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Karen Russell

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Message par Arabella Ven 9 Oct - 14:23

Karen Russell



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Biographie sur le site de l'éditeur

Saluée comme l'un des jeunes écrivains américains les plus doués et inventifs de sa génération, Karen Russell, 32 ans, a été finaliste du prix Pulitzer en 2012 avec son premier roman Swamplandia (Albin Michel, 2012), dont la chaîne HBO a acheté les droits pour développer une série. En octobre 2013, elle a été l'une des lauréates de la Fondation MacArthur (une des bourses les plus importantes sur le plan international, la « Genius Grant »).
Originaire de Floride, elle vit aujourd'hui à New York.

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Message par Arabella Ven 9 Oct - 14:27

Swamplandia


Comment évoquer ce roman pour en donner une idée pas trop fausse ? L'idée de départ, résumée sur des commentaires trouvés ici et là sur net, nous place sur un terrain pas trop exotique au final, malgré les apparences. Nous sommes dans un parc d'attraction en Floride, parc centré sur les alligators, une denrée locale. La famille Bigtree, propriétaire des lieux, l'exploite en famille. La star du show est Hilola, la mère, qui dans son numéro, dans un maillot seyant, dompte ces bestioles, nage dans leur bassin, et provoque l'enthousiasme des foules. Enfin, elle le faisait, jusqu'à ce qu'un cancer l'emporte, laissant le parc, les alligators, et surtout son mari et ses trois enfants orphelins.

Le parc périclite rapidement, d'autant plus qu'un concurrent de poids s'installe à proximité : le monde de l'obscur, dont le concept (parlons moderne) est de présenter des attractions sur le thème de l'enfer.

Le monde des Bigtree semble se déliter : entre décrépitude des lieux, l'absence des touristes, le gâtisme du grand-père, rien ne va plus. Kiwi, l'aîné se sauve sur le continent dans l'espoir de pouvoir faire des études, Osceola, se réfugie dans le spiritisme et fréquente de plus en plus les fantômes, et Ava, la benjamine, rêve de sauver le parc, et de remplacer sa mère, en faisant le même numéro. Le père part sur le continent pour « arranger les affaires ».

La thématique essentielle du roman, est à mon sens la fin de l'enfance, cette page que l'on tourne pour passer à autre chose. Que les jeunes Bigtree devront tourner chacun à sa façon. L'enfance période d'enchantement du monde par l'imaginaire, période protégée. Elle l'est plus fortement pour nos personnages que pour d'autres enfants ou adolescents, puisqu'ils vivent sur une île, sans aller à l'école, et que leurs parents et l'environnement dans lequel ils évoluent est particulièrement propice à l'imaginaire, et donne la possibilité à chacun d'être ce qu'il est, sans devoir se conformer à des normes sociales. Kiwi peut se consacrer à l'étude, Osceola aux fantômes, sans que cela ne gêne personne.

Mais évidemment, cela ne peut durer. Et ce sera très douloureux pour les jeunes Bigtree. Chacun vivra à sa façon son voyage vers l'Enfer. Pour Kiwi, ce sera le monde de l'obscur, la vie des salariés précaires non qualifiés. Pour Osceola un voyage vers les Enfers où l'entraîne la voix d'un fantôme dont elle et amoureuse et veut épouser. Et c'est Ava, partie à la recherche de sa soeur, qui vivre l'expérience la plus difficile et la plus dangereuse.

Au final le livre est très noir, et dessine une image guère optimiste de notre monde, de son évolution, et des relations qui y règnent. Mais cela est fait avec un grand tact, et ne tombe jamais complètement dans le sordide et le pessimisme total. Grâce à l'écriture, et à une sorte de magie, venue en partie de l'imaginaire et rêves de l'enfance, que les enfants Bigtree, ne perdent et ne perdront jamais. Malgré tout. Comme au final ils ne perdent pas l'attachement que les unit les uns aux autres.

Pourquoi ce roman m'a tellement touchée ? Certainement grâce à l'écriture de Karen Russell, qui colle complètement au sujet, une partie du livre est raconté par Ava, et dans la partie qui concerne Kiwi, même si elle est partiellement à la troisième personne, l'auteur arrive à nous suggérer qu'elle écrit comme il aurait parlé. Cela nous met très en phase avec les personnages. Et c'est le deuxième immense atout de ce livre, la capacité à créer des personnages, denses, crédibles, et très attachants. Surtout Ava et Kiwi, puisque ce sont eux que nous suivons de plus près, voyant les autres par leurs yeux. Enfin Karen Russell a un talent de conteuse hors du commun. A partir de la situation de départ, les événements se succèdent, s'enchaînent, sans que l'on puisse prévoir où elle va nous entraîner. J'avoue que souvent, je m'ennuie dans les romans, parce que j'ai l'impression de deviner où l'auteur veut en venir. Et là, à aucun moment. Pour un événement très important, après coup, je me suis dit que ce n'était pas possible, que j'aurais du l'anticiper, que c'était la seule possibilité logique, mais Karen Russell, brouille si bien la frontière entre le réel et l'imaginaire, que l'on préfère croire au surnaturel plutôt que de voir le côté le plus atroce du réel. Même si au final il finit par nous tomber dessus. Mais pour un petit moment, l'auteur nous ramène vers l'irrationnel de l'enfance, et nous fait regretter de l'avoir quitté un jour. Un dernier atout du livre que je n'ai pas évoqué jusqu'à maintenant, et qui est vraiment essentiel, est une sorte d'humour, léger, qui ne fait pas s'esclaffer, plutôt sourire, présent quasi en permanence et qui allège sensiblement des choses vraiment très dures.

Un auteur que je vais suivre très attentivement, en commençant par lire l'autre livre disponible d'elle, un recueil de nouvelles écrit avant ce roman. En espérant qu'elle ne soit pas l'auteur d'un seul livre, mais sache renouveler son univers.

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Message par Arabella Ven 9 Oct - 14:28

Suite à un échange sur FB, je ressorts cette ancienne critique (de 2015, comme le temps passe...).

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Message par Queenie Sam 10 Oct - 8:30

Et bien, en tout cas, cet avis donne très envie.

As-tu, depuis, lu d'autres livres de cette autrice ?

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Message par Arabella Sam 10 Oct - 9:10

Oui, un volume de nouvelles, qui tiraient vers le fantastique, et j'avais beaucoup moins aimé. Mais elle n'a écrit depuis qu'un seul roman qui n'a pas été traduit.

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Message par domreader Sam 10 Oct - 11:35

Arabella a écrit:Oui, un volume de nouvelles, qui tiraient vers le fantastique, et j'avais beaucoup moins aimé. Mais elle n'a écrit depuis qu'un seul roman qui n'a pas été traduit.


Oui je viens de regarder sur son site officiel : elle a écrit 3 recueils de nouvelles, deux romans : Swamplandia et Sleep Donation, le plus récent, qu'ils étiquettent sous le terme de 'novella', un roman court (pas encore traduit). D'après le résumé que j'ai lu ça tire sur le fantastique aussi.

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Message par Arabella Sam 10 Oct - 12:45

Swamplandia est tellement particulier, que c'était sans doute difficile de faire autre chose derrière, qui soit surtout aussi dense.

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