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Carlo Goldoni

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Message par kenavo Mar 16 Mai - 5:22

Carlo Goldoni A2209

Carlo Osvaldo Goldoni, né le 25 février 1707 à Venise et mort le 6 février 1793 à Paris, est un auteur dramatique italien, de langues italienne, vénitienne et française.

Créateur de la comédie italienne moderne, il s’était exilé en France en 1762 à la suite de différends esthétiques avec ses confrères.


source et suite



Sur la place du marché, parmi les poissons, le parfum du café et des fruits, on ne voit que sa statue. Mais cette œuvre d’art si délicate parait si vivante qu’on a le sentiment de se retrouver face à lui.
Serrant son bâton de marche, il observe les allées et venues du peuple, le tumulte qui jamais ne faiblit, les marchands, les matelots, les enfants des rues faméliques qui, finalement, sont sans doute restés les mêmes ; la manière dont les gondoles sont désormais propulsées par les moteurs à essence et le brouhaha vivant de la rue accentué par le bruit des radios provenant des fenêtres. Sur sa tête emperruquée, il porte un tricorne à la mode du XVIIIe siècle. Mais sur son visage bien nourri, grassouillet, il arbore un sourire malicieux et complice qui semble se lier d’amitié avec tout ce qui se passe dans la rue.



Dezső Kosztolányi, Venise

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Message par kenavo Mar 16 Mai - 5:22

Carlo Goldoni Aa1099
Le Café
Présentation de l’éditeur
Dans Le Café, pour la première fois, le dramaturge vénitien choisit de représenter, non pas " une histoire, une passion, un caractère " comme il en a eu coutume jusque-là, mais un ambiente, un milieu. Ce sont donc moins les personnages qui sont mis en valeur, que les relations tissées entre eux par l'intrigue - non leurs traits psychologiques et moraux, mais leur raison sociale et professionnelle.
Dans le livre Venise de Dezső Kosztolányi, il y a un chapitre sur Carlo Goldoni qui m’a donné envie de retrouver cet auteur.

Cette pièce a été écrite en 1750-1751 et c’est impressionnant, elle n'a pas pris une ride. Elle garde tout son attrait et reste réjouissante.

Comme Goldoni le dit lui-même, il a voulu créer « une ambiance » et cela lui a bien réussi. On se sent tout au long de ces dialogues dans cette petite ruelle de Venise.

J’aime beaucoup ce qu’il a écrit et cette lecture m’a donné envie de le reprendre plus souvent.


Carlo Goldoni A2211

Gravure à l’eau-forte d'une scène du Café de Goldoni (XVIIIe siècle)

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Message par kenavo Mar 26 Fév - 6:15

Carlo Goldoni Aaaaa15
La Locandiera
Wikipédia a écrit:Cette pièce est constituée de trois actes. Elle conte l’histoire de Mirandolina qui se joue et se fait aimer de tous les hommes qui viennent dans son auberge. Entre autres, le marquis de Forlipopoli et le comte d'Albafiorita se chamaillent et se concurrencent pour ses faveurs, participant à l'effet de comique. Pourtant, le Chevalier, homme sexiste et misogyne, va lui résister. Mirandolina va alors se mettre au défi de le séduire.
Carlo Goldoni Aaaa21

Edgar Degas, La Repasseuse, c. 1869


Au cours des derniers mois je suis tombée sur l’annonce de la Comédie-Française concernant La Locandiera et cela m’avait donné envie de retrouver cet auteur.

Il ne s’agit non seulement d’une pièce bien connue mais il semble que c’est la plus fameuse de son œuvre.

En principe ce n’est pas un critère qui joue un rôle dans mes choix de lecture, mais pour ce texte c’était une belle coïncidence que j’avais vu cette annonce de la pièce qui se jouait ces derniers mois.

Je l’ai dit lors d’autres lectures de Goldoni, mais cela s’avère une fois de plus : il est un auteur tellement « moderne », c’est vraiment étonnant de ne pas ressentir cet écart du temps. Extra.

Je me suis en tout cas régalée avec Mirandolina et de ses jeux qu’elle fait subir aux hommes autour d’elle.

Délicieux !

