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Albert Cossery

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Message par Arabella Lun 30 Jan - 9:13

Albert Cossery (1913 -2008)



Albert Cossery Cosser10


Source : African Success

Albert Cossery (3 Novembre 1913 -22 Juin 2008), était un écrivain Français d'origine Egyptienne.

Il meurt le 22 Juin 2008 à Paris dans la même chambre qu'il occupait à l'hôtel "La Louisiane", à Saint-germain-des-Près, depuis 1945. Imprégnée de culture orientale, son oeuvre fait l'éloge du dénuement et de la paresse conçus comme une philosophie de vie.

Fils d'un père rentier et d'une mère illettrée, formé dans les écoles françaises du Caire à une époque où la bourgeoisie égyptienne pratiquait encore volontiers la langue française, Albert Cossery a été initié tôt à la littérature française classique. Il a découvert Paris à l'âge de 17 ans. Dès 1936, ses premières nouvelles paraissent en français dans les revues cairotes, puis sont réunies en un volume intitulé "Les Hommes oubliés de Dieu". Même s'il disait "penser en arabe", tous ses livres ont été écrits en français.

Après avoir été steward dans la marine marchande égyptienne (1939-1945), Albert Cossery débarque à Paris à la fin de la seconde guerre mondiale. Il mène à Saint-Germain des Près une vie de bohème, fréquente Albert Camus (son copain de drague), Jean Genet, Juliette Gréco, Giacometti, Boris Vian ou Mouloudji.

En 1947, il publie "La Maison de la mort certaine" (paru en 1942 au Caire), puis "Les fainéants dans la vallée fertile" (1948) qui campe une famille dont la paresse est cultivée comme une plante rare.
Son oeuvre, qui mettait en scène le petit peuple du Caire (où il était né le 3 novembre 1913) faisait l'éloge du dénuement et de la paresse, conçus comme un art de vivre et une philosophie, qu'il a toujours pratiqués

L'écrivain, qui déclarait écrire deux phrases par semaines, a ensuite publié un livre environ tous les dix ans: "Mendiants et orgueilleux" (1955), son chef-d'oeuvre, "La Violence et la dérision" (1964), "Un complot de saltimbanques" (1975), "Une ambition dans le désert" (1984).

Après "Les Couleurs de l'infamie" (1999 et prix Méditerranée 2000), Albert Cossery a déclaré ne plus vouloir écrire.

En 1998, un cancer de la gorge l'avait privé de ses cordes vocales, le rendant presque aphone. Il griffonnait sur un bloc-notes pour répondre aux questions des journalistes.


Plusieurs récompenses consacrent sa carrière d’écrivain : en 1990, il obtient le Grand Prix de la Francophonie décerné par l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre suivi, en 1995, du Grand Prix Audiberti ; en 2000, il remporte le prix Méditerranée.Son œuvre, intemporelle et universelle, débusque avec finesse et humour l’absurdité du monde et magnifie les pauvres, seuls « vrais aristocrates ». Adulé par la critique, entouré de lecteurs de plus en plus nombreux, Cossery invite qui veut l’entendre à se détacher de toutes les valeurs, de tous les dogmes, c’est-à-dire à faire « sa propre révolution »

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Message par Arabella Lun 30 Jan - 9:15

Mendiants et orgueilleux


Le plus essentiel dans ce court roman sont les personnages, il n'y a pas d'intrigue au sens strict du terme, mais plutôt une galerie de personnages que nous suivons pendant quelques jours. Au premier chapitre, nous découvrons Gohar, ancien universitaire, qui a abandonné la littérature et la philosophie. Il vit au jour le jour, dans une chambre misérable, il y a petit travail pour la tenancière d'un bordel, mais en réalité il survit grâce aux gens qui lui fournissent le peu nécessaire à sa subsistance. Et en tout premier lieu, Yéghen, qui lui fournit la drogue dont il ne peut se passer. Yéghen lui-même est un autre de ces mendiants orgueilleux du titre, subsistant grâce à divers subterfuges et refusant d'occuper une place quelconque dans le jeu social, se contentant de savourer des instants privilégiés, et ne voulant surtout pas être complice de la machine sociale et de ses injustices. Leur route va croiser celle de Nour El Dine, un policier, et remettre en cause ses choix de vie, mettre en évidence les raisons du malaise qui ne le quitte pas.

