faisait de la publicité pour la pièce. Une sorte de consécration en somme. Au point que La critique de l'école des femmes et L'impromptu de Versailles sont joués avec trois petites pièces qui s'attaquent à Molière et à l'Ecole des Femmes devant le Roi et la cour.

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