Carlo Goldoni Aaa33

La Locandiera, comédie en trois actes de Carlo Goldoni, traduction de Myriam Tanant, mise en scène d’Alain Françon

Comédie –Française, Salle Richelieu, Place Colette 75001 Paris, du 27 octobre 2018 au 10 février 2019

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Message par Arabella Mar 26 Fév - 21:22

La Locandiera


Ecrite à la fin de 1752, la pièce est créée en janvier 1753 au théâtre Saint-Ange de Venise par la troupe de Medebach. Goldoni arrive à la fin du contrat très contraignant qui le lie à la troupe et à son directeur, qu'il quittera bientôt pour rejoindre le théâtre San Luco, et la Locandiera est une des toutes dernières pièces qu'il donne à Saint-Ange. C'est l'arrivée dans la troupe de Saint-Ange en 1751 d'une nouvelle comédienne, Maddalena Raffi, spécialisée dans les rôles de soubrettes, qui permit à Goldoni d'écrire des pièces où ce type de personnage est mis en valeur. le rôle de Mirandolina de la Locandiera lui était destiné. Ce qui ne plaisait guère à la vedette féminine de la compagnie, Mme Medebach : les vapeurs de la dame ont eu pour conséquence la disparition de la pièce de l'affiche au bout de quatre représentations, malgré son succès.

Mirandolina, la Locandiera (ou l'aubergiste) du titre, est une jeune femme indépendante, qui se trouve sans mari ni père, gérant elle-même son bien. Comme elle est jolie et qu'elle a du charme et de l'esprit, elle ne manque pas de soupirants. Deux de ses clients, le marquis de Forlipopoli, de vieille noblesse mais pauvre, et le comte d'Albafiorita, nouveau riche qui vient de s'offrir son titre, en font partie. le premier, personnage comique, lui offre sa protection, le deuxième la couvre de cadeaux. Mais la jeune femme ne fait que s'en amuser. Arrive le chevalier de Ripafratta, qui dédaigne les femmes, et qui met en cause la qualité du service de l'auberge. Mirandolina décide de le rendre amoureux pour le punir. Un jeu de séduction s'engage entre les deux personnages, sous les yeux de Fabrice, le valet de l'auberge, que le père de Mirandolina lui a destiné comme époux avant son décès.

C'est peut être actuellement la pièce la plus jouée de Goldoni. Elle a beaucoup d'atouts : des personnages variés et plutôt complexes, des aspects comiques très efficaces, une peinture sociologique de son temps. le personnage principal, Mirandolina, est une jeune femme qui revendique son indépendance vis-à-vis des hommes, qui n'est absolument pas sentimentale. Certains lui ont reproché sa coquetterie et son désir de manipuler et d'utiliser les hommes grâce à son charme, mais il faut dire que les soupirants en lice ne sont pas tellement séduisants, sauf le chevalier rebelle à l'amour, et là il n'est pas sûr que Mirandolina ne succombe pas non plus à son charme. Seulement, d'une manière évidente, une liaison avec un noble et riche seigneur ne la mènerait pas très loin, et son bon sens lui interdit ce genre d'impasse. La pièce met malgré tout en évidence les limites qu'une femme trouvait à son désir de liberté à l'époque : Mirandolina se trouve à la fin de la pièce dans l'obligation d'épouser Fabrice pour se sortir de la situation dans laquelle elle s'est mise en réveillant le désir chez un homme jeune dans une position sociale dominante, bien loin de ses soupirants plus raisonnables et faciles à maintenir dans le respect.

La société de l'époque est en pleine recomposition, ce que la pièce montre. L'ancienne noblesse est en perte de vitesse, de nouveaux riches prennent le pouvoir, et de nouvelles couches industrieuses, comme Mirandolina, commencent à trouver leur place. D'une façon amusante, la pièce met en scène des femmes travaillant (Mirandolina et les deux actrices) et des hommes surtout oisifs, les trois nobles qui gravitent autour d'elle.

L'intrigue de la pièce est au final très sobre, très réaliste, dans un contexte historique et social précis. C'est très efficace ; la pièce et les personnages sont suffisamment riches pour donner lieu à des lectures très différentes, ce qui qui explique son succès et ses nombreuses reprises. 

P. S. J'ai vu le spectacle évoqué par Kenavo à la Comédie Française, et c'est un vrai bonheur...

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Message par Arabella Mar 26 Fév - 21:23

Arlequin, serviteur de deux maîtres


Cette pièce est une étape importante dans la carrière théâtrale de Carlo Goldoni. Elle marque son retour au théâtre, alors qu'il se consacrait à Pise à une carrière d'avocat. Il y est contacté en 1745 par Antonio Sacchi, truffaldino (un personnage de commedia dell'Arte qui ressemble un peu à Arlequin) pour qui il avait déjà composé quelques canevas, qui lui demande d'adapter à son intention un scénario, le valet des deux maîtres. A la base, ce scénario était dû à Jean-Pierre des Ours de Mandjors et rédigé pour le Théâtre-Italien de Paris.