Albert Cossery a une écriture bien à lui, quelque peu anachronique, mais qui glisse avec beaucoup de douceur tout au long du récit. L'univers qu'il décrit est dur, celui des pauvres et délaissés, même si dans ce roman, il s'agit de pauvres en partie volontaires, et d'une philosophie en dehors de toute aspiration au pouvoir, de toute compétition, des apparences sociales. Mais tout autour grouillent des pauvres qui n'ont pas choisis de l'être et pour qui la misère est la seule existence qu'ils ne connaîtront jamais. La description de la société égyptienne de l'époque est terrible, d'autant plus que je ne suis pas sûre que les choses aient vraiment beaucoup changées entre temps.

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Message par Arabella Lun 30 Jan - 9:16

Les fainéants dans la vallée fertile

Nous faisons la connaissance d'une famille, composé d'un homme, Hafez, de ses trois fils, de l'oncle Mustapha, frère de Hafez qui a dilapidé son héritage et qui a dû venir vivre chez Hafez en désespoir de cause. La raison de vivre de cette famille est de ne rien faire, et l'activité qu'ils apprécient le plus est de dormir. La maison est délabrée et de plus en plus sale, les membres de la maisonnée ne survivent que grâce à Hoda, une jeune cousine pauvre engagée comme servante, qui est la seule à s'activer et à réveiller tous ces hommes pour les repas. Enfin, pas tous, un seul, Serag, considéré comme la honte de la famille, sort de temps en temps, et espère, honte suprême trouver du travail et quitter la maison familiale. Toutefois, son énergie est limitée, et il n'a aucune qualification, alors sa quête n'est guerre simple, d'autant plus que ses parents font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher son projet, et en tout premier lieu Hoda, amoureuse de Serag, qu'elle ne veut voir lui échapper. Et puis Hafez, pour affirmer son autorité, a des velléités de mariage, ce qui contrarie ses fils, qui craignent d'être obligés de faire des efforts, ne plus pouvoir dormir avec une belle mère à demeure.

Il y a dans ce livre quelques éléments qui laissent entr'apercevoir un monde injuste et violent, comme le gamin rencontré par Serag au début du roman, vivant dans la rue, et peinant à subsister, ou comme cette menace de son père d'être arrêté par le gouvernement s'il continue à se risquer à une activité aussi subversive que de chercher du travail, de se mêler aux travailleurs. Mais ce sont des touches légères, la majorité du livre est une farce réjouissante, un pied de nez au convenable et au respectable.

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Message par Arabella Lun 30 Jan - 9:17

La violence et la dérision

Une ville non identifiée, mais qui ressemble à une ville égyptienne. le nouveau gouverneur fait du zèle, fait pourchasse les prostituées, interdit les mendiants. Un groupe se dresse contre ses agissements. Mais ses armes sont ceux de la dérision. Des mannequins imitant des mendiants, des lettres aux journées chantants la gloire du gouverneur d'une façon tellement outrée, qu'il est ridiculisé, des affiches à sa gloire tellement exagérés que les passants sont pliés de rire, et enfin le lancement d'une souscription pour une statue du tyran.
Derrière ce complot de la moquerie se cachent quelques jeunes gens, qui ont choisi de refuser de prendre la vie au sérieux. Mais les révolutionnaires professionnels veillent, outragés par cette façon de faire la guerre, et bien décidés à provoquer des actions sanglantes.

Albert Cossery creuse la veine de la dérision et du rire comme arme suprême. Ses héros choisissent les plaisirs simples de la vie et la moquerie des puissants. Ceux qui veulent occuper le pouvoir en se prenant au sérieux, sont renvoyés dos à dos, les révolutionnaires idéalistes arrivés au pouvoir seront aussi féroces pour la population que les tyrans d'aujourd'hui. Alors la seule arme des faibles est l'amour de la vie, la capacité à apprécier les petites choses de la vie et surtout à se délecter du ridicule sous toutes ses formes.

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Message par Aeriale Lun 30 Jan - 14:05

Merci pour ce fil @Arabella! Un auteur découvert grâce à @Kenavo et qui m'a marquée. Pour la sagesse qu'il donne à la vision des choses, et pour cette forme d'ironie que j'aime tant.

J'ai commencé par Mendiants et orgueilleux puis lu La violence et la dérision. Ses récits ont des allures de fable, il ne faut pas y chercher de moralité au sens propre. ses personnages sont là pour personnifier un point de vue, mais ils restent imprécis, sans que l'on puisse s'identifier.