Traditionnellement, il ne s'agissait pas d'écrire une pièce entière, mais juste un scénario, à partir duquel les acteurs improvisaient, inventaient le texte, les plaisanteries, en s'adaptant aux attentes et réactions du public, dans le respect de leurs personnages. Dans un premier temps, Goldoni adapte le scénario, assez fidèlement semble-t-il, mais en rédigeant beaucoup plus le texte qu'il n'est d'usage de le faire. La pièce a du succès, au point d'être reprise, mais d'une façon moins heureuse, et Goldoni va en 1753 l'écrire entièrement, en s'inspirant sans doute de la façon dont elle a été jouée par Sacchi. Cela va faire partie de sa réforme du théâtre, le passage du simple canevas, à une pièce entièrement écrite par l'auteur, ce qui marque d'une certaine façon la fin de la commedia dell'arte, ou de son âge d'or.

Nous sommes à Venise. Pantalon fiance sa fille Clarice à Silvio, amoureux l'un de l'autre, après l'annonce de la mort de Federigo Rasponi de Turin, à qui il l'avait promise dans un premier temps. Mais voilà que se présente Truffaldin, un valet qui annonce la venue de Federigo. Après une phase d'incrédulité, et en face de l'intéressé, qui est reconnu par Brighella, Pantalon, se résout à croire que le nouvel venu est bien Federigo et veut respecter sa parole et lui donner sa fille. Or en réalité, il s'agit de Béatrice, la soeur de Federigo, déguisée en homme, venue récupérer auprès de Pantalon l'argent qu'il devait à son frère, pour aider Florindo, son amoureux qui a malencontreusement tué Federigo en duel. Cela ne fait pas les affaires de Clarice et de Silvio.

Truffaldin, impatienté de ne pas trouver Béatrice, entre au service de Florindo, venu à Venise pour fuir la justice, et pour essayer de retrouver sa bien-aimée. Ils logent dans la même auberge, mais Truffaldin, pour que sa duplicité ne soit pas découverte, utilise des subterfuges qui leur font s'éviter, et qui même à un moment leur font croire que la personne qu'ils aiment est morte. En parallèle, Silvio provoque Béatrice et menace Pantalon, pour récupérer Clarice, mais il est défait. Béatrice ayant révélé la vérité à Clarice, Silvio se montre très jaloux vis à vis de cette dernière, une rupture entre les deux jeunes gens se profile.

Une pièce très enlevée, où il se passe toujours quelque chose. Mais au-delà de la charge comique, du maestria de l'intrigue, il y a aussi une vision des relations hommes-femmes, maîtres-valets, qui malgré le côté enjoué et léger, donne de la profondeur et permet différentes lectures du texte. La pièce gagne probablement beaucoup lors de représentations, à condition que les acteurs, et surtout Truffaldin, soient à la hauteur.

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Message par Arabella Mar 26 Fév - 21:24

Les deux jumeaux vénitiens


La pièce a été créée en 1747 à Pise par la troupe de Medebach, Goldoni la reprend en 1748 à Venise. Medebach s'y est installé dans le théâtre Sant'Angelo, et Goldoni est l'auteur officiel de la troupe. Cette pièce est une des premières qu'il a complètement rédigée, sans laisser les comédiens improviser le texte à partir d'un simple canevas. Toujours dans sa logique de réformer le théâtre de son temps, il fait jouer l'acteur Darbes, qui se consacre d'habitude aux rôles de "pantalon" sans masque. Il avait déjà fait une première tentative de faire jouer cet acteur, qui est une des grandes vedettes de la troupe, à visage découvert, dans une première pièce L'uomo prudente, mais sans succès. En revanche les représentations vénitiennes des Jumeaux sont très applaudis.

Nous sommes à Vérone. Rosaura attend Zanetto, le jeune homme avec qui son père l'a fiancée. C'est un beau garçon, il est riche, mais il est stupide, crédule, et très impulsif. Il se comporte d'une façon inappropriée avec Rosaura. Cette dernière est aimée par Pancrace, un personnage malhonnête qui s'est insinué dans les faveurs du père de Rosaura, et qui fait ce qu'il peut pour que le mariage ne se fasse pas. Mais Zanetto a un frère jumeau, élevé à Venise et qu'il ne connaît pas, Tonino. Suite à une histoire amoureuse, il est lui aussi à Vérone, venu rejoindre sa belle, Béatrice. Sa personnalité est à l'opposé de son frère, il est galant et très malin. Ils sont pris l'un pour l'autre, et ne comprennent pas un certain nombre de choses qui leur arrivent. Leurs interlocuteurs non plus, qui passent d'un idiot mal dégrossi à un garçon spirituel et élégant.

Le principe de deux personnages identiques et des quiproquos que leur ressemblance provoque n'a rien d'original. C'était pour Goldoni une occasion de mettre en valeur le talent de Darbes. Dans ses Mémoires, il indique que l'idée de faire jouer à l'acteur deux personnages aux caractères opposés lui est venu de la personnalité même de son comédien, qui dans la vraie vie, aurait eu des comportements opposés suivant le moment.

L'intérêt principal de la pièce est de donner l'occasion à un acteur comique de briller, de passer d'une attitude à une autre, d'exagérer son jeu. Il faut quelqu'un qui y excelle. Et le reste de la distribution doit être à la hauteur, il faut du mouvement, un tourbillon qui emporte le spectateur. Parce que malgré tout, le contenu reste quand même léger.

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Message par kenavo Mer 27 Fév - 6:00

Arabella a écrit:P. S. J'ai vu le spectacle évoqué par Kenavo à la Comédie Française, et c'est un vrai bonheur...
quelle chance
merci pour tes commentaires, cela donne beaucoup plus de poid à ce fil Very Happy

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Message par Arabella Dim 31 Mai - 23:08

La serva amorosa

La pièce est créée en 1752 à Milan, par la troupe de Medebach, même si Goldoni a décidé de quitter ce dernier, ce qu'il ferra la saison suivante. Son théâtre, la réforme qu'il propose, suscite vivement la polémique, en particulier avec Chiari l'année de cette création.

La serva amorosa, comme la Locandiera, créée la même année, a été écrite pour mettre en valeur le talent d'une des actrices de la troupe, la Marliani. Au contraire des pièces plus chorales de Goldoni, dans lesquelles il est difficile de dire quel est le personnage principal, tant chacun a son moment et la possibilité d'exprimer sa voix, l'intrigue de la pièce est centrée sur Corallina, la servante du titre.

Ottavio, un vieil homme riche a épousé en secondes noces une femme plus jeune, Beatrice. Cette dernière a fait chasser de la maison le fils d'Ottavio, Florindo, et elle essaie de faire rédiger à Ottavio un testament en sa faveur, ce qu'il répugne de faire. La servante de la maison, Corallina, a suivi Florindo, et tente de l'aider par tous les moyens. Elle a poussé Pantalon, un marchand ami de son maître, à tenter de fléchir Ottavio. Mais Beatrice intervient, et refuse le retour de Florindo au foyer, de même qu'un secours financier, en plus d'une pension famélique. Pantalon part, outré de l'attitude de Beatrice.

Florindo se désespère, il est sans argent et perspectives. Corallina n'est pas à bout de ressources. Elle projette de marier Florindo à Rosaura, la fille de Pantalon. Elle va la voir sous prétexte de lui vendre des bas, et arrive à la persuader de l'intérêt de Florindo, et à susciter une forme de tendresse chez la jeune fille. Elle essaie de convaincre Florindo de l'intérêt de ce mariage, mais ce dernier serait plus enclin d'épouser Corallina, pour la récompenser de son dévouement. Corallina n'abandonne pas pour autant son idée, et arrive à éveiller de l'intérêt pour son projet chez Pantalon, à condition que Florindo puisse hériter de son père.

Mais les événements s'accélèrent : Lelio, le fils idiot de Beatrice d'un premier mariage, convoite aussi Rosaura, et s'imagine que Pantalon est prêt à la lui donner en mariage. Sa mère, quand à elle, a réussi à obtenir l'accord d'Ottavio pour faire venir, le soir même, le notaire en vue du testament. Corallina arrive à circonvenir le notaire : elle l'accompagne déguisée en clerc, et pendant que Beatrice explique au notaire comment rédiger le testament, elle arrive à distiller le doute dans l'esprit d'Ottavio, et lui suggérer une ruse pour lui permettre de connaître les vrais sentiments de Beatrice à son endroit. Le stratagème fonctionne comme il se doit, et Beatrice est chassée, Florindo rétabli : le mariage avec Rosaura peut avoir lieu, pendant que Corallina se marie avec Brighella, le valet de Pantalon.

Une pièce toute en ambiguïtés et teintes claires-obscures. Beatrice et Lelio, son fils, sont certes des personnages vraiment négatifs : Beatrice ne s'est mariée que par intérêt, elle méprise son mari et ne cherche qu'à le manipuler, en n'hésitant pas à recourir à une forme de violence, verbale et psychologique, rendue avec maestria. Ottavio est un vieil homme faible, égoïste, veule, sans réelle volonté : c'est parce que Corallina arrive à prendre l'emprise sur lui, qu'il se décide à agir.