C'est peut être aussi ce qui a rendu ma seconde lecture moins marquante que pour Mendiants et orgueilleux, ce manque de précision, même voulue. Mais l'humour et la malice de Cossery sont bien là dans les deux!
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Message par Aeriale Lun 30 Jan - 14:55

-Mendiants et orgueilleux-


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Il était parfaitement heureux. C'était toujours la même chose: cet émerveillement qu'il avait devant l'absurde facilité de la vie. Tout était dérisoire et facile. Il n'avait qu'à regarder autour de lui pour s'en convaincre. La misère grouillante qui l'entourait n'avait rien de tragique; elle semblait receler en elle une mystérieuse opulence, les trésors d'une richesse inouïe et insoupçonnée. Une prodigieuse insouciance semblait présider au destin de cette foule; toutes les abjections revêtaient ici un caractère d'innocence et de pureté. Gohar se sentait gonflé d'une sympathie fraternelle; la futilité de toute cette misère lui apparaissait à chaque pas, et le ravissait.



Je vais éviter de refaire un résumé, Arabella l'a fait avant et de toutes façons l'intrigue (ici vaguement policière) n'est qu'un prétexte à une vision du monde différente, une façon quasi philosophique de revoir certains concepts admis communément tels l'autorité, la justice, le sens de la vie, le bien ou le mal, etc.

Ici l'auteur nous décrit un univers sordide, où les enfants en sont réduits à piquer des mégots pour les revendre, et les hommes à oublier leur désoeuvrement dans les maisons closes. Une pays vicié, corrompu et misérable, duquel le personnage central Gohar, sage revenu de la vie professionnelle (il était prof de philo) et de son caractère vain - enseigner la vie sans la vivre était le crime de l'ignorance le plus détestable.-s'en échappe aidé par sa dose quotidienne de drogue que lui fournit Yéghen. Se refusant à jouer le complice de cette vaste farce sociale, il vit dans la sobriété la plus totale, dormant sur des journaux et distribuant sa bonne parole parmi ses amis mendiants. Autour de là s'articule ce fameux crime complètement gratuit et qui sera le révélateur pour Nour El Dine, le policier, seule figure intégrée du système, censé représenter l'ordre et la morale.

Un roman brillant, souvent jubilatoire et d'une lucidité implacable, qui glace par sa perception d'un monde voué au néant et dont les seules armes restent encore cette grandeur d'âme, ce total désintérêt pour toutes acquisitions, qu'elles soient matérielles ou honorifiques. Pour Gohar tout n'est qu'imposture et mensonges qu'une mince frange de privilégiés continuent de servir pour asseoir leur puissance. La vie est pour eux un théâtre ridicule fait de bassesses et compromissions, mais loin d'une quelconque hargne, lui et sa bande choisissent la suprématie de la pensée, l'acte désintéressé, la droiture qui leur amèneront cette sérénité de l'âme. Se détacher de tout, ne garder que l'ironie et la dérision, seuls remparts face à l'injustice et la déchéance. On ressent fortement l'esprit de l'écrivain qui vécut dans la sobriété la plus totale, et sut conserver cette noblesse de ton qui donne à ses écrits une grande force littéraire. Une très belle découverte!
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Message par Aeriale Lun 30 Jan - 14:57

-La violence et la dérision-

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Dans une ville qui pourrait être du proche Orient, dirigée par un personnage ubuesque, un petit groupe de réfractaires combat avec leurs seules armes disponibles: L' humour et la dérision. Imitant les mendiants pourchassés, par de faux mannequins, faisant circuler des tracts vantant outrageusement les mérites du gouverneur, et lançant même l'idée d'une statue à son effigie, ces dissidents sèment le rire à la place de la violence, tout en dénonçant l'absurdité du système.

Ce roman est présenté comme une sorte de conte. Le lieu et l'époque ne sont pas précisés, on pourrait transposer cette morale en tout temps et toute latitude, les fous remplaçant d'autres fous, les tyrans étant interchangeables et usant le pouvoir pour asseoir leurs désirs de puissance, et non le bien être du peuple. Une constatation aisément vérifiable si l'on considère l'actualité, les personnages servant de supports à sa théorie et restant davantage des figures que des êtres complexes, mais l'idée de l'imposture est bien là!

Encore un moment de pur plaisir avec Cossery, même si celui ci n'est pas mon préféré. Peu importe, il faut lire ou relire Albert Cossery, il nous aide à mesurer l'ineptie et l'incohérence du monde, avec cet humour si particulier :-)
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Message par kenavo Lun 30 Jan - 15:04

oui, c'est un auteur qui m'a aussi marqué

découvert peu après l'annonce de sa mort en 2008

j'ai tenté en premier un recueil de nouvelles Les hommes oubliés de Dieu et par la suite Mendiants et orgueilleux
(dont j'ai tout d'abord lu la version BD de Golo)

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