Les incertitudes du coeur et de l'esprit, la naissance de l'amour, qui survient chez les deux jeunes gens à l'instigation de Corallina, sont très bien rendues. Rosaura s'intéresse à Lelio, parce qu'elle pense qu'il l'aime, que cette attirance que Corallina restitue, en rendant le jeune homme désirable dans l'imaginaire de la jeune fille, finit par faire naître un sentiment, qui ne s'appuie au final que sur le désir d'amour de Rosaura. De même, le sentiment de Lelio vient lorsqu'une Rosaura frémissante vient chez lui pour parler à Corallina : le trouble de la jeune fille trouble à son tour le jeune homme. La représentation, ce que les personnages imaginent, est au final plus important que ce que l'autre ressent et pense en réalité. L'amour s'établit ici sur deux illusions, qui finissent par se rejoindre et devenir réelles, parce que les personnages les voient comme telles.

Encore plus ambiguës sont les relations entre Florindo et Corallina. Cette dernière proclame qu'elle aime son maître d'un amour fraternel, et refuse son offre de mariage. Mais nous ne saurons jamais si elle le fait parce qu'elle ne l'aime pas, ou si parce qu'elle considère qu'un tel mariage ne serait pas raisonnable, qu'il ne serait pas acceptable socialement, les mettraient au banc de la société. Un certain nombre de réflexions des autres personnages étayent cette hypothèse, et on se demande si le mariage entre Florindo et Rosaura n'est pas là avant tout pour éviter que les gens ne jasent trop sur l'étrange couple que la servante forme avec son jeune maître. Corallina interroge subtilement les hiérarchies sociales en place : elle est le personnage le plus intelligent, le plus capable, moteur de l'action, mais aussi le plus désintéressé et intègre, mais elle reste une servante, et doit rester à sa place. Elle épousera Brighella, sans qu'elle n'ait à aucun moment semblé s'y intéresser plus que ça. Le sentiment ne semble pas faire partie du contrat pour elle : c'est une affaire de raison, il est de son monde, et cela arrêtera tous les ragots.

Une pure merveille, d'intelligence, de drôlerie et de sensibilité.

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Message par Arabella Dim 31 Mai - 23:09

Les rustres

Ecrite en dialecte vénitien, la pièce Les rustres est crée en 1760, à la fin du carnaval. La pièce sera éditée en 1762, avec une dédicace à l'ambassadeur français de Venise, il faut dire que Goldoni part quelques jours plus tard pour la France, où il finira sa vie. La pièce a inspiré un opéra-comique de Wolf-Ferrari, I quatro rusteghi, crée en 1906.

Nous sommes à Venise pendant le carnaval. Mais pas questions de fêtes et réjouissances dans la maison de Lunardo. Très sévère, il tient très serrées sa femme Margarita et sa fille d'un premier mariage, Lucietta. Il promet néanmoins aux deux femmes des réjouissances pour ce soir : il a invité des amis à lui pour dîner. S'agissant d'individus très proches par leur comportement de Lunardo, elles sont moyennement ravies. Mais cette invitation a un but : celui de marier Lucietta à Felippetto, le fils d'un des invités, Maurizio. Lunardo n'en dit rien à Lucietta, qui l'apprend en secret de sa belle-mère. Elle est partagée entre joie et inquiétude : elle aimerait voir son promis avant le mariage.
Filippetto se rend chez sa tante, Marina, mariée à un autre invité du dîner de Lunardo, Simon. Il est question du mariage, le jeune homme aussi aimerait voir sa fiancée avant de convoler. Survient Simon qui chasse Filippetto, mais il n'arrive pas aussi facilement à se débarrasser de Felicia, forte femme, venue avec son mari Canciano, qu'elle a complètement dompté, et un jeune noble. Felicia décide d'aider les deux jeunes gens à faire connaissance avant le mariage.

Au deuxième acte, nous sommes de retour chez Lunardo. Les invités arrivent peu à peu. Les hommes s'enferment entre eux, pour discuter mariage, et dire des horreurs sur les femmes. Pendant ce temps ces dernières sont laissée à elles-mêmes. Felicia annonce à Lucietta qu'elle verra Felippetto ce soir, il viendra déguisé en femme avec son noble cavalier. Les deux hommes arrivent, Lucietta et Felippetto ont un coup de foudre réciproque. Mais les hommes surgissent, Lunardo annaonce le mariage à sa fille, qui doit avoir lieu le soir même. Mais le cavalier et Felippetto cachés sont découverts, les deux pères se fâchent et annulent la noce prévue.

Au troisième acte, les hommes se plaignent des femmes et de leur comportement. Felicia intervient, prend tous les torts à sa charge et persuade ces messieurs à quel point tout cela n'est pas grave. La réconciliation intervient, et le souper peut enfin avoir lieu, annonce du mariage à venir.

Nous sommes avec des personnages de comédie connus : des vieillards tyranniques et peu policés, qui veulent régenter leurs femmes et enfants, qui s'opposent à toute nouveauté et aux joies de l'existence qui paraissent légitimes à leur famille. La comédie antique, la comédie italienne de la Renaissance, les comédies qui les ont prises comme modèle, par exemple une grande partie des pièces de Molière, nous ont habitué à ce type. Goldoni donne dans sa préface à la pièce cette définition du rustre « A Venise, on entend par rustre un homme aigri, rustaud, ennemi de la civilité, de la culture, de la conversation ».

Mais ces personnages de rustres ont un sens plus profond à ce moment de son oeuvre. Il s'agit de riches bourgeois, de notables, de gens issu d'une classe que l'on pourrait croire avide de progrès, de changement, désireux de faire bouger les règles sociales en cours, de secouer la prééminence de la noblesse en déliquescence. Or il n'en est rien : ces rustres sont obtus, et hostiles au changement, plus réactionnaires que les nobles. C'est en quelque sorte le constat d'une société bloquée : entre les nobles qui mangent leur héritage et s'accrochent à leurs privilèges, et une bourgeoisie aux vues étroites et rétrogrades, il n'y a pas de réelle possibilité d'évolution. La république vénitienne s'avance lentement vers sa fin.

Dans la pièce, ce sont les femmes qui s'en tirent le mieux, en particulier Felicia, qui a décidé d'édicter ses règles et de les faire suivre à son mari. Au final, il s'en trouve plutôt bien, et le fait presque reconnaître à ses amis peu aimables à la fin de la pièce. La femme et son bon sens remplace ici le valet de comédie, qui grâce à ses ruses et mensonges arrive à berner les vieillards obtus.

Une très bonne pièce.

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Message par Arabella Dim 31 Mai - 23:12

Il campiello

Ecrite et créée en 1756 au théâtre de San Luca de Venise, pendant le carnaval, c’est une pièce en cinq actes, écrite en dialecte vénitien. Elle est donc de peu antérieure aux débuts des démêlés de Goldoni avec Carlo Gozzi , qui finiront par le pousser à quitter Venise pour la France.

Le titre de la pièce indique le point central de son action il campiello, petite place d’un quartier populaire de Venise, autour duquel s’organise la vie de ses habitants. Lieu de l’action, des échanges, mais aussi lieu que l’on observe, des fenêtres, des balcons. Il y a les habitants anciens et légitimes, ceux qui se reconnaissent entre eux et font front au besoin contre le monde extérieur, même si les disputes, les jalousies, les rivalités constituent leur quotidien. Il y a deux vieilles femmes (enfin de plus de quarante ans) qui ont du mal à reconnaître leur vieillissement, et qui tentent de marier leurs filles respectives : la belle et coquette Lucietta, qui est amoureuse du mercier Anzoletto, qui l’aime aussi, mais entre espoir de s’enrichir, les jalousies et les mal entendus, il n’est pas facile d’arriver à la conclusion heureuse. L’autre jeune fille Gnese, sans doute moins attirante, et surtout plus simple, semble attiré par Zorzetto, le jeune fils de la friturière Orsola, mais la timidité respective des deux jeunes gens et la séduction de Lucietta et d’Anzoletto ne facilitent pas les choses entre eux. Tout cela toutefois est une partition connue, et qui devrait arriver à une fin attendue. La perturbation vient d’étrangers : une jeune fille, Gasparina, que l’on trouve affectée, et son oncle Fabrizio, présenté comme homme de lettres. Venus de fraîche date, ils ne sont pas acceptés par la communauté, et sont moqués. Au moment du carnaval, vient se mêler à tout ce petit monde, un chevalier napolitain descendu à l’auberge qui donne aussi sur la place. Il observe, fait des compliments aux jeunes filles, offre des repas, tente d’apaiser les conflits.

La pièce décrit avec beaucoup de précision la vie de ses habitants, leurs travaux, distractions, habitudes, expressions. Une tranche de vie de gens ordinaires et typiques. Il n’y a rien d’idéalisé : les personnages font preuve de peu de bonté entre eux, ils se déchirent et se disputent, les réconciliations se font souvent sur le dos des étrangers à la communauté. Le chevalier est toléré aussi en partie parce qu’on sait qu’il va partir. La petite place a un statut contradictoire, lieu public, d’échange, où les choses paraissent se passer, c’est aussi un lieu interdit pour les jeunes filles. Elles ne doivent pas s’y rendre seules, et restent donc souvent en hauteur, pour observer, commenter, tenter d’agir. Rien sur la place n’échappe aux regards des voisins, tout est commentée tout de suite, et entraîne des conséquences. La méfiance est de mise vis-à-vis des nouveaux venus : le chevalier n’aura du succès qu’auprès de Gasparine, ignorée des autres, ses voisines vont se montrer très méfiantes. Elles n’ont sans doute pas complètement tort, le chevalier s’il se montre généreux pour offrir des repas et cadeaux, n’est sans doute pas désintéressé, et au plaisir d’observer, de découvrir, de s’amuser, un désir de séduire n’est sans doute pas absent.

Une pièce tout en finesse et demi teintes, qui se déroule sur un rythme endiablée (même s’il s’agit en fin de compte de micro événements) mais dans laquelle une forme de mélancolie est aussi présente.

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Message par Arabella Dim 31 Mai - 23:13

Une des dernières soirées du carnaval


Pièce relativement peu jouée de l’auteur, elle a été écrite et jouée en 1762 à Venise, c’est la dernière pièce de l’auteur créée dans cette ville avant son départ pour Paris, sous les coups de ses adversaires, et tout particulièrement de Carlo Gozzi et de ses satires mordantes. Goldoni a en quelque sorte perdu l’espoir de voir ses conceptions du théâtre triompher à Venise et en Italie, et tente l’aventure à l’étranger. Ce qui rend en partie cette pièce, dans laquelle un des personnages principal est sur le point de s’exiler, émouvante.


Nous sommes dans la société d’aisés marchands et fabricants. Zamaria, un tisserand, a invité quelques amis et relations pour un dîner suivi d’un bal. Sa fille Domenica, prépare la soirée, d’autant plus minutieusement qu’elle guette l’arrivée d’un charmant jeune homme, dessinateur pour les créations de tissus. Mais le bel Anzoletto est sur le point de partir à Moscou, une opportunité de travailler dans un autre cadre, loin des critiques dont il sembla avoir été la cible dans son pays, le tente. Mais il aime Domenica, et il est prêt à l’épouser et à l’amener avec lui. Le père de la jeune fille ne l’entend pas de cette oreille : il ne veut pas se retrouver seul (il est veuf), loin de sa fille chérie. Les différents invités de la fête, vont chacun jouer un petit ou grand rôle dans l’affaire.


Sur un canevas très simple, Goldoni donne une pièce à la fois drôle et émouvante. Les différents personnages ont tous leurs caractéristiques et personnalités, opposées et donc complémentaires pour donner un tableau riche de la société qu’ils représentent. Les deux jeunes mariés exclusifs et jaloux, l’insupportable épouse et son mari aux petits soins, le couples élégant et ironique etc forment un tableau riche et chatoyant, dans lequel s’insère le motif central amoureux. Mais une mélancolie discrète mais persistante nimbe l’ensemble : il s’agit de partir, et celui qui part dis son amour pour la ville qu’il quitte, même s’il espère la revoir, revenir auréolé d’un succès extérieur, qui pourrait lui donner une légitimité dans son pays natal. Goldoni met ses plus belles phrases dans la bouche d’Anzoletto, et il est difficile de ne pas donner une dimension autobiographique à ces mots. L’auteur n’aura malheureusement pas l’opportunité de réaliser le projet de son personnage : revenir dans la ville après un exil temporaire, et il est difficile de suivre la pièce sans y penser, ce qui donne un côté émouvant et sensible aux répliques de son personnage. Malgré tout, la soirée se finit par le bal projeté, et par trois projets de mariage, nous sommes dans une comédie, et la tristesse cède aux plaisirs de la fête. Simplement, pour le lecteur qui connaît la suite de la vie de Goldoni, cette fête prend les couleurs des adieux, c’est une dernière occasion de se réjouir, d’être ensemble, de faire des projets communs, avant la séparation définitive.


A la fois drôle et tendre, émouvante et réjouissante, c’est une pièce d’une grande finesse et élégance, qui sous des allures anodines d’une soirée entre amis, effleurent des thématiques importantes, sans en avoir l’air.

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Message par kenavo Lun 1 Juin - 5:53

trèèèès tentant, je note

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Message par Arabella Lun 1 Juin - 9:18

Pour donner encore plus l'envie :


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Message par Arabella Jeu 23 Juil - 10:40

Le café


La deuxième saison théâtrale pendant laquelle Goldoni a voulu imposer sa réforme du théâtre, avec entre autres la suppression du masque et la composition de pièces entièrement écrites et non plus de simples canevas sur lesquels improvisaient les acteurs, s'achève sur l'échec de sa pièce L'Heureuse héritière et une chute des abonnements. Pour faire revenir le public, Goldoni lui promet 16 nouvelles pièces pour la saison suivante, ce qui fait revenir massivement les spectateurs. Goldoni tiendra parole, mais ce sera éprouvant. Il lui faudra inventer des sujets en peu de temps. Celui de le café reprend le titre d'un intermède musical qui aurait été composé par Vivaldi. La pièce sera créée en mai 1750 à Mantoue, et sera ensuite jouée et applaudie à Venise dès l'automne au théâtre Sant'Angelo. Goldoni va remanier sa pièce au moment de sa publication, en remplaçant par exemple le dialecte vénitien par le toscan.

L'action se déroule dans le café du titre, situé au centre d'un carrefour passant de Venise, c'est le lieu idéal, avec le passage de nombreux personnages, lieu de rencontres naturel, qui donne un aperçu de la vie des habitants de la ville. Ridolfo, le cafetier est un homme affable et serviable, commerçant honnête, qui ne veut pas voler ses clients et cherche à leur rendre service, à les conseiller avec bienveillance. Il s'oppose au personnage « méchant » de la pièce, Don Marzio. C'est surtout sa langue et sa bêtise qui font des dégâts, plus que vraiment le désir affirmé de nuire. Simplement, il ne peut pas s'empêcher de raconter à tout le monde ce qu'il sait, ou ce qu'il invente, étant persuadé de savoir, parce qu'il faut qu'il soit le mieux informé de la ville pour se sentir exister. Et il révèle donc des secrets gênants qui brouillent les gens, ou ses ragots sans fondement provoquent des catastrophes. Nous voyons passer quelques personnages dans des situations pas toujours faciles, et les commérages de Don Marzio ne font qu'empirer les situations. Ainsi Eugenio, jeune homme sans cervelle, qui court les aventures et perd des sommes importantes au jeu, au grand dam de sa jeune épouse, qui a emprunté une somme d'argent en donnant en garantie des boucles d'oreilles de sa femme, voit révéler sa conduite à tout un chacun, dont bien sûr l'épouse. Mais heureusement Ridolfo veuille, et fait ce qu'il peut pour réconcilier les deux jeunes gens, et pour éviter à Eugenio d'être honteusement volé par Pandolfo, le tenancier du tripot dans lequel il perd de grosses sommes. Il tente aussi de réconcilier Placida, avec son mari qui l'a abandonnée et qui fait le métier de gagner au jeu de manière malhonnête, en plumant entre autres, Eugenio. Ses bonnes actions sont en parties déjouées par Don Marzio et sa langue de vipère, mais tout s'arrange, et Don Marzio se grille définitivement en révélant à un sbire les petits secrets de Padolfo, ce qui permet l'arrestation du peu scrupuleux patron de tripot. Mais être indicateur de police est très mal vu, et même s'il n'y a rien gagné, Don Marzio n'a plus qu'à quitter la ville.

Une pièce enlevée, dans laquelle l'action à proprement parlée se couple à une description des us et coutumes de Venise, savoureuse et drôle. Les personnages sont sans doute moins fouillés que dans d'autres pièces de Goldoni, un peu plus schématiques, quelque part c'est le café du titre qui est le personnage principal, et cela réduit un peu la profondeur des portraits psychologiques. Mais c'est quand même une très bonne pièce, pleine de charme et de vivacité.

Voltaire s'en serait inspiré pour écrire le café ou l'Ecossaise. On reconnaît bien l'opposition entre le serviable et honnête tenancier, et un personnage malfaisant. Voltaire charge beaucoup plus ce dernier, car sa pièce est une attaque contre l'un de ses ennemis, un certain Fréron, qui est caricaturé dans la pièce. Chez Goldoni, le personnage est plus bête et suffisant que complètement méchant, même s'il provoque beaucoup de dégâts. le reste des deux intrigues n'a pas grand chose à voir, chez Voltaire, il s'agit d'une histoire sentimentale et invraisemblable, chez Goldoni l'observation de la vie quotidienne et des situations réalistes est nettement plus convaincante et amusante. Même si de son temps Voltaire a pu être considéré comme le plus grand auteur de théâtre de son époque, tout au moins en France, il est difficile à la lecture de ces deux pièces de ne pas considérer Goldoni comme un dramaturge bien plus intéressant, survivant sans problème à son époque dans laquelle il est pourtant ancré.